The Curse (1987)

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The Curse

(1987)

 

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La Couleur Tombée du Ciel de H.P. Lovecraft a connu plusieurs adaptations au cinéma, du Messager du Diable de 1965 avec son Boris Karloff radioactif à Color Out of Space en 2019 avec un Nicolas Cage exalté. Entre les deux, les années 80 nous apportèrent The Curse, chez nous joliment titré La Malédiction Céleste mais qui s’appelait à l’origine The Well (le puit, élément important de la nouvelle) du temps où le projet fut annoncé, puis The Farm en cours de tournage. Une version assez particulière puisqu’il s’agit d’une coproduction italo-américaine supervisée par un mogule du Bis, Ovidio G. Assonitis (Beyond the Door, Piranha 2, Tentacules), et supposément par Lucio Fulci lui-même ! Un producteur associé d’après le générique qui anglicise son nom en Louis Fulci, un simple employé d’après Assonis, qui insiste sur le fait que le Parrain du Gore n’était pas impliqué dans le développement du film, se contentant du poste de réalisateur de deuxième équipe. Dans tous les cas l’idée de base fut étonnament inspiré d’une crise socio-politique d’actualité plutôt que d’une envie de rendre hommage au papa de Cthulhu.

 

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C’est le fameux conflit entre l’administration Reagan et les fermiers des États-Unis, lié à l’un des plus gros désastres économiques du pays où de nombreuses familles et sociétés oeuvrant dans l’agriculture se retrouvèrent ruinées et abandonnées par leur gouvernement. On retrouve un peu de cette tension en filigrane dans cette mouture, avec une description plutôt lugubre de la vie de paysan, perçu comme obsolète par les politiciens et difficilement rentable. Un thème absent de l’histoire originale mais qui en rajoute ici à la tension vécue par la famille Crane, dont la vie est déjà bien compliquée avant même que le cauchemar ne commence. Un concept que l’on doit au scénariste David Chaskin qui avait déjà intégré un fort sous-texte homosexuel dans La Revanche de Freddy avant ça. Bizarrement le nom de Lovecraft n’est indiqué nulle part et il est difficile de dire si Assonitis n’en avait pas vu l’intérêt par ignorance ou si c’était pour contourner quelques obligations légales. Une erreur de sa part en tout cas, puisque même à l’époque le nom était bankable et frais dans les mémoires grâce au succès de Re-Animator.

 

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En tout cas ce n’est pas le nom du réalisateur qui attira les foules, David Keith étant un acteur méconnu qui signait là son premier passage de l’autre côté de la caméra. On aura pu le croiser dans Charlie d’après Stephen King, le Two Jakes de Jack Nicholson, et il fut le père boxeur de Matt Murdock dans le Daredevil de 2003. A sa décharge il s’en sort plutôt bien pour un metteur en scène inexpérimenté, surtout si l’on prend en compte le fait qu’une bonne partie de l’équipe technique était italienne, et s’il ne reproduit jamais l’ambiance propre à l’écrivain de Providence, il parvient à créer la sienne en lorgnant parfois du côté du Crazies de George Romero (préfigurant beaucoup le remake de celui-ci au passage) avec un soupçon de hicksploitation. Naturellement la présence de Fulci à ses côtés explique probablement la réussite de cette atmosphère assez sombre et fataliste qui devient franchement horrifique si l’on décide de regarder le film du point de vue du père plutôt que du fils, héros imposé mais pas forcément intéressant à suivre. Un gamin servant d’observateur passif autour duquel s’articule les autres protagonistes.

 

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Il s’agit de Zack, adolescent dont la vie de famille est devenue pénible depuis que sa mère s’est remariée avec Nathan Crane, un homme autoritaire ne jurant que par la Bible. Sans cesse rabaissé par celui-ci et provoqué par son fils idiot, le garçon rumine et semble incapable de trouver sa place. Sa maman connait elle-aussi quelques problèmes puisque son époux la refuse au lit pour des raisons religieuses, la frustrant sexuellement au point qu’elle fini par commettre l’adultère malgré elle. Le malaise est d’autant plus grand que le commerce du fermier va mal, la municipalité lui proposant de racheter sa priopriété pour se débarasser de lui. La situation va prendre un drôle de tournant lorsqu’un météor s’écrase sur le terrain de la famille, sorte de cocon organique suintant un étrange liquide qui va finir par fondre et se répendre dans la terre. Se faisant la chose va contaminer la nappe phréatique et donc l’eau qui alimente le puit utilisé tant pour l’abreuvoir des animaux que le potager. Une apparente bénédiction pour les Crane, puisque le jardin devient aussitôt luxuriant et bien pourvu.

 

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Cependant les fruits et légumes sont pourri de l’intérieur, les bêtes deviennent agressives et l’eau du robinet a un goût bizarre. D’étranges incidents vont se répéter, sans cesse plus étranges et dangereux, et Nathan va finir par se réfugier dans ses croyances, pensant qu’il s’agit d’une punition divine. Zack va tenter de s’allier avec le médecin local pour comprendre le problème et sauver sa famille, mais il est peut-être déjà trop tard: sa mère se métamorphose progressivement en véritable monstre qu’il va falloir enfermer à la cave, et son beau-frère commence à montrer les mêmes symptômes… Du pur body horror moderne qui vient remplacer la lente dégradation du texte originale, plus subtile et plus gothique, mais forcément plus vieux, et les horreurs généralement indescriptibles de l’écrivain sont ici pleinement montrées. Des poulets morts vomissent la substance alien dont ils sont gorgés, d’énormes cloques apparaissent sur le visage des infectés qui se transforment pratiquement en Deadites dans la dernière partie du film, et l’un des personnages va se liquiéfier jusqu’à l’état de mélasse noire façon Street Trash.

 

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Si l’on met de côté la conclusion un peu trop délirante, plus proche d’un clone d’Evil Dead qu’autre chose avec ces pseudo démons vomissant de la bile et capable de survivre après avoir été empalé par une fourche, The Curse fonctionne plutôt bien dans sa représentation du malheur oppressant, surtout si l’on prend le parti de Nathan comme évoqué plus haut. S’il est désigné pour être l’antagoniste avec son comportement rustre et ses valeurs ultra conservatrice, il n’est pas un véritable méchant pour autant. Juste un fermier qui peine à faire vivre sa famille en raison d’un business défaillant et dont la vie sentimentale vole éclat en raison de ses mœurs trop rigoureuses. Et soudain tout bascule: sa femme le trompe, son bétail meurt, ses plantations sont ruinées, un conseiller municipale lui rappel à quel point son avenir ne tient qu’à un fil et la folie s’empare des siens. Sa foi et ses convictions sont mises à rude épreuve et il va finir par se réfugier dans la Bible, devenant totalement fou puisque incapable de comprendre ou de contrôler la situation. En un sens le météor est ici l’incarnation du Mal, arrivant justement chez lui alors qu’il surprend son épouse dans les bras d’un autre…

 

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Une scène illustre notamment son désarroi, lorsqu’il découvre ses bêtes entrain de pourrir vivante. Un cochon transformé en masse putride va se décomposer sous ses yeux, dévoilant ses tripes rongées par les vers et les insectes qui vont lui exposer au visage. Impossible de ne pas ressentir de la peine pour cet homme complètement dépassé par ce qui lui arrive et trop simple pour s’en rendre compte. Le sort de sa conjointe n’est guère mieux, dévorée corps et âme par le fluide extraterrestre. Elle va se coudre la peau de la main avec du fil et une aiguille en réparant une chaussette, et fini attachée au lit à la manière de L’Exorciste, son apparence se déformant de plus en plus avec le temps. Elle arrache même la gorge d’un visiteur curieux avec ses griffes, mais hélas la séquence n’a pas dû être tournée par Fulci puisque peu violente et éludant le reste de l’action alors que le monstre s’apprête à éventrer la victime pour s’en repaitre. Même chose lorsqu’une femme est dévorée par des chiens enragés, idée très italienne dans l’âme et maintes fois utilisée chez eux qui est honteusement présentée hors champ ici.

 

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Une question de budget peut-être, car il est clair que beaucoup d’argent a été dépensé dans la destruction de la ferme lors du final. La maison s’écroule, le plâtre tombe des murs, les lattes de bois explosent dans tous les sens et les portes volent en éclat. Impressionnant et effectif, même si totalement pompé sur Poltergeist et faisant un pauvre substitut pour l’inondation de la région comme raconté dans la nouvelle. Il est bien mentionné la construction prochaine d’un barrage, mais cela n’a jamais lieu et sert plus de toile de fond pour expliquer le renvoi des agriculteurs locaux. Une entorse à Lovecraft que les puristes ne pardonneront de pas, tout comme l’absence de la couleur cosmique du titre, le cocon se contentant d’émettre un peu de lumière avant de se dissoudre. Sans surprise nombreux sont ceux qui considèrent de ce fait The Curse comme une mauvaise série B. Dommage, même s’il y a forcément quelques éléments qui peuvent apporter un peu d’eau à leur moulin comme lorsque Zack latte littéralement les couilles de Nathan durant l’ultime confrontation, ou quand une bimbo séduit exagérément son homme façon film érotique.

 

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Oui le résultat est perfectible, parfois trop démonstratif pour son propre bien, et la dernière partie frôle le n’importe quoi. Toutefois en prenant cette adaptation pour ce qu’elle est, et sans la comparer ouvertement à son modèle, le bilan est bien plus positif. Et l’ambiance est bien là, n’en déplaise aux accros de la littérature d’un autre temps, avec notamment une sympathique bande-son aux notes de guitares mélancoliques (qui repompent par instants The Shape Stalks d’Halloween, mais qui ira s’en plaindre ?). Le film est également porté par de bonnes prestations, avec le vétéran Claude Akins (Rio Bravo, La Bataille de la Planète des Singes) dans la peau de Nathan, et Wil Wheaton (Stand by Me, et insupportable Wesley Crusher de Star Trek: The Next Generation) dans celle de Zack. Apparemment le jeune acteur ne voulait pas faire le film et se fit forcer la main par sa propre famille, séduite par le gros salaire proposé. Il est évident qu’il ne respire pas la joie de vivre devant la caméra, mais cela ne fait que renforcer l’inquiétude ressentie par son personnage. Dommage que Treat Williams, annoncé tôt dans la production, ne soit pas de la partie.

 

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Si l’on ne peut pas dire que The Curse est rencontré un incroyable succès à sa sortie, sa carrière en vidéo se montra très rentable au point qu’Ovidio G. Assonitis exploita le filon a la manière de son Beyond the Door, dont le second et le troisième opus sont des films indépendants et transformés en séquelles par retitrage. L’année suivante The Bite devint Curse II: The Bite, puis un Panga datant de 1990 avec Christopher Lee fut changé en Curse III: Blood Sacrifice. Enfin le Catacombs de David Schmoeller, réalisé en 1988, connu une réédition sous le titre de Curse IV: The Ultimate Sacrifice en 1993, sans l’aval de son auteur. Y a pas à dire, malgré les consonances américaines que partagent ces quatre films, nous sommes vraiment là en plein Bis italien !

 

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GALERIE

 

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