BloodRayne – ブラッドレイン (2004)

 

BloodRayne Magazine

BloodRayne – ブラッドレイン

(2004)

 

 

On ne peut pas dire que BloodRayne, développé en 2002 par Terminal Reality (le méconnu mais sympathique Nocturne), ait remporté un gros succès. De nos jours on se souvient surtout de la saga à travers les films peu fidèles de Uwe Boll, mais en 2004 le distributeur Majesco Entertainment fit tout son possible pour faire de Rayne, l’héroïne dhampir des jeux, la nouvelle Lara Croft. Pour coïncider avec la sortie de BloodRayne II, la licence fut distribuée entre différents groupes pour créer tout une gamme de produits dérivés pouvant attirer l’attention sur le jeu: outre la mise en chantier du premier film, cette année vit la publication d’une série comics chez Digital Webbing, une apparition du personnage dans les pages de Playboy et, plus obscure, la création d’un webmanga spécifiquement pour le marché japonais. On imagine sans mal que le public de là-bas est un peu réticent quant aux productions de l’industrie américaine, et l’idée de se plier à leur style plutôt que de leur en imposer un était sans doute la meilleure décision à prendre.

 

 

Pour d’étranges raisons c’est Electronic Arts qui s’occupa de la distribution de BloodRayne II au Japon et, en un exemple de crosspromotion assez confus, mit en place un site Internet pour faire la promotion du jeu, utilisant sa propre plateforme (www.japan.ea.com, désormais disparue) mais ne créditant que Majesco pour l’occasion. Dans tous les cas ce BloodRayne Official Website – Japanese Edition fonctionna comme n’importe quel autre site, proposant les habituelles rubriques images, interviews et synopsis auxquelles il se rajouta alors la section BloodRayne Magazine, contenant le doujinshi digital servant d’introduction à Rayne et à ses talents très particuliers. Intitulé BloodRayne – ブラッドレイン (simplement le même titre en japonais mais qui se traduit ici par Blood Rain, donc sans jeu de mots), il se déroule durant les années 30, reprenant le cadre du premier jeu, et nous y retrouvons la dhampir toujours marquée par la mort de sa mentor Minse, qui a lieu lors de la première mission faisant office de tutoriel.

 

 

Présentée à l’armée américaine par la société Brimstone, une organisation vouée à la destruction de toutes menaces surnaturelles, elle est engagée pour éliminer la menace que représente le groupuscule GGG (Gegengeist Gruppe), la faction occulte des Nazis. Avec l’aide d’un autre agent, le charmeur Erik Erwin, elle embarque pour l’Allemagne afin d’éliminer certains membres accusés de fabriquer des armes de destructions massives à partir de nouvelles technologies, se préparant pour l’imminente guerre mondiale à venir. Le duo infiltre leur centre de recherche et l’opération commence, manière de montrer au lecteur ce que Rayne peut faire durant une partie: sauts acrobatiques avec armes à feu, lames géantes pour découper les ennemis en morceaux et possibilité de se régénérer en cas de blessure en buvant le sang d’un adversaire. Une victime qui peut se trouver éloignée mais être capturée malgré tout à l’aide d’un grappin rétractable. En gros Rayne est pratiquement invulnérable tant ses pouvoirs lui donne l’avantage !

 

 

Il vaut avouer que c’était un peu l’un des problèmes du premier BloodRayne, où les humains même lourdement armés n’étaient que des proies rapidement exterminées. Les auteurs intègrent alors une sorte de boss de fin de niveau en la présence de cette Gertrude Aichlinger, une petite SS blonde à gros seins qui utilise une énorme mitrailleuse malgré sa taille. En tirant sur l’héroïne à répétition, ne lui laissant pas l’opportunité de se repaitre d’hémoglobine, elle montre au public que la dhampir demeure vulnérable si l’on ne prête pas attention au nombre de dégâts qu’elle subit en cours de jeu. La conclusion la montre évidemment triompher, son partenaire se sacrifiant pour lui permettre de se nourrir, et elle se débarrasse de l’Aryenne d’une façon bien dans l’esprit edgy de la série, coinçant une grenade Stielhandgranate dans son énorme décolleté en déclarant qu’il s’agit d’un pendentif. Elle rentre ensuite au pays, se préparant aussitôt pour une nouvelle mission qui est sans doute celle du jeu original.

 

 

Avec seulement douze pages, BloodRayne – ブラッドレイン ne peut guère faire autre chose que présenter succinctement le personnage à un public potentiel et il ne faut donc pas s’attendre à quelque chose d’extraordinaire, mais les artistes n’ont pas bâclé le travail pour autant. Au contraire, ils font bien mieux que ce que des collègues américains auraient fait à leur place, offrant une histoire prétexte mais suffisante et de très jolies illustrations tout en couleur. Bien sûr il faut composer la taille relativement moyenne des images (seulement deux choix de résolutions possible: 640×480 et 1024×768) mais cela est vite rattrapé par la présence d’une version anglaise offerte pour les visiteurs étrangers. Une traduction imparfaite avec quelques erreurs et fautes d’orthographes ici et là (Gegengeist devient Gwgwnghwist !) mais qui fait l’effort de réviser également les onomatopées et de coller au côté occidental du projet en choisissant notre sens de lecture “de gauche à droite, de haut en bas”. Et puis bien sûr, il y a le fanservice.

 

 

Car Rayne est montrée sous toutes les coutures avec de nombreux plans sur ses fesses et ses seins. Lorsqu’elle ne porte pas sa tenue de cuir bien serrée, elle apparait en lingerie ou – plus élégant – dans une superbe costume façon Belle Époque. Un choix volontaire qui correspond de toute manière au côté “bad girl des 90s” du personnage, qui la même année se montrait topless dans un célèbre magazine coquin. Peu surprenant de la part de Buredo, groupe d’artistes (ou circle comme on dit dans le milieu) qui a bien entendu fourni son quota de douhinshi hentai en son temps, semblant d’ailleurs spécialisé dans le yuri bagarreur avec quelques titres comme Wrestle! Idol et Kaikan Shoujo Knuckles. Histoire de les nommer citons Muramasa Mikado au scénario et Hamamura Toshikiri au dessin. Dommage qu’ils ne puissent pas déraper dans une torride relation lesbienne sado-maso entre la dhampir et la Nazie, mais ils se rattrapent par quelques moments d’émotions certes clichés mais parfaitement acceptables.

 

 

Car l’agent Erwin se questionne sur les motivations de sa collègue et cherche à comprendre pour quelle cause est-elle prête à risquer sa vie. Lui possède une famille et compte bien rendre leur vie meilleur, tandis que Rayne est clairement perdue maintenant que Minse n’est plus là pour la guider. La dernière image du manga montre l’héroïne en possession d’une photo des proches de son partenaire, pour se souvenir de son sacrifice et de ceux pour qui il a donné sa vie. Intéressant, même si cela fini par peindre un portrait assez différent du personnage vu dans les jeux, la montrant réservée mais héroïque là où BloodRayne la montre plutôt du genre à faire des doigts à ses ennemis et à remettre sa poitrine en ordre après avoir tué le dernier boss avec une certaine arrogance. Et si BloodRayne II la montre sous ce même jour (probablement la vision de Terminal Reality, qui après tout sont ses créateurs), les comics de Digital Webbing s’engagèrent dans une direction similaire à celle du manga, la rendant là aussi un peu plus humaine.

 

 

Dommage alors que le manga n’ait jamais connu la moindre édition physique, même limitée, pour compléter la série. Il est en fait pratiquement impossible de relire ce ブラッドレイン de nos jours sans effectuer de petites recherches, puisque le site original et tout ce qu’il contenait a maintenant disparu de la surface d’Internet. Même les sites hentai qui autrefois l’abritait parmi leurs centaines de titres pornographiques ne le possèdent plus dans leurs collections, et l’échec du reboot BloodRayne: Betrayal en 2011 semble avoir scellé le sort de la franchise, garantissant certainement que personne ne puisse sortir des limbes ce manga ou tout autre produit dérivé. Remercions alors The Wayback Machine, ce système d’archives web certes faillible et incomplet mais qui a heureusement conservé une trace du BloodRayne Official Website dans ses serveurs. Libre à vous d’y faire un tour pour récupérer les planches originales, mais par soucis de préservation je me permet de les partager également ci-dessous, dans les deux langues, pour quiconque serait intéressés. Bonne lecture à ceux là !

 

 

 

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