Trophy Heads (2014)

 

Full Moon No.268

Trophy Heads

(2014)

 

 

Statistiquement, il fallait bien que cela arrive un jour, mais il n’empêche qu’il y a de quoi être surpris. Trophy Heads, l’une des toutes dernières productions Full Moon, se trouve être… Un bon film ! Impensable, inimaginable. Encore plus quand on se souvient de l’annonce du projet: une web série écrite et réalisée par Charles Band lui-même, diffusée en plusieurs épisodes d’une vingtaine de minutes chacun et jouant sur une seule et unique idée, ramener de vieilles Scream Queens sur le devant de la scène et leur refaire jouer, des décades après leur heure de gloire, une scène iconique de leur filmographie. Le twist étant que, dans le récit, elles sont contraintes de rejouer ses séquences par un psychopathe qui tourne un snuff movie et les assassines au terme du tournage.
C’est loin d’être la première fois que Band compte sur la présence de quelques has been et on peut se souvenir des sollicitations encore récentes de William Shatner ou Elvira. Et si l’idée parait plaisante, dans l’air du temps (la folie des caméos dans la série B) et nostalgique, il n’y a en réalité absolument rien de bon là-dedans. Charles Band n’est qu’un filou qui emploi à peu de frais des visages connus, old school, pour attirer le fan dans son antre. On sait sa société en perte de vitesse et ses productions de plus en plus fauchées, du coup Trophy Heads semblait être l’arnaque de plus. L’arnaque de trop, même, au point que personne n’attendait rien du truc. Fan de la première heure, j’avoue m’être totalement détourné du projet, presque embarrassé que j’étais de retrouver Linnea Quigley et quelques autres dans une telle galère.
Et pourtant, allez comprendre, ce n’est pas la purge supposée. En fait Trophy Heads est probablement le meilleur film de Band depuis très longtemps. C’est bien simple: cela à beau être une web série, avec ce que cela implique de contraintes et d’absence de ressources, le résultat est plus soigné et plus rythmé que les derniers films de la compagnie !

 

 

Avec la sortie BluRay, la mini-série a été compilée afin de ressembler à un long métrage ordinaire et, en ignorant quelques fondus au noir qui signifiaient probablement la fin d’un épisode, c’est plutôt réussi ! L’ensemble est suffisamment structuré pour que la narration suive son cours sans paraître “hachée” puis recousue, sans ellipse forcée ou autre. De plus la combinaison de ces différents segments donne une durée relativement normal, sans remplissage forcé, là où une production ordinaire de la Full Moon peine à atteindre les 70 minutes. Ce qui aurait pu être une faiblesse handicapante devient une véritable force, compte-tenu de la qualité des productions actuelles.
Autre surprise, c’est l’utilisation des Scream Queens, lesquelles ont véritablement été intégrées à l’intrigue et ne se contentent pas de faire une simple apparition, ou de réciter leurs meilleurs titres en guise de clin d’œil. Alors certes, Trophy Heads joue énormément sur leur carrière et n’hésite pas à balancer pleins d’extraits pour les réintroduire au public (rien de neuf sous le soleil puisque cette pratique existe depuis l’époque Empire – Hé, c’était même tout le point de départ de Killer Eye 2 !), et Darcy DeMoss, la moins connue du lot, n’apparait qu’à l’introduction sans qu’elle ne puisse faire autre chose que de crier et se faire tuer, mais curieusement le scénario prend vraiment en compte les forces et faiblesses de ses actrices afin d’en tirer tout le potentiel.
Leur différence de caractère, de style de jeu et la nature de leurs films vient jouer un rôle dans leurs relations et leurs échanges. Les dialogues, assez soignés, et les réactions des filles finissent de rendre tout cela savoureux. Il faut voir comment Linnea Quigley, maintenant Sœur Quigley, est devenue une folle religieuse faisant du porte à porte et soule tout le monde avec ses délires (“Avez-vous été baigné dans le sang du Seigneur ?”, demande t-elle). Comment Brink Stevens, reconvertie en masseuse thérapeutique, passe pour une obsédée sexuelle à cause de sa cliente dénudée. Michelle Bauer se plaint que la tenue dont elle est affublée n’est pas du tout raccord avec le film qui l’a inspirée, et surtout, surtout, la relation entre Denice Duff et Jacqueline Lovell offre l’un des meilleurs duo féminins qui m’ait été donné de voir depuis des années. L’une est la douceur même, l’autre la blonde la plus bad ass de tous les temps. Forcément la rencontre va faire des étincelles, surtout lorsque s’installe une certaine rivalité en raison d’un casting. Leurs scènes justifient à elles seules la vision de Trophy Heads.

 

 

Le récit lui-même n’est pas nécessairement le point fort du film, avec ce psychopathe qui tient son idée de chasser ses idoles de jeunesse en regardant Slave Girls From Beyond Infinity, mais il reste toutefois en toile de fond un certain problème d’actualité: celui de la mort lente et définitive de la Série B, telle qu’on la connait. Si vous êtes lecteurs réguliers de ce blog (je sais, je peux rêver), vous savez que ce thème n’a rien de nouveau puisque j’en ai dernièrement parlé à trois ou quatre fois de reprise, en chroniquant quelques DTV modernes. Ici Max, un fan de films d’Horreur évidemment taré et pathétique, se lamente malgré tout de la disparition du genre. On ne fait plus des films comme “avant”, et à vrai dire il a raison. La qualité n’est plus la même, l’esprit n’est plus le même, les 3/4 des stars qui animaient régulièrement ont prit leur retraite ou s’éteignent (cette année particulièrement fut une véritable hécatombe). Même le format est impliqué, avec l’extinction de la VHS au profit du digital (“Ça c’est du Beta, je ne peux même plus le regarder !”).
C’est presque un aveu de la part de Charles Band, comme s’il osait dire que oui, ses dernières productions sont des merdes innommables qui ne seront jamais retenue comme à la bonne vieille époque de Creepozoids et des délires de Jim Wynorsky ou Fred Olen Ray… Denice Duff passe un casting où elle tente de jouer les trentenaires, probablement dans l’espoir futile de se trouver encore un job dans l’industrie, tandis que ses collègues sont toutes passées à autre chose. Celles-ci se vannent d’ailleurs pas mal sur leurs filmos, tout à fait conscientes du genre de films dans lesquelles elles tournaient (“Blood, tits and little monsters.”), défendant quelques titres ou haussant les épaules devant certaines scènes érotiques qu’elles ont faite. “Ça payait les factures” soupire Michelle Bauer.
En une sorte de chant du cygne de cet ère tant chérie par nous tous, une scène fait apparaître à l’écran trois générations de Scream Queens au même moment. Denice Duff, Jacqueline Lovell et Robin Sydney, incarnant respectivement les décades 80/90 (Duff et les Subspecies, période Full Moon Pictures), 90/2000 (Lovell et les idioties façon Killer Eye ou Hideous !) et 2010 (Sydney, l’actrice actuellement la plus récurrente du cinéma de Band). Autant dire que cela en fout un coup car la différence d’âge et de qualité de films dans lesquelles elles apparaissent sautent immédiatement aux yeux.

 

 

Pour autant, Trophy Heads n’a rien de dépressif. L’idée est clairement de rendre hommage à cette époque, mais à travers les actrices plutôt que les effets spéciaux. Cela confère une dimension humaine touchante et on sourit facilement devant les gags et les références qui sont données. Duff et Lovell s’amusent d’avoir tournées dans le même château roumain, Quigley estime que sa vie était un véritable chaos à force de nudité et d’alcool, et quelques réalisateurs ont acceptés de s’auto-parodier. Ainsi David DeCoteau apparait en touriste fuyant et Stuart Gordon passe pour un trou du cul totalement blasé par son métier. La chambre de Max regorge de cassettes et de posters de films d’horreur (du Full Moon mais pas que, comme en témoigne le génial Night of the Demons 2) et jusqu’aux peu connus jeux Atari (Halloween et Massacre à la Tronçonneuse, sous le label Wizard !). Les Screams Queens retrouvent leurs tenues fétiches (le débardeur de Creepozoids pour Quigley, la peau de bête de Slave Girls pour Brinke Stevens, etc.) tandis que Max fait du Cosplay raté de Radu ou de Uncle Impy (Sorority Girls in the Slimeball Bowl-O-Rama).
La jeune génération ose fait coucou durant une scène, Robin Sydney jouant son propre rôle à la manière de la pouffiasse vulgaire des Evil Bong, et pour une raison qui m’échappe complètement débarque Carel Struycken, juste pour quelques secondes. Immédiatement reconnaissable à cause de son physique, celui qui jouait Lurch dans La Famille Addams disparait si vite qu’il est permis de se demander s’il n’était pas de passage au moment du tournage, n’acceptant l’apparition que pour une ou deux lignes du moment que cela ne le ralentis pas pour vaquer à ses occupations….
Bref, si l’intrigue n’a rien d’exceptionnelle et se révèle même être terriblement répétitive (en gros deux héroïnes se font trucider tous les quart d’heures, et leurs têtes sont montées en trophées, d’où elles continuent de parler à travers la folie de Max) au point de ne même pas vraiment avoir de finalité, le regard sur le genre et sur le devenir des artisans de la Série B fait mouche. Il confère à Trophy Heads une force et un intérêt qui surpasse toutes les productions Full Moon de ces quinze dernières années au moins. Charles Band a su réaliser un film drôle, rythmé et qui parle à tous ceux qui ont vécu l’univers des films de vidéos-clubs et de chaînes câblées. C’est précieux, car je doute que Evil Bong: High 5 ou tout autres choses à venir atteignent un tel niveau. Toutefois cela laisse un peu d’espoir quant aux capacités du producteur le plus roublard du monde, et j’ose encore croire au potentiel de Killjoy’s Psycho Circus, la prochaine web série de la compagnie.

 

 

Concluons cette chronique avec tout de même LA révélation du film, l’actrice Maria Olsen, femme âgée que l’on a pu croiser dans Hansel V Gretel, et qui fut la “Creepy Lady” de Paranormal Activity 3. Véritable soldat de la série B moderne, semblant ne tourner que pour le genre (39 films à venir entre maintenant et 2016 !), elle apparaît ici comme l’actrice la plus naturelle et la plus mémorable du film. Une sorte de Yolande Moreau américaine, totalement crédible dans son rôle de mère attentionnée. Elle sort clairement du lot et fait presque regretter que l’histoire ne lui accorde pas un peu plus d’attention. La dernière scène, justement, semble la montrer totalement consciente et attristé de la folie qui s’est emparé de son fils, avec même peut-être la larme à l’œil, alors qu’elle fut jusqu’ici complice sans l’ombre d’un remord. Étrange mais rien de surprenant, Full Moon tronquant souvent de gros morceau de ses histoires. Voilà peut-être la meilleure réussite de Trophy Heads: nous faire découvrir une nouvelle égérie du genre, femme plutôt âgée et possédant déjà un tas de titre à son actif, alors que l’on se tournait naturellement vers le futur et les petites jeunes.
Une chose est sûre, je vais fortement surveiller sa carrière à partir de maintenant.

 

2 comments to Trophy Heads (2014)

  • Madeleine Tenebrarum  says:

    Quel casting, il faut que je vois ce film ! Ça doit faire plaisir de retrouver nos chères Scream Queens des années 80 et 90. D’autant plus que le film n’a pas l’air mal du tout. En tout cas, merci de dénicher pour nous ces petites raretés Bis comme ce Trophy Heads !

    • Adrien Vaillant  says:

      Merci à toi de t’intéresser au texte ! Mais très heureux que les machins obscures de ce genre puisse quand même plaire à quelques uns (des fois je me sens seul).

      Et effectivement le casting est étonnant et fonctionne du tonnerre. Lorsque les filles se parlent entres elles, on comprend qu’elles sont de vieilles amies, qu’elles ont déjà jouées ensemble dans plusieurs films pendant une dizaine d’année en plus de se croiser en conventions. Ça donne une impression de grande famille assez plaisante.

      Le film sortira peut-être chez nous mais dans l’immédiat il faut plutôt surveiller du côté US. Je t’avoue que je suis totalement largué sur ce qui est édité ou pas en France, maintenant.

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