The Savage Sword of Conan – The God of Thieves (1993)

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The Savage Sword of Conan #211-212

The God of Thieves

(1993)

 

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Techniquement, il n’y a aucune raison pour moi de parler de The God of Thieves, vieille BD de Conan le Barbare publiée par Marvel Comics durant les années 90. C’est une histoire banale du Cimmérien perdue parmi des centaines d’autres, ni meilleur ni moins bonne et que rien ne vient sortir du lot. Oh bien sûr elle peut se targuer d’avoir de bons artistes aux commandes, comme l’illustrateur Ernie Chan qui selon moi a dessiné la version ultime du personnage avec son ami et confrère John Buscema, ayant œuvré sur la série depuis les années 70, mais c’est plutôt la nostalgie qui me pousse à lui rendre hommage ici. Car j’ai lu la chose étant jeune et, inexplicablement, je l’ai gardée en mémoire durant plus d’une vingtaine d’années sans même la relire depuis. Cela méritait bien un petit retour de ma part et les origines nébuleuses de cette aventure me permettent d’écrire une intro assez facilement. En effet, si la chose fut publiée durant l’été 1993, sa création remonte des années plus tôt, quand un autre éditeur s’occupait du magazine.

 

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C’était du temps de Craig Anderson, qui officia entre 1988 et 1990, et c’est l’inconnu au bataillon James Rose qui développa le scénario. Un mystérieux bonhomme n’ayant à son actif que deux numéros anecdotiques sur son CV (un ThunderCats et un Air Raiders en 1988) et qui disparu de la compagnie aussi vite qu’il y entra. Apparemment il traînait surtout ses guêtres à la radio et à la télévision à l’époque, et c’est sans grand succès qu’il s’essaya aux comics malgré un petit passage chez Archie et même chez notre Rackham national. De nos jours il serait éditeur à la Folio Society, maison d’édition britannique, et il y a écrivain du même nom, auteur de quelques livres de science-fiction, mais il s’agit peut-être d’un homonyme. Quoiqu’il en soit son travail ne fut jamais publié pour d’obscures raisons et prit la poussière jusqu’à ce que Richard Ashford, le successeur du successeur d’Anderson, ne le déterre pour combler un vide de contenu dans la revue et le révise un peu avec le légendaire Roy Thomas.

 

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Modifiant quelques passages ici et là selon ce qui leur sembla nécessaire, le tandem divisa le récit pour le présenter sur deux numéros, Savage Sword of Conan #211 (God of Thieves) et #212 (The Blood of Bel). Du bon boulot puisque l’on ne soupçonnerait pas les réécritures à l’exception peut-être d’un ou deux éléments sous-développés, encore que cela pourrait aussi bien être un problème du script original. Le point de départ place notre barbare nordique comme garde du corps pour quelques marchands en route vers Arenjun, la célèbre Cité des Voleurs, trimballant avec eux une mystérieuse cargaison. Lorsque des assassins de Khitai, pays très éloigné, les prennent en embuscade avec une hargne quasi fanatique, massacrant même des civiles sans défenses pour les dénicher, Conan se pose des questions. Leur trésor se trouve être une ancienne relique que ses employeurs lui assurent avoir été acheté honnêtement et qu’ils ramènent au temple du dieu Bel, d’où elle aurait été dérobée il y a bien longtemps.

 

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Mais quelque chose cloche puisque dans la ville qui d’ordinaire grouille de brigands, les rues sont désertes D’après des rumeurs tous les criminels de la région se seraient réunis en une grande armée sous les ordres de Nhuzembar, grand prêtre et sorcier, qui veut instaurer une nouvelle ère où le Mal régnera à la place du Bien, garantissant à ses fidèles des pillages sans fin. Bel, leur dieu masqué, à même un visage désormais, celui d’une créature éléphantesque qui n’est pas sans rappeler celle de La Tour de l’Éléphant. Son idole étant maintenant complète avec l’arrivée de son sixième bras récupéré par les marchands, les hors-la-loi se lancent alors dans leur croisade folle avec pour premier but l’extermination de tous les non croyants. Conan parvient à fuir et, s’il compte totalement ignorer ces événements pour se remettre en chemin vers de nouvelles aventures, apprend d’une vieille ermite que son destin est de mettre fin à la menace. Car Nhuzemdar s’avance vers le temple d’Ashtoreth, déesse rivale de Bel, construit sur un portail vers le royaume des morts.

 

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S’il parvient à l’atteindre, il pourra créer une armada de zombies et conquérir le monde. Seule une poignée de braves lui tiennent tête, menés par la prêtresse-guerrière Suva Marsa, mais leurs défenses comportent des faiblesses que le barbare aura tôt fait de leur pointer, s’assurant alors une position de vice commandant et se retrouvant à devoir préparer ces hommes pour l’ultime bataille… Une histoire somme toute prévisible qui met le personnage dans une situation qu’il a déjà vécu nombre de fois auparavant et qui se déroule sans grande surprise. Cela ne veut pas dire que The God of Thieves est une lecture ennuyeuse pour autant et c’est peut-être même sa simplicité qui la rend intéressante: d’une certaine manière nous avons là la parfaite synthèse de toutes les situations possibles et imaginables dans lesquelles se retrouve le Cimmérien dans les écrits de Robert E. Howard. Il y est tour à tour mercenaire, prisonnier, commandant et amant, se retrouve malgré lui au cœur d’une grande intrigue et fini par perdre ce qu’il a pu gagner quand l’affaire se termine.

 

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En fait je soupçonne James Rose d’avoir relu plusieurs textes de Conan avant de se lancer dans l’écriture, reprenant différents concepts qu’il aura mélangé comme une grosse tambouille: la lutte cosmique entre le Bien et le Mal avec le protagoniste utilisé comme pion évoque La Main de Nergal, une discussion sur les dieux entre le Cimmérien et sa compagne rappelle une scène similaire dans La Reine de la Côte Noire, le destin tragique de Suva Marsa renvoit à celui de Bêlit (dont le nom est d’ailleurs évoqué avec ceux de Red Sonja et Valeria) tandis que la créature pachydermique que devient Bel est calquée sur celle de La Tour de l’Éléphant, même si l’auteur évite le lien en expliquant que la tête fut récupéré à Khitai sur une statue de Ghanizar, leur équivalent de Ganesh. Quant à ceux qui préfère leur barbare à la sauce Marvel avec magie noire et gros monstres en pagailles, ils ne seront pas déçu non plus puisque la bête fini par prendre vie à la fin, une fois aspergée par le sang de son grand prêtre, forçant Conan à en découvre à la hache dans un combat peut-être un rien expédié.

 

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Et c’est dommage car il s’agissait là de l’élément le plus intéressant de The God of Thieves. Ce sont certainement les réécritures d’Ashford et Thomas qui l’ont relégué à l’arrière-plan, et on peut clairement voir qu’il y avait à l’origine tout un mystère autour de l’identité véritable de Bel. Normalement masqué puisque personne ne doit poser les yeux sur son vrai visage, le dieu dévoile ici une tête monstrueuse qui ne colle pas du tout avec la mythologie de son pays, ce qui n’est pas sans étonner la prêtresse d’Ashtoreth et rendre Conan songeur. Il devait sans doute il y avoir un mystère à percer dans le récit original, mais désormais tout est révélé dans les dernières cases via une explication un rien inutile puisque tout est déjà terminé: ce Bel est un imposteur, créature composite fabriqué par sorcellerie avec des morceaux de différentes idoles sacrées ! Un “Dieu de Frankenstein” en quelque sorte, que Nhuzemdar fait passer pour Bel afin de tromper les Zamoriens qui jamais ne se seraient dévoué à une divinité étrangère.

 

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A la mort de son créateur, il s’anime tel un golem un peu à la manière du Monstre de Mary Shelley, en apparence dépourvu de la moindre intelligence. Il y avait sans doute matière à creuser et faire quelque chose d’original, mais peut-être qu’un scénariste aussi peu expérimenté que Rose n’était pas à la hauteur d’un tel sujet. A la place il faudra se contenter de voir Conan être Conan, tuer des manants à tours de bras et emballer la chaste héroïne qui n’hésite absolument pas à renier ses principes pour passer une nuit ou deux avec lui. La BD est violente comme il se doit, on y croise de danseuses du ventre, des ninjas, et quelques bonnes idées (le Cimmérien, lui-même voleur, croise des visages familiers en combattant l’ennemi), et la narration frôle parfois la poésie (“Mighty thews that were growing weary of killings, new flex and flail as if sprung newborn from the brain of an angry god”). Alors oui, il existe des dizaines d’aventures plus mémorables que celle-ci, mais au final God of Thieves demeure suffisamment efficace et divertissant pour que l’on s’y attarde un peu. Après tout on ne lui demande rien d’autre.

 

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