La Maison Usher ne Chutera Pas (1999)

Pierre Stolze

La Maison Usher ne Chutera Pas

(1999)

 

maisonusherchuterapas (1)Il y a des personnes qui aiment à faire remarquer le haut niveau de leurs études et la richesse de leur culture: on les appels des pédants. Pierre Stolze est de ceux-là. Professeur de Lettres, l’homme se lance dans la littérature en profitant de la moindre occasion pour faire étalage de sa science, à la manière d’un enfant. Une sorte de complaisance dans l’autosatisfaction qui renvoie à un nombrilisme exacerbé tout bonnement insupportable. Pas étonnant donc que son livre ne provoque rien d’autre que le rejet.

Recueil de trois nouvelles de longueur inégale, chacune un peu plus longue que la précédente, La Maison Usher ne Chutera Pas n’entretient finalement que très peu de rapport avec la fameuse nouvelle d’Edgar Allan Poe (un chat noir et l’idée de la maison qui s’écroule en métaphore psychologique) et se trouve par ailleurs très loin de l’atmosphère unique et propre à cet auteur captivant puisque Stolze s’affirme en bon Lorrain qu’il est, et essaye vainement de créer une imagerie fantastique et / ou merveilleuse propre à sa région. Ce qui s’avère non seulement raté mais surtout d’une lourdeur très indigeste (l’écrivain aime sa Lorraine et nous le fait bien savoir).

Élucidation du Gouzipanpan ouvre le bal, narrant la découverte par un vieil homme d’un endroit très particulier en plein cœur de la ZUP voisine: les appartements d’une famille étrange dont les membres portent le nom de constellations, véritable légende urbaine du coin. Alors que sa jeune nièce se lie d’amitié avec la mystérieuse famille (la petite Andromède et sa mère Cassiopée, belle comme une déesse), elle se retrouve en possession des clés de leur immeuble. Et lorsque là-dite famille finit par déménager, disparaissant mystérieusement, on leur confie la tâche de surveiller les lieux. Si les chambres de Cassiopée et de sa fille sont vides, celle d’un certain monsieur Aldébaran se trouve être remplie d’étagères en verre incassable et contenant d’innombrables figurines représentant… Tout ce qui existe ou a existé en ce monde !

Un véritable musée de l’existence, de la Vie et de l’Évolution, voilà une idée qui aurait pu être tout à fait intéressante si elle n’avait pas été gâchée par une très faible mise en scène et surtout par le style on ne peut plus exaspérant de l’auteur. La narration se fait sur un rythme mou, statique, qui perd son lecteur dans des scènes de la vie quotidienne parfois (souvent) inutiles, voir trop enfantines, le tout avec une monotonie et une désinvolture qui supprime toute immersion possible dans l’histoire. Pas de suspense ou de mystère. Stolze s’emploie à la démystification de l’élément fantastique par le personnage principal qui, sitôt remis de la surprise, se contente d’observer les évènements comme s’il n’avait jamais véritablement affaire à des phénomènes surnaturels. Car en faisant devenir banal ce lieu étrange renfermant des milliards de miniatures (personnes réelles ou fictives, objets de la vie courante, véhicules, etc…) Stolze supprime tout le potentiel de son sujet, plonge le lecteur dans un état soporifique en écrivant pour ne rien dire, et au final on se rend compte qu’en-dehors de son idée de base (Dieu, sous un autre nom, emmagasinant chaque élément de la Création sous formes de figurines qu’il expose comme un collectionneur), l’auteur n’a tout simplement pas d’histoire !

L’écrivain passe le plus claire de son temps à écrire sans but, faisant du remplissage en parlant de tout et de rien et ne tient l’intérêt du lecteur que par juste une ou deux idées amusantes: par exemple on apprend que trois voleurs ayant voulu piller l’appartement se sont fait attaquer par Conan le Barbare (version Schwarzenegger, vous pensez bien que malgré toute sa culture Stolze ne fait aucune référence à Robert E. Howard), Freddy Krueger ainsi qu’un loup-garou. Hélas une idée ne fait pas un récit et le reste de la nouvelle n’est qu’un amas de pédanterie tout aussi dispensable qu’énervant, le tout noyé sous une écriture préférant un style soutenue (voir hyper-soutenue) qui a vite fait de rendre tout cela particulièrement éprouvant pour les nerfs.

Le fait est que Stolze ne s’arrête pas une seconde. Si on peut être surpris de son vocabulaire trop soigné ou de ses expressions tellement travaillées qu’elles en deviennent ridicules (en plus d’êtres complètement à côté de la plaque pour une histoire pareil), on a rapidement fait de perdre patience face à ces tournures de phrases qui ne semblent être là que pour montrer que leur auteur à fait de hautes études de Lettres. Même chose par les références diverses qu’il balance à tout va, le plus souvent parmi les moins connues du grand public comme pour bien souligner ses connaissances particulières. Résultat: Élucidation… n’intéresse pas du tout et le spectateur gavé par tant de lourdeur ne trouvera aucun intérêt à l’histoire qui de toute façon ne fonctionne pas, par absence totale d’enjeux. On apprendrait qu’il s’agit d’une histoire inachevée que ça ne surprendrait pas ! Simpliste au possible, cette première nouvelle donne le La à un recueil de niveau malheureusement égal: celui d’une purge sans nom. Et pour ceux qui souhaitent connaître la signification du mot “Gouzipanpan”, il s’agit simplement d’un terme pour désigner un objet détourné de sa fonction première, qui devient alors inutile (comme une tasse à café exposée sur une cheminée par exemple).

Vient ensuite Le Déménagement. Partant elle aussi d’un point de départ intéressant, elle narre les péripéties d’un jeune homme aidant sa tante à déménager en transportant lui-même ses cartons. Profitant d’un ami et de sa camionnette, il se met au travail sans respecter les consignes qui lui ont été données car les jugeant trop excentriques: la vieille femme lui demandait d’entasser ses paquets dans un ordre bien particulier et défiant toute logique de rangement. C’est alors que, durant le trajet, ce qui se trouve dans ces colis se met à bouger et à grossir, devenant progressivement une véritable jungle miniature qui s’en va infester tout le véhicule…

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On aurait espéré que Le Déménagement soit plus attrayant que l’histoire précédente mais peine perdue, c’est encore pire. En quelques lignes on retrouve déjà les défauts de Stolze qui deviennent très franchement de plus en plus agaçant, d’autant qu’ils sont désormais employés sans même un soucis de cohérence: voir un pauvre camionneur capable de vous pondre pendant trois pages une dissertation sur la place du chat à travers les religions, tout ça pour simplement expliquer qu’il n’aime pas les félins et qu’il n’apprécie donc pas trop la bestiole que son ami a emporté avec lui ! Et Stolze d’en rajouter deux fois plus que dans la nouvelle précédente, nous présentant des personnages qui ne sont jamais terrifiés de voir pourtant une abomination grandir au sein de leur voiture, ou un héros complètement gaga de sa chatte, ne pensant pas un seul instant à demander des comptes à sa tante qui pourtant se servira bien de lui et ne cherchant jamais à comprendre le pourquoi du comment ! Niveau psychologie: zéro.

Par ailleurs, l’écrivain rajoute en milieu d’histoire une foule de personnages complètement loufoques, camarades de la tante et visiblement membres d’une confrérie particulière. Alors que l’on attend que soient développés ces éléments, Stolze fait complètement partir son histoire en roue libre sans jamais rien expliquer, ni donner un semblant de justification quant à ses choix narratifs: la chose végétale qui se développe devient finalement un dragon à têtes multiples d’une cinquantaines de mètres dont on ne saura jamais rien, si ce n’est qu’il doit s’envoler dans l’espace après avoir dévoré des centrales nucléaires et thermiques pour gagner de l’énergie. Le protagoniste principal devient l’outil d’une sorte de conspiration visant à libérer le monstre (à des fins écologiques il semblerait) sans qu’il ne s’y oppose, se questionne ou même ne prenne peur à devoir s’approcher d’une créature aussi impressionnante. Il est même question de pouvoirs extrasensoriels et de don de médium pour sa petite chatte noire, dans le seul but de la renvoyer au chat de Poe… Du grand n’importe quoi, flou et hautement indigeste, qui perd son lecteur par son manque total de logique, bien aidé il est vrai par un trop plein de références et de mots recherchés tout bonnement inutiles, placés en plein milieu de scènes qui n’en demandent pas tant.

Arrive enfin La Maison Usher ne Chutera Pas, nouvelle phare du recueil qui se veut être une variation de la célèbre Chute de la Maison Usher de Poe. Elle raconte l’histoire de Rodrigue Usher, jeune homme qui ne supporte plus son père, un vieil emmerdeur qui passe son temps à l’exploiter tout en le rabaissant par rapport à ses frères. Alors qu’il lui rend visite pour tondre sa pelouse, il découvre dans le jardin un petit trou dans la terre qui, progressivement, se creuse de plus en plus au point de devenir un gouffre aux profondeurs insondables. Ce qui naturellement inquiète les villageois et les autorités. Ces derniers obligent alors Rodrigue à aller parler à son père, reclus dans sa maison et coupé du monde, afin de savoir si menace il y a, quand bien même il avait décidé de ne plus jamais être confronté à son géniteur…

Probablement la plus horripilante des histoires de ce recueil, La Maison… n’est qu’une métaphore évidente sur le manque de communication et du fossé qui sépare les deux hommes. Jamais l’auteur n’ira plus loin dans cette idée de crevasse prenant physiquement forme, préférant nous laisser aux réflexions complètements inutiles de Rodrigue, qui veut parler de tout sauf de son père et qui n’a rien à faire du trou qui les séparent, quand bien même celui-ci prend des proportions surnaturelles et très inquiétantes. Un je-m’en-foutiste qui ne se préoccupe de rien et qui traverse l’histoire en nous livrant ses petites idées personnelles sur diverses choses sans intérêt. Ainsi le jeune homme se moque gentiment de la police locale, est agacé par les politiciens et les médias qui veulent toujours tout savoir, et enrage de ne pouvoir faire l’amour à sa petite amie qui préfère attendre un mariage qu’il n’a pas l’air de vouloir. Les réactions du héros, et par extension celles de Stolze, s’apparentent là a celle d’un jeune adolescent rebelle faisant sa crise, s’indignant pitoyablement du système sans jamais émettre la moindre réflexion construite, auxquelles il faut rajouter évidemment l’égocentrisme habituel de l’auteur se plaisant à montrer qu’il est un puits de connaissance. Un véritable supplice dont on ne retire aucun soulagement lorsqu’il arrive à sa conclusion tant tout cela irrite profondément.

maisonusherchuterapas (3)Et le rapport avec Poe dans tout ça ? Et bien pas grand chose si ce n’est les noms de Usher, Rodrick (qui est en fait le véritable prénom de Rodrigue) et Madeline ainsi que le fossé qui fait s’écrouler la maison. Point barre. Cependant vous pouvez compter sur l’écrivain pour vous sortir des clins d’œils à grand renfort de coups de coude: le héros a lu de nombreuses fois la nouvelle de Poe et ne peut s’empêcher de la mentionner fréquemment. La Maison… se traîne en longueur, possède un final des plus convenus (évidemment que le père et le fils finissent par se réconcilier !) et les défauts de Sotlze arrive cette fois carrément à rendre son personnage des plus antipathique !

Voilà donc pour ce recueil dont on ne retient absolument rien de bon. Des concepts intéressants mais jamais exploités, voir carrément prétextes, trois personnages principaux qui auraient tout aussi bien pu être le même et au travers desquels on retrouve l’auteur qui se met en avant de la façon la plus puérile qui soit. “Faut toujours que je mette mon grain de sel culturel dans tout ça…” avoue t-il d’ailleurs à travers l’un d’eux. C’est tout dire sur le narcissisme de cet individu dont on plaint les pauvres élèves. Comme quoi une grand richesse culturelle et un haut niveau scolaire ne fait pas tout.

Et pourtant, allez comprendre, Stolze fut récompensé du Prix du Jury Littéraire lors du Festival de Fantastic’Arts de Gérardmer en 1999. Jury par ailleurs composé de personnes bien plus fréquentables que cet énergumène, comme un certain Bernard Werber. Déroutant, mais en même temps comme beaucoup le diront, les récompenses de Géradmer ont souvent brillé par leurs illogismes et on ne compte plus les ratages ayant récoltés des prix. C’est le cas ici avec ces trois histoires de Pierre Stolze dont nous ne sommes pas pressé de découvrir le reste de l’œuvre.

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