Wrong Turn 3: Left for Dead (2009)

 

Wrong Turn 3: Left for Dead
(2009)

 

 

Wrong Turn 2 a eu assez de succès pour que la Fox valide un troisième opus, toujours pour le marché vidéo car forcément plus rentable en rapport budget / bénéfice. Cependant il semble clair que la firme se moque totalement de sa franchise et n’émet aucun souhait de s’impliquer dedans. La Fox délègue, se débarrasse, elle expédie son produit le plus loin possible de ses locaux et de ses employés. Le prestigieux Stan Winston Studio ? Aucune chance de l’y retrouver. L’équipe derrière le succès de la séquelle ? Absente également, car ses membres sont probablement trop talentueux aux yeux des producteurs. Quant a Eliza Dushku, elle n’a plus sa place ici, et de toute façon elle était déjà occupée a jouer dans un autre film déplorable la même année, le pathétique Open Graves.
A la place sont choisis deux débutants, dont personne n’a jamais entendu parlé, pour mettre en boite cette nouvelle suite (le futur réalisateur de Sharktopus, qui n’a alors que trois téléfilms SyFy Channel a son actif, et le scénariste Connor James Delaney dont Détour Mortel 3 est la seule et unique entrée dans sa filmo) et tout le monde est envoyé en Bulgarie pour le tournage. Et comme on le sait, un film américain conçu dans un pays de l’Est est un très mauvais signe. C’est comme si la Fox voulait rendre sa série la plus transparente possible, faire pire que le premier opus. Et d’une certaine façon, elle y est parvenue avec cette nouvelle mouture ! Si ce n’était pour le gore et la trouvaille scénaristique qui sert l’intrigue, Wrong Turn 3 serait l’opus le plus oubliable de la saga. En fait, il l’est probablement quand même…

 

 

Pour éviter comme il peut la redite, Delaney accouche d’une idée pas si mauvaise sur le papier. Rien d’innovant mais suffisant pour faire partir son histoire dans une direction différente des précédents. A savoir, mixer le survival champêtre et… Les Ailes de l’Enfer, avec Nicholas Cage ! On en retrouve a peu près tous les éléments, du transfert qui tourne mal au policier se faisant passer pour un détenu, du prisonnier au grand cœur qui veut aider les forces de l’ordre au gros dur qui espère violer la belle civile qu’ils retiennent en otage. Changez l’avion par une randonnée dans la forêt et les scènes d’action par les attaques de Three Finger, et vous avez une bonne idée de ce a quoi ressemble Wrong Turn 3.
L’histoire tourne autour de Chavez, un gros bonnet de la drogue qui attend son transfert vers une prison de haute sécurité. Une taupe au sein des Autorités ayant prévenu ses hommes de la date et du trajet du transfert, le Gouvernement n’a pas le choix que d’expédier le criminel aussi tôt que possible pour éviter toute évasion. Lui et quelques autres détenus, dont un agent infiltré chargé de récupérer des renseignements sur la taupe, sont alors transportés en pleine nuit a travers les montagnes de Greenbrier où rôde encore Three Finger. Seul survivants des Mountain Men avec son propre fils, celui-ci piège le véhicule fédéral et passe a l’attaque, contraignant le groupe a fuir a pied à travers bois.
Une chasse a l’homme s’engage et les prisonniers profitent de la situation pour prendre le pouvoir, mais deux éléments viennent perturber le cours des choses: le premier est la découverte d’un ancien fourgon de convoyeurs de fonds en pleine forêt, autrefois attaqué par les cannibales et possédant toujours son précieux contenu qui attire toutes les convoitises. Le second est la mort de Three Toe, jeune prédateur inexpérimenté qui est vite neutralisé puis assassiné par les détenus. Ce qui n’était qu’une lutte pour survivre devient alors une véritable guerre.

 

 

Bon je survends un peu l’intrigue puisque Détour Mortel 3 est pour ainsi dire la même chose que ses prédécesseurs malgré la nature belliqueuse de ses protagonistes. C’est d’ailleurs un problème puisque jamais ces gros durs n’apparaissent aussi violents ou dangereux que les mutants qui les traquent. En fait ils se font tuer aussi vite et régulièrement que n’importe quel personnage ordinaire et ne donnent pas l’impression d’être plus efficace ou plus retort dans leurs actions. A part un langage un peu plus fleuri, il n’y a ainsi aucune différence entre une jeune teenager affolée ou un taulard endurci et agressif dans un Wrong Turn. Et autant dire que, comme pour Massacre à la Tronçonneuse: Le Commencement et son vétéran du Vietnam supposément botteur de culs, c’est une véritable déception.
On était en droit de s’imaginer de ses affrontements intéressants, où Three Finger devrait faire preuve de ressources et d’ingéniosité afin de venir a bout de proies plus rebelles que d’habitude, au lieu de ça il parvient a éclaircir les rangs a lui tout seul et sans le moindre effort. Si cela fonctionne dans des films comme Aliens ou Doom, où des monstres de l’espace font des êtres naturellement plus dangereux que quelques Spaces Marines, malgré leurs gros flingues, dans le cas d’un pauvre redneck famélique face a des types habitués au sang et taillés comme des catcheurs, ça la fout mal ! Comment croire que pas un seul de ces gars ne soient capable de viser juste malgré une sacré artillerie, ni de se battre salement lorsque leur vie est en danger ? Wrong Turn 2 ne posait pas ce problème et le personnage d’ancien soldat montrait assez de talents en survie et combat pour s’opposer sans problème a tout un clan de consanguins anthropophages…

 

 

Peut-être que tout ceci aurait fonctionné si le script avait été sensiblement différent, plus dans la veine d’Assaut de John Carpenter. Il y en a d’ailleurs de forts échos lorsque les détenus doivent faire un arrêt forcé dans une petite station de police en sous-effectif. Cela aurait été l’occasion parfaite pour que Three Toe lance une attaque sur le groupe avant de se faire capturer ou tuer, les policiers et les truands se retrouvant alors bloqués dans le bâtiment sous les assauts d’un Three Finger vengeur et déterminé. Après tout, nous retrouvons même une sorte de Napoleon Wilson avec ce détenu qui affirme être innocent et qui n’a visiblement aucun intérêt pour l’or ou la violence, et cette civile rescapée d’un raid antérieur des Mountain Men qui correspond au citoyen ayant perdu sa fille.
Mais le script part dans une toute autre direction, bien plus banale celle-ci, avec de longues errances en forêt où tout le monde se tir dans les pattes alors que l’avenir s’annonce très incertains (contrairement aux Ailes de l’Enfer où John Malkovitch manipulait son monde et avait divers plans pour son évasion). Un choix pas malin qui, certes, s’explique par le manque d’expérience du scénariste, mais nous assomme de son rythme soporifique où la même situation est répétée en boucle: les détenus se disputent, tombent dans un piège, perdent l’un des leurs, échouent a tuer Three Finger et prennent la fuite. Encore et encore jusqu’à ce que plus de la moitié du casting y passe.
Si toutefois l’idée d’Assaut chez les consanguins vous était sympathique, sachez qu’elle n’est pas perdue puisqu’elle sera recyclé pour Wrong Turn 5, toujours du même réalisateur. Mais ne vous réjouissez pas trop vite car c’est aussi la preuve qu’une bonne idée ne fait pas nécessairement un bon film.

 

 

Les deux éléments perturbateurs qui viennent relancer l’affaire n’offrent pas tellement plus hormis des sous-intrigues qui sont a peine résolues a la fin du film. L’argent trouvé dans le fourgon n’a pas d’autre intérêt que de ralentir la progression des détenus (ils doivent se partager de lourds sacs) et ajouter de la tension au sein d’une équipe déjà peu soudée. Viennent évidemment les différentes trahisons et coups fourrés qui permettent d’isoler certains personnages pour mieux les faire mourir ou juste ajouter quelques scènes de remplissage. Détour Mortel 3 aurait même pu se passer de cet élément qu’il n’aurait pas été différent ! A croire que tout ceci n’était qu’un moyen de planifier le “twist” final sur lequel je reviendrai plus tard.
Quant a la mise a mort de Three Toe, déclenchant le courroux de son père, elle n’apporte finalement rien puisque le mutant réagit très ordinairement face aux responsables. Son modus operandi change quelque peu, troquant l’attaque frontale pour des pièges sadiques (l’influence grimpante de Saw et du torture porn), mais il prend tout ceci a la légère et ne semble pas un seul instant vouloir venger son enfant dont il était pourtant très proche. Dommage car ces quelques moments a les voir ensemble étaient intéressants et auraient mérités d’être développés. De la redite de Wrong Turn 2 qui faisait déjà la même chose, mais j’ose dire mieux interprété ici.
Aussi monstrueux qu’il soit, Three Finger se montre très tendre et protecteur envers son rejeton. Celui-ci, un jeune mutant d’une quinzaine d’années, est plutôt maladroit et commet des erreurs presque amusantes: il trouve le moyen de se coincer dans son propre piège et pense pouvoir s’en prendre a tout un groupe d’humains a lui tout seul. Lorsque son père le retrouve décapité, la tête empalé sur un pieu, il réagit comme n’importe qui dans une telle situation et sa douleur est compréhensive… Bref, un bon point malheureusement sous-exploité, ce qui aurait pourtant pu permettre de différencier ce Détour Mortel des autres.

 

 

L’utilisation des Mountain Men est a vrai dire plutôt contrariante tant elle devient invraisemblable. Comment croire un seul instant que le petit pick-up de Three Finger peut venir a bout d’un énorme bus de convoi fédéral ? Quel hasard y avait-il pour que la victime qui reçoit un cocktail Molotov au visage soit le détenu qui avait justement une phobie du feu ? Comment Three Finger, laissé pour mort, fait-il pour rattraper à pied les héros qui ont fuit depuis un bon quart d’heure en voiture ?
L’idée de s’inspirer de Saw et de la nouvelle vague de films d’Horreur d’alors n’est pas mauvaise et même assez logique dans le comportement chasseur des cannibales, cependant les pièges utilisés ici devraient mettre tellement de temps a être mis en place, par rapport au faible pourcentage de chance qu’une proie tombe dedans, que ça en devient improbable. L’exemple le plus flagrant étant cet filet de capture en fils de fer barbelés, déclenché lorsque quelqu’un s’approche du camion de Three Finger par l’arrière. Aurait-il choisi n’importe qu’elle autre angle que cela n’aurait pas pu fonctionner. Sans parler du fait qu’il est simplement impossible de comprendre comment ce dispositif peut logiquement fonctionner. Poulie ? Moteur ? Intervention divine ?
Les avantages d’être des consanguins de longue date, a savoir une haute résistance a la douleur et une force surhumaine, ont été oubliés sauf en de rares occasion lorsque le scénario le demande, et les mutants peuvent ainsi être très facilement blessés ou incapacités. En résulte une grande perte de crédibilité lorsque l’on voit Three Finger terrasser un homme de deux fois sa carrure, alors qu’il se retrouvait couché au sol l’instant d’avant quand une frêle jeune femme lui collait quelques claques.

 

 

Le cannibale vit désormais dans une troisième maison perdue dans la forêt, ce qui commence a faire beaucoup, et n’a visiblement plus rien a faire de ses journées que d’enchainer des femmes nues dans son garage et d’essayer de les violer. J’imagine que le scénariste trouverai une justification dans un plan de repopulation des mutants, a la manière de La Colline à des Yeux 2, mais cet élément de l’histoire est vite abandonné. A vrai dire il sert surtout a faire de l’héroïne une nouvelle demoiselle en détresse qu’il faut sauver, exactement comme dans le film original, et ajoute un peu de shock value a une série qui n’en avait vraiment pas besoin.
Un exemple parmi d’autres du problème d’écriture autour de cette suite. Citons aussi l’âge de Three Toe, qui vient perturber la chronologie des évènements et projetterai ce Détour Mortel 3 aux alentours de l’an 2020. Quant au shérif de Greenbrier, il réagit étrangement lorsque l’héroïne mentionne l’existence de mutants vivants dans les montagnes et a visiblement entendu parler de la chose auparavant (témoignages de survivants des opus précédents ?) mais son personnage est aussitôt trucidé, ce qui nous laisse dans le flou le plus total.
Mais le pire, l’argument que les spectateurs ramènent sans arrêt en parlant du film, est l’épilogue inutile qui contredit quelque peu les actions de certains personnages. En gros, le héros retourne en forêt après les évènements qui ont failli lui coûter la vie, afin de récupérer le magot restant dans le fourgon blindé. Ce qui en soit est intriguant car les détenus avaient visiblement embarqué la totalité du contenu, mais surtout parce que son coéquipier a trouvé la mort a cet endroit. Quand bien même Three Finger aurait dérobé son cadavre, une enquête fédérale devrait forcément avoir lieu et les agents auraient dû retrouver la trace du fourgon.

 

 

Quoiqu’il en soit notre homme est alors abattu par le détenu qu’il a laissé fuir, un homme supposément innocent l’ayant auparavant aider a vaincre les mutants. Même si le scénariste pense nous surprendre, sous couvert qu’il n’était qu’un menteur ayant simplement tiré son épingle du jeu pour survivre, cela ne correspond pas du tout a la bravoure dont il a fait preuve précédemment. Même en prétextant l’appât du gain et sa nature criminelle, cela reste difficile a avaler en plus de faire montre d’une coïncidence extraordinaire (deux hommes arrivant au même moment pour dérober le magot après une ellipse temporelle très nébuleuse).
Et pour finir, ce retournement final vient également introduire un nouveau cannibale. Sorti de nulle part, celui-ci est armé et semble avoir déjà fait une victime (laquelle ?) avant de passer a l’attaque. Qui est ce personnage ? S’agit-il d’un ancien mutant revenu a la vie ? D’un autre frère perdu dont on aurait jamais entendu parler ? Y a t-il une réserve infinie de consanguins dans les montagnes ? Wrong Turn 6 pourrait confirmer cette hypothèse mais cela reste particulièrement stupide.
Tout le monde sait que Détour Mortel 3 n’est pas a prendre au sérieux et que cette dernière scène n’est qu’une grosse blague, mais il est vrai qu’il est agaçant de voir la franchise utiliser d’aussi grosses ficelles pour faire effet sur le spectateur. Visiblement, cela n’a fonctionné sur personne. Mais que pouvions-nous attendre d’un scénario qui pille sans vergogne La Colline à Yeux en lui reprenant son courageux berger allemand, ou qui offre des dialogues de ce genre:

 

« Do you think I’m a slut ?
Yes. But that’s what I like about you.
I thought you loved my tits !
I do. You have perfect tits. »

 

 

A sa décharge, Connor James Delaney essaye quand même de créer un semblant de continuité avec les films précédents (on retrouve la tour de garde, détruite par le feu, et il ne reste que deux Moutain Men comme le laissait entrevoir la fin de Wrong Turn 2) en plus de faire quelques renvoies a l’original (l’héroïne porte un débardeur blanc, un personnage évoque Délivrance et le fourgon abandonné date des années 50). Ce n’est pas grand chose, mais c’est toujours appréciable de voir une certaine forme de cohésion dans ce qui supposé être un même univers. Au moins c’est un effort que le reste de la série ne cherchera même plus a renouveler…
Une déchéance qui est attribuable au réalisateur, Declan O’Brien, lequel va en fait s’occuper des deux prochains films a venir. Celui-ci vient du petit écran et cela se ressent, notamment dans la gestion des trucages visuels qui est absolument lamentable et témoigne du manque de budget de l’entreprise. Sous sa coupe, la saga Détour Mortel ressemble a une série de téléfilms pondus en vitesse, ce qui n’est pas sans évoquer l’évolution de franchises comme Anaconda et Lake Placid. En résulte une abondance de CGI très moches qui tranchent radicalement avec l’aspect des effets physiques. Un rendu laid, mal incrusté et donnant lieu a de mauvais raccords (les plans a l’intérieur du bus, passant la même portion de route en boucle). Inutile de dire que certaines séquences qui devaient être horribles en deviennent totalement hilarante, comme ce corps coupé en trois a la verticale, ou un décalottage de crâne révélant un cerveau façon jeu vidéo époque PlayStation 1.
Le montage n’aide pas vraiment et on peut notamment constater l’absence de transition entre la séquence pré-générique et le début du véritable film. C’est là que le titre devait clairement se positionner (avec visiblement l’utilisation d’un cadavre en trois morceau pour symboliser la numérotation), seulement il n’y figure pas. Le responsable s’est sûrement emmêlé les pinceaux car il le fait apparaître bien avant, dès le début du film là où se trouvent… Les logos des producteurs !

 

 

Il n’y a quasiment rien a sauver de ce désastre et, en l’état, Détour Mortel 3 est indéfendable. Les critiques n’ont pas manqués de le faire savoir, le considérant comme le pire de la série a l’époque et parfois même encore maintenant. Je ne serais pas si sévère et je dirais que ses nombreux défauts lui permettent quand même d’éveiller l’attention des spectateurs, ne serait-ce que pour les hilarants meurtres digitaux qui semblent provenir d’une bande démo importé de YouTube. Et si les maquillages physiques n’ont rien d’extraordinaires et que Three Finger ressemble de plus en plus a Freddy Krueger, il faut reconnaître le bon boulot pour le visage bouffi de Three Toe dont les traits évoquent effectivement ceux de son paternel.
Le cascadeur Borislave Iliev, qui incarne cette fois le cannibale ricaneur, semble s’éclater et son entrain est plutôt communicatif. Quant à la jolie Janet Montgomery (vue dans The Hills Run Red), elle parvient presque a donner vie a un personnage inexistant, ce qui est une prouesse en soit. Et puis elle porte très bien le débardeur moulant, ce qui ne gâte rien. Et ça, mesdames et messieurs, et la seule chose de vraiment positive que je peux dire a propos de Wrong Turn 3: Left for Dead est sur laquelle il convient de conclure.

 

2 comments to Wrong Turn 3: Left for Dead (2009)

  • Rigs Mordo  says:

    Excellente chronique, qui donne pas envie de voir le film alors… que les images donnent envie, elles! Comme quoi, le gore attire toujours et vu que la saga l’est. Je le verrai sans doute un jour, pour voir les effets, mais grâce à toi je saurai ne rien en attendre !

    • Adrien Vaillant  says:

      Je sélectionne toujours les images pour “attirer” le regard 😛 C’est traitre.

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