Dead Set (2008)

 

Dead Set

(2008)

 

 

The Walking Dead sombre de plus en plus suite à des décisions inexplicables (l’éviction du personnage de Carl), aux conséquences de celles-ci (plusieurs fans ont abandonné et Andrew Lincoln, acteur principal, a donné sa démission) et plus simplement par l’incompétence de son showrunner, Scott M. Gimple – peu aidé il est vrai par un comic-book qui a lui-même du plomb dans l’aile depuis bien longtemps. La saison à venir provoque pas mal de remous sur Internet, aussi il ne fait pas de mal de rappeler qu’il existe bien des substituts à cette calamiteuse série. Comme Dead Set par exemple, mini-série britannique en cinq épisodes de très courtes durées (une vingtaine de minutes, à l’exception du pilote qui en fait quarante-cinq) et que l’on doit entièrement à Charlie Brooker, créateur du petit hit qu’est Black Mirror.
Sortie en 2008, la chose est finalement passée plutôt inaperçue en-dehors du pays de Shakespeare, et ceci pour deux raisons: la première ce que nous étions alors au sommet d’une interminable vague de films de zombies, engendrée par Shaun of the Dead et le remake de Dawn of the Dead, qui inondait le marché d’avatars souvent pourris, exactement comme les morts-vivants qu’ils mettent en scène. La seconde c’est parce que cet opus s’est étrangement associé à l’univers de la télé-réalité, reprenant à son compte la fameuse émission Big Brother dont on a tiré chez nous les insupportables Loft Story et Secret Story. Pas vraiment de quoi appâter le client de films d’horreur, qui s’oppose presque par nature au spectateur décérébré de TF1.

 

 

Qui plus est, l’Angleterre télévisée faisant souvent dans la pantalonnade, on a vite fait de présumer qu’il s’agit là d’une copie de Shaun of the Dead en bien moins intelligent. Après tout les british sont bien responsables de Cockneys vs. Zombies, qui est tout aussi affligeant qu’il en a l’air. En réalité, Dead Set est l’exact contraire de cette idée reçue, préférant le réalisme et l’urgence de la situation à la comédie chorégraphiée de Edgar Wright. Même chose pour ses morts-vivants qui courent ici comme des lapins, à l’image de ceux de Zack Snyder ou des contaminés de 28 Jours Plus Tard dont il pourrait tout aussi bien être un spin-off. Un choix pas vraiment populaire chez les fans de George Romero, mais justifié par le point de départ de l’intrigue: il fallait ici une épidémie capable de décimer le pays de façon quasi instantanée, au point que les candidats d’un show télé ne puissent être évacués ni même prévenus des évènements…
L’histoire se déroule ainsi durant un Live de l’émission, lorsque l’un des participants doit être éliminé. Une grosse soirée pour l’équipe qui doit gérer à la fois la foule sur le plateau, les candidats en effervescence à cause du jeu, les interviews à organiser et tout le reste du bazar technique. La pauvre Kelly, assistante de l’imbuvable directeur (Patrick, un beauf vulgaire et macho qui déteste tout le monde) ne sait d’ailleurs plus où donner de la tête, devant concilier son boulot, son petit ami Riq avec qui elle a des problèmes de couple, et un amant pour qui elle a récemment craquée et qui lui demande de trouver cinq minutes dans son planning afin de s’envoyer en l’air dans un coin…

 

 

Tout son univers va être chamboulé lorsqu’une épidémie d’origine inconnue dévaste Londres et le reste du pays. Les morts se relèvent et prolifèrent de plus en plus tandis que les forces de l’ordre sont en déroute. Mais à Big Brother, on a pas le temps de regarder les informations pour savoir ce qui se passe, et bien vite quelques zombies débarquent dans le parking privé des employés avant d’investir le reste des locaux, la régie et le plateau extérieur où attendent les fans. S’ensuit un massacre général dont seul Kelly, Patrick et la récente éliminé parviennent à réchapper, se cachant dans les bureaux. Pendant ce temps, les candidats enfermés font la fête sans savoir ce qui se passe…
Le lendemain, cherchant en vain une échappatoire, Kelly fini par intégrer le loft et rejoindre les joueurs qui pensent à une blague. Lorsque la vérité est exposée, le petit groupe va devoir chercher comment s’échapper du bâtiment alors de plus en plus assiégé. Pendant ce temps Riq, qui a réussi à survivre de son côté, réalise que l’émission est toujours diffusée et y voit sa petite amie. Il se met alors en tête de la rejoindre afin de la sauver. Quant à Patrick, pleutre, il se cache dans une pièce et chie dans un seau en attendant de trouver quoi faire. Stéréotype même du protagoniste instable ayant tôt fait de détruire le faible équilibre d’un groupe, il va évidemment rejoindre le loft où il jouera une figure d’autorité menaçante…

 

 

Rien de neuf sous le soleil, et d’ailleurs ce n’est pas le but. Avec seulement une poignée d’épisodes durant moitié moins longtemps que le standard habituel, Dead Set ne cherche pas à réinventer la roue ni à approfondir ses personnages, qui resteront les mêmes du début à la fin. L’idée est simplement de jouer sur l’effet d’immédiateté face à la catastrophe, de montrer les réactions primaires (fuite, défense, soin, querelle), les coups de bols et les erreurs fatales, le tout dans un cadre ironique puisque représentant l’Humanité dans ce qu’elle a de plus superficielle. Impossible de ne pas penser à Romero et à ses piques aux travers de la société, et il y a effectivement un peu de ça, bien que la série soit un bien moins subtile grossière dans sa représentation. Le patron n’ai jamais perçu comme autre chose qu’un gros con et les participants de Big Brother viennent souvent nous rappeler qu’ils ont le crâne vide malgré tout (notamment lorsque l’un d’eux prend son temps pour lire les tabloïds alors qu’il explore une supérette où le danger rôde).
C’est là que l’humour prend le pas, même s’il s’agit de gags de surface ne venant jamais dédramatiser le moment ni caricaturer la menace. Oui, les disputes idiotes entre candidats se poursuivent même durant la fin du monde, oui on trouve un zombie en fauteuil roulant, et un autre tombe dans un jacuzzi sans réussir à sortir. Mais le fait est que Charlie Brooker fait avant tout un film d’horreur et ne se moque jamais du genre. Il suffit de voir ses références: outre les œuvres citées plus haut, il a également évoqué L’Enfer des Zombies et Le Massacre des Morts-Vivants !

 

 

Plutôt pas mal pour un gars bossant pour une télévision à l’audience très généralisée. Ses créatures sont ainsi de véritables monstres, pas une menace de fond, et représentent un sacré danger même en sous-nombre. Car sur un plateau de tournage, il y a d’innombrables recoins pour se terrer, des portes dans tous les angles, des couloirs plongés dans le noir en raison des enregistrements en direct, et des sas difficile à fermer ou à ouvrir. Une morsure suffit naturellement à tuer, mais ces zombies là veulent manger, dévorant un cadavre jusqu’au bout, avalant peau, muscles et entrailles !
Contrairement à The Walking Dead où l’apparition de quelques morts-vivants devient anodin puisque les protagonistes alignent les headshots et perforent les crânes à la chaine, ici chaque confrontation est brutale. Les contaminés sont rapides, observent leurs proies à travers les vitres sans teints ou les écrans de surveillance. Et étant donné la durée très réduite du show, il n’y a pas de combats inutiles. Les humains tombent comme des mouches, avec un certain sens du réalisme dans la manière dont tourne la roue du sort. Qui plus est, les maquillages sont horriblement gores et n’ont pas peur des plaies béantes. Ce ne sont pas tant les zombies qui impressionnent, finalement très simples (acteurs couvert de sang avec lentilles de contact), mais les cadavres et les blessures que l’on trouve en pagaille. Une séquence montre ainsi l’héroïne ramasser les débris d’une tête explosée à la balayette, tandis que Patrick découpe longuement un corps afin d’utiliser les restes comme appât: chapeau pour cette main coupée prolongée du radius et du cubitus !

 

 

Bref, pour ce qui est des morts-vivants, Dead Set réussi parfaitement son coup et se montre haletant lors des courses poursuites à pieds ou lorsque des masses humaines s’agglutinent contre de petites clôtures branlantes. A ce titre le dernier épisode, montrant les créatures atteindre les murs du loft qu’ils tambourinent avec force, est glorieusement apocalyptique. S’en dégage une sensation de claustrophobie et de fatalité, renforcée par ce moment où l’héroïne se retrouve coincée dans le minuscule confessionnal tandis qu’un autre trouve refuge dans une petite cabine de régie, les deux ne pouvant communiquer que par un système de haut-parleurs.
Mais outre le sang et les monstres, c’est la cruauté de certaines scènes qui frappe, et la vitesse avec laquelle une situation peu se renverser. Comme cette survivante qui traine avec Riq, quittant malgré elle un abri idéal afin de l’accompagner dans son plan insensé, et qui va se faire mordre sur le trajet. Ou ce pauvre candidat que Patrick parvient à retourner contre les autres en lui disant simplement la vérité à propos du jeu: il n’est pas apprécié du groupe et on le traite de moche ou de pervers dans son dos. Ce qui continue même après l’épidémie. Difficile de lui en vouloir de retourner sa veste. Même les héros se montrent sacrément tordus au final, puisque désirant neutraliser leur ancien patron de façon permanente pour éviter tout risque au groupe: ils hésitent entre lui trancher les tendons ou lui briser les chevilles de telle façon à ce que les os ne se ressoudent pas !

 

 

Ce n’est sans doute pas un hasard si les dernières images montrent l’émission perdurer après la fin du monde, quelques morts-vivants (anciens candidats) trainant toujours dans le loft tandis que les caméras, n’ayant jamais été coupées, continuent de diffuser les images à travers les télévisions allumées du pays, ne manquant pas d’intriguer les zombies qui regardent. Un final à la Romero finalement, beaucoup plus réussi que tout Diary of the Dead et préfigurant même totalement Black Mirror avec sa critique du mauvais emploi de la technologie. Ce n’était visiblement pas les premiers plans de Brooker, qui envisionnait un final différent et se déroulant six mois après l’affaire, mais parfois les contraintes budgétaires peuvent être bénéfiques…
Un point noir dans tout ça ? L’assaut final des contaminés, qui fait un bien trop gros emprunt au Jour des Morts-Vivants ! Et quand je dis “emprunt”, je parle de repompe éhontée, puisque l’on y trouve le même survivant déçu par son groupe (Miguel / Joplin) décidant d’ouvrir le portail où sont massés les morts, qui vont alors déferler dans le minuscule refuge des protagonistes. Le grand méchant (Rhodes / Patrick) tombera dans leurs bras et se fera couper en deux tout en les insultant: la géniale réplique “Choke on ’em” est ici recyclée en quelque chose du genre “Allez-y, bouffez-moi les tripes, de toute façon elles sont plein de merde” ! Et pour pousser le bouchon encore plus loin, le personnage est achevé par décapitation, comme ce pauvre G.I. nommé Torrez.

 

 

Beaucoup trop référentiel. Au même titre que la fin originale qui devait montrer les zombies à un stade tellement avancé de décomposition qu’ils ne pouvaient plus que trainer la patte. Mais ce petit vol ne forme que quelques minutes de toute façon assez nerveuses et sanglantes pour être appréciées, très loin des aberrations régulières que nous offre The Walking Dead comme ce daim en images de synthèse ou les nombreuses conversations répétitives débitées au son incessant des crickets. Du reste, les fans de Big Brother (?), ou au moins les amateurs de satires, pourront s’amuser du fait que Dead Set ne se contente pas de créer un analogue de cette émission: produite par Endemol, la série utilise littéralement Big Brother, parodiant même son fameux logo en forme d’œil a qui il fait pleurer des larmes de sang. Les décors furent construit pratiquement à l’identique, et l’introduction montrant l’éviction d’une candidate fut tournée durant un véritable Live, l’actrice ayant été catapultée devant de véritables fans qui n’ont pas du bien comprendre ce qui se passait. Où quand la fiction parasite la réalité !
Cela alla encore plus loin, Brooker ayant écrit son premier jet durant Big Brother 6 et s’étant inspiré des candidats d’alors pour créer les siens. Il invita ensuite plusieurs joueurs pour une apparition, leur faisant croire à une véritable réunion télévisée avant de les terroriser afin de filmer leur grosse frayeur ! Pas rancunière, la véritable émission rendit plus tard hommage à Dead Set, son “miroir noir”, en s’inspirant de son scénario pour créer une épreuve de jeu.

 

 

Et ainsi, en 2014, Big Brother fit croire à ses candidats qu’une véritable épidémie secoua le pays, faisant semblant d’interrompre son programme pour observer les réactions spontanées. Les producteurs prirent même la peine de soumettre l’idée à Brooker afin qu’il donne sa permission. Pourquoi diable ce genre de cross promotion n’arrive jamais par chez nous, bon sang ?! En creusant, on peut même trouver un autre tie-in improbable, la reproduction de la région zombifiée où se déroule l’intrigue pour une map de Urban Dead, un MMORPG zombiesque méconnu. Pas nécessairement du grand art, mais un petit bonus sympathique pour quiconque y joua tout en appréciant la série. Et il y a beaucoup à apprécier, entre le rythme soutenu, le gore énervé, l’humour à froid, les têtes qui explosent et la vitesse incroyable avec laquelle défilent les deux heures de programme.
Dead Set est donc fortement recommandé, que vous appréciez The Walking Dead ou non. Les uns pourront y jeter un œil pour combler l’attente entre deux saisons, les autres y trouveront un remplaçant bien plus efficace, cohérent et concis !

 

 

 

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