The Chilling (1989)

ROAD TO HALLOWEEN VIII

 

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The Chilling

(1989)

 

Die, you green bag of snot !

 

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Sorti en 1989, The Chilling est un film d’horreur où Linda Blair et Dan Haggerty se battent contre des zombies congelés et enveloppés dans du papier d’allu. Pas de doute, nous sommes bien à la fin d’une époque, tant celle de la mode du zombies sous l’ère Romero que d’un type de cinéma festif et coloré que les décades suivantes ne parviendront jamais à imiter. Le genre a prit un coup dans l’aile, perdant aussi bien en budget qu’en créativité, et la baisse de qualité se fait fortement ressentir à chaque nouvelle sortie, les œuvres délaissant les salles de cinéma pour s’installer directement sur les chaînes cablées et les vidéoclubs. Parfait témoignage de cette période difficile, le titre qui nous intéresse ici laisse constamment entrevoir quelle série B fun il aurait pu être s’il avait été réalisée juste quelques années plus tôt. Et par d’autres personnes. Car nous le devont à Jack A. Sunseri, qui n’oeuvra que brièvement dans l’industrie avec seulement trois titres à son actif où il officia comme producteur, tous tournés cette même année: ce Chilling, un Deadlock avec James Hong et le sympathique Re-Animator Hospital.

 

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Cette fois-ci il décida de s’impliquer plus directement en prenant le poste de scénariste et celui de metteur en scène malgré une absence d’expérience dans chacun de ces domaines. Et la supercherie éclate désormais à l’époque d’Internet puisque l’on peut facilement apprendre que le script fut en réalité conçu par un Guy Messenger, dont le nom n’apparait pas au générique. Assistant producteur sur Re-Animator Hospital, celui-ci n’est pas du tout un professionnel de l’écriture pusiqu’il joue habituellement les figurants et stand-in pour célébrités dans de plus gros films, comme Les Dents de la Mer 3D ou plus récemment le Alita de James Cameron. Quant au directeur de la photographie Deland Nuse (électricien sur quelques gros Z comme Alien Private Eyes, Blood Diner et Freeway Maniac), il se retrouve crédité comme co-réalisateur sans doute à force d’avoir eu à gérer les choses à la place de son patron. Mais savoir qui est le véritable auteur de ce merdier ne change rien aux faits: The Chilling est une foirage complet, hilarant de nullité et bien représentatif du déclin des glorieuses 80s.

 

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L’intrigue s’intéresse à la compagnie Universal Cryogenics, qui propose à ses clients de préserver les dépouilles de leurs proches jusqu’à un avenir prochain où il sera possible de vaincre la maladie et la mort grâce aux nouvelles technologies. Les corps sont embaumés à l’aide d’un fluide spécial et congelé dans un caisson high tech qui devrait les préserver indéfiniment. En réalité il s’agit d’une grosse arnaque menée par le directeur, qui avec son médecin légiste dérobe les organes des cadavres pour les revendres une fortune aux quatre coins du monde. Le crime parfait puisque personne ne sera là pour se rendre compte de la supercherie dans les siècles à venir. Et c’est ainsi que le pauvre Joseph, riche businessman, leur offre sa femme décédée d’une maladie, puis son fils, vétéran du Vietnam perturbé s’étant fait abattre par la police lors d’un braquage. Mais lorsqu’il désire se recueillir sur leur “tombe”, une employée réalise qu’on ne lui a pas donné le véritable emplacement et que son boss lui cache quelque chose… Elle n’aura pas le temps de s’inquiéter car une catastrophe va aggraver la situation.

 

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Une tempête se lève durant la nuit d’Halloween et la foudre tombe sur le générateur du laboratoire, provoquant un blackout qui va mettre en péril le processus de conservation. Ne pouvant joindre aucun technicien, un gardien va tenter de sauver quelques capsules en les déplaçant à l’extérieur pour les garder au frais autant que possible. Mais le liquide révolutionnaire qui coule dans les veines des macchabés est extrêmement conducteur, attirant les éclairs qui vont s’abattre sur chacun d’eux, leur permettant (on ne sait comment) de revenir à la vie sous forme de morts-vivants agressifs. Des “Crynoids” qui vont s’en prendre à tout ceux qui trainent dans les locaux, ce qui inclut ce brave Joseph qui a eu vent de la situation alors qu’il se consolait auprès de la gentille secrétaire. Ses retrouvailles avec les siens ne seront pas vraiment ce qu’il espérait… Ni ce que le spectateur attendra d’ailleurs, puisqu’en dehors d’une confrontation de quelques secondes avec son rejeton dans les dernières minutes, cette sous-intrigue passe complètement à la trappe, au même titre que celle du vol d’organes.

 

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The Chilling se contente de répéter en boucle le même schéma, avec apparition des monstres, attaques et fuite ou mort des victimes qui errent dans les même trois pièces (des bureaux, un hangar, une salle des machines) sans que rien ne vient jamais briser la monotonie de cette routine. Ce qui n’aurait pas été un problème si tout cela avait été orchestré de manière compétente, avec au moins quelques bons maquillages et scènes sanglantes à défaut de bonnes idées. Mais en combinant l’absence de moyens au manque de talent, le projet se plante et ne doit son salut que par sa totale incompétence qui le sauve de l’ennui: impossible de ne pas en rire tant le résultat pousse les limites de l’acceptable, à commencer par l’allure des zombies, vêtus de combinaisons isolantes taillées dans du papier d’alluminium et dont les sales trombines sont représentées par des masques en caoutchouc. Et si un dialogue les présente comme ayant l’air carbonisé à cause de la foudre, leur allure pourrissante et verdâtre ne collent pas à la description, donnant plutôt l’impression qu’ils commencent à fondre sur place.

 

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Un concept sympathique mais jamais exploité car le scénariste prétend que la chaleur est justement ce qui leur permet d’exister, les morts attaquant les vivants pour se repêtre de la chaleur de leurs corps. Pourtant certains survivent à un exposition au nitrogène et d’autres périssent dans un incendie. Une inconsistance qui règne en maitre, comme le prouve le comportement illogique des Cryonids: ils peuvent trainer la patte ou se montrer énergique en bondissant partout. Certains sont décérébées, d’autres sont capable d’utiliser des outils, de cacher des corps et d’utiliser de la haute technologie, comme lorsqu’ils capturent le directeur et le congèlent dans un caisson pour se venger. Bref, c’est un peu le même délire que dans C.H.U.D. II, sorti la même année, à la différence que – théoriquement – nous n’avons pas ici affaire à une comédie qui pourrait justifier de faire n’importe quoi sous couvert d’humour. L’ambiance se veut sérieuse, du moins cela devait être le cas à la base car parait clair que les responsables finirent par changer leur fusil d’épaule en cours de route, opérant quelques changements pour sauver les meubles.

 

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Plusieurs gags émergent donc ici et là, certains réussis et si bien intégré qu’ils faisaient peut-être partie du script original (ce client expliquant que sa défunte épouse avait du cœur tandis que le légiste retire l’organe du cadavre à la morgue, des caissons renfermant quelques célébrité comme Charlie Chaplin ou Walt Disney), d’autres se montrant plus grossiers et sans doute improvisés (le Crynoid tapotant plusieurs fois à l’épaule d’un électricien qui ne se retourne jamais). Mais s’ils sont parfois amusants (l’ivrogne qui dépose sa bouteille vide dans le sac d’un gamin venu faire trick or treat), le résultat est souvent trop poussif et parodique, comme lorsque s’échappe le zombie de l’Ayatollah Khomeini (mort en 1989 et connu pour avoir appelé les États-Unis le “Grand Satan”) ou lorsqu’apparaissent ces messages de conclusion expliquant ce que deviennent les personnages après les faits (et Joseph d’emballer l’héroïne et d’avoir un enfant qu’il va nommer… comme feu son premier fils !). On préfèrera se rabattre sur les quelques éléments horrifiques ayant survécu à ce ravalement de façade, même s’ils restent assez limités faute d’argent.

 

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Un criminel instable égorge son complice après une petite provocation, les morts-vivants ont des yeux fluorescents comme les Démons de Lamberto Bava et saignent du fluide coloré, un chien dévoré ne laisse derrière que son collier et quelques touffes de poils… Le gore est bien là avec une mains coupées dans une porte coulissante, coups de hache dans la poitrine, têtes coupées au sabre et un superbe empalement à l’aide d’un chariot élévateur. En revanche les victimes ne sont jamais dévorée devant la caméra, malgré quelques morceaux trainant parfois au sol. Reste de chouettes plans des Crynoids se collant aux fenêtres du laboratoire pour osberver les protagonistes et une séquence d’évasion qui montre les héros coincés sur une balustrade avec les créatures sur les talons,devant sauter par-dessus la rembarde pour atterrir sur la cargaison levée du chariot élévateur que pilote un de leur camarade. De quoi faire regretter que le film n’ait pas été de ce niveau le reste du temps, surtout lorsque Dan Haggerdy sort le fusil à pompe pour exterminer le fils de Joseph désormais armée d’une grande épée volée dans le bureau du directeur.

 

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Heureusement il est permis de moquer des mauvais aspects de la production, comme ces containers en mousse qui tremblent dès qu’on les frôle, la livraison par hélicoptère répétée deux fois de suite, l’idée du dîner romantique entre Linda Blair et l’homme d’affaire qui vient basiquement d’enterrer son garçon ou la débilité de ce chirurgien qui déclare ne pas croire la cryogénie car cela va selon lui à l’encontre de la nature. Même le générique de fin en vaut la peine, long de cinq bonnes minutes en répétant en boucle les mêmes noms sous différents postes comme pour camoufler la maigreur de l’entreprise. Lucasfilm y fait même une apparition pour la simple raison qu’une chanson fut enregistrée dans le studio de l’une de leur filiales. Mais rien ne surpasse ce long message d’ouverture qui vise à expiquer au public ignorant le concept de cryonie, tout en rappelant que si l’histoire est fictionnelle, la technologie existe pour de vrai, avant d’embrayer sur la question d’éthique: ”We ask you… would God approve; or is this Satan’s work ?”. Ainsi The Chilling évite d’être une perte de temps malgré ses défauts, se rattrapant de justesse.

 

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En outre c’est aussi l’occasion de retrouver ce bon vieux Troy Donahue, acteur Hollywoodien à l’ancienne dont la carrière dégringola dans le gros B qui tâche après quelques décades, passant du Parrain 2 à Dr. Alien ou Hard Rock Nightmare. Et puis ce n’est pas tous les jours que l’on peut entendre Grizzly Adam déclarer vouloir se déguiser en Freddy Krueger pour Halloween. Quant à Linda Blair, le script ne lui fait aucune faveur en ne lui donnant rien à faire, son personnage devenant parfaitement inutile une fois l’invasion des morts-vivants lancée. Néanmoins cela fait une belle brochette de has been au service d’un film encore plus ringard qu’eux, et on pourra difficilement faire plus “late eighties” que ça puisque cela va devenir une constante dans l’univers du direct-to-video, qui prit son envol les années suivantes. S’il vous fallait une œuvre de transition entre ces deux périodes bien particulière du cinéma d’horreur américain, ne cherchez pas plus loin.

 

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GALERIE

 

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