Déjà Vu (2006)

 

Tony Scott, c’est le petit frère de Ridley Scott. Là où le grand frère a fait Blade Runner et Alien, le pauvre frérot nous avait livré de piètres films au commencement. On se rappelle ainsi de Top Gun et Jour de Tonnerre, tous deux à la gloire de Mr. Cruise…
Étonnamment, là où Ridley baisse de plus en plus au point de ne plus être que l’ombre de lui-même (coup sur coup G.I. Jane, Gladiator, Hannibal et La Chute du Faucon Noir, ça fait vraiment tâche sur le CV), Tony est devenu un réalisateur expérimenté et non plus un simple petit faiseur. Après un Spy Game très sympa, l’homme a livré son chef d’œuvre avec Man on Fire (Denzel Washington se fait pardonner toutes ses prestations à la Philadelphia) puis explose les conventions cinématographiques avec le polémique et sulfureux Domino. Comment pouvait-il poursuivre dans cette voie ? Tout simplement en acceptant le film de commande qu’est Déjà Vu.

 

 

L’histoire commence sur un attentat, l’explosion d’un bateau faisant des centaines de mort. Alors que l’enquête commence, un agent de l’ATF (Bureau de l’Alcool, du Tabac, des Armes à Feu et des Explosifs) trouve le cadavre d’une femme dont le décès remonte à une heure avant l’attentat. Faisant le lien entre les deux affaires, il est incorporé dans une unité gouvernementale spéciale pouvant visualiser le passé, quatre jours en arrière. L’enquête commence alors.
Entre l’actioner et la SF, Tony livre ici un petit produit bien ficelé. Loin de Domino, le petit Scott reste en retrait afin de servir son histoire la mieux possible, bien que prouvant toujours une certaine virtuosité dans certains cas (lorsque Denzel Washington suit sur écran la vie de la victime, la juxtaposition des plans film / écran de surveillance se mélange presque pour incorporer les deux personnages dans un même lieu).
Sans être ni révolutionnaire ni spectaculaire, Déjà Vu reste toutefois très agréable à suivre malgré une impression de… déjà vu. Ainsi on pense tour à tour à Minority Report (mais en beaucoup moins prétentieux et clinquant) pour la visualisation de la scène du crime, à TimeCop (mais en bien moins nanar) dans la seconde partie avec l’implication du paradoxe temporel et du transfert, mais aussi à Code: Quantum et… Terminator ! (Washington tombant amoureux d’une femme a travers une image d’elle, sa façon de la retrouver dans le passé pour la protéger). On s’amuse même à trouver une banderole évoquant le Nimitz sur le port, juste avant l’attentat (Nimitz, Retour vers l’Enfer).

 

 

Côté acteur, Washington est moins magistral que dans Man of Fire mais reste convaincant (et loin de John Q !), et c’est avec plaisir qu’on retrouve Val Kilmer, qui a quand même sacrément vieilli. Dommage que le pauvre Bruce Greenwood se retrouve dans un rôle mineur, peu présent à l’écran.
Si il devait y avoir une preuve qu’un blockbuster hollywoodien peut rester un divertissement honnête sans faire dans la surenchère, le véhicule pour star, et même posséder une histoire intéressante, Déjà Vu en est l’exemple type. Pour un film de commande c’en est presque un miracle ! Reste que malgré tout, il s’agit d’une œuvre somme toute mineur et bien moins intéressante que les précédents films du réalisateur, qui ne supportera sûrement pas plusieurs visions (“Déjà Vu? Ouais c’est sympa mais bon… J’l’ai déjà vu.”) et le film souffre de quelques défauts: une fin assez prévisible au dernier moment, un trop grand rappel aux attentats du 11 septembre, quelques appels à Dieu parfois un peu trop présent (on sait les américains très porté là-dessus mais là ça devient crispant) et surtout un soucis d’actualité peut-être trop poussé: l’histoire se passant dans la Nouvelle Orléans, on y trouve les traces de l’ouragan Katrina qui est a peine évoquée. D’ici cinq ou dix ans, peu probable que le public de masse s’en souvienne.
Au final Déjà Vu s’apparente presque à un pilote pour une future série télévisé, mais un pilote classieux, bien interprété et avec une réalisation totalement dévouée à son sujet. Pour peu que l’on se laisse tenter, voilà un produit qui remplie bien sa fonction.

En espérant maintenant que Tony Scott revienne à un projet plus personnel…

 

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