Van Helsing (2004)

 

Van Helsing
(2004)

 

 

En Transylvanie, Victor Frankenstein réussit à donner vie à une créature composée de cadavres. Malheureusement pour lui, il est tué par le Comte Dracula qui veut utiliser sa création pour donner vie à ses enfants, fruits d’accouplements entre vampires qui ne survivent pas naturellement. Le monstre s’échappe mais les villageois semblent le détruire en brûlant un moulin dans lequel il s’était réfugié. Un an plus tard l’agent du Vatican Van Helsing est envoyé en mission dans le pays, afin d’aider la dernière survivante d’une antique famille à détruire Dracula…

 

 

Après un très bon départ avec Un Cri dans l’Océan, la carrière prometteuse de Stephen Sommers allait chuter de plus en plus. Suite à une Momie sympathique quoique sans âme, renouant avec le film d’aventure, nous avons eu droit à un grotesque Retour de la Momie au scénario catastrophique, reprenant souvent les meilleurs scènes de l’opus précédant et à la réalisation perdue dans un excès d’effets digitaux ridicules. Nous ne parlerons pas du Roi Scorpion, spin-off de la série dédié à un personnage très secondaire, que Sommers n’aura de toute façon pas réalisé. Van Helsing, malheureusement, poursuit dans cette lancée.

 

 

Autant être direct, il n’y a pas grand-chose à sauver de ce film dont l’idée de base était intéressante (bien qu’en ce qui concerne la rencontre de plusieurs personnages hors du commun, l’adaptation de La Ligue des Gentlemen Extraordinaire est sortie quelques temps auparavant sur les écrans). La faute à un script bourré de clichés, à une surenchère d’effets spéciaux (made in ILM) et pas des plus réussis, à un trop grande nombre de mouvements de caméras inutiles ainsi qu’à un montage trop serré et à un problème de rythme plus qu’évident. Rien que ça.

 

 

Van Helsing se veut spectaculaire. Hélas à trop vouloir l’être il en devient indigeste, enchaînant les scènes d’actions à une vitesse folle au point de ne laisser aux spectateurs que très peu de répit. Et malheureusement les rares moments où la caméra se pose et prend le temps de suivre l’histoire, afin de donner quelques explications quant à la trame ou bien de développer un peu plus les personnages, tout devient insipide car banal, déjà-vu… Il est évident que Van Helsing et la Princesse Anna vont tomber amoureux dès leur première rencontre. Il est évident que Van Helsing et le Comte Dracula ont un lien commun… De ce fait le spectateur semble avoir constamment une longueur d’avance sur les évènements, ce qui se révèle particulièrement agaçant.

 

 

Autre défaut, l’excès de CGI pour les effets spéciaux, que ce soit pour les monstres ou les doublures digitales de certains acteurs (exception faites de la créature de Frankenstein, entièrement en latex et maquillage, et gardant très légèrement le look de Karloff dans les films de James Whale, bien qu’il ressemble plus au Frankenstein Junior de Mel Brooks). Il y en a tellement que tout semble faux. Autant les loups garous sont convenables (passons sur le fait qu’ils gardent un pagne, vestige de leur pantalon, afin de ne pas montrer les acteurs nus une fois redevenu humain, ce qui est complètement ridicule) malgré le fait que leur transformation particulière (l’humain gonfle s’arrache la peau, sous laquelle se trouve la forme du loup) soit trop rapide pour être appréciée pleinement, autant le reste fini par devenir lourd et agaçant car coupant toute possibilité de s’immerger dans le film. Les trois Fiancées de Dracula, sous forme monstrueuses, ne sont pas impressionnante du tout et font peine à voir, sans parler de celle de Dracula lui-même, évoquant tout juste une créature de jeu vidéo au design peu inspiré. De jeu vidéo, la ressemblance demeure tout au long du film alors que Van Helsing saute de chevaux en chevaux pour regagner une calèche (jeu de plateformes) ou lorsque Anna affronte l’une des vampires dans le château de Dracula (boss de fin de niveau).

 

 

Non content d’être peu réussis, les effets font carrément mal à la tête tant leur utilisation tiens de l’exagération. Tous les trucages tenant de la machine de Frankenstein vont vous faire cligner des yeux, tant l’accumulation d’éclairs, de flashes lumineux et autres artifices éclatant finissent par saturer. Le pire étant que ces séquences ne sont pas limité à une ou deux scènes mais reviennent très fréquemment. Heureusement cela passe mieux sur un petit écran…

 

 

Les CGI et la mise en scène trop dynamique ne sont pas les seuls responsables du gâchis du film. D’une part l’interprétation laisse vraiment à désirer. Si Kate Beckinsale (Underworld) et David Wenham (Lord of the Rings) en inévitable sidekick pas trop énervant s’en tirent bien, Hugh Jackman n’est crédible qu’une fois sur deux, n’influant quasiment aucune once de charisme à son personnage (là où il y arrivait très bien dans les X-Men) et ce malgré un look assez typé renvoyant beaucoup à Vampire Hunter D (bien que le réalisateur s’en défende en prétextant avoir simplement demandé un accessoire visuel, le chapeau, à la costumière). Et surtout Richard Roxburgh (La Ligue des Gentlemen Extraordinaire) campe un Dracula ridicule, entrant en direct concurrence de la plus mauvaise interprétation avec Gerard Butler dans Dracula 2000. Aucun charisme, un faux accent ridicule et des mimiques horripilantes, Dracula n’est qu’un cabotin qui fait peine à voir. N’insistons pas sur cette misérable interprétation d’un personnage censé être vide de tout sentiment alors que ce n’est ici clairement pas le cas, qui est l’une des plus belles erreurs du film. De même, ne parlons pas du ridicule Mr. Hyde que va affronter Van Helsing au tout début du film, entièrement constitué en images de synthèse et tout bonnement hideux.

 

 

Les autres personnages sont malheureusement sous-exploités. Nous retrouvons l’acteur fétiche de Sommers, Kevin J. O’Connor, dans le rôle d’un Igor très sympathique bien que fort éloigné de l’original, qui est honteusement utilisé ici comme simple faire valoir. Apparaissant seulement pour une poignée de scènes, il est regrettable de ne pas lui avoir donner un rôle plus consistant. Dans le même ordre d’idée la créature de Frankenstein, personnage très attachant car le plus humain du film, n’apparaît finalement que très peu et aurait mérité d’être un peu plus présent. Enfin les fiancées, aussi magnifique qu’elles soient sous formes humaines, semblent surjouer en arrière plan lorsque quelque chose ne se déroule pas comme prévu selon leurs plans (mort présumée du monstre, destruction de leurs enfants) et l’instinct maternelle qui se dégageait d’elles lors de la naissance de leurs progénitures aurait pu être plus développer…

 

 

 

Maintenant l’histoire. Qu’elle soit prétexte, ne servant qu’à se faire rencontrer et affronter les différents personnages du film, soit, mais on ne peut que s’énerver devant tant de clichés, de dialogues aberrants de banalité et de romantisme convenu (Van Helsing priant Anna de se dépêcher tout en la retenant pour lui parler et finalement l’embrasser). Viens s’ajouter à cela des idées étranges, comme de faire se regrouper dans les sous-sols du Vatican toutes sortes de religions travaillant ensemble pour la destruction du Mal, en une insipide référence à James Bond. Le fait que Dracula ne puisse être tué que par un loup garou ou encore que la créature de Frankenstein se trouve être aussi intelligente que n’importe quel être humain alors qu’elle n’a eu pour toute lecture que la Bible depuis son existence. Évidemment on peut aussi s’agacer du fait que tout le monde parle parfaitement l’anglais, que ce soit en Transylvanie, en France ou à Rome, ou encore que Van Helsing se nomme Gabriel (au lieu d’Abraham) et qu’il serait la “Main Gauche de Dieu” (un archange amnésique travaillant comme agent secret pour le Vatican !) ou encore que le monstre soit souvent nommé “Frankenstein” comme son créateur et que le vrai nom de Dracula ne soit pas Vlad Tepes, mais Vladislaus Dragulia (?). Mais bon puisqu’il s’agit d’un blockbuster pour le grand public, autant fermer les yeux.

 

 

Alors en ce qui concerne les scènes de grand spectacle, on en a plein la vue et ça dès l’intro en noir et blanc, renvoyant aux vieux films de la Universal (l’une des meilleurs passages du film, qui n’a pas était réalisée par Sommers mais par Greg Michel, le réalisateur de seconde équipe), mais il faut dire que la plupart du temps, ça ne prend pas la sauce. Comment ne pas rire lorsqu’une calèche attelée à plusieurs chevaux saute dans le vide, tel le traîneau du Père Noël, les animaux parvenant à tous se retrouver de l’autre côté du ravin ? Sans parler de ce plan visant à détruire les Fiancées avec une fausse calèche piégée. Comment croire un seul instant que les vampires n’ont pas remarquées qu’il y en avait une seconde a proximité ? Comment ce fait-il que le loup-garou apparaisse subitement à l’arrière du véhicule alors qu’au plan d’ensemble juste avant il n’y avait rien ? Quant à l’affrontement entre Dracula, sous forme démoniaque, et le loup garou, il renvoi surtout à une partie de catch qu’à un combat à mort entres créatures des Ténèbres. Au moins la scène est un minimum lisible contrairement à ce dont on a l’habitude de voir en cette période (X-Men 2, Hulk). On ne sait pas trop quoi penser des “enfants” de Dracula, simples Gremlins volants (avec cocons à l’appuie) finalement peu redoutables (tu parles d’un “plan ultime”) ou bien des différents passages “acrobatiques” qui consistent à balancer les personnages dans les airs comme dans un Spider-Man. Reste le final, sacrifiant l’un des personnages clés au grand étonnement du public, l’image du loup garou hurlant alors qu’il redevient humain progressivement demeurant l’un des plus beau moment du film, hélas gâché par l’apparition dans les nuages de l’âme du-dit personnage, allant retrouver les siens au Paradis, concluant alors le film sur une note de ringardise des plus hautes.

 

 

Reste quelques éléments à sauver, comme l’arrivée au Bal des Vampires (référence au film de Roman Polanski, tout comme la poursuite en calèche un peu plus tôt) tout bonnement magnifique et d’une richesse impressionnante en matière de décors et de costumes, hélas gâché par la destruction ultra rapide des créatures de la nuit (une bombe à UV et on en parle plus), ou la musique signée Alan Silvestri, qui bien que dans le même esprit du film (très dynamique et basique), se révèle être agréable à écouter.

 

 

Van Helsing est donc très décevant au regard de ce qu’on en espérait, et surtout par rapport à ce dont est capable Stephen Sommers. Certains le verront comme une série B agréable et divertissante malgré tout, mais il possède beaucoup trop de défauts et pas assez de passages appréciables pour contrebalancer. Bref, c’est un échec artistique, technique et commercial, ce qui fait beaucoup.

 

 

Pur blockbuster comptant sur ces recettes pour s’assurer un avenir, le film n’aura pas eût le succès escompté et l’idée d’une série faisant suite aux aventures du chasseur de monstres semble être officiellement abandonnée. Bien sûr, cela n’aura pas empêché la création d’un jeu vidéo, ainsi que la réalisation d’un film d’animation, Van Helsing: The London Assignement, préquelle du film relatant l’affrontement entre Hyde et Van Helsing dans l’esprit de Dark Fury (qui faisait le pont entre Pitch Black et Les Chroniques de Riddick) et bien entendu d’Animatrix, toujours avec Hugh Jackman pour doubler le personnage.

 

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