The Millenium Bug (2011)

 

The Millenium Bug

(2011)

 

 

Produit par la compagnie indépendante The Quire Film Shoppe, qui n’a pas grand chose à son actif hormis le sympathique mais imparfait Dave Made a Maze, cette série B est née d’une idée simple: faire un film de monstre à l’ancienne, sans CGI. Un concept qui n’a rien d’innovant de nos jours et compte de nombreux représentants, mais à l’époque les choses étaient différentes et le numérique avait tellement envahie l’industrie, des gros blockbusters aux productions les plus Z, que rejeter le digital au profit du latex était une véritable forme de resistance. Un mouvement naturellement soutenu par tous les fans oldschool, et certains jeunes cinéastes bâtirent justement leur réputation dessus, tel Adam Green et ses Hatchet. Écrit et réalisé par un Kenneth Cran qui n’a n’avait alors qu’un court-métrage sur son CV, The Millenium Bug n’aura pas vraiment boosté la carrière de son créateur qui n’a d’ailleurs rien fait depuis. Et c’est dommage car celui-ci ne s’est pas contenté de faire le minimum ici, brassant les genres pour livrer un mix entre le survival à la Colline à des Yeux, le monster movie et même le kaiju eiga.

 

 

Le titre, et cela n’échappera pas à certains, est une référence au fameux Bug de l’An 2000, croyance stupide à propos de la fin du monde par l’informatique qui inquiéta beaucoup les idiots, les médias et quelques célébrités comme Paco Rabanne, tous persuadés que la Station Mir nous tomberaient sur le coin de la gueule lors du changement d’année. Ainsi l’action se déroule dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier, alors qu’une famille décide de fuir l’hystérie collective en réveillonnant au milieu de nulle part dans les montagnes. Ils choisissent un coin isolé non loin d’un ancien village de bûcheron abandonné depuis le début du siècle, ignorant qu’une famille de dégénérés habite encore les parages: des descendants incestueux et psychopathes qui survivent en chassant les chasseurs et randonneurs de passage, et qui désespèrent d’arranger leur lignée avec un peu de sang neuf. Bonne prise du coup, car si le couple de citadins qu’ils capturent ne les intéressent pas, leur fille de dix-huit ans ferait une parfaite épouse pour le frère aîné. Les deux parties vont s’affronter violemment, mais un événement inattendu va changer la donne…

 

 

Car la forêt abrite aussi un monstre géant, une chimère insectoïde qui n’apparait qu’une fois tous les milles ans (Millenium Bug au sens propre, donc !) pour pondre ses œufs. Une créature dont les origines remontent au moins du temps des Vikings, et qui va partir à la recherche de proies afin de nourrir ses petits, peu soucieuse de faire le tri entre les bons et les méchants. Haute de dix ou quinze mètres, la chose peut être décrite comme un termite quadrupède avec d’énormes pointes sur le dos, une toison longue en haut du crâne lui donnant de faux airs de yōkai, et de multiples cornes sur le museau qui finissent par ses mélanger à ses dents protubérantes. Certaines sont même attachées à des tentacules rétractables qu’elle utilise pour empaler ses victimes à distance ou sonder les endroits exiguës qu’elle ne peut atteindre. Quant à sa progéniture, elle ressemble à de grosses puces qui seraient dotées des mêmes mâchoires que les aliens de Deadly Spawn. Il faudra certes attendre une cinquantaine de minutes pour que l’animal fasse son apparition, mais aussitôt qu’il attaque la maison des bouseux meurtriers, le film prend son envol.

 

 

Non pas que l’on s’ennui en attendant, bien au contraire, car une fois n’est pas coutume la gentille famille n’attend pas le dernier moment pour défendre chèrement sa peau et la confrontation est brutale. La jeune héroïne mord salement la lèvre au sale type qui l’embrasse de force et son père défonce pratiquement tout le monde à mains nues, n’hésitant pas à expédier une vieille cannibale d’un coup de hache en pleine poire. Pendant ce temps les bûcherons se montrent hystériques à souhait: pépé sculpte en gode en bois pour passer le temps, mamie tir au fusil sur ses enfants lorsqu’ils jurent, et toute la famille éclate de rire en voyant le grand frère tabasser son bossu de benjamin pour le corriger. La sœur cadette accouche d’un bébé mort-né, et plus tard se moque des problèmes d’érection de son frangin alors que celui-ci s’apprète à violer l’héroïne, attachée sur à un vieux lit dégueulasse en sous-vêtements. Enfin il y a le mouton noir de la famille, mutant si difforme qu’il est gardé dans le sous-sol d’une cabane, entouré d’ossements et de peluches pendues par le cou. Et que dire de la maison, sacrément élaborée.

 

 

Si elle ressemble à priori à une baraque ordinaire perdue en plein milieu des bois, on peut voir de plus près qu’elle a entièrement été construite en bois, au point que lierre, mousse et moisissure poussent sur les murs et les meubles à l’intérieur, et que le sol est couvert de feuilles mortes. Citons aussi le coin de cimetière gothique avec gargouilles et pierres tombales, franchement inattendu et bientôt saccagé par le Millenium Bug qui va creuser les tombes pour bouloter les cadavres comme un charognard. Sympathique aussi ce village fantôme envahie par la végétation dans le dernier acte. C’est d’ailleurs à ce moment que le film se révèle vraiment et prouve combien il est impressionnant lorsque l’on considère son budget ridicule (250.000$ en tout est pour tout). Une absence de moyens qui n’empêche pas la présence de plusieurs maquettes, de marionnettes, du costume complet de la bête et de divers effets gores, prouvant la générosité de ce creature feature très au-dessus de la moyenne malgré ses limitations. Bien sûr tout n’est pas parfait, et les nombreuses incrustations sur fond vert sont toutes très voyantes.

 

 

La forêt sonne aussi très fausse, et pour cause puisque le tournage ne s’est pas fait en pleine nature mais dans un gigantesque hangar de 200m² totalement déguisé. Rien de facheux cependant, et il fallait bien qu’il y a un retour de bâton entre le manque d’argent et l’absence d’images de synthèse. Cela n’empêche heureusement pas quelques moments de bravoures bien sentis: un tentacule sort du sol pour empaler un péquenaud entre les jambes, le scientifique pousse une redneck nymphomane dans la gueule du monstre pour sauver sa peau, le frère aîné se cache sous le cadavre de son grand-père pour échapper au flaire de la bête et une personne se retrouve coincée dans la gueule de l’insecte, tel Simon MacCorkindale dans Les Dents de la Mer 3D. Aussi, une bimbo à gros seins coincée dans le terrier du monstre au moment de la ponte se retrouve couverte d’un liquide organique accompagnant les œufs, forcément blanc et épais, en une sorte bukkake champêtre. Que les sentimentalistes se rassurent, il y a aussi de quoi grignoter dans la relation mère-fille entre l’héroïne et la nouvelle épouse de son père.

 

 

Une broutille jamais vraiment creusée à vrai dire, avec cette idée bizarre que la belle-mère fraichement mariée déplore que l’adolescente ne l’appelle pas “maman”, alors qu’elle est clairement trop grande pour agir ainsi. On sent que le scénariste voulait offrir quelque chose aux personnages et renforcer leurs liens à travers les épreuves qu’elles vont subirent, mais la sauce ne prend jamais et le résultat se montre plutôt maladroit et sous exploité. On aurait préféré s’intéresser un peu plus à ce cryptozoologiste fou qui ne croit pas en Bigfoot et se laisse volontier dévorer par pure passion, mais il faut déjà s’estimer heureux d’avoir toutes ces petites choses à se mettre sous la dent vu comment les productions de ce calibre n’offrent généralement que des dialogues interminables en guise de remplissage. The Millenium Bug, lui, fait son possible pour en mettre plein les yeux, même dans les petits détails comme ces échardes plantées dans la joue de l’héroïne après une explosion, ce corps réduit en charpie qui se révèle être encore vivant, ou cet effet assez cool lorsque les yeux du monstres fondent sous la chaleur d’un incendie. Autant de chosess qui prouvent tout l’amour que porte le réalisateur pour le genre.

 

 

D’une durée minuscule de 86 minutes (moins trois de générique de fin, sans surprises), ce monster movie a aussi le mérite de filer à toute vitesse, s’évitant ainsi pas mal de temps morts handicapants. Ce n’est évidement pas toujours une réussite et, s’il fallait être honnête, il faudrait plutôt considérer ce film comme une série C, tant le petit budget se ressent. Le spectateur habitué à un certain standing sera prié de ne pas en attendre trop, et il faudra avant tout être fan de hicksploitation ou de grosses bestioles carnacières pour pleinement en profiter, auquel cas le spectacle est assuré – surtout en comparaison de ce qui se fait dans le même domaine, du côté des téléfilms à CGI. Car plus que du latex, The Millenium Bug a du cœur, et c’est bien ça qui lui permet de l’emporter sur tous ces nanars creux, interchangeables et produits sans grand effort. Dans un monde meilleur ce sont des films comme ça qui seraient  populaires sur nos écrans au lieu des innombrables Sharknado et autres DTV formatés du même genre, mais à l’époque il fallait déjà s’estimer heureux d’en trouver un ou deux…

 

 

 

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