RoboCop 3 (1993) | Psychotronomicon

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PSYCHOTRONOMICON

 

RoboCop 3

(1993)

 

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Peu de films déçoivent autant que RoboCop 3. S’il était difficile de succéder à l’original, RoboCop 2 a prouvé que cela était malgré tout possible dans une moindre mesure, en accentuant la violence et la satire au point de faire ressembler l’oeuvre à une bande-dessinée punk dans l’esprit des revues anglaises de 2000 AD (l’éditeur de Judge Dredd). D’ailleur Frank Miller, auteur de 300 et Sin City, avait aidé au scénario et un tas de ses idées folles avaient été supprimées à force de réécritures. Faire une deuxième suite dans l’esprit était tout trouvé, et il aurait suffit de fouiller dans ces scènes coupées pour construire quelque chose de valide. Hélas entre temps RoboCop est devenu une véritable franchise, forcément vendeuse de produits dérivés chez les gamins – pas du tout le public-cible à l’origine mais, puisqu’ils sacrifiaient leur argent de poche, les producteurs n’eurent aucun mal à faire une concession de leur côté afin d’en engranger un maximum. Exit la violence et les sarcasmes, l’univers du flic cyborg doit maintenant rameuter le plus de monde possible dans les salles et donc écoper d’une classfication tout public. Ce pauvre Fred Dekker (Monster Squad et Night of the Creeps) s’en est sans doute mordu les doigts après avoir signé pour réaliser ce film qui tient plus d’une publicité géante, un peu comme Batman & Robin.

 

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Si certaines idées demeurent plaisantes et pas si éloigné de ses prédecesseurs (RoboCop gagne quelques gadgets comme un jet pack et un bras-fusil, comme s’il était une action figure géante), force est de constater que l’édulcoration du projet cause des dégâts irréparables: pas de sang, pas de mutilation, pas de vulgarité et du coup pas d’implication du spectateur qui observe tout ça sans jamais ressentir quoi que ce soit. L’introduction promettait beaucoup avec ce quartier malfamé servant de territoire à des voyous sanguinaires (des loubards à la Mad Max surnommé les Splatterpunks), mais cela est balayé au profit d’une intrigue plus manichéenne où l’OCP, qui cherche toujours à transformer Detroit en Delta City, forme sa propre milice pour expulser les gens des quartiers pauvres avec une imagerie fasciste clichée. Une résistance se forme chez les clodos qui vont récupérer un RoboCop endommagé après s’être opposé aux méthodes des vilains. Pendant ce temps ED 209 revient, transformé en brave toutou par une hackeuse de huit ans, tandis que des partenaires financiers de l’OCP envoient un tueur régler le problème afin que la construction de la nouvelle ville commence dans les temps. Parce que Ronny Rox ne reprend pas son rôle de grand patron de l’OCP, il est remplacé par Rip Torn, qui n’a pas grand chose à faire ici, et par le chef de la nouvelle garde qui sert d’antagoniste principal, un nouveau venu particulièrement insignifiant qui n’atteint jamais la cheville de Clarence Boddicker ou même de Cain.

 

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Peter Weller ne revient pas non plus, remplacé par un Richard Burke qui a lui aussi beaucoup souvert du costume de robot durant le tournage, et qui mérite ainsi notre respect, mais qui n’a pas une once de charisme. Le changement est malheureusement très notable, ne serait-ce qu’à travers sa voix, et jamais RoboCop ne donne l’impression d’être vraiment RoboCop, surtout à visage découvert. Nancy Allen fait acte de présence mais disparaît très vite, abattu rapidement par le grand méchant et abandonnée comme ça sur le trottoire ! C’est à peine si Murphy verse une larme sur son sort, et elle est oubliée l’instant d’après. Il faudra plutôt se pencher du côté du casting pour trouver une once de qualité à cette séquelle (Eva LaRue, CCH Pounder, Mako), et par miracle un ou deux concepts sympathiques ont survécu à la moulinette productrice: l’OCP est racheté par une multinationale plus puissante qu’elle, le grand chef étant viré comme un malpropre à la fin de l’histoire après son échec cuisant, et nous découvrons que la technologie japonaise est telle que si les américains considèrent RoboCop comme le summum de leurs recherches, les nippons ont créé des sortes de Terminator ninjas à l’apparence humaine parfaite, et ultra agiles au point de pouvoir enchainer les saltos.

 

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La scène où ce pauvre Murphy, lent comme une limace, doit en affronter deux en même temps est le seul moment qui éveille un peu notre intérêt, puisque l’on se demande bien comment il va pouvoir triompher de tels adversaires. Enfin, et il faut vraiment attendre les dernières secondes du film pour le voir, mais il y a UN gag directement issu du script de Frank Miller: a l’issu du conflit, alors que l’image de l’OCP est clairement détruite, des dizaines de cadres se suicident les uns après les autres en se défenestrant, en une parodie de la récession de 1969. C’est peu, mais on s’y accrochera comme à une bouée de sauvetage tant il n’y a rien d’autre à retenir de ce RoboCop 3 dont l’échec critique, commercial et artistique mis hélas fin à la carrière de son réalisateur. Injuste, car la faute revient entièrement aux producteurs qui, tel l’OCP, continuèrent de démolire la franchise afin de la rebatir “en mieux”, c’est-à-dire pour les plus jeunes. La série télé suivit naturellement l’année suivante, ainsi qu’un deuxième dessin animé (RoboCop: Alpha Commando), et il fallu attendre presque dix ans pour voir un comeback de la version adulte du personnage, encore que là encore très laminée par les dictats du petit écran, avec RoboCop: Prime Directive. Le remake de 2014 n’arrangea rien à l’affaire en faisant de la SF aseptisée et totalement oubliable exactement comme le remake de Total Recall.

 

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