Zombies: un Horizon de Cendres (2004)

Jean-Pierre Andrevon

Zombies: un Horizon de Cendres

(2004)

 

Jean-Pierre Andrevon surf sur la vague du revival du film de zombies (générée par L’Armée des Morts, sorti cette année là) et livre ce Zombies: Un Horizon de Cendres qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord (et notamment avec l’illustration de couverture de Eric Scala, représentant une morte-vivante en décomposition qui pose avec un fusil de chasse et aborde un court débardeur sur lequel on peut lire “Fuck the Dead”) n’a absolument rien de bourrin ni de gore. L’histoire débute par une classique résurrection des morts, mais cette fois le phénomène prend une ampleur encore jamais vue: chaque cadavre humain présent sur la surface de la planète se réanime, même les plus anciens.

Des morts-vivants (et donc pas vraiment des zombies) qui, au départ, ne sont pas hostiles puisque n’attaquant personne et se contentant d’errer. D’abord de vagues silhouettes aperçues furtivement dans les cimetières, leur nombre s’accroît de plus en plus et l’événement va bientôt faire la Une de tous les médias. Le phénomène est observé par les scientifiques tandis que la population continue de vivre sans vraiment s’inquiéter, repoussant les zombies avec les moyens du bord. Mais si personne ne s’alarme en premier lieu, la situation a vite fait de dégénérer lorsque la télé montre les morts s’en prendre à un chat pour lui dévorer la cervelle. La panique se fait de plus en plus grande et on décide de passer à l’offensive contre cet “ennemi” de plus en plus envahissant. Et la civilisation telle qu’on la connaît touche alors à sa fin…

Zombies fut vendu comme un hommage au Zombie de Romero (un personnage lance un “Il y a une théorie (…) c’est que l’enfer serait plein” qui évoque bien entendu la célèbre: “Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre”) et au Je Suis une Légende de Richard Mathson. Cependant force est de constater que Zombies ne ressemble ni à l’un ni à l’autre. Partant d’une idée originale, le récit nous présente une variation sur le mort-vivant qui est ici en perpétuel état d’évolution. Indestructible car se régénérant, les morts ne peuvent plus se dégrader: en cas de dommages, ils regroupent leur membres, reforment leur chair et se reconstituent sans cesse pour revenir vers l’état d’être humain ! D’abord cadavres putréfiés, ils deviennent alors semblables à des cadavres récents, continuant d’évoluer jusqu’à commencer à s’habiller ou à ramasser des accessoires. Nous sommes bien loin des zombies avides de chair humaine, bien que cette évolution lente de l’espèce n’est pas sans renvoyer à George Romero et son Jour des Morts-Vivants où les créatures s’humanisent, un principe effectivement déjà vaguement présent dans Zombie (un mort-vivant s’empare d’un fusil pour ne plus le lâcher).

Les références à Je Suis une Légende, quant à elles, sont pratiquement inexistantes si ce n’est qu’une petite partie du roman reprend effectivement l’idée du personnage principal vivant caché dans sa maison barricadée, coupée de tout contact avec l’extérieur et donc ignorant du sort de ses semblables. Mais contrairement à Robert Neville, le protagoniste de cette histoire est loin d’être le dernier de son espèce et ne prévoit pas d’exterminer les cadavres ambulants. Visiblement plus intéressé par la description de la lente dégradation de la civilisation, Andrevon nous met à la place de son héros, un spectateur qui assiste bien souvent passivement aux évènements, via une narration à la première personne.

Nous avons ainsi droit à une critique nous dissimulée des médias (qui s’emparent du sujet et bombardent l’audimat), de la politique (la langue de bois des politiciens qui préfèrent intégrer les morts à la société), des scientifiques (qui s’autoproclament experts sur le sujet sans vraiment y connaître quoique ce soit), des religions (les sectes et autres illuminés qui voient en la situation un acte de Dieu, le Christianisme qui évoque l’Apocalypse et la perplexité de certains parce que le Coran ne parle pas d’une éventuelle résurrection des morts) ainsi que des forces armées (la gendarmerie et les militaires mais aussi les groupuscules de “chasseurs” qui traquent les zombies). La haine des vivants envers les morts est également assimilée à la xénophobie par le biais de quelques réflexions du héros (réactions comparables à celle du monde “d’hier” envers les jeunes des banlieues défavorisées, comparaison entre les crématoriums et les camps de la mort…).

L’observation du comportement humain, là encore, n’est pas sans renvoyer à Romero. Que cela soit par le biais d’illuminés qui estiment que le mort à sa place parmi nous (la femme du héros héberge sa morte-vivante de mère, les membres de sectes se laisse dévorer sans broncher) et les forces armée qui usent de la force (les militaires et la police tentant quelques manœuvres avant la disparition totale de la société humaine, les vigilantes qui tirent sur tout ce qui bouge). L’être humain réagit différemment face à la situation et Andrevon fait de son protagoniste une personne totalement blasé, pour mieux mesurer les réactions de son entourage. Habitué à la mort, il apporte un regard extérieur et observe la folie de sa race, témoignant de la bêtise humaine avec un brin de cynisme.

L’auteur accumule les visions apocalyptiques souvent brillamment décrites, comme l’enfer des fours crématoires où l’on brûle les restes des morts-vivants pour les empêcher de proliférer, ces milliers de morts déambulant dans une ville en flammes alors que les survivants s’apparentent à une horde sauvage composés d’allumés de la gâchette, s’adonnant à des partouzes dans la caserne où ils se sont entassé. Cela permet a Zombies de se lire sans déplaisir et de partager les scènes d’actions inhérentes au genre avec une certaine étude de l’humanité et de la civilisation qui apporte une petite touche de réalisme très appréciable, d’autant plus que l’auteur fait de nombreuses références au contexte politique et sociale du pays à l’époque (l’ère Jacques Chirac).

Malheureusement le roman n’est pas exempt de défaut. D’une part ce livre n’est pas inoubliable et, sitôt lu, il y a de grande chance qu’on l’oublie puisqu’on ne peut pas vraiment relever de séquences mémorables à l’exception peut-être de son épilogue. L’écriture d’Andrevon, bien tenue, tombe malheureusement dans un vulgaire très cliché lorsqu’il s’agit de faire parler les personnages issus de milieu défavorisés ou de décrire l’anatomie féminine dans les (rares) scènes de sexe, le vocabulaire devenant soudainement cru et rébarbatif à lire. Mais surtout c’est le personnage principal lui-même qui s’avère être le plus gros point noir du roman. Antipathique au possible, son comportement empêche une parfaite immersion dans l’histoire: il se révèle être quelqu’un de faible (sa façon de parler de son couple en est une preuve flagrante), son désintérêt total pour tout et n’importe quoi fini par taper sur les nerfs et il est implicitement question de ses crises de violence envers sa famille, avec peut-être la brutalisation sa petite fille de sept ans…

Dommage car ces éléments, bien qu’ils permettent de nous éviter un beau héros sans peur et sans reproche, atténuent grandement par la suite certains sentiments naissant (la perte de son couple, les regrets qui en découle, la découverte d’un nouvel amour). N’ayant rien à perdre ni à défendre, une barrière se forme. Le personnage, froid, ne nous apparaît pas vraiment comme vulnérable et on se moque finalement bien de ce qu’il peut lui arriver. A trop vouloir donner un regard sur le reste du monde, Andrevon en oublie de faire vivre son héros qui devient alors vide de personnalité et pourrait tout aussi bien être remplacé par une narration à la troisième personne.

Un dernier reproche pourrait être fait sur le manque de développement du sujet de la résurrection générale des morts. Son origine laisse plutôt à désirer (il est question d’un effet appelé Nécrozootique, engendrée par l’explosion d’un trou noir qui a alors provoqué une distorsion du temps, permettant aux zombies de fonctionner sur le mode inverse de l’être humain, c’est-à-dire d’aller de la mort vers la vie en redevenant progressivement ce qu’ils étaient) et surtout devrait entraîner une surpopulation extrême (tous les cadavres porté par la planète se réaniment) qui n’est même pas évoqué ici ! Enfin, le bruitage vocal ridicule dont sont affublés les créatures (“Hâ-houuuuu”) casse parfois un peu l’ambiance…

S’il n’est pas le meilleur Andrevon, et s’il ne révolutionne pas particulièrement le genre du mort-vivant, Zombies demeure un agréable divertissement et surtout une œuvre d’un domaine bien trop rare en France ! Rien que pour ce point, ce livre vaut la peine d’être lu.

[Edit 2008] Signalons au passage que lors de sa réédition au format de poche, quatre ans plus tard, le titre perd son “Zombies” au profit d’un beaucoup plus simple et moins évocateur Un Horizon de Cendres. Comme si, passé la zombiemania d’alors, le pays avait décidé de revenir à sa pruderie habituelle envers ce genre qu’elle a toujours décrié…

 

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