Hotel Inferno II: The Cathedral of Pain (2017)

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Hotel Inferno II: The Cathedral of Pain

(2017)

 

Wait. I can’t process that much fuckin’ nonsense at once.

 

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La conclusion d’Hotel Inferno semblait appeler à une suite même si rien ne venait clairement l’affirmer. La faute à une fin abrupte et des éléments scénaristiques mis en place dans la dernière scène qui donnaient l’impression que les aventures de Frank Zimosa ne pouvaient s’arrêter là, malgré sa mort apparente. Il aura fallu attendre quatre ans pour en avoir la confirmation, ce qui est un peu long mais s’explique par le fait que la compagnie productrice, Necrostorm, n’a rien d’un grand studio hollywoodien, se concentrant sur un seul projet à la fois. S’adressant avant tout à un public niche mais fidèle, elle a fini par abandonner les moyens de financement traditionnels pour adopter pleinement le crowfunding, très à la mode de nos jours et populaire chez les moins fortunés. La méthode parfaite pour monter des projets sans faire de concessions avec des investisseurs, mais qui fonctionne assez lentement puisqu’il faut attendre que la somme demandée soit atteinte avant de se lancer, avec un tas de contreparties à distribuer en plus après-coup.

 

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En résulte un film limité avec peu d’acteurs et de décors, des effets spéciaux rudimentaires dont le côté latex est très apparent, et évidemment très court: 70 minutes dont cinq sont dédiées au générique de fin, essentiellement composé des noms et pseudonymes des backers. Il va s’en dire qu’un tel produit ne séduira pas particulièrement le spectateur étranger à la cause, au point qu’il n’y a parfois pas vraiment de différence entre ce type de cinéma et des films fétiches mal foutus mais délivrant avec réussite sur leurs sujets particuliers. Dans certains cas l’arnaque n’est pas loin cependant, Charles Band et les ruines de sa Full Moon étant l’un des meilleurs exemples que l’on puisse évoquer dans le genre. Heureusement Necrostorm tient à sa réputation et ne désire rien d’autre que d’améliorer sa formule. Le concept FPS demeure, mêlant action et Grand Guignol, mais tout est amplifié à l’extrême, de la violence à la folie du script, au point que Hotel Inferno II n’est pas considéré comme un simple splatter movie par ses créateurs, mais un colossal splatter.

 

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On pourra certes débattre de la légitimité d’un tel qualificatif, le Premutos d’Olaf Ittenbach demeurant toujours le meilleur film de gore épique à petit budget, mais il n’y a pas tromperie sur la marchandise: cette suite montre clairement une évolution en terme d’ambition et de qualité, assumant plus que jamais sa parenté avec l’univers des jeux vidéos au point que de ne pas juste évoquer Doom, mais être Doom. Parfois même à la limite de la légalité. Se déroulant immédiatement après les événements du premier opus, ce second volet emmène son tueur à gage de héros en Enfer, où il est gardé prisonnier dans une sorte de cathédrale gothique. A sa grande surprise il découvre que ses geôliers sont humains, en fait les sbires de son ennemi Jorge Mistrandia qui travaillent toujours pour lui comme tortionnaires ! Enragé par cette découverte, il parvient à se défaire de ses chaînes et va tâcher de s’évader, en vain. Son compagnon de cellule, une sorcière brûlée vive durant le Moyen Âge, va alors faire un pacte avec lui pour se sortir de là…

 

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Il n’y a guère plus d’intrigue que cela dans cette séquelle qui reprend à son compte le point de départ de l’original, l’assassin devant cette fois s’échapper d’une dimension infernale plutôt que d’un hôtel de luxe. Une région de l’Enfer justement nommée Hotel Inferno et appartenant exclusivement au culte de Mistrandia, qui ne se contente pas que de collectionner les démons car ayant passé un marché avec eux, les nourrissants en échange de savoir et d’installations. Comme ces cinq Sanctuaires de la Douleur dont fait partie l’église, qui contiennent chacun un des cinq éléments composant l’âme humaine. Les réunir permettrait à un damné de retourner sur Terre dans son propre corps, et cette quête devient celle de Zimosa qui ne souhaite que protéger sa femme, toujours dans le monde des vivants mais à la merci de ses ennemis. S’ensuit plus d’une heure de massacre pratiquement non-stop, à l’exception de quelques baisses de rythmes volontaires pour des besoins d’ambiances, d’expositions et… de séquences puzzles comme dans un jeu !

 

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Intéressant sur le papier, ce concept est malheureusement le point faible du film puisque ces passages traînent en longueur et donnent vraiment l’impression de voir quelqu’un résoudre une énigme en temps réel sur sa Playstation. Il est évident que les créateurs font ici du worldbuilding à l’extrême et peut-être ont-ils voulu aller au bout de leurs idées quitte à en faire un peu trop, développant des tas de détails sur l’Enfer et son mode de fonctionnement comme le feraient des développeurs, sans que ces informations n’est un impact direct sur l’intrigue. Nous apprenons que toutes actions en ces lieux à des répercutions sur Terre, que les armes humaines sont ineffectives contre les démons et qu’on ne peut pas vraiment les tuer puisqu’ils respawn simplement quelque part d’autre. Il reste cependant possible de les pourfendre grâce aux armes médiévales forgées en ces lieux ou à l’arsenal délirant développé par Mistrandia pour son propre compte, comme cette mitrailleuse Gatling organique.

 

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Les monstres ont différents noms et gimmicks, tels ces zombies aveugles ne pouvant voir que grâce à leurs lanternes, ces créatures composés de morceaux de corps humains assemblés n’importe comment ou ces grosses têtes volantes et cyclopéennes qui ne sont rien d’autre que les Cacodémons de Doom. Littéralement. Des bestioles qui naissent à chaque fois qu’un enfant meurt sur Terre, car la cathédrale est le refuge de rien de moins que l’incarnation de l’avortement ! Une mère pondeuse qui remplit les catacombes de ses rejetons et dont l’influence maléfique se ressent jusque dans certains objets, comme cette peinture faisant halluciner le héros à propos de sa femme enceinte. Le temple abrite aussi l’emblème du Feu, et Zimosa peut alors utiliser une rivière de lave pour briser des malédictions ou écouter le chuchotement des flammes afin d’obtenir des indices sur les mystères à résoudre. Autant d’éléments qui laissent à penser que Hotel Inferno II fut véritablement pensé comme un jeu avant même d’être film.

 

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Plusieurs choses en témoignent, comme les différents items utilisé par le héros en cours d’aventure (des cœurs humains qu’il faut manger pour se guérir, des croix en os repoussant certains ennemis), les passages secrets cachés dans des cercueils, les combats de boss trouvables à la fin de certaines sections et les différentes armes éparpillées un peu partout, d’autant que Necrostorm tente depuis plusieurs années maintenant de monter un projet de ce genre (Gorebreaker, qui est connecté au film The Mildew From Planet Xonader). Voilà qui n’aidera pas certains à considérer le résultat comme un long métrage légitime, mais puisque le but était de livrer un FPS cinématique on pourra arguer que cette démarche était la bonne. Et peu importe au final tant les affrontements sont brutaux et l’exploration cauchemardesque: écartèlements façon Inquisition, têtes coupées à la scie ou défoncées à la lance, empalements et démembrements divers et extrêmement variés, victime scalpée vivante… Les sévices sont nombreux et dantesques, aspergeant la caméra de sang.

 

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Des bouches d’égouts débordent de tripes, un bourreau porte un costume de plague doctor composé de visages humains, une femme clouée au mur agonise encore malgré qu’on lui ait arraché le cœur… Le protagoniste lui-même souffre, crachant ses dents après un coup au visage, coupant les doigts brisés de sa main pour mieux l’utiliser et perdant même un membre quand un démon vient le mâchouiller. Quand sa mitrailleuse tombe en rade, il utilise les canons tournants comme une sorte de tronçonneuse, pulvérisant les crânes de papes zombies, et n’hésite pas à plonger la main dans l’orbite unique des Cacodémons pour leur arracher la cervelle et utiliser leurs carcasses comme bouclier ! Certaines idées sont même carrément blasphématoires: il doit disséquer le corps d’un enfant pour récupérer une clé cachée à l’intérieur ou escalader un charnier de nourrissons pour atteindre un puit dont la corde est remplacée par un long cordon ombilical. Des abominations que l’on doit à la démone-mère, dont l’apparence est calquée sur la Lisa Trevor de Resident Evil.

 

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Clouée à un pilori, elle accouche fréquemment, piétinant les nouveaux nés qu’elle sème derrière elle tel le Petit Pourcet. Elle les lancent même à la tête de Zimosa pour l’attaquer, lequel la tabassera à mort avec les cadavres pour se venger. Les Chrétiens s’offusqueront sans doute mais les autres riront à gorge déployée tant cela va parfois loin, alors que l’ambiance se veut très sérieuse. N’aide pas que, budget restreint oblige, la plupart de ces effets sonnent faux et très “plastique”, conférant à Hotel Inferno II un côté Muppets avec ces marionnettes grotesques et les CGI visibles qui tentent d’embellir le tout. Heureusement les réalisateurs n’ont pas oublié la méthode oldschool du passage chez le boucher du coin, et de nombreux abats et tripes viennent apporter une touche organique gerbante appréciable à l’ensemble. Mais parfois le côté amateur fonctionne, notamment avec le body horror et cette image de femme enceinte se décomposant en accélérée, présentant un ventre gonflé, difforme et obscène que le père va déchirer en cédant à la folie.

 

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En comparaison le pauvre Hotel Inferno original paraît bien sage, même si ces débordements font que l’on perd les notions de peur et d’urgence qui faisait justement le sel de ce premier opus. Difficile parfois de savoir comment appréhender cette suite lorsque l’on trouve une tête de poupon géant barbotant dans une mare de lave, tout en images de synthèse et sans aucune explication. Un humour peu subtile est détectable mais il est trop dilué et paraît limite incongru, notamment en ce qui concerne cette sorcière capable de suivre les faits et gestes de Zimosa à distance et d’utiliser quelques sorts (“I’m a witch, you bloody cretin !”). Un personnage intéressant mais sous exploité et qui n’a jamais la classe de Jorge Mistrandia, dont l’absence se fait ici salement ressentir. La conclusion tente de corriger le tir en soulignant l’amitié naissante entre le tueur à gage et la damnée, celle-ci allant jusqu’à ordonner à l’assassin de fuir pour le sauver alors que des gardes viennent la punir de l’avoir aidé. Cela vient au moins rendre le cliffhanger plus intéressant.

 

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Car hélas on sait maintenant à quoi les prochains épisodes vont ressembler: la même chose, encore et encore, jusqu’à ce que nos héros obtiennent les éléments manquants pour permettre leur résurrection. Quand bien même les thèmes / éléments peuvent varier, la répétition guette. Non seulement ça, mais vu le temps que met Necrostorm pour développer chacune de ses productions, et sachant que d’autres titres comme Adam Chaplin 2 sont en chantier, Frank Zimosa ne risque pas de rentrer chez lui de si tôt. Et qui sait si les fans tiendront sur la longueur ? Il faut espérer, d’autant que les évolutions techniques sont appréciables (la caméra “cligne” des yeux pour faciliter les transitions entre les jump cuts), les doubleurs semblent plus à l’aise (le héros à une voix plus grave et énervée, très Lobo dans l’âme), la musique est plus ambitieuse (Razzaw abandonne quasiment la retrowave pour des thèmes limites orchestraux à la God of War) et le fan service est bien présent (ce masque perdu parmi les instruments de torture, hommage certain à Mario Bava).

 

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Reste à savoir si cela suffira, mais tel Satan, Giulio De Santino, créateur de la série et fondateur de Necrostorm, et sa partenaire Tiziana Machella, ont le don pour séduire et faire de belles promesses. A l’instar de cette séquence à la Hellraiser où apparaît un personnage vêtu d’un casque intégral tournoyant sur lui-même comme une sorte de scie. Ou de l’idée que le protagoniste est lentement corrompu par le Mal, devenant de plus en plus agressif au point de finir incapable de dire autre chose que “fuck” et “shit”. A la manière de ces cultistes tués dont les âmes immortelles sont condamnées à retourner sur Terre dans de nouveaux réceptacles mais sans savoir s’il s’agira d’autres corps humains, d’animaux ou de rochers, faute d’avoir réuni les emblèmes magiques, il est difficile de dire à quoi va ressembler la saga Hotel Inferno avec le temps. Souhaitons-lui bonne chance, d’autant qu’un spin-off à propos du fils de Zimosa semble d’or et déjà prévu.

 

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