Amazons (1986)

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Amazons

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Il semble inutile de rappeler à quel point le Conan le Barbare de John Milius a marqué son monde en 1982, engendrant toute une nouvelle vague de films typés heroic fantasy, ou plus précisément sword and sorcery, à travers le monde. Pas la peine d’en faire tout une autre introduction, et d’ailleurs l’ouvrage By The Sword de l’ami et collègue Thierry Augé a déjà fait tout le boulot sur le sujet. Quoiqu’il en soit cela aura fait le pain béni de deux producteurs argentins de l’époque, j’ai nommé Alejandro Sessa et Héctor Olivera, qui produisirent quelques uns des plus célèbres représentants du genre: The Warrior and the Sorceress, avec son héroïne topless durant tout le film, Deathstalker et Barbarian Queen, deux œuvres où tout le monde passe son temps à violer tout le monde, ou encore Wizards of the Lost Kingdom. Des titres bien souvent réalisé par Monsieur Olivera, son partenaire supervisant le tout avec un troisième associé bien connu du cinéma d’exploitation, j’ai nommé Roger Corman.

 

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Ensemble ils inondèrent les vidéos clubs de barbares musclés, de sorciers mal fringués et de vierges effarouchées, répétant grossièrement la même aventure en boucle avec à peine quelques variations ici et là. Et ça marchait bien puisque Deathstalker donna naissance à trois suites tandis que Barbarian Queen et Wizards of the Lost Kingdom eurent chacun leur séquelle. Vers la fin des années 80 la liste s’allongea encore avec Stormquest et Amazons (ou Amazonas en Argentine), tous les deux un peu uniques en cela qu’ils furent cette fois mis en scène par Alejandro Sessa, qui américanisa son prénom en Alex pour l’occasion, et ça malgré son manque total d’expérience en la matière. Cela explique sans doute pourquoi ces deux opus sont moins réputés que leurs aînés, le résultat étant loin d’être aussi efficace et généreux. Il faut dire aussi que, dans le cas présent, le scénario n’a rien de remarquable, la faute à Corman et son étrange idée d’acheter les droits d’une histoire pour mieux demander à son auteur de tout réécrire de A à Z afin de la rendre plus basique.

 

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A l’origine du script il y a Agbewe’s Sword, une nouvelle de Charles R. Saunders publiée en 1979 dans le recueil Amazons ! de Jessica Amanda Salmonson. Une anthologie déjà vieille au moment où le film entre en chantier, mais qui remporta un World Fantasy Award et sembla vraiment avoir plu au producteur. Cependant le texte s’inscrit dans un large cycle nommé Dossouye, composé de plusieurs autres récits courts qui ne seront pas réuni dans un intégral avant 2008, et l’univers qui y est décrit change des poncifs habituels puisque se déroulant dans une Afrique alternative, à l’époque du royaume du Dahomey désormais disparu. Autant d’éléments que l’écrivain lui-même dû modifier ou supprimer pour cette adaptation, le boulot de scénariste lui ayant étrangement été attribué malgré qu’il n’ait jamais travaillé dans ce domaine auparavant. Autant dire qu’avec deux néophytes et un type légendairement pingre aux commandes, Amazons ne pouvait pas vraiment démarrer sur les chapeaux de roues.

 

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L’intrigue tourne autour du diabolique roi Kalungo, alors en pleine conquête du royaume d’Emerald Land et bien décidé à dominer la race humaine toute entière. Ayant fait un pacte avec une race de démons, il possède de terrifiant pouvoirs surnaturels lui permettant de terrasser n’importe quelle armée et le voilà désormais sur le point de renverser l’actuelle reine en place. Le seul espoir du bon peuple réside dans l’existence de deux artefacts magiques: une pierre précieuse capable de drainer sa magie impie et l’épée d’Azundati, puissant guerrier ayant disparu il y a 500 ans. Si les amazones au service de Sa Majesté ont réussi à s’emparer de la gemme, celle-ci s’avère trop dangereuse pour être utilisée, et deux guerrières, Dyala et Tashi, sont envoyée à la recherche de l’arme mystique à la place. Traversant plaines et forêts, elles vont devoir affronter brigands et monstres tout en étant suivies de près par Akam, l’assassin de Kalungo qui a pour mission de les tuer une fois l’objet sacré retrouvé.

 

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Pour ne rien arranger, une vieille rancœur entre amazones va noircir le tableau: Tshingi, la mère de Tashi, déteste Dyala au plus haut point puisqu’elle est l’enfant de sa rivale et de l’homme dont elle était autrefois amoureuse. Ayant perdu une main en affrontant sa sœur d’arme, elle voue maintenant une véritable haine à sa famille et ordonne à sa propre fille de tuer Dyala une fois la mission accomplie. Son but: offrir l’arme à Kalungo et s’assurer une place de reine à ses côtés, choses déjà à moitié faite puisqu’elle est secrètement sa maitresse. Mais rien ne dit que le roi lui fasse vraiment confiance, et rien ne garantie que Tashi ne parvienne à tuer sa partenaire. Alors tout cela parait bien ambitieux avec ces multiples personnages et sous-intrigues s’entrecroisant comme si nous étions dans Game of Thrones, mais voilà sans doutes les dernières bribes de la nouvelle originale, lesquelles finissent par se perdre dans un océan de rien du tout. Car la majorité du film montre simplement les héroïnes se promener dans les bois…

 

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Alors oui, la gentille reine et le méchant roi conversent fréquemment avec leurs sbires, mais la plupart des éléments prometteur mis en place sont abandonnés en cours de route, laissant la narration plutôt misérable. Il y avait pourtant cette résistance s’organisant dans les catacombes du château occupé par l’antagoniste, le double jeu de Tshingi, capitaine des amazones aux ordres du royaume d’Émeraude et espionne à la solde de l’ennemi, et puis surtout il y avait Balgur, représentant à forme humaine des créatures avec lesquelles le sorcier à fait un pacte: celui-ci n’a pas reçu ses dons gratuitement et doit régulièrement sacrifier des vies humaines en échange. Mais alors qu’il touche au but, il commence à manquer de prisonniers, l’émissaire lui rappelant que manquer sa part du deal ne serait pas sans conséquences. Autant de chassés croisés qui auraient pu créer un tas de rebondissements, mais qui se retrouvent ignorés après avoir été introduits. A la place il faudra se contenter de mésaventures peu palpitantes et répétitives.

 

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Dyala lutte très lentement avec un serpent docile, s’attaque à des fantômes représentés par des draps orné masques d’Halloween et manipulés hors champ par une ficelle, et cède la place à un cascadeur en perruque le temps d’affronter une jeune lionne plutôt joueuse. Le combat final contre le sorcier s’avère particulièrement drôle puisque ses pouvoirs lui permettent de frapper à distance, l’acteur donnant des coups dans le vide que l’actrice doit faire semblant d’encaisser. Le “gros” du film s’articule autour d’une tribu de monstres difformes vénérant un arbre mutant doté d’énormes yeux globuleux, et qui sacrifient quiconque leur tombe sous la main. Lorsqu’ils s’attaquent à quelques vierges pacifistes vivant comme des hippies (elles ont pour habitude d’exhiber leurs poitrines pour prier leur déesse), elles interviennent et l’une d’elle se retrouve capturée, forçant la seconde à se la jouer Vietcong et créer des tas de pièges à base de pieux dans la forêt. La voir enchainer plusieurs headshots à l’aide d’une sarbacane s’avère plutôt fun.

 

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Mais c’est à peu près tout ce que l’œuvre a à offrir. Les combats sont absolument mauvais, lents et patauds, sans doute improvisés au moment même du tournage, et les effets spéciaux comptent parmi les plus pauvres que l’on ait pu voir dans ce type de production: entre les éclairs en dessins animés lancé par Kalungo et les masques grossiers pour les monstres (les étapes de transitions entre la forme animale et humaine de la femme-lionne sont particulièrement abominables), c’est franchement pas Byzance. Estimons-nous heureux que les deux brefs plans gores du film, une décapitation et une poitrine nue transpercée à l’épée, soient au moins convenables. Bref, il faudra vraiment s’accrocher aux petits détails pour trouver le moindre intérêt à Amazons, mais heureusement les producteurs savent comment plaire à leur public: de la nudité en veux-tu en voilà, constamment. Les guerrières ne sont vêtues que de bikinis et de peaux de bêtes, et se déshabillent gratuitement dès que l’occasion se présente.

 

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Pour faire trempette dans une rivière, pour faire l’amour sur un lit démoniaque avec visages difformes sculptés sur le bois, et évidemment pour simuler une tentative de viol lorsqu’une bande de brigands attaque les filles pendant leur bain. Tout cela reste quand même bien moins scabreux qu’un Barbarian Queen ou un Deathstalker, qui eux n’y allaient pas avec le dos de la cuillère. Pour se rattraper il y a Halfhead, le bras droit de Kalungo, qui ne sert strictement à rien et apparait à peine, mais qui est borne, chevauche une grosse vache là où tous les autres ont leurs canassons, et exhibe une coiffure improbable: un côté totalement chauve, l’autre avec les cheveux en bataille. Quant à Akam, la tueuse du roi qui peut se changer en fauve à volonté, elle se promène complètement nue sans le moindre complexe tandis que son chef la menace de la transformer en carpette si elle échoue dans sa mission. Enfin il y a cette idée étrange qui veut que la vie des amazones soient étroitement liés à celle de certains arbres.

 

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Un concept sans introduction ni explication utilisé avant tout pour le duel final entre Dyala et Tshingi. L’amazone corrompue tentera de couper l’arbre de sa rivale pour se débarrasser d’elle, la jeune femme se sentant subitement douloureuse et criant “Someone is killing my tree !” comme si cela avait le moindre sens. L’atout ultime du film demeure Kalungo lui-même, joué par un Joseph Whipp vu dans L’Évadé d’Alcatraz et Les Griffes de la Nuit. Sa version du vilain sorcier évoque plus Hans Gruber de Die Hard que l’habituel vieillard en longue robe: toujours classe et bien fringué, il semble avoir plusieurs coups d’avance sur tout le monde, n’a jamais besoin de se mettre en colère et ne craint même pas les menaces de Balgur. Se faisant appeler “Son Omnipotence” par se hommes, il peut couper la respiration de quelqu’un à distance comme Darth Vader, mais aussi le son de sa voix comme s’il était une télécommande vivante. L’acteur semble sincèrement s’éclater et gagne en charisme, contrairement à la triste héroïne jouée par une actrice qui, certes, est la fille d’un cascadeur et s’y connais en arts martiaux, mais ne vaut pas une Lana Clarkson ou une Sybil Danning.

 

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Désormais disponible en Blu-ray, le film vient récemment de sortir dans une pseudo version intégrale exclusive à l’édition allemande, avec une douzaine de minutes supplémentaires récupérées de leur VHS d’époque. Présentées sans restauration, en 4/3 et uniquement avec le doublage teuton, ces nouvelles scènes n’apportent rien d’important pour la plupart, sauf pour deux d’entre elles dont l’omission dans le montage officiel parait aberrant. L’une montre les deux amazones former les vierges pacifiques au combat après les avoir sauvées du sacrifice, ceci culminant avec une seconde bataille contre les monstres. L’autre semble expliquer comment Dyala survit à la destruction de son arbre après sa confrontation avec son ennemie, ce qui effectivement est assez important même si je n’ai rien pu comprendre moi-même, ne parlant pas la langue. L’air de rien cela fait passer la durée du film de 76 à 88 minutes, le rendant un poil plus légitime en tant que long métrage. Pas suffisant pour le sauver cependant.

 

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Il ne fait aucun doute qu’Amazons fonctionna quand même en son temps sur le marché vidéo, et toute la petite équipe se réunit pour un nouveau projet l’année suivante, Stormquest, produit dans les mêmes conditions. Mais sans le magnifique poster de Boris Vallejo, l’illustrateur le plus emblématique du genre avec Franz Frazetta, pour vendre sa tambouille. Et sans surprise cela marquera la fin définitive du partenariat Corman / Olivera / Sessa.

 

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