Sleepaway Camp (1983)

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Sleepaway Camp

(1983)

 

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AVERTISSEMENT: Qu’il est loin le temps où l’on pouvait faire l’expérience de ce Massacre au Camp d’Été sans connaître à l’avance sa surprenante conclusion. Désormais la moindre recherche Internet bombardera le curieux de spoilers et l’image finale est l’une des premières choses mise en avant par l’algorithme Google Il me paraît cependant peu intéressant de parler du film sans l’examiner en connaissance de cause, puisqu’il n’y aurait pas grand chose à en dire si ce n’est qu’il s’agit d’un énième slasher se déroulant dans un camp d’été. Que le lecteur soit prévenu, cette chronique se fait sous l’angle de la divulgation totale et je préfère renvoyer quiconque souhaite se garder la surprise à l’article de mon collègue Rigs Mordo de la Toxic Crypt, grand passionné du genre qui a fait le choix inverse.

 

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Sorti en 1983, alors que le slasher atteint son apogé et que ses avatars se multiplient comme des lapins, Sleepaway Camp aurait pu passer inaperçu s’il avait choisi de se terminer sur une note différente et plus générique. Certains pensent d’ailleurs qu’il ne vaut que pour ce twist final, n’y voyant là rien de plus qu’un dernier stinger à la Vendredi 13 conçu afin de donner une forte impression au public juste avant qu’il ne quitte la salle de cinéma. On peut effectivement voir les choses ainsi et il est indéniable que dans sa conception l’oeuvre n’est rien d’autre que la scène d’intro de Halloween transposée à Crystal Lake. Ce serait cependant ignorer un sacré pan du film: le très fort sous-texte sexuel servant de thématique principale. Et je ne parle pas de nudité de où parties de jambes en l’air mais bien de toile de fond. Car il y a un peu plus que le secret bien gardé de l’héroïne dans cette histoire, de nombreux détails venant dresser le portrait d’une Amérique trouble et prédatrice rejettant ses frustrations sur autrui.

 

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Tout commence par un accident: Angela et Peter, deux jeunes enfants, s’amusent au lac avec leur père pour les vacances. Lorsqu’ils tombent à l’eau en se chamaillant, ils sont heurté de plein fouet par un bâteau conduit par de jeunes idiots et le papa trouve la mort avec l’un de ses gamins, dont l’identité ne nous est pas confirmée volontairement. Huit ans plus tard nous retrouvons Angela, maintenant une jeune adolescente introvertie que l’on imagine encore traumatisée par l’évènement. Elle habite chez sa tante Martha, une excentrique, et son cousin Ricky qu’elle va devoir accompagner au Camp Arawak pour cet été. Et si le garçon est ravi d’y retrouver son meilleur ami Paul et sa copine Judy, la jeune fille va y vivre un véritable cauchemar à cause de son comportement associale. Méprisée par pratiquement tout le monde, elle ne pourra compter que sur le soutien de Ricky, prêt à tout pour la protéger, et de son pote qui va s’éprendre d’elle. Et bientôt tout ceux qui lui causent vont tomber comme des mouches, tués par un mystérieux assaillants…

 

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Qui est donc le tueur ? La chétive Angela, qui cacherait une folie meurtrière derrière son mutisme ? Paul, qui serait tombé amoureux d’elle ? Ricky, qui prend constamment sa défense avec agressivité ? Ou le directeur du camp, qui sous prétexte de protéger la réputation des lieux prétend que ces attaques sont de simples accidents ? L’habituel whodunit aux multiples suspects en somme, qu’il ne serait pas désagréable de revoir comme la première fois puisque la plupart d’entres nous savent désormais de quoi il en retourne. L’assassin c’est bien sûr Angela, en fait Peter forcé de se travestir et d’assumer l’identité de sa sœur morte depuis son accident. La faute à sa tante complètement folle qui, l’ayant adopté, ne voyait pas l’intérêt d’avoir un deuxième fils et en fit la fillette qu’elle avait toujours rêvée d’avoir. Une révélation rendue d’autant plus mémorable par son exécution, avec le désormais célèbre “visage” de l’actrice principale figé en un horrible rictus, et bien sûr le pénis bien visible entre ses jambes.

 

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Une image qui fonctionne du tonnerre encore maintenant, bien aidée par un accompagnement musical dramatique, et ce malgré la fameuse réplique “Oh my God, she’s a boy” déclamée d’un ton inexpressif par l’un des témoins de la scène. Il faut dire que le responsable du projet, Robert Hiltzik, soigne son film bien plus que de raison, s’y impliquant corps et âme: il est scénariste, réalisateur, producteur même, ayant investie l’argent qu’il venait tout juste d’hériter au décès de sa mère, et il tourne dans un camp de vacances qu’il fréquentait dans son enfance. La tragédie d’Angela, il la prépare minitieusement, semant de nombreux indices tout au long de l’intrigue au point que l’on se demande comment il est possible de les rater: d’emblée c’est Peter que l’on voit barboter dans l’eau après le passage du bâteau, ayant donc survécu au choc, tandis que sa tante déclare ouvertement avoir créée de faux papiers pour cacher la supercherie, demandant à Ricky de garder le secret puisque cela pourrait leur attirer des ennuis.

 

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Nous apprenons aussi que la jeune “fille” ne prend jamais sa douche en même temps que les autres et son comportement asocial et asexuel apparait comme une véritable pancarte “je ne suis pas comme tout le monde”, surtout dans le cadre de la colonie de vacances où les jeunes mettent ouvertement leurs corps et sexualités en avant. Les garçons se baignent à poils en espérant que les demoiselles en face autant, la diabolique Judy est fière de sa féminité et ne perd jamais une occasion de la mettre en avant, sautant sur tout les mecs lui paraissant virile (tout en rejettant son ancien copain Ricky, qui ressemble toujours à un jeune garçon) et une monitrice à peine plus vieille que les grands dont elle a la charge en pince pour le vieux directeur du camp, plus mature à son goût. Angie de son côté ne parle pas, ne joue pas, ne mange pas, et observe tout ce petit monde sans exprimer la moindre émotion. Elle ignore des jeunes venant la draguer et va rendre Judy furieuse en refusant de répondre à ses provocations. Il n’y a chez elle ni colère, ni désire, ni peur.

 

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Seul Paul va réussir à la faire sortir de sa coquille, mais pour une relation d’abord platonique puisqu’elle va se renfrogner aussitôt qu’il lui fera un simple bisou. C’est lorsqu’il va tenter d’aller plus loin que nous auront un bref aperçu de la psyché perturbée de la meurtrière, qui cache peut-être un secret plus sombre encore que le trouble d’identité: aors que le jeune homme pousse les câlins un peu loin, elle se souvient avoir surpris son père homosexuel au lit avec son amant, alors qu’ils faisaient l’amour. Si Peter et Angela en rient d’abord, nous les voyons ensuite s’observer en silence dans leur chambre, le garçon levant lentement le doigt vers la fille comme pour la toucher, tandis qu’elle perd son sourire. Il y a donc une forte possibilité pour que l’enfant ait eu une relation incestueuse avec sa sœur, et alors il est permis de se demander s’il n’y a pas une certaine complicité de sa part dans le travestissement et l’usurpation d’identité. Et c’est finalement plus ce trauma là que la peur de voir son corps mâle être découvert qui lui fait fuir le contact physique de son amoureux.

 

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De la même façon on peut émettre la possibilité que Peter/Angela est envieux du corps de Judy, tout en courbe là où il/elle est évidemment plat(e) comme une planche. Leur conflit commence justement lorsque le premier observe longuement la seconde, qui prend cela comme une attaque personnelle. Ce n’est en tout cas pas un hasard si l’assassin s’en prend à sa féminité, en lui plantant un fer à friser entre les jambes. Un meurtre qui laisse éclater toute la la frustration et la jalousie d’une Angela qui se doute bien qu’elle ne peut pas gagner contre cette rivale qui lui vient justement de lui voler Paul pour lui faire mal, l’embrassant sous ses yeux. Cette revanche contre l’Autre sexué est tout autant apparente (et compréhensible) lorsque tombe la première victime: un cuisinier pédophile qui tente de s’en prendre à elle avant d’être surpris au dernier moment par Ricky, qui va intervenir. A priori fragile et sans défense, Angela va se venger en poussant l’agresseur contre une gigantesque marmite remplie d’eau bouillante.

 

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Tout comme il n’y a guère de délivrance pour les enfants victimes de viol, le pervers ne trouvera aucun soulagement dans la mort, survivant pour mieux souffrir le martyre. Une douleur qui caractérise d’ailleurs très bien Sleepaway Camp, les meurtres y étant exceptionnellement brutaux et plus malsain que dans les autres slashers de la même époque. Faute de budget et d’expérience, le réalisateur ne peut verser dans le gore à la Tom Savini et troque les couteaux et les haches contre des méthodes plus créatives qui font grincer les dents: ruche d’abeilles lancée dans un endroit clos avec insectes agglutinés sur le cadavre, noyé dont le corps est retrouvé dévoré par la faune marine, grand brûlé dont la peau se cloque en directe sous nos yeux… Et jusqu’à une bande de mioches massacré à la hache dans leur duvet alors qu’ils dormaient à la belle étoile ! De vrais enfants, pas les habituels adultes prétendant être des adolescents, car le film se montre réaliste dans sa représentation du camp de vacances où se côtoient des gamins d’âges différents.

 

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En résulte une ambiance poisseuse (bonjour le papier tue-mouche dans la cuisine) et vicieuse où les plus mauvais instints de chacun ressortent au grand jour. Que ce soit le directeur du camp paranoïaque qui fini par battre Ricky pratiquement à mort en le pensant coupable, Angela qui étouffe les hurlements de Judy avec un oreiller lorsqu’elle brûle son intimité, ou les enfants qui martyrisent leur souffre-douleur au point que celui-ci s’empare d’un couteau par colère, tout le monde ou presque se comporte horriblement. Difficle parfois de ne pas prendre le parti de l’assassin qui agit parfois en véritable justicier, transperçant d’une flèche la gorge de celui qui a frappé son cousin, ou plantant un poignard dans le dos (et descendant lentement le long de la colonne vertébrale) de cette monitrice qui n’hésite pas à participer au harcèlement de l’anti-héroïne en dépit du règlement. Disons-le clairement: le film surclasse aisément la concurrence d’alors en termes d’atmosphère, d’histoire, de personnage, et allons-y franchement, de psychologie.

 

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Car ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir la slut de service verser une larme, et Judy montre à l’occasion sa vulnérabilité et son mal-être. Après qu’elle se soit bécotée avec Paul pour blesser Angela, Ricky décide de l’envoyer chier plutôt que de continuer à baver sur elle et cela l’affecte fortement. Plus tard elle tente de se consoler dans les bras d’un autre gars qu’elle va copieusement insulter, dans l’attente d’une réaction de sa part qui ne viendra jamais puisqu’il se contente de la quitter. Tout comme Angela, elle semble incapable de communiquer normalement avec les autres, et son attitude extravertie n’est qu’une façade. En parallèle Angela va enfin laisser éclater ses sentiments (elle massacre plusieurs personnes à la chaine) puis décide de s’offrir à son petit ami d’un air décidé et fataliste. Elle sait d’avance qu’il ne l’acceptera jamais mais va délibérement provoquer cette réaction, un peu comme pour justifier son meurtre. Lorsqu’on la retrouve, elle paraît paisible, caressant les cheveux de son amoureux que l’on pense endormi contre elle.

 

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Mais c’est un monstre sauvage qui se révèle à nous, tenant dans se bras la tête coupée de Paul. Surpris dans cette intimitée la plus totale, Peter se révèle tel qu’il est réellement, de corps (le pénis) comme d’esprit (il grogne comme un animal et son visage est déformé par la folie). De leurs côtés Cropsy, Harry Warden, Jason Voorhees, Madman Marz et Michael Myers découpent leurs proies avec les plus minimalistes des motivations. Robert Hiltzik peut bien se targuer d’avoir offert une véritable perle au genre, même s’il commit quelques fautes de débutants qui se font de plus en plus voyantes au fil des années. Le film se trainent un peu par endroit, avec notamment cette interminable partie de baseball qui ne sert à rien, l’acting laisse franchement à désirer entre ceux qui en font des caisses (Judy, limite hystérique) et ceux qui en font le moins possible (Ronnie, mono en short moulant qui a toujours l’air d’avoir fumé trois pétards), et la conclusion est désormais un rien égratinée par le masque voyant porté par l’acteur nu qui se raccorde mal avec le vrai visage de Felissa Rose. Et bien sûr il y a la moustache.

 

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Car Sleepaway Camp est aussi le film avec la fausse moustache la plus ratée du monde, que le réalisateur filme incompréhensivement en gros plan dans une séquence par ailleurs inutile puisque le personnage du flic qui la porte n’est pas revu ensuite. On pourra dire que l’effet n’était pas aussi visible du temps de la VHS, malgré tout personne ne peut rater le postiche grossier et beaucoup s’en servent pour rabaisser le film au rang de vulgaire petit nanar. A leur décharge il est impossible de ne pas sourire devant le résultat, mais cette faute de goût devient surtout impardonnable puisqu’elle est commise juste avant la dernière scène, brisant forcément la tension mise en place jusqu’ici. Une bête erreur de débutant en fait, tout comme celle de s’attarder un peu trop sur les effets spéciaux par moments. Le metteur en scène prendra malheureusement la décision de ne pas continuer sa carrière après ça. Dommage car il avait du potentiel, en témoigne cette scène d’ouverture montrant le camp désormais à l’abandon tandis que résonnent les voix des enfants qui devraient y jouer…

 

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Il ne retourna derrière la caméra que vingt ans plus tard pour un Return to Sleepaway Camp loin d’être aussi bon, et ne valant pas vraiment mieux que les autres séquelles qu’il se contenta de produire. C’est la jeune Felissa Rose qui profita en fait du culte qui se développa autour du film, ayant traumatisée tout le monde avec sa délirante mimique faciale. Alors âgée de 13 ans, elle ne pu ni participer aux scènes de meurtres en raison de ses parents (c’est l’interprète de Ricky qui la doubla, en un étrange cas de “la vie imite l’art”) ni même voir le film à sa sortie, mais elle trouva le moyen de refaire parler d’elle aux débuts des années 2000 grâce aux conventions de cinéma d’horreur et à Internet. Elle est maintenant un nom très reconnaissable dans l’industrie et semble être devenue la coqueluche des cinéastes du Z qui l’engagent depuis près de trente ans maintenant dans l’espoir d’attirer sur eux l’attention des fans. Pas de chance, son jeu d’actrice se dégrade d’années en années et jamais elle n’a su retrouver l’aura magnétique qu’elle possède ici.

 

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En comparaison l’acteur Mike Kellin a lui totalement sombré dans l’oubli. Malade d’un cancer durant le tournage, il termine avec ce film une carrière bien remplie (L’Étrangleur de Boston, Meurtres Sous Contrôle, Midnight Express). Même chose pour Robert Earl Jones, père du bien plus célèbre James, que l’on pouvait voir dans Un Fauteuil Pour Deux et Maniac Cop 2. Des vieux croûtons qui avaient la gueule de l’emploi et ont su se faire remarquer dans un film de jeunes. Ça mérite bien que l’on fasse notre devoir de mémoire, ça. Pourtant personne n’arrive à la cheville de l’absolument géniale Desiree Gould dans le rôle de la tante Martha. Une quasi inconnue qui traina plus du côté du théâtre que du cinéma avant de changer complètement de voie. Sa performance, proprement hilarante, demeure l’un des meilleurs moments du film, et on peut même dire qu’elle fini par voler la vedette à Angela au fil des visions, allant jusqu’à lui imposer son propre comportement dans les séquelles ! Le principe du one-hit wonder dans toute sa splendeur.

 

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