Halloween – The Video Game (1983)

ROAD TO HALLOWEEN VII

 

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Atari 2600

Halloween

(1983)

 

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A homicidal maniac has escaped from a mental institution. On Halloween night, the killer returns to his home town to wreak havoc ! You are the babysitter for a family in a large, two story house. Somehow the vengeful murderer has gotten inside ! Can you protect the children and yourself from the fury of his knife ?

La plupart des articles et critiques traitant de Halloween, le jeu vidéo, se limitent généralement à ces quelques propos: le graphisme est primitif, le gameplay limité et la musique pas très bonne. Ce n’est pas faux, mais c’est totalement faire l’impasse sur l’élément le plus intéressant du produit: ses origines. Car l’air de rien ce petit morceau de technologie obsolète est la seule chose au monde permettant de réunir le nom de John Carpenter à celui de Charles Band, grand patron de la Full Moon. Alors que ce dernier vient  juste de fonder Empire Picture, bien avant que des titres comme Ghoulies ou Re-Animator ne voient le jour, il continue de jouer les distributeurs par le biais de Wizard Video, un label spécialisé dans le cinéma d’exploitation. Parmi les bandes cultes qu’il sorti en cassettes vidéos citons Driller Killer, L’Enfer des Zombies ou encore I Spit on Your Grave. C’est à cette époque qu’il achète les licence pour Halloween et Massacre à la Tronçonneuse pour les ajouter à sa collection.

 

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Au même moment son attention se porte sur le marché du jeu vidéo alors en pleine expansion. S’il n’est pas un gamer, Charlie demeure un bon businessman et sait reconnaitre une opportunité quand il en voit une. Il profite de la parfaite occasion pour se lancer lorsqu’en 1982 un jugement est rendu lors du procès entre Atari et Mattel, à propos de cartouches non officielles que les créateurs de Barbie ont inventés. Une façon pour eux de fabriquer leurs propres jeux pour la Atari 2600 sans passer par l’approbation du fabriquant de la console. Le verdict joua en leur faveur et de ce fait donna l’autorisation à quiconque de fabriquer ses propres cartouches sans avoir à passer par le moindre contrôle de qualité. Une grave erreur qui engendra l’apparition de tout un tas d’horreurs digitales, d’arnaques, de clones et de dérives pornographiques comme Cluster’s Revenge. Ni une ni deux, Charles Band créé aussitôt la division Wizard Video Game et lançe en parallèle la production de deux jeux basés sur les films dont il vient d’obtenir les droits.

 

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Filou irrécupérable, il magouille même pour se donner plus d’expérience qu’il n’en a réellement en présentant aux commerçants ses premières réalisations sous les numéros 7 (Halloween) et 8 (The Texas Chainsaw Massacre) pour faire croire qu’il avait déjà tout un catalogue à son actif. En réalité les deux hommes en charge du développement d’Halloween, transfuges de Games by Apollo qui venait juste de faire faillite, n’avaient eux-mêmes pas beaucoup de bouteille dans l’industrie, le programmateur Tim Martin n’ayant d’ailleurs travaillé auparavant que sur un seul autre projet, Kyphus, qui n’a même pas dépassé le stade de prototype. Avec son partenaire Robert Barber au graphisme, il réalisa quelque chose de certes beaucoup plus traditionnels que leurs confrères de Texas Chainsaw mais livra malgré tout l’un des premiers survival horror de son temps. On y incarne ainsi Laurie Strode, en plein babysitting durant la nuit d’Halloween. Michael Myers débarque alors pour la tuer, mais aussi pour s’attaquer aux enfants qu’il n’hésitera pas à décapiter d’un coup de couteau si le joueur ne parvient pas à les sauver !

 

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Il n’y a pas grand chose à dire à propos du jeu en lui-même puisqu’il s’agit d’une escort mission qu’il faut répéter ad nauseam jusqu’à l’abandon. Laurie erre dans la gigantesque maison à la recherche des gamins égarés (probablement Tommy et Lindsey, et sans doute tout le reste de l’école vu le nombre de marmots en vadrouille) et doit les mener vers les sorties se trouvant dans les dernières pièces à droite et à gauche de la maison tandis que The Shape débarque aléatoirement, annoncé par la fameuse musique de John Carpenter magnifiquement reproduite en 8 bits. On échappe généralement à la mort en l’esquivant mais à l’occasion un bout de pixel noir symbolisant un couteau apparait ici et là, pouvant être utilisé pour le blesser. Sauver cinq gamins ou frapper le maniaque deux fois permet de gagner la partie… pour mieux la recommencer en boucle, le croquemitaine devenant de plus en plus rapide à chaque fois. Le joueur accumule les points en mettant les gosses à l’abri, mais gagner au-delà de 999999 points brise le compteur qui reprend pratiquement à zéro par la suite, changeant heureusement de couleur pour que l’utilisateur ne déprime pas trop.

 

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Trois citrouilles viennent symboliser le nombre de vies en haut de l’écran et les perdre amène au game over, même si personne ne vient vous botter le cul pour vous ridiculiser, contrairement à Massacre à la Tronçonneuse. Et c’est tout. Pas d’objets spéciaux, de variantes de jeux, pas même une apparition du Dr. Loomis ou du shérif Brackett. De nos jours cela est si minimaliste que personne ne pourra jouer à Halloween plus de quelques minutes, et même à l’époque d’autres jeux proposait plus malgré leurs moyens limités – y compris le détesté E.T. Du coup le seul moyen de rester branché plus longtemps est de s’intéresser à quelques détails comme la sympathique idée de faire clignoter certaines pièces de l’étage pour simuler une ampoule mourante, plongeant le joueur dans une semi-obscurité qui fait monter la tension lorsque The Shape arrive. Moins fun est le comportement de certains gamins qui refusent de vous suivre sans raison apparente, et deviennent des proies faciles pour le tueur. Mécanique de jeu ou bug de programmation ?

 

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En tout cas cela s’avère parfois frustrant et n’encourage pas tellement à continuer sa partie. Ce que les programmateurs proposent en revanche, c’est un peu de gore histoire de divertir, et ça c’est toujours aussi effectif ! On doit évidemment l’idée à Charles Band, qui inventa un peu Mortal Kombat avant l’heure en demandant à ses équipes de rajouter des bouillons de sang pixélisé histoire de justifier le côté Horreur du produit. Ici Michael Myers ne se contente pas de poignarder ses victimes, il leur coupe carrément la tête ! Lorsque Laurie perd une vie, sa caboche disparait et du sang jaillit de son cou, la pauvre fille continuant de courir partout comme un poulet auquel on a tranché le cou. Les mômes ne sont pas épargnés non plus et s’écroule au sol, saignant sur la moquette. Hilarant, et Charlie pensait justement que les gens trouverait ça cool. Hélas il était un peu trop en avance sur son temps et ces excès d’ultra violence provoquèrent un rejet immédiat, forçant les vendeurs à retirer les cartouches des étagères pour les vendre en douce derrière le comptoir ou les bannir purement et simplement.

 

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Alors en pleine préparation de Metalstorm: The Destruction of Jared-Syn, Charles Band n’eut ni le temps ni l’envie de gérer la crise. Halloween et Texas Chainsaw furent de toute façon produits en un petit nombre d’exemplaires (entre 1000 et 2000), réduisant les dommages à bien peu de chose. De son propre aveu une bonne partie des jeux retournés furent détruit, même si quelques uns furent malgré tout vendu après-coup, au compte-goutte et sur commande histoire de réduire les frais de distributions. Ce sont ces versions qui sont célèbres pour ne pas avoir d’autocollant, les cartouches ayant été envoyées bien souvent telles qu’elles après fabrication, ou alors avec le titre inscrit au marqueur sur un morceau de scotch de masquage (parfois avec des fautes). Wizard Games fut loin d’être le seul à se livrer à cette pratique et certains programmateurs firent de même, généralement pour des prototypes ou des jeux ne pouvant plus se trouver une distribution officielle, comme le Off Your Rocker d’Amiga.

 

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La raison ? Trop de mauvais jeux et un marché saturé qui mena au grand crash de 1983, qui faillit détruire définitivement le monde des jeux vidéos. Pour le coup Charles Band n’est absolument pas responsable du triste destin de Wizard Video Games, et d’ailleurs il avait quelques idées en tête pour la suite. Une adaptation de la parodie érotique Flesh Gordon avait été annoncé pour Noël 1982, et une de Chair Pour Frankenstein devait également voir le jour en 3D (isométrique, certainement). Apparemment même le Scanners de David Cronenberg aurait pu faire partie de la collection. Au final non seulement tous ces projets tombèrent à l’eau, mais Wizard Video n’édita même pas Halloween en VHS après ça. Un problème de licence certainement, qui ressent d’ailleurs dans les jeux puisque les personnages ne sont jamais nommé: le manuel n’évoque ni Laurie Strode ni Michael Myers, utilisant des termes génériques comme babysitter et killer. Étrange, d’autant que l’histoire ne s’arrête pas là.

 

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En 1985 le développeur britannique Palace Software tenta lui aussi de créer une adaptation du film de John Carpenter pour la ZX Spectrum, la Commodore 64 et le CPC d’Amstrad. Cette version, programmée par Steve Brown et Richard Leinfellner, fut finalement transformée en cours de production pour devenir Cauldron, un jeu hybride entre la plateforme et le shoot‘em up sans aucun rapport avec le célèbre slasher, mais avec une reine sorcière revancharde et une vilaine citrouille. Anecdote amusante: Cauldron est désormais surtout connu pour avoir été vendu en bundle avec… la toute première adaptation de Evil Dead ! Un sacré parcours numérique qui n’en fini décidemment pas, puisqu’après cette aventure Tim Martin s’en alla fonder la compagnie MicroGraphic Image avec l’argent reçu pour son boulot sur Halloween et obtint enfin son moment de gloire avec son prochain jeu, le fameux Spelunker.

 

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