Karate Warrior (1987)

 

Karate Warrior

(1987)

 

 

Lorsque Karate Kid 2 sort sur les écrans en 1986, le producteur Fabrizio De Angelis se sent tout inspiré et décide de créer sa propre version du film avec une histoire pratiquement identique mais empruntant également au premier opus. Sa copie, intitulée Il Ragazzo dal Kimono d’Oro (le garçon au kimono d’or) en Italie, et plus génériquement Karate Warrior à l’international, deviendra l’air de rien une véritable saga comptant pas moins de six films et six téléfilms ! D’autant plus impressionnant que cet épisode fondateur ne raconte finalement pas grand chose si ce n’est une poignée de clichés, et ne propose que très peu d’arts martiaux. La faute en partie à l’intrigue, qui ne compte que deux véritables scènes de bagarre, et en partie au producteur, plus désireux d’engager un beau gosse dans le rôle principal qu’un acteur entrainé. L’attrait principal repose du coup plutôt sur l’exotisme de pacotille, comme seul le Bis italien délocalisé savait le faire.

 

 

Produit, co-écrit et réalisé par Fabrizio De Angelis, Karate Warrior n’a évidemment pas le budget de son modèle hollywoodien, et si Daniel-san s’envolait pour le Japon dans l’œuvre d’inspiration, son jeune héros devra se contenter des Philippines, véritable terre d’accueil du Bisseux rital à l’époque. L’intrigue s’intéresse ainsi à Anthony, fils de bonne famille qui décide de retrouver son père disparu depuis trois ans à l’autre bout du monde. Autrefois grand reporter, celui-ci a mystérieusement échoué dans le petit bled de Los Baños pour devenir un correspondant sans importance et doit se plier comme beaucoup au joug tyrannique de Quino, jeune criminel et champion de karaté qui rackette les commerçants du coin avec son gang. Lorsqu’il débarque, l’adolescent se réconcilie vite avec son paternel et se trouve même une copine, mais va commettre l’erreur de s’opposer aux méthodes violentes du caïd…

 

 

Kidnappé, tabassé et laissé pour mort, il est secouru par le légendaire Kimura, grand maitre des arts martiaux vénéré comme un dieu dans la région mais vivant en ermite depuis plusieurs années. Il faut dire que Quino était son meilleur élève, et découvrir qu’il utilise son talent de façon déshonorable l’a profondément affecté, le poussant à fermer son école et se retirer du milieu des combats. Réalisant qu’Anthony est un jeune homme au cœur pur, le vieil homme voit en lui l’occasion parfaite de rattraper ses erreurs et décide de lui apprendre le karaté pour qu’il puisse terrasser leur ennemi commun. Et tant pis si l’adolescent n’a pas spécialement envie d’affronter son agresseur ! Une histoire simple qui se termine évidemment sur le ring à l’occasion d’un tournois local, même si la conclusion n’explique jamais vraiment en quoi la défaite du vilain apporterait la paix définitive à Los Baños.

 

 

Le problème c’est que Karate Warrior se montre étonnamment léger en coups de tatane, la baston finale étant plus une série de gros plans sur le visage des acteurs qu’un véritable affrontement. C’est sans doute parce que Fabrizio De Angelis n’y connait rien et doit composer avec un casting essentiellement philippins qu’il n’a ni le temps ni l’envie de former. Ce sont très probablement les vrais élèves de clubs du coin qui furent engagés, et à ce titre les rares moments où ils doivent faire leurs preuves sont très convaincant: des combats simples et courts mais qui sonnent vrais, d’autant plus dynamisés par la mise en scène qui multiplie les cadrages sympathiques pour éviter l’ennui et la répétition. Et puis Quino vient relever le niveau car sa réputation n’est pas usurpée: soucieux de prouver sa valeur, il challenge par deux fois tous les membres d’un championnat en même temps, bottant le cul d’absolument tout le monde à lui tout seul !

 

 

C’est probablement pour pallier à ce manque d’action que le réalisateur incorpore un peu de mysticisme orientale en la présence de Kimura, vieux maitre évoquant les moines bouddhistes des films de kung-fu d’autrefois et préfigurant aussi l’entraineur de Jean-Claude Van Damme dans Kickboxer. Comme lui il réside dans la jungle et entraine son disciple avec les moyens du bord, dispensant son savoir avec philosophie tout en chambrant son élève dès que possible. Il faut le voir expliquer l’importance des herbes à Anthony avant de lui présenter une plante pouvant faire de lui un “formidable amant”, ne réalisant qu’après-coup que l’adolescent est peut-être encore trop jeune pour ça. Une étrange brume rouge flotte au-dessus du ruisseau environnant et le garçon tombe nez-à-nez avec un guépard à fortes connotations spirituelles alors qu’il pratique le nunchaku. Et évidmment, il y a l’inévitable technique secrète…

 

 

Car si Monsieur Miyagi avait son super coup de pied, Kimura possède son “coup du dragon”, qui s’utilise en concentrant la force intérieure de son utilisateur. En gros c’est l’habituelle super attaque à base de ki, et dans Karate Warrior cela se traduit par l’apparition d’une aura autour du poing, provoquant comme une petite boule d’énergie de jeu vidéo. Notre garçon assomme même malencontreusement une vache en l’utilisant durant son entrainement. On pourrait se dire que le pseudo réalisme de Karate Kid original passe ici complètement par la fenêtre mais c’est la nature même du cinéma Bis, et puis Karate Tiger avait déjà fait bien pire avec son fantôme de Bruce Lee. C’est aussi ce qui fait le charme du film puisque sans ça il faut se coltiner les multiples balades du personnage principal dans les ruelles tristes des Philippines, un pays dont la pauvreté saute malheureusement aux yeux.

 

 

Du coup le mieux reste de se raccrocher à toutes ces petites choses étranges que l’on ne peut trouver que dans ce type de production au rabais, des étranges choix scénaristiques aux bidouillages liés aux carences budgétaires. Comme le fameux kimono d’or du titre, censé appartenir à la famille de Kimura depuis cinq générations et qui n’est qu’une veste jaune tout à fait banale. Cette poursuite en motocross d’une grande mollesse où les conducteurs se suivent sans dépasser le 30km/h, et cet instant romantique ultra niais où les héros courent l’un vers l’autre au ralenti. On peut s’amuser de l’apparition du grand maitre lors du combat final, qui débarque sans se faire remarquer alors que le tournoi a été créé en son honneur, ou de la conclusion précipitée montrant la famille d’Anthony enfin réunie quitter le pays au plus vite, le jeune homme abandonnant sa promise sans état d’âme en lui donnant un simple petit bisou sur la joue en guise d’adieu.

 

 

Le pire étant que certaines idées ne sont pas mauvaises, comme lorsque le père du héros révèle avoir été menacé par une grande multinationale et s’être exilé pour épargner sa femme et son fils. Brisé, il déclare avoir tout perdu à force de se battre contre des moulins à vent et son fils lui rétorque que c’est au contraire parce qu’il a arrêté de le faire qu’il a échoué. Une jolie manière de montrer que notre karatéka a déjà une bonne mentalité avant de rencontrer son mentor. Et malin avec ça, comme lorsqu’il neutralise Quino en l’aveuglant avec le flash d’un appareil photo avant de lui envoyer son pied dans les couilles. Pas une mauvaise idée finalement d’avoir engagé le jeune Kim Rossi Stuart, fils de Giacomo (Opération Peur chez Bava), qui deviendra plus tard le beau Romualdo de La Caverne de la Rose d’Or et aura une belle carrière dans du vrai cinéma, avec notamment Romanzo Criminale. A ses côtés, dans le rôle des parents, deux petites stars du cinéma de genre.

 

 

Ce sont Jared Martin, vu dans 2027, les Mercenaires du Futur, Aenigma et Hydra, le Monstre des Profondeurs (il fut aussi le pote d’université de Brian De Palma, ce qui n’est pas rien) et Janet Ågren, une jolie blonde au CV impressionnant: l’Atomic Cyborg de Sergio Martino, le Frayeurs de Lucio Fulci, La Secte des Cannibales de Umberto Lenzi et jusqu’au rôle de la petite sœur de Red Sonja dans l’adaptation Richard Fleischer. L’interprète de Kimura, Ken Watanabe, n’est a surtout pas confondre avec son homonyme des récents Godzilla américain. Celui qui nous intéresse ici a plutôt roulé sa bosse chez Teddy Page avec quelques films comme Ninja’s Force et Ninja Warriors. Question musique on retrouve Simon Boswell, qui compose un score certes générique mais toujours accompagné de ses bizarreries sonores si reconnaissables (comme ce “tin-tin” de suspense déjà entendu dans Démons 2).

 

 

Les plus attentif pourront même reconnaitre l’arche de la porte de la ville de Pagsanjan, qui apparait aussi dans Zombi 3. Bref, à sa manière Fabrizio De Angelis s’est donné quelques moyens et c’est tout à son honneur. Pari réussi d’ailleurs, puisque le succès au box office fut suffisant pour lui permettre d’engendrer une suite directe, toujours avec Rossi Stuart et Watanabe. Le producteur enchaina sur un pseudo spin-off, une autre copie de Karate Kid intitulée Karate Rock (ou Il Ragazzo delle Mani d’Acciaio, le garçon aux mains d’acier) avec Antonio Sabato Jr., avant de poursuivre sa grande saga du kimono d’or au vidéoclub avec un nouveau protagoniste, puis même à la télévision avec une série composée de plusieurs téléfilms, un peu à la manière de nos Camping Paradis et Joséphine, Ange Gardien. Alors c’est sûr niveau qualité on en pensera ce qu’on voudra, mais quitte à choisir c’est quand même plus intéressant, non ?

 

 

 

 

       

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