Bloody Murder (2000)

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Bloody Murder

(2000)

 

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Producteur de petits budgets depuis les années 80, Ralph E. Portillo a tapé dans de nombreux genres à travers sa carrière, que ce soit de l’heroic fantasy post-Conan (The Lords of Magick), du film de serial killer des années 2000s (Diary of a Serial Killer et Kemper) et de l’actioner moisi (The Marine 5 et 6 pour la WWE). Malgré tout la série B n’est pas nécessairement son truc malgré la présence de plusieurs représentants dans sa filmographie, et il aurait plutôt tendance à donner dans le drame, le thriller et la comédie polissonne. Mais il ne rechigne pas à taper dans l’horreur s’il le faut, surtout après le succès de Scream qui relance la mode du slasher, un type de cinéma relativement simple à mettre en boite. Ayant déjà lui-même réalisé plus d’une quinzaine de films à l’époque, il se donna le poste de metteur en scène, laissant le soin à un John R. Stevenson inconnu au bataillon (qui n’a rien fait d’autre et pourrait aussi bien être un pseudonyme pour ce qu’on en sait) le soin de développer une histoire s’inspirant autant du film de Wes Craven que de Vendredi 13.

 

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Et par là je veux dire que Bloody Murder pique absolument tout à Vendredi 13, du camp de vacance au bord d’un lac à l’incident à base de noyade, en passant par le masque de hockey porté par le tueur et même le prénom Jason qui est offert à l’un des personnages. A ce niveau là c’est pratiquement un remake, à peine modernisé par la présence d’un ordinateur portable permettant à l’héroïne de communiquer par mails durant son enquête (marrez-vous, à l’époque c’était une nouveauté) et des emprunts très visibles à Scream 1 et 2: l’aspect whodunit, le petit ami qui devient un suspect et se fait arrêter par la police, le fan de films d’horreur jamais à court de références, et le costume supplémentaire porté par quelques idiots qui va venir semer la confusion. Une intrigue très opportuniste donc, et dont on peut se demander si elle arrive à mêler le neo slasher déconstructeur avec le classissime des années 80. Mais soyons honnête, ceux qui regardent Bloody Murder se tamponnent complètement de ce qui s’y passe.

 

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Ils attendent simplement de se marrer un bon coup, assuré d’être sur le territoire du nanar avec des acteurs peu convaincants, des effets spéciaux rudimentaires et un amateurisme général omniprésent. Mais pour les curieux, voici: le Camp Placid Pines s’apprête à ouvrir ses portes pour l’été, et les jeunes moniteurs embauchés pour la saison se livrent aux derniers préparatifs. Hélas l’ambiance est plombée par leur comportement puéril, rivalités et tromperies provoquant quelques clashes, et la pauvre Julie notamment essaye de faire le deuil de sa mère tout en devant supporter un petit ami volage. A cela se rajoute la légende locale de Trevor Moorehouse, un maniaque armée d’une tronçonneuse qui sévirait dans le coin depuis des décénies même si le shérif affirme n’avoir jamais eu la moindre preuve de son existence en 20 ans de métier. Quand les adolescents commencent à disparaitre les uns après les autres, tout laisse à croire que Trevor existe bel et bien, pourtant c’est une autre personne que le Crazy Ralph de service va évoquer.

 

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Selon lui c’est plutôt d’un Nelson Hammond dont il faudrait se méfier, qui aurait fréquenté le camp lorsqu’il était enfant et fut victime d’un mystérieux accident. Julie va mener l’enquête mais ni le directeur du camp, ni son propre père qui était présent à l’époque, ne se souviennent de lui. Alors qui est le coupable ? Nelson, qui serait revenu se venger ? Trevor, qui hanterait véritablement les bois ? Ou l’un des animateurs, qui ne supporterait plus ses camarades ? L’air de rien l’aspect whodunit est sincèrement exploité par le scénariste: un policier interroge les ados façon Les Experts ou New York: Unité Spéciale, des flashbacks mensongers sont montrés lorsque certains se font des idées ou théorisent sur une situation, et l’héroïne utilise Internet pour creuser un peu mais se retrouve avec plus de questions que de réponses. Une manière de rendre plus intéressantes les motivations plutôt bêtes et simplistes du meurtrier, qui se limitent à une banale vengeance sur les descendants de ses copains d’alors.

 

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Une affaire un peu abandonnée en cours de route d’ailleurs, puisque si tout laisse à penser que Nelson est accidentellement tombé à l’eau durant une partie de Bloody Murder (un mélange de cache-cache et de chat inutilement compliqué), les propos du vieux fou laissent entendre qu’il y aurait une vérité cachée l’incident. Cela ne revient jamais sur le tapis et affaiblit alors la révélation finale qui en devient totalement anecdotique, ce qui ne serait pas du tout un problème pour un slasher bas de gamme si la narration ne passait pas autant de temps à faire monter la sauce. Quoiqu’il en soit Bloody Murder aura au moins essayé, ce qui est toujours plus que ce que firent nombre de neo slasher de la même époque, y compris chez les gros budgets. Même les meurtres tentent de faire bonne figure, bien que minimalistes avec pas mal de hors champ, comme lorsque la silhouette du tueur se reflète dans une flaque de sang ou quand un type en panne d’essence est attaqué alors que sa femme enceinte l’attend anxieusement dans la voiture.

 

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Certes l’accoutrement du criminel fait bien sourire avec ce bleu de travail tout propre, ces gants de jardinier et surtout ce masque de hockey suffisamment différent de celui de Jason pour s’éviter des ennuis, mais reconnaisable malgré tout (exactement le même que celui apparaissant dans Sleepaway Camp 2 et 3, avec les trous bouchés). Un cliché ambulant qui mélange l’imagerie de Vendredi 13 et celle de Massacre à la Tronçonneuse, très ancré dans l’inconscient collectif américain qui a tendance à tout mélanger et popularisé en 1989 par Chavey Chase dans Christmas Vacation. Heureusement ce pseudo Jason varie fréquemment son arsenal, attaquant au couteau, à la serpe et même carrément au flingue une fois démasqué, pour une confrontation finale à la Scream. Il joue à Robin des Bois sur un moniteur installant des cibles de tir à l’arc, lance une fléchette géante dans le dos d’un autre et cache les cadavres en les pendant aux arbres, en un gros bouquet que Julie lui fera tomber sur le nez pour le neutraliser.

 

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Le meilleur est sans doute cet égorgement à la griffe de jardin où la victime essaye d’avertir une personne proche sans pouvoir parler. Elle va alors faire du bruit pour attirer son attention et l’autre va devoir revenir l’achever pour éviter l’attention. Moins défendable est cette séquence hallucinante où une fille en pleine conversation avec sa copine voit le tueur venir vers elles et tente de convaincre son amie de se retourner. Devant le refus de l’autre, elle brandit alors un miroir pour lui montrer la réflexion de l’assaillant ! Des comme ça il y en a quelques autres, comme ce flic lisant le journal local qui fait sa une sur la disparition des jeunes alors que le camp est censé ouvrir dans les prochaines 48 heures, où lorsqu’un jeune parti uriner dehors se pisse accidentellement dessus en découvrant que sa copine le trompe. Le twist final, assez dingue en son genre, montre le coupable reconnaître chacun de ses meurtres à l’exception d’un seul: Trevor Moorehouse, le croquemitaine, existe en fait réellement et indépendemment de l’intrigue !

 

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C’est un peu comme si Michael Myers débarquait subitement à la fin de Scream, et le pire c’est que cette révélation était préparée dès le début, les deux maniaques étant habillés de façon similaire mais avec de menues différences. Avec cette idée on sent une volonté de faire dans l’humour de la part des responsables, en témoigne un générique de fin plaisantin (Moorehouse crédité comme “lui-même”) et ce faux films d’horreur au nom ridicule, Sleepover Camp Massacre 14, qui cache en fait le Fever Lake du même réalisateur. Un second degré qui disparaît hélas complètement en raison de la classification nanarde du film par un public peu soucieux d’analyser un titre de cette envergure. Il faut dire que Bloody Murder ne se fait aucune faveur avec ses allures de shot on video mal branlé, qui n’est cependant ni un Z fauché façon Camp Blood (son rival d’alors) ni une série B banale mais compétente, et qu’on ne peut que qualifier de série C à défaut d’autre chose. Aux yeux du monde il restera un ‘mauvais clone de Vendredi 13, et la moindre de ses particularités sera de ce fait ignoré.

 

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C’est dommage mais il fallait s’y attendre, et à une époque où les slashers se multipliaient comme des lapins il est évident que personne n’avait de temps à perdre avec une œuvre aussi mineur. Les rares qui s’y attardèrent seront récompensés par la présence de quelques jolies filles en maillots de bain ainsi que d’une jeune Jessica Morris, future égérie de Charles Band (Dangerous Worry Dolls, The Dead Want Women, Decadent Evil 2) toute mignonne en petits shorts et débardeurs court. Elle nous gratifie même d’un plan culotte accidentel qu’on ne refusera pas. La demoiselle avoua cependant lors d’une interview détester le film au plus haut point, et sans surprise on ne la retrouve pas au générique de Bloody Murder 2, qui vit le jour trois ans plus tard avec le scénariste pour seul revenant. Le troisième volet, lui, aura subit quelques problèmes de conception et changea de titre pour devenir un très générique The Graveyard, faisant définitivement disparaître son héros Trevor Moorehouse par la même occasion.

 

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Bloody Murder - 2000

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