Guzoo: The Thing Forsaken by God – Part I (1986)

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Guzoo: The Thing Forsaken by God

Part I

(1986)

 

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Les années 80 marquèrent au Japon la naissance d’un véritable boom de l’horreur, un genre qui fonctionna si bien que lorsque E.T. sorti au cinéma au début de la décade, son plus grand concurrent dans les salles fut… Cannibal Holocaust ! Ce succès entraina la naissance de plusieurs publications dédiées au sujet, avec notamment Monthly Halloween qui s’adressait surtout à un public féminin et où débuta Junji Ito, et VZone qui se spécialisa progressivement sur le cinéma occidental. Au même moment le public pu bénéficier de la révolution du home video, que les nippons embrassèrent complètement en créant toute une industrie alternative à celle des grands studios. Ainsi débarquèrent les OVA et le V-Cinema, un équivalent à nos direct-to-video avec des ambitions et un budget revu à la baisse, mais malgré tout pris très au sérieux par leurs producteurs et leurs amateurs. Il n’est donc guère surprenant d’apprendre que VZone se tenta à l’expérience avec ce Guzoo, la “chose abandonnée par Dieu”, un moyen métrage d’une quarantaine de minutes réalisé par cette légende du pinku eiga qu’est Kazuo “Gaira” Komizu.

 

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Plusieurs numéros fire la promotion du film avec interviews et behind the scenes, et l’oeuvre fut même étiquettée “volume 1” comme pour assurer l’entière confiance des responsable envers le projet. Pas non plus un novice en matière de gore (Guts of a Virgin et Entrails of a Beautiful Woman), Gaira signa le scénario en compagnie de deux spécialistes des effets spéciaux, Hitoshi Matsuyama (Guinea Pig 4 et Battle Girl: The Living Dead in Tokyo Bay) et Junzô Takagi (The Ninja Dragon de Gō Nagai), sans doute pour savoir ce qui lui serait réalistement possible de mettre en scène avec ses petits moyens. En résulte du body horror tentaculaire qui ne verse étonnament pas dans l’érotique malgré les jolies lycéennes qu’ils jettent dans la gueule du monstre, mais qui vaut bien The Deadly Spawn dans ses séquences les plus folles. L’intrigue montre une bande de copines se rendre en vacance dans une bâtisse isolée au fond de la campagne, la résidence du père de l’une d’elle, grand professeur. En son absence c’est son assistante qui accueille les jeunes filles, mais celle-ci s’en retrouve embêtée comme elle conduit d’étranges expériences dans la cave.

 

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Car elle a réussi on ne sait comment à capturer Guzoo, une forme de vie dont l’existence remonte à la nuit des temps et qui fut abandonnée par Dieu lui-même en raison de son agressivité et de sa répugnante apparence. Ayant connu une évolution totalement différente de celles des autres espèces de notre monde, la bête est douée de conscience et capable de parasiter d’autres créatures pour en imiter la forme en plus de pouvoir mystérieusement voyager à travers les miroirs. Un caractère surnaturel jamais expliqué mais la rapprochant des yokais, auxquels la scientifique fait ouvertement référence en évoquant un kamaitachi quand l’une de ses pensionnaires se blesse sans en comprendre la cause. Si Guzoo se nourri des morceaux de viande avariée que lui donne sa geôlière, son appétit va vite s’ouvrir avec l’arrivée des demoiselles et il va tenter d’utilisé les miroirs installés partout dans les parages pour les attraper. Mais si la scientifique a bien pensée à cacher toutes les surfaces réfléchissantes à l’intérieur de la maison, il suffit d’une idiote pour en découvrir un et la chose va finir par s’échapper, dévorant tout sur son passage…

 

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Soyons honnête: d’un point de vue technique Guzoo est terriblement amateur et peu soigné. Les actrices surjouent et n’ont pas l’air d’avoir été dirigées, la baraque est totalement vide et évoque un gîte de location, les images tremblent car tournées à la main et à deux ou trois exceptions, les cadarages sont peu créatifs. Un côté brut qu’il faut attribuer à la nature V-Cinema du projet, mais qui est d’autant plus apparent ici comme il faut attendre la seconde moitié du film pour que les choses s’emballent, le premier acte ne jouant pas vraiment sur le suspense et n’expliquant jamais les méthodes de l’assistante qui joue de l’ocarina pour calmer le monstre et place des miroirs partout dehors où la chose peut téléporter ses tentacules. Même les quelques plans racoleurs sur les gambettes des héroïnes semblent accidentels et il n’y a aucun fanservice lorsqu’elles s’amusent dans la piscine. Mais dès lors que Guzoo se libère, c’est un véritable chaos sanglant qui explose à l’écran: une fille est aspirée toute entière à travers une glace, une autre se fait décapiter d’un coup de mâchoires, et les appendices de la bête s’introduisent dans les corps par leurs orifices.

 

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Les filaments entrent par la bouche, le nez ou les oreilles et forcent leur passage jusqu’aux entrailles avant de faire gonfler le ventre des victimes pour en ressortir. Un tentacule-lamproie se plaque sur une cuisse et se gorge de sang avant d’emporter un morceau de chair en se retirant, et la bestiole éventre une pauvre fille pour mieux lui aspirer les intestins comme des spaghetti bolognaise ! Gozuu lui-même est absurde, sorte de nautile sans coquille doté d’une sorte de gueule de crocodile ou de plante carnivore. Elle se roule en boule façon Critters pour se déplacer et se montre incroyablement mobile pour sa taille, pourchassant ses proies en temps réel. On ne peut qu’imaginer la galère que durent traverser les techniciens pour l’animer, même si plusieurs prises de vue sont passée à l’envers pour faciliter certaines choses. A noter aussi ce plan onirique tout droit sorti du House de Nobuhiko Obayashi lorsqu’une étudiante tombe dans les escaliers de la cave au ralenti, l’actrice étant allongé sur une plateforme tournante pour un effet théâtrale très cartoonesque. Peut-être pas un hasard vu le point de départ similaire entre les deux œuvres.

 

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La conclusion est en revanche décevante, avec ces survivantes qui parviennent à fuir les lieux non sans s’arrêter en chemin pour ramasser une jolie tortue qu’elles trouvent mignonne, mais qui se trouve être Gozuu ayant changé de forme. L’idée devait sans doute de le transporter dans un environnement différent pour la suite, mais Part 2 n’a hélas jamais vu le jour. Le magazine VZone prit fin peu après la sortie de ce premier opus, signant symboliquement le début de la fin de cette ère pro-horreur au Japon. Car en 1989 est arrêté Tsutomu Miyazaki, meurtrier pédophile qui assassina quatre gamines. La police découvrit chez lui une vaste collection de vidéos horreur et porno qui amena l’opinion publique à rejeter le genre et la culture otaku en général, l’associant à des dépravés vivant en marge de la société. Les médiums se désintéressèrent progressivement des monstres et de l’horreur graphique, et en un sens on peut considérer que Guzoo fut bel et bien abandonné par ses créateurs. Ironiquement le titre VZone fut ensuite utilisé pour un autre type de magazine, plutôt porté sur le bondage et autres fétiches sexuels.

 

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Récemment le jeu vidéo World of Horror lui a rendu hommage en incorporant à son bestiaire un certain Goizo, lui aussi surnommé The Thing Forsaken by God et utilisant des miroirs pour capturer ses proies. Lillustration ne trompe pas et l’abomination y est représenté avec ses tentacules et sa grande gueule longiforme à la Biollante.

 

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GALERIE

 

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