Zombi Holocaust (1980)

 

Zombi Holocaust

(1980)

 

 

En 1979 George A. Romero triomphe avec son cultissime Zombie et les italiens tentent de profiter du succès, accouchant alors d’un Enfer des Zombies (alias Zombi 2) réalisé par Lucio Fulci tout bonnement formidable. Fabrizio De Angelis, producteur, pense avoir trouvé une affaire rentable alors que son pays est pris d’une véritable zombiemania. Au même moment Ruggero Deodato livre également un film qui fera un effet bombe: Cannibal Holocaust. Les cannibales deviennent eux aussi à la mode et De Angelis, opportuniste, décide d’exploiter le filon (laissant alors tomber Fulci et son Frayeurs) en produisant un film unique et novateur qui… mélange les deux genres ! De là va naître Zombi Holocaust, dont le titre lui-même mixe ses deux sources d’inspirations, réalisé par un certain Frank Martin, alias Marino Girolami.

 

 

Pur produit d’exploitation, Zombi Holocaust fut exporté un peu partout et en particulier aux USA, ce qui lui vaut de posséder une multitude de titres alternatifs. Connaissant également celui de La Regina dei Cannibali en Italie, il aura son équivalent américain (Queen of the Cannibals) quand il n’est carrément pas assimilé à Zombie 3. On trouve aussi un Island of the Last Zombies, mais également un Dr. Butcher, Medical Deviate parfois simplement appelé Medical Deviate tout court, et en Angleterre il se fait nommer sobrement Zombie Holocaust (le “E” de “zombie” revient tout simplement). Tout cela bien sûr avec les diverses versions intégrales ou censurées… Mais le pire reste à venir avec cette version américaine reprenant un des titres existant en le changeant légèrement, Doctor Butcher M.D. (ou parfois juste Dr. Butcher M.D.), copie remontée par un distributeur n’ayant plus les droits du films et souhaitant créer un nouveau générique pour se permettre de le sortir malgré tout. C’est ainsi que cet honnête artisan rajoute une nouvelle séquence d’ouverture, changeant donc le générique au passage, ainsi que la musique originale du film (la nouvelle composition est signée Walter E. Sears) et trois minutes d’un film d’horreur inachevé de Roy Frumkes (scénariste du Street Trash de Jim Muro et réalisateur de Document of the Dead, documentaire sur… le Zombie de Romero !) nommé Tales That’ll Tear Your Heart Out. Un film à sketchs auquel devait également contribuer Wes Craven. Un zombie n’y retrouverait pas ses membres, mais c’est le dur destin du film d’exploitation…

 

 

Mais revenons au film lui-même. L’histoire débute à New York dans un hôpital où ont régulièrement lieux des vols assez particuliers, puisque ce sont des morceaux de cadavres frais qui sont pillés. Pour éviter de se retrouver ennuyé par la police (?) un médecin décide de piéger le voleur qui se révèle être un de ses assistants. Celui-ci se défenestre alors, non sans avoir le temps de prononcer le mot “Kito” avant de mourir et de laisser apparaître un étrange tatouage tribal sur sa poitrine. Enquêtant sur l’incident, le Département de la Santé avoue au médecin et son assistante, une femme possédant un doctorat en médecine et en anthropologie, que ce cas est loin d’être isolé et que plusieurs actes de cannibalismes ont été repérés dans la ville. Notre anthropologue les informes alors que le tatouage, commun aux coupables, est celui de la secte de Kito, une divinité provenant de l’île du même nom dans l’archipel des Moluques, dans le sud-est asiatique. Deux membres du Département et l’anthropologue médecin – qui a d’ailleurs passé son enfance sur cette île (elle en fait des choses) – se rendent donc sur place, accompagnés d’une journaliste, afin de tirer toute cette histoire au clair.

 

 

 

Le spectateur aussi aurait envie de tirer cette histoire au clair. Pourquoi des cannibales des îles viendraient en plein New York pour perpétrer leurs rites ? Et bien nous n’aurons pour ainsi dire aucune réponse. Il s’agit d’un simple prétexte pour amener nos héros sur une île et les confronter tour-à-tour à des figurants cannibales par très convaincants (ni convaincus d’ailleurs), à des zombies mal maquillés qui grognent comme Darth Vader et à un savant fou comme on en fait plus. Alors pour trouver une cohérence là-dedans…

 

 

 

Le film passe un petit moment à nous balader dans une jungle pas poisseuse pour un sou (elle est loin l’ambiance de Zombi 2), tentant vainement de nous faire ressentir un quelconque malaise et l’impression que quelque chose ne va pas. Alors que les cannibales attaquent petit à petit en bouffant tout le casting dans un déluge de tripailles assez amateur mais toujours sympa (yeux crevés, geysers de sang, etc.), on commence à se demander où sont les zombies promis. Et bien il faudra attendre plus de 45 minutes avant de les voir apparaître: ceux-ci arrivent, font fuir les cannibales, et disparaissent aussi vite. Très peu de présence à l’écran, ils ne reviendront qu’une ou deux fois au final.

 

 

 

Ces zombies ne sont ici pas des êtres anthropophages (ce qui ferait redondant avec les cannibales) et n’ont rien à voir avec nos morts-vivants à la Romero. Véritables zombies dans le sens littérale du terme, ce sont de pauvres indigènes trafiqués par les expériences d’un savant fou officiant sur l’île de Kito. Obéissant à ses ordres, ils ne n’attaquent donc personne et le seul qui se met en tête d’agresser notre bellâtre de Ian McCulloch se fait dégommer aussi sec sans avoir le temps de riposter. Décevant, d’autant plus que le comportement des créatures change en fonction des scènes: un coup lent, un coup vif, un coup indestructibles car déjà mort, un coup terrifié par le feu… Du grand n’importe quoi tout comme leurs origines: des corps morts dans lesquels ont aurait transplanter le cerveau de personnes vivantes. Si si, ça paraît con comme ça mais visiblement ça marche. Le problème c’est que le savant fou déclare avoir travaillé sur ce projet depuis plus de quatre ans en attente d’un résultat particulier: la résurrection d’un mort… Un mort un peu plus intelligent que les autres peut-être puisqu’il semble vouloir savoir “quel effet ça fait de mourir puis d’être ramené à la vie”. Amusant de remarquer que ce malade, le Dr. Obrero, se retrouve aussi parfois appelé le Dr. O’Brien (du nom de l’interprète ?) selon les versions. Maintenant vous vous demandez quel est le rapport avec les cannibales ? Et pourquoi ces derniers sont-ils revenus à New York, et civilisés qui plus est ? Ben c’est simple, y en a pas.

 

 

 

Ou plutôt si: c’est le savant fou qui leur a dit de reprendre leurs rites comme autrefois. A comprendre que la tribu ne pratiquait plus ces actes depuis longtemps et, sur les conseils d’un allumé, a décidé de s’y remettre. Et puisqu’il n’y a personne à par eux sur l’île, ils vont s’expatrier aux USA pour le faire, même s’ils opèrent alors sur des cadavres (c’est un peu extrapoler le scénario mais cela nous permet de mieux cerner la structure narrative de celui-ci). Pourquoi ? Et bien d’après notre scientifique, pour “améliorer la nature” (ah.). Un peu mince niveau psychologie du personnage, mais le bougre est déterminé: “Vous êtes un fou sanguinaire” lui déclare McCulloch, ce à quoi il répond tout calmement que “c’est un jugement très superficiel”. Faudrait pas prendre pour plus con qu’il n’est !

 

 

En parlant de connerie, on reste ébahie devant le spectacle qu’offre Zombi Holocaust, notamment lorsque le script se met à imiter La Montagne du Dieu Cannibale quand l’héroïne, alors capturée par les natifs, devient alors leur reine (d’où le titre alternatif du film): séquestrée dans une caverne, on lui peinturlure deux ou trois pâquerettes sur le corps avant de l’allonger sur un autel en polystyrène imitation pierre, par ailleurs très bancale. Et justement au moment même où elle va être sacrifiée (et pourquoi pas tout simplement dévorée comme les autres ?), celle-ci va basculer à l’horizontale sous son poids, ce qui va très hautement impressionner nos indigènes, lesquels vont alors la prendre pour une déesse (et en profiter en s’approchant si près de l’actrice totalement nue au point que l’on s’attend presque à un viol collectif !).

 

 

 

Ce monument du cinéma Bis possède d’autres petits passages hallucinant, notamment un bel éclatage de trombine au moteur de hors-bord ainsi que cette scène où notre scientifique sur le point d’opérer, complètement stressé par les cris incessant de sa victime, lui coupe les cordes vocales pour lui apprendre à le déranger ! Sans parler de Ian McCulloch qui se fait plus ou moins vanner sur ses cheveux…

 

 

 

Avec tout ça, il faut aussi rajouter un soupçon de racisme ambiant (les porteurs indigènes y passent les premiers, les “héros” se mettent à l’abri tandis que le Noir et les servants doivent creuser des tombes pour leurs amis, etc.), des stock-shots inutiles piqués à Zombi 2 (quelques plan lorsque la voiture traverse l’île !) quand ce n’est pas carrément des acteurs (Ian McCulloch et Dakar) et les décors (l’église de la fin du film ici reconvertie en repaire du savant fou, et qui finie encore une fois en flammes). Enfin on note une bande-son synthé tantôt réussie (le thème général et celui des zombies) et typique de l’époque – on pense à du Fabio Frizzi, tantôt absolument ridicule comme par exemple cette espèce de mélodie absolument hilarante présente à chaque fois que l’héroïne se déshabille (oui, uniquement, et ça arrive plus d’une fois !) comme si l’on était dans un porno, ou ce bruitage prévu pour souligner un détail du style “quelque chose d’horrible se prépare” digne d’un épisode de Tintin.

 

 

Les producteurs ont, par tous temps, tentés de profiter du succès d’un grand film en sortant des ersatz mal ficelés et tournés en vitesse, Fabrizio De Angelis en particulier (tous les Killer Crocodile, Guerriers du Bronx, Thunder Warrior). Pas étonnant donc qu’il nous livre ce nanar de haute volée. Une valeur sûre du cinéma Bis rital post-Zombie à voir pour se marrer un bon coup !

 

 

 


Photo de tournage de
Tales That’ll Tear Your Heart Out

4 comments to Zombi Holocaust (1980)

  • Rigs Mordo  says:

    Très bonne chronique, en fait je suis d’accord avec toi si ce n’est que je suis un peu moins gentil car le film a le malheur de concentrer tous ses effets gores (par ailleurs jouissifs) durant 15-20 min, du coup le reste est un peu trop sage, il aurait fallut répartir un peu mieux les scènes choquantes.
    Tiens tu causes de Dr Butcher, une anecdote: j’avais acheté un Blu-Ray de Synapse, 42nd Street Forever, qui compile donc des tonnes et des tonnes de trailers de films des 70’s et 80’s (beaucoup de porno et érotiques, malheureusement). Dedans, t’as Dr Butcher, et je me dis “Fuck, ça semble vachement chouette!”. Une semaine après, je récupère le DVD de Zombie Holocaust, je le matte… et je découvre que c’est Dr Butcher! Le hasard fait bien les choses… (Oui, anecdote sans intérêt, je sais)

    • Adrien Vaillant  says:

      Oui je connais bien 42nd Street Forever (trop de porno effectivement, ça casse le fun de la compilation) et j’ai vu ce trailer qui contient justement une ou deux images de tombes appartenant à Tales That’ll Tear Your Heart Out.

      Après comme tu le vois, la chro date de 2006 et j’ai jamais revu le film depuis. Toutefois j’avais le souvenir de m’être éclaté devant la VHS et d’avoir acheté le DVD en connaissance de cause, juste pour voir si la VO était aussi marrante, et surtout garder le film dans une bonne qualité.

      Et puisqu’on en est au rayon des anecdotes à la con: lorsque je tournais Attack of the Horrible Dr. Poulet, un film stupide à propos d’un Herbert West russe qui se retrouve transformé en poulet humanoïde et qui tente de conquérir le monde avec quelques zombies, je faisais une sélection de vieille VHS nanardes pour une scène du film où les héros se font une soirée film. Et alors que je grimpe sur un tabouret pour m’emparer d’une petite pile, c’est l’accident à la Gason Lagaffe et l’une d’elle me tombe sur le crâne, menaçant de me le fracturé (bon pas trop quand même): celle d’un certains Carnage, qui chez cette édition n’était pas The Burning mais… Zombie Holocaust !

      Bref, ce film parle à tout le monde tu vois

      • Rigs Mordo  says:

        Attack of the Horrible Dr Poulet… T’es le Corman de France toi.

        • Adrien Vaillant  says:

          C’était le gag justement 😉
          Un de ces jours j’oserai reposter les compte-rendus de tournages, les photos et storyboard, etc.

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