Night of the Demons (1988)

ROAD TO HALLOWEEN VIII

 

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Night of the Demons

(1988)

 

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C’est sans doute sous l’influence d’Evil Dead 2, sorti en 1987, que Kevin Tenney (auteur de Witchboard et Witchtrap) accouche de ce Night of the Demons, tourné en un mois pour une exploitation en salles l’année suivante. Il n’est bien sûr pas le seul à s’être inspiré de l’oeuvre de Sam Raimi, et nombreux sont les imitateurs qui lui empruntèrent l’idée sans pour autant comprendre que la clé du succès tenait plus dans la mise en scène folle et dymanique que dans le scénario. Heureusement pour nous Kevin n’est pas de ceux là, étudiant la façon de filmer de son modèle pour accoucher des mêmes angles bizarres et caméras mouvantes. Il a également une bonne idée pour éviter la redite: combiner Evil Dead à Halloween ! Simple mais efficace, ce qui confère au film un peu plus de caractère que les autres copies habituelles En vérité le script n’est pas de lui mais d’un Joe Augustyn (Night Angel), à l’origine intitulé Halloween Party, cependant le cinéaste se l’appropria complètement et ce n’est pas un hasard si les forces du Mal sont libérée lors d’une séance de spiritisme, ce qui était déjà le sujet de ses titres précédents.

 

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A la cabane perdue dans les bois, il préfère la grande bâtisse délabrée, ancien funérarium construit près d’un cimetière. Une baraque au lourd secret qui a tout du manoir hanté façon La Maison du Diable: construite sur un endroit qui avait déjà mauvaise réputation du temps où les colons n’avaient pas encore conquis l’Amérique, Hull House était la demeure d’un croquemort nécrophile jusqu’à ce que, une nuit d’Halloween, l’un des membres de sa famille devint fou et massacra tout le monde avant de se suicider. C’est là qu’une bande de jeunes décide d’y passer la soirée, préférant ces lieux à l’ennuyeux bal de l’école. Un événement organisé par la belle mais étrange Angela, proto goth qui n’espère rien d’autre que d’effrayer ses convives qu’elle ne porte d’ailleurs pas nécessairement dans son cœur. Mais il se trouve que la maison est vraiment hantée – ou plus exactement possédée – par un mauvais esprit, actuellement prisonnier d’un grand four crématoire. Lorsque les fêtards organisent une séance, l’être maléfique va alors s’échapper et prendre possession de l’un d’eux, le transformant en une goule sanguinaire…

 

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On connait la chanson, le démon va alors tuer et changer chacun de ses camarades jusqu’à ce qu’un ou deux survivants ne parviennent à détruire les monstres et / ou s’échapper. Il faut bien attendre 45 minutes pour que les choses sérieuses commencent (pile la moitié du film), mais heureusement on ne voit pas le temps passer tant le réalisateur nous submerge de gags et de visuels: Halloween est glorifié avec tout un tas de citrouilles, de décorations vintage et de passants costumés, et Night of the Demons partage le même esprit punk que Le Retour des Morts-Vivants dont on retrouve ici Linnea Quigley, qui danse encore une fois au son de vieux tubes rock, un flash stromboscopique remplaçant les torches fumigènes. De la voiture complètement taguée au petit morveux qui espionne sa grande sœur entrain de se changer (“Wow, bodacious boobs, sis !”) en passant par la grosse brute avec un grouin de cochon en guise de nez de clown, il y a là un style très rebelle et politiquement incorrect qui fait plaisir à voir: un couple baise dans un cercueil, les héros bousculent un vieux grincheux et les insultes fusent à tout va.

 

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Les protagonistes ont également beaucoup de personnalité, ce qui n’est pas chose commune dans ce type de série B, et on trouve même une sorte de méchanceté latente chez chacun d’eux – jusqu’à l’héroïne nunuche qui déteste Angela par principe, ce qui entraine de fréquentes joutes verbales (“Stooge, did you become an asshole of you own free will or were you born that way ?”). Enfin il y a toute la dimension sexuelle propre à la teensploitation, et là-dessus le réalisateur ne se prive pas: une fille distrait les vendeurs d’une superette avec sa culotte tandis que sa copine vole des provisions, Linnea Quigley dévoile aussi bien ses seins que ses parties génitales et Angela porte un string très court sous sa jupette. Bref, le film offre beaucoup de choses pour faire patienter son public et il se montre tout aussi généreux dans son aspect horrifique. Hull House est représentée par une jolie matte painting et une véritable bicoque en piteux état que l’équipe a eu à peine besoin décorer. Pratiquement un personnage à part entière en fait, avec plein d’éléments intéressants comme ce mur qui l’entoure, construit sur une source souterraine qui empêche les esprits de s’échapper.

 

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A la manière d’une légende urbaine, une aura de mystère entoure le fait divers sanglant à l’origine du problème et on ne saura rien du démon qui hante l’incinérateur, créature préfigurant un peu le Sanctuaire de Michele Soavi tant par son apparence (une sorte de dragon lovecraftien doté de plusieurs yeux) que par son apparition onirique à travers un miroir où il rugit silencieusement, le seul témoin ayant une prémonition de sa mort en voyant son propre reflet s’écraser mortellement contre la façade du miroir. Du reste, Night of the Demons remplit correctement le cahier des charges avec morts violentes et séquences chocs. Un idiot se fait arracher la langue en embrassant une succube, un bras coupé s’anime pour saisir quelqu’un par la cheville, un squelette émerge des cendres du four crématoire et un zombie énucléé pleure des larmes de sang. Les héros fabriquent un lance-flammes artisanal avec un tuyau de gaz et doivent grimper à mains nues à un fil de fer barbelé pour escalader le grand mur, et le scénario se montre moins prévisible qu’on ne le pense, avec quelques surprises quant aux réactions et sorts de certains.

 

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Quant à Angela, elle se retrouve possédée après s’être faite embrassée sur la bouche par Linnea Quigley, célébrant sa corruption avec une danse érotique très sympathique. Dotée d’un look de princesse des Ténèbres soigné (une robe noire très décolletée, peut-être inspirée de la Dark Lily de Legend, une boucle d’oreille en croix d’abord à l’endroit puis subtilement renversée après transformation), elle flotte tel un vampire, s’amuse à brûler ses mains dans un feu de cheminé et fait magiquement apparaître la pierre tombale d’une victime morte récemment pour terroriser sa petite amie. Son interprète, Amelia Kinkade, danseuse professionnelle plutôt que véritable comédienne, n’aura jamais fait grande carrière et c’est bien dommage car elle n’était pas mauvaise. Elle se contenta de quelques figurations dans diverses productions (Breakin’ 2, Fame, Road House) avant de prendre sa retraite en 1990 pour devenir une sorte de médium animalière. On appréciera quand même qu’elle soit revenue sur sa décision par deux fois afin de reprendre le rôle d’Angela dans les suites direct-to-video.

 

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L’autre vedette c’est bien sûr Linnea Quigley, embauchée pour la simple et bonne raison que le réalisateur l’avait adoré dans Le Retour des Morts-Vivants. Elle s’y déshabille de la même manière, y compris au cours d’une séquence $mémorable où elle se dessine sur le corps avec un bâton de rouge à lèvre qu’elle va finir par absorber en le faisant passer à travers l’un de ses seins ! Un des nombreux effets spéciaux signés Steve Johnson, qui dû personnellement faire un moulage de la poitrine de l’actrice, tombant amoureux d’elle dans le procédé. Les deux finirent par se marier quelques temps plus tard. De sacrés atouts que ces deux demoiselles en tout cas, même s’il convient de préciser que le film en possède d’autres comme la cinématographie (voir l’ombre de Quigley adossée à une porte quand l’héroïne la fuit, restant visible dans le couloir à la manière du cinéma expresionniste allemand, ou cette salle éclairée par des vitraux colorés et envahis par le lierre), la musique signée Dennis Tenney, frère du réalisateur, ou le très chouette générique d’ouverture avec ses petites animations.

 

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Si Night of the Demons n’explosa pas le box office à sa sortie, ayant notamment souffert d’une petite distribution à l’échelle régionale avant d’être projeté dans le reste du pays, il est désormais considéré comme une œuvre culte par beaucoup, et remporta suffisamment d’argent sur le long terme pour gagner quelques suites au milieu des années 90 et un remake très oubliable une dizaine d’années plus tard. Étrangement, s’il est bien sorti chez nous sous le titre de La Nuit des Démons, il y eu quand même une petite confusion lorsque les autres volets débarquèrent dans nos contrées. Si Night of the Demons 2 se transforma assez logiquement un Demon House 2 (apprécions au passage l’idée de changer le titre original anglais en un autre titre anglais), le troisème épisode devint inexplicablement Demon House 1, et ce malgré la patine moderne de l’image et l’abus de CGI modernes. Une idiotie d’autant plus grande que beaucoup ont pu être rebuté par la nullité de ce dernier volet et faire l’impasse sur le second film alors que celui-ci est vraiment bon. La France est décidément bien une exception culturelle…

 

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GALERIE

 

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4 comments to Night of the Demons (1988)

  • A.Roubi  says:

    Il a l’air bougrement sympathique ce Night of the demons! J’ai pas le souvenir de l’avoir vu, je vais donc combler cette lacune dès que possible car le travail sur la photographie semble très réussi. Enfin, si je me fie à la capture d’écran n°4…

    • Adrien Vaillant  says:

      Haha, j’en avais d’autres mais le manque de place m’a contraint d’être sélectif 😛
      Sinon pour le film tu peux y aller franchement, il est vraiment fun !

  • DDD  says:

    Demat, très bon site! Juste une petite erreur dans cette critique: “doivent grimper à mains nues à un fil de fer barbelé à mains nues pour escalader le grand mur” redite.

    • Adrien Vaillant  says:

      Ah bon sang, ça m’a échappé à la relecture, merci beaucoup ! C’est le problème de réécrire certains paragraphes plusieurs fois pour trouver la bonne tournure de phrase… Merci du tuyau, c’est corrigé ! Et merci du compliment, bien content si le site te plait 🙂

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