To All a Goodnight (1980)

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To All a Goodnight

(1980)

 

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Il est intéressant de constater que si To All a Goodnight sort relativement tôt durant le grand boom du slasher, et s’il précède de quatre ans Silent Night, Deadly Night dans l’utilisation d’un costume de Père Noël, le film est loin d’être aussi connu que celui-ci ou que ses nombreux cousins (Christmas Evil, Don’t Open Till Christmas). La raison tient évidemment dans la qualité du machin, clairement pas très bonne, et dans un manque d’originalité assez surprenant malgré la rareté du sujet d’alors. Car outre le proto slasher Silent Night, Bloody Night en 1972 et le grand classique Black Christmas en 1974, la christmasploitation horrifique était encore un grand terrain vierge à explorer qui permettait beaucoup d’innovations. Manque de bol, le thème est ici sous-employé: peu de décorations hormis un sapin et quelques guirlandes, pas de musique, pas de neige et un Santa Claus à peine visible, le réalisateur semblant incapable de mettre en scène son tueur correctement. Autant dire que cette production n’a pas grand chose à proposer hormis quelques meurtres et voilà donc pourquoi elle resta dans l’ombre jusqu’à sa ressortie récente en blu-ray.

 

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Ce qu’elle possède en revanche, c’est la présence de David Hess aux commandes et d’intriguants parallèles avec Vendredi 13, sorti plus tôt la même année. Et s’il est facile de considérer ces derniers comme du simple copiage, il est bon de rappeler que l’inoubliable interprète de Krug a justement travaillé avec Sean S. Cunningham sur La Dernière Maison sur la Gauche. Les deux hommes se seraient-ils partagés quelques idées en vue d’un autre projet ? Car ce sont bien des grandes lignes qui coïncident ici, de la mort accidentelle d’un enfant à la folie de sa mère qui prendra sa revanche des années plus tard sur de pauvres innocents, en passant par le vieux fou nommé Ralph, la visite de la police, les meurtres en vue subjective, les fondus en blanc (ici rouges) et la hache plantée dans un visage. Tout n’est pas dévoilé dans le même ordre et certaines séquences ont plus d’importance chez l’un ou chez l’autre, mais il est indéniable que les deux œuvres partage le même squelette. Pour autant les scripts furent écrit par différentes personnes (d’un côté Victor Miller, de l’autre Alex Rebar, l’astronaute liquéfié de The Incredible Melting Man), alors allez savoir…

 

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Ce qui est sûr c’est que To All a Goodnight ne tient pas la comparaison. Car le film est lent, filmé dans la pénombre d’un seul décor et doté d’un esthétisme Seventies qui a plutôt mal vieilli. Ce qui n’aurait pas été un problème si Hess avait été capable de créer l’ambiance comme ses prédecesseurs (Halloween et Vendredi 13 fonctionnaient eux aussi à l’économie la plus totale), hélas il s’en montre incapable, filmant son histoire le plus platement possible avec d’interminables dialogues et promenades dans les couloirs de cette école pour jeune filles fermée pour les vacances de Noël. C’est là qu’à lieu un horrible accident un soir de bizutage, l’une des pensionnaires faisant une chute mortelle après avoir été effrayée par ses camarades (une intro complètement calquée sur celle de Prom Night, qui date aussi de 1980). Deux ans plus tard, à la même période, quelques étudiantes se retrouvent coincées sur place, abandonnées par leurs riches parents qui ont mieux à faire que passer les fêtes en famille. Les demoiselles projettent déjà d’avoir du bon temps avec quelques garçons d’un collège voisin pour compenser, mais une figure menaçante rôde.

 

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Très vite, et avec régularité, celle-ci va éliminer quiconque traine dans les parages, que ce soit les adolescentes et leurs copains, le personnel de l’internat et même les flics venu enquêter après la découverte d’un cadavre. Au total c’est plus d’une douzaine de victimes qui vont mordre la poussière, ce qui pour l’époque est assez surprenant et peut être vu comme l’unique atout du film. La qualité des meurtres reste cependant bancale avec quelques effets efficaces et d’autres beaucoup moins satisfaisants, et même du hors-champ paresseux. Couteau planté dans le dos ou en plein cœur, égorgement sans jet de sang mais avec une vilaine plaie, crâne fracassé avec une pierre après une très mauvaise baston entre le Père Noël homicide et un jock détestable, étranglement par cordelette en métal et, donc, le fameux coup de hache en pleine poire repiqué à Vendredi 13. Rien qui ne sorte vraiment du lot, en revanche on peut compter sur deux double meurtres forts sympathiques: dans le premier, un couple fait l’amour sur une peau d’ours dans une salle à décoration médiévale. A la surprise général, le meurtrier se révèlera avoir été caché depuis le début dans une armure !

 

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En ayant sans doute assez, il va littéralement partir à l’assaut des jeunes, décochant un carreau d’arbalète dans la nuque du jeune homme alors en plein missionnaire avant de terminer sa compagne à la hache de guerre, lui tranchant la tête qu’il va ensuite planter sur le pommeau d’une douche. Dans l’autre une étudiante trouve refuge auprès de l’aviateur ayant débarqué les garçon, espérant s’enfuir par les airs. Une hélice étant défectueuse, le pilote répare le rotor sans se douter que Santa Claus est entré dans l’appareil, et bien sûr celui-ci va s’emparer des commandes pour réduire en charpie les deux zozos se tiennant un peu trop près des pales, avec une giclée sanglante sur le cockpit. Voilà qui éveillera un peu l’intérêt du spectateur, au même titre que l’ambiance ultra sexuelle que le réalisateur semble avoir récupéré de son passage en Italie: les flics censés protéger les étudiantes n’ont aucun scrupule à baiser avec elles pendant leurs heures de services, les filles n’hésitent pas non plus à passer d’un mec à l’autre selon leurs envies et c’est ici un jeune homme qui est présenté comme le timide qu’il faut pousser à l’acte.

 

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Les actrices passent leurs temps en lingerie et se déshabillent fréquemment, et la comédie pour teenagers n’est pas loin lorsque ce geek puceau se montre plus intéressé par son livre de science que par  la demoiselle en bikini qui l’allume à n’en plus finir. Une légèreté parfois difficilement conciliables avec d’autres séquences plus sombres, comme lorsque l’héroïne est visité en pleine nuit par un Ralph concerné qui l’enjoint assez férocement à prier pour le salut de son âme, ou quand l’une des victimes devient folle après une grosse frayeur, se retrouvant à danser et fredonner dans son coin sans se soucier de ce qui se passe autour d’elle. De l’humour noir – là encore très italien dans l’âme, vient chambouler encore un peu plus la tonalité du film, comme lorsque le Père Noël écrase une main qui dépasse du sol après avoir enterré les corps dans le jardin, ou quand l’aviateur ricanne en apprenant la mort de son méprisant patron. Enfin, et c’était inévitable vu le budget et l’inexpérience de David Hess, le facteur nanar est également présent par le biais de quelques maladresses et fautes de goût bien senties.

 

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Citons des accessoires étranges, du day for night peu convaincant, des jingles à suspenses inappropriés, un mannequin trop visible lors d’une chute, et une longue séquence où l’héroïne délaissée par ses amis s’emmerde tellement qu’elle les observe s’envoyer en l’air tout en noyant son chagrin dans un verre de lait. Bref, c’est le chaos, et il est évident pourquoi To All a Goodnight n’avait aucune chance d’être cité parmi les grands du slasher hivernal. Malgré tout, il semble presque clairvoyant par instants, préfigurant quelques éléments à venir dans le genre comme évidemment Silent Night, Deadly Night (le tueur en costume de Santa s’emparant d’une hache), mais aussi Les Griffes de la Nuit (l’héroïne nommée Nancy que l’antagoniste poursuit en prononçant son nom d’une voix rauque) et même Scream avec ce twist final dévoilant un binôme de meurtriers. Deux films comme par hasard signé Wes Craven, réalisateur de La Dernière Maison…. Encore une fois, fort possible que quelques idées aient filtré d’une personne à l’autre en cours de tournage. Dans tous les cas cela ne suffira pas à sauver le film, trop mal foutu pour vraiment fonctionner.

 

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Il faut dire, entre un tournage expédié en dix jours (l’équipe dormait sur le lieu de tournage pour gagner du temps) et les moyens très limités soulevés par la productrice Sandy Cobe (Terror on Tour la même année, très cheap aussi, Open House en 1987, bien plus recommandable), il ne fallait pas espérer de miracles. Au moins le casting est agréable à regarder et les filles semblent s’être amusée à jouer ces mangeuses d’hommes très éloignées des clichés habituels, exception faite de la final girl un peu nunuche, mais puisqu’elle est jouée par l’adorable Jennifer Runyon (vu dans Carnosaur, et jolie étudiante que Bill Murray voulait pécho au début de Ghostbusters) on ne viendra pas trop se plaindre. Bon point également pour l’apparition inattendu du hardeur Harry Reems, star masculine de Gorge Profonde, dans un tout petit rôle que l’on doit probablement à Fred J. Lincoln, complice de Hess dans La Dernière Maison… et partenaire de Reems sur quelques bandes cochonne à la même époque (The Altar of Lust, Fleshpot on 42nd Street, The Weirdos and the Oddballs). L’échec artistique et critique du film aura mis un frein aux ambitions de David Hess, qui après ça en resta à l’acting et à la musique, deux domaines où il se montre effectivement infiniment plus doué.

A lire également, la chronique de Rigs Mordo, gardien de la crypte toxique, qui semble être a peu près du même avis sur le sujet.

 

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