Beach Fever (1988)

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Beach Fever

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S’il fallait résumer Beach Fever en deux mots, ce serait “chaotique” et “pathétique”, le film oscillant constamment entre les deux. A l’origine du projet il y a le producteur Alexander Tabrizi, un spécialiste de la série B à petit budget (Bloodsport II, Cyborg 3, The Lost Empire de Jim Wynorski) qui décida un jour de passer derrière la caméra. S’associant avec des scénaristes qui n’auront jamais rien fait d’autres et dont les noms sonnent faux – Francis X. Cornan et Larry W.W. Talbot, certainement des pseudonymes pour le cinéastes et l’un de ses associés, il livre là une comédie grasse à destination des adolescents, du genre à taper sous la ceinture et à jouer tant du slapstick cartoonesque que de l’érotisme à la Playboy. Beauferie à part, le problème vient de l’absence de talents des responsables, incapables de nous sortir une seule blague réussie et de savoir s’ils doivent taper dans les coquineries pour jeunes ou l’érotisme corsé des plus grands. En résutle une tambouille d’autant plus indigeste qu’elle est en partie incomplète.

 

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L’intrigue suit les mésaventures de Chat Frederick IV, petit branleur des plages dont le seul rêve est de se trouver une copine et de s’envoyer en l’air. Un fantasme qui va lui attirer bien des problèmes, notamment avec Fat Daddy, le proxénète du coin qui a recours à la violence, et Les, rival sportif qui tombe facilement ces dames grâce à ses gros muscles. Les choses ne vont pas s’arranger lorsqu’il rencontre Sake, un jeune japonais envoyé sur place par un père riche et désireux d’apprendre la méthode parfaite pour emballer les filles, lequel a promis à son rejeton la récompense de 100,000 dollars s’il parvient à la découvrir. Les deux compères vont alors draguer à tout va, sans grand succès, dans l’espoir de faire fortune et de perdre leur virginité. Les choses vont prendre un tournant inattendu lorsque Chat sympathise avec la jolie Sandy dont le petit frère se trouve être un savant fou venant de créer une formule chimique permettant de faire tomber toutes les femmes à ses pieds !

 

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Faisant affaire avec lui, les garçons vont vendre ce philtre d’amour et faire un carton, s’attirant malheureusement l’attention Fat Daddy qui va s’associer avec Les pour kidnapper le scientifique et le forcer à fabriquer sa drogue pour eux. Bientôt c’est une armée de jolies filles que le criminel va prostituer, semant la zizanie dans toute la ville… Du moins c’est ce que le scénario tente de raconter, avec un nombre évident de scènes manquantes dans le montage final. Les personnages sont vaguement introduits, apparaissant bien souvent juste comme ça en cours de route, plusieurs dialogues sont volontairement inaudibles sans doute parce qu’ils font références à des passages absents, et parfois une voix off est ajoutée de façon maladroite pour rajouter certaines informations. La dernière partie du film est particulièrement atteinte: le sort de l’antagoniste est réglé hors champ sans que l’on ne sâche ce qui lui est arrivé et le monteur plaque le générique de fin en plein milieu d’une scène parce qu’il ne dispose pas de celle qui devrait normalement suivre et conclure les choses…

 

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Il y a aussi les interventions d’un trio de chanteuses venant s’adresser directement au spectateur façon comédie musicale. Dans certains cas elles font office de narratrices mais pas toujours, et il est difficile de dire si leur présence était prévue dès le départ ou s’il s’agit de reshots afin d’aider à faire la transition entre certaines scènes pour combler les trous. Dans tous les cas elles disparaissent progressivement et sont abandonnées lorsque le final bordélique se met en place, ce qui donne là encore une impression d’inachevé. Alors que c’est-il passé avec Beach Fever ? Selon un commentaire intéressant visible sur les pages IMDb et Wikipedia de l’oeuvre, toute l’équipe aurait subitement décidée de jeter l’éponge à un moment donné, avant que le tournage ne soit terminé et que plusieurs scènes clés ne soient finalisées. Une anecdote surprenante mais pas impossible, surtout dans l’univers du petit budget, et le plus intéressant ici est la façon dont les faits sont rapportés: “At one point in production, the entire crew simply walked off the set without reason which resulted in key scenes either being cut out of the film or never even shot and re-shoots never took place for any scenes that were shot in a less-than-stellar fashion.

 

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Une précision qui laisse à penser que c’est le réalisteur ou l’un des producteurs qui est à l’origine du commentaire, puisqu’il est difficile de croire qu’autant de monde aurait démissionné “sans raison” et cela sonne comme un règlement de comptes. On peut supposer qu’il y a eu un très gros désaccord entre les employés et leurs patrons, et il s’agit sans doute d’une histoire de gros sous du genre absences de paiements. Une théorie renforcée par le fait que le projet ne fut pas simplement mis au placard après ça mais bricolé avec trois bouts de ficelles pou le sortir malgré tout et voir un retour sur investissement, aussi misérable soit-il. Et à ce titre le film ne vaut vraiment pas grand chose avec son humour au ras des pâquerettes qui vaut bien celui d’un Robo C.H.I.C. ou d’un Hobgoblins: les personnages sont caricaturaux à l’extrême, plusieurs gags se limitent à l’utilisation d’accessoires et le slapstick est accompagné de bruitages de dessins animés tandis que l’improvisation semble avoir été de mise.

 

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Citons un running gag montrant Chat se prendre un coup de poing dans la gueule (pas drôle mais néanmoins satisfaisant), une musique guillerette qui sonne “asiatiques” dès qu’un japonais apparaît et une parodie des films de surfeurs des années 60 en la présence de Les, qui sort constamment sa guitare pour séduire ses groupies. L’héroïne ultra jalouse menace son copain d’un couteau à chaque fois qu’elle le surprend dans les bras d’une autre, un mac demande à ses poulettes de ne pas prendre des chèques-vacances en guise de paiement et une journaliste féministe dégoûtée par l’affaire crache par terre durant son reportage. On entre carrément dans le surréalisme lorsqu’un animal de compagnie est remplacé par un chien en ballon faute de temps ou d’argent ! La créature aboie comme une vraie s’en va même pisser sur les pieds de sa maitresse, qui va alors le crever avec une aiguille pour le punir… Du reste les héros attirent de vieilles mégères bedonnantes en testant la lotion sexuelle, et doivent même en repousser une au crucifix.

 

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Alors dans le lot il y a forcément quelques trucs qui fonctionnent, comme lorsqu’un gangster sort soudainement un fusil à pompe de son pantalon ou que l’on découvre un laboratoire gothique dans la cave d’une maison banale, avec ruines médiévales, toiles d’araignées et un poster d’Elivra. Et voir les prostituées zombifiées envahir la ville comme des morts-vivants prête à sourire. Quelques secondes de divertissements qui ne valent cependant pas les nombreuses boutades racistes dont est victime Sake, idiot fini qui balance les pires saloperies aux filles en pensant naïvement les séduires. Lorsqu’il se retrouve poursuivit façon Benny Hill par une horde de bimbos enragées, machettes à la main, on ne peut qu’espérer qu’elles lui mettent la main dessus afin d’abréger nos souffrances. Certaines âmes sensibles risquent même de faire un malaise devant le sort réservé à la gent féminine sous couvert d’humour: quelques gouttes du liquide miracle suffisent pour attirer la femelle qui se retrouve aussitôt en chaleur.

 

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Tout le monde en profite, des vilains aux  gentils, et Beach Fever à parfois des allures d’adaptation live d’un manga hentai: le savant fou transforme deux visiteuses en assistantes dociles, Sake ordonne à une passante de s’allonger au sol et de rugir comme une lionne pour tester les effets du produit et Les profite de l’état d’hypnose dans lequel se trouvent ses prisonnières pour tirer un coup… Finalement Revenge of the Nerds et son petit viol de circonstance paraît bien gentillet en comparaison ! Ce n’est pas comme si le film se montrait plus tendre le reste du temps, et à la manière d’un univers pornographique, ici tout le monde adore s’envoyer en l’air ici, peu importe le contexte. Une Sandy très vexée par l’attitude de son mec n’a pas besoin d’autre chose que quelques bisous pour retourner dans ses bras, comptant même le nombre d’orgasmes qu’il va lui procurer par la suite (“…le 16ème… le 17ème… HALLELUJAH !”), et le rival de Chat, prisonnier d’une chappe de béton s’étant renversée sur lui, prend son pied lorsqu’une bimbo armée d’un marteau-piqueur tente de le libérer. Bonjour le sous-entendu.

 

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Tout cela est naturellement caviardé de filles en bikini et de poitrines dénudées, et le réalisateur semble même caser son propre fétiche à travers Fat Daddy, qui craque tellement pour les blondes qu’il oblige toutes celles qui ne le sont pas à porter une perruque. Bizarre, mais au moins les actrices sont agréables à regarder et parfois même bien meilleurs actrices que leurs collègues masculins, tous embarassant tant ils surjouent à l’extrême. Ce pauvre Irwin Keyes se retrouve à jouer un attardé mental en raison de son physique particulier mais au moins les choses se terminent bien pour lui, et le liquide vert fluo de Re-Animator vient faire un caméo appréciable dans le rôle de la potion magique. Pas de quoi sauver Beach Fever du naufrage et d’ailleur le film est désormais oublié de tous au point qu’il est même impossible de trouver une image convenable de l’affiche originale sur Internet, la VHS semblant ne plus exister ! L’intéressé devra se rabattre sur des sources alternatives et cela n’est pas sans jeter le trouble sur quelques détails quant à la provenance exacte du film.

 

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Certains affirment qu’il s’agit d’une production australienne plutôt qu’américaine, dont le tournage aurait été délocalisé en Californie, et si le générique de fin affiche clairement la date de 1988, l’oeuvre est presque toujours datée à l’année précédente sur les sites de recensements. Pour ne rien arranger les choses le distributeur réédita le film quelques années plus tard en plein durant le procès d’O.J. Simpson, pour la simple raison que l’interprète de Chat, Kato Kaelin, était un témoin clé dans l’affaire, redevenant temporairement populaire auprès du public ! Décidemment c’est comme si les astres s’étaient alignés pour faire de ce truc la chose la plus graveleuse, grossière et repoussante possible. Cela aurait presque valu le coup d’oeil si le résultat n’était pas aussi pénible…

 

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GALERIE

 

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2 comments to Beach Fever (1988)

  • Maëlle Ström  says:

    Hé ! Les gars ! Si on faisait un film d’horreur avec du axe ?

    • Adrien Vaillant  says:

      Putain mais oui, c’est exactement ça !

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