Secret Slave, Chapitre II

Secret Slave

 

II. La Esmeralda

 

L’air lui paru tout de suite plus frais et respirable que la fournaise du train fantôme. Sur le toit règnaient quelques sorcières, pendus et pauvres hères enfermés dans des cages suspendues, mais surtout trônaient les lettres géantes énonçant le nom de la maison hanté: Horreur Show. Un barbarisme mélangeant français et anglais, comme on en trouve dans toutes les fêtes foraines qui se respectent. Entre les deux mots, un autre fauteuil, dont le dossier était surmonté d’un crâne géant couvert de diodes. C’est là que Vincent se positionnait parfois, en costume, prenant la pose pour les photographes d’occasion, où faisant signe à quelques clients pour les inciter à entrer. Là toutefois, personne ne lui prêta attention car tous les regards se rivèrent sur le bâtiment voisin, situé juste en face. Le Cabaret des Merveilles (en fait une simple petite scène cachée dans un chapiteau), où se produisaient différents artistes tels que les avaleurs de sabres, jongleurs, magiciens et autres performances évoquant les cirques d’antan. Entre les numéros, certains se présentaient sur des podiums, offrant aux passant un échantillon de leurs talents afin de les intéresser et de les attirer dans leur antre. Exactement comme lui, perché sur son toit.
A la différence que la jeune personne actuellement en charge de cette tâche paru beaucoup plus séduisante et remarquable que n’importe quel mort-vivant. Car c’est une danseuse du ventre qui fit son entrée, émergeant du Cabaret comme une déesse et attirant déjà la foule avant même de faire montre de ses talents. Presque une vedette désormais, tant elle avait su séduire dès ses premières apparitions. Du haut de son perchoir Vincent n’eut d’yeux que pour elle, oubliant autant son anxiété que sa conscience professionnelle. Il resta à l’observer alors qu’elle montait sur le podium, plutôt que jouer la concurrence afin de ramener l’attention sur le Horreur Show.

La beauté virevoltante se prénommait Natasha, et, tout comme son admirateur secret caché haut de sa tour lugubre, elle avait prit ce travail pour le temps des vacances. C’était sa première fois en revanche, poussée par une amie qui avait su la convaincre: après tout, divertir le public en ces lieux était toujours préférable qu’un contrat comme Go-Go danseuse dans une boite de nuit. Moins vulgaire, moins risqué, et surtout elle pouvait ici pratiquer son talent librement plutôt que se résigner à simplement remuer les fesses aux rythmes d’une musique superficielle remixée par un DJ éméché. Danseuse depuis sa petite enfance, la jeune femme fut amplement capable d’offrir quelques numéros aux forains et se fit engager sur le champ avec le droit de choisir ses propres tenues et durée de passage. La seule “contrainte” étant d’avoir parfois à faire une représentation hors du chapiteau, en face de tout le monde – ce qui, en été, faisait pour un large public.
Bien qu’intimidée par cette perspective au début, sa passion prit rapidement le dessus et elle considéra cela comme une expérience. Car au naturel Natasha était une fille très intérieur, parlant peu et laissant exprimer ses sentiments les plus profond par la gestuelle. Entièrement dévouée à son art, c’est ainsi qu’elle pu oublier facilement les yeux braqués sur elle et ne danser finalement que pour elle-même. Ainsi ses mouvements étaient plus francs, plus intimes presque, et son spectacle devint beaucoup moins artificiel que si elle se contentait d’afficher le sourire commercial en effectuant quelques déhanchés basiques en direction du public.
La belle artiste avait soignée son apparence sur les conseilles de sa camarade Éliane, une extravertie qui était tout son contraire et qui avait insisté pour qu’elle soit remarquable plus que tout autre dans la fête foraine. Un bon moyen de s’assurer un poste régulier, avait-elle dit, et peut-être de quoi construire une réputation: l’idée de faire des prestations rémunérées s’étant installée, les deux amies convinrent de monter leur propre petite compagnie, l’une jouant le rôle d’agent promoteur et l’autre… faisant tout le boulot. Ce job au Cabaret des Merveilles était en quelque sorte leur coup d’essai et leur premier contrat, aussi Éliane avait voulu employer les grands moyens et mettre sa partenaire en valeur.

C’est ainsi que se présenta au public cette belle jeune femme au corps fin et élancé, sculpté en grande partie grâce à la danse. Sa tenue issue du style Tribal était d’un noir intense, contrastant avec le teint pâle de sa peau: elle portait un soutien-gorge aux bretelles croisées dans le dos et dont les bonnets, décorés de bijoux berbères, étaient reliés par un petit attrape-rêves serti d’une perle argentée. Plus bas, l’intéressé pourrait apercevoir le ventre plat et bien dessiné, souple et athlétique. Son nombril était dépourvu de tout piercing mais l’éclat d’une chaîne de ventre attirait tout de même le regard dessus en plus de souligner une taille de guêpe, avec cette forme de sablier que l’on retrouve souvent sur les corsets.
A ses hanches dynamiques s’accrochait une épaisse ceinture orientale bardée de breloques et de fleurs de roses noires ainsi qu’un lourde robe plissées dont les innombrables pans flottent comme des vagues déchaînées à chaque mouvement de jambes. Fendue sur un côté, elle laissait parfois apparaître une cuisse blanche très douce. A ses pieds nus, des bracelets de chevilles teintant et des anneaux d’orteils. A sa gorge, un ras de cou en dentelles. Ses longs cheveux noirs de jais lui retombaient jusqu’au milieu du dos. Ils étaient lisses et fins, fouettant l’air à chaque mouvements de tête. Pour les rendre plus impressionnant encore, elle y avait accrochée quelques plumes de corbeaux et perles de bois colorées. De quoi faire tourner toutes les têtes, de la richesse du costume à sa silhouette délicieuse, mais le plus intense restait l’étrange éclats de ses yeux verts. Un vert émeraude brillant intensément, presque surnaturel, et qu’elle avait su faire ressortir en entourant ses paupières d’un fin trait noir.
Et parmi les personnes totalement hypnotisé par sa performance, Vincent, penché comme une gargouille sur le toit de la maison hanté. Quiconque l’aurait vu à ce moment là aurait pu faire un parallèle entre Quasimodo, en haut de Notre Dame, regardant le spectacle de la Esmeralda.

Comme toute les fois depuis que Natasha avait commencée ses exhibitions extérieures, le jeune homme sentit le sang lui monter à la tête. Elle était parfaite: sa silhouette ondulante, tournoyante, les mouvements gracieux des jambes et du bassin… Tout comme les monstres de plastiques du train fantôme hantaient son imagination débordante et lui permettaient de s’évader d’une réalité trop ennuyeuse, la danseuse faisait office de muse, alimentant ses fantasmes. Il se la représentait comme une créature d’un autre monde, une sorte de génie des contes orientaux sortant de sa lampe, pour charmer celui qui l’aurait trouvé avant de lui accorder un vœu. C’est tout naturellement commença à la filmer, braquant son objectif sur elle aussitôt qu’il en eu l’occasion.
Que ce soit à l’intérieur du Cabaret, bien caché derrière des visiteurs plus grand que lui, ou à la dérobé depuis le toit de la maison hanté, Vincent avait toujours sa caméra à la main pour immortaliser ces performances, ces “morceaux de rêves”, comme il les appelaient (un surnom qui le remplissait de honte dès qu’il lui venait en tête, tant il le trouvait ridicule – et lui avec pour l’avoir inventé). Aujourd’hui ne fut pas une exception et il savait déjà que les images seraient réussi, promettant une vidéo de bonne qualité. De quoi gonfler son projet de film d’horreur en y ajoutant une touche de sensualité, quand bien même il lui faudrait trouver une manière de lier les deux ensemble.
Car oui, parmi les multitudes de choses traversant son esprit lorsqu’il regarda Natasha danser, l’idée de la filmer au plus près revenait sans cesse. Le désir de la rejoindre, de partager autant que possible sa vie d’artiste et de la mettre en scène. Elle et son corps de rêve. Vincent ne pu s’empêcher de sourire en réalisant la puérilité de ses divagations. Il avait complètement craqué pour elle, c’était indéniable…

One comment to Secret Slave, Chapitre II

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Chapitre 2, introduisant le second personnage principal de Secret Slave.
    S’il ne se passe toujours pas grand chose, cela devrait toujours être un peu plus intéressant à lire.

    En revanche je suis rouillé. Ma gestion des temps, notamment le passé, est plutôt abominable. J’ai fais une coupure tellement longue avec l’écriture que certaines choses simples me passent totalement au-dessus de la tête, m’obligeant à lire et relire plusieurs fois après-coup, afin de corriger tout ce qui ne va pas. J’imagine que certains vont trouver cela choquant et je ferais les corrections nécessaire dès que j’aurai retrouvé mon bon Français et ma conjugaison !

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