From Dusk Till Dawn: The Series (1.07)

 

From Dusk Till Dawn
Ep.1.07

Pandemonium

 

 

J’ai longuement hésité avant d’écrire quelque chose au sujet de la série, avant de finalement laisser tomber face à la qualité franchement discutable de cette adaptation. Pour résumer l’ensemble de la saison jusqu’ici, From Dusk Till Dawn: The Series est chiant, longuet, poussif et pas franchement intéressant. La faute a cette idée stupide de reprendre étape par étape le film original, moins quelques modifications, et de rallonger l’intrigue artificiellement en mettant en scène le moindre éléments narratifs qui n’était alors qu’accessoire.
Avions-nous vraiment besoin de voir Seth Gecko se rendre au fast-food du coin pour acheter ses burgers ? De croiser son ex-femme alors que son existence ne provient que d’une punch-line ridicule ? De faire de l’accident qui a coûté la vie de Mme Fuller un point central du scénario ? S’il est compréhensible de réutiliser quelques trucs afin d’alimenter une série de dix épisodes, l’écriture semble trop souvent s’embourber dans d’inutile intrigues annexes et donne surtout l’impression de vouloir prolonger la première partie (l’avant Titty Twister) pour mieux faire languir son public.
D’autant plus que, maintenant que nos héros sont arrivé dans le repaire des vampires, on ne peut pas dire que les personnages se soient particulièrement enrichis entre temps. Hormis Richie, fondamentalement différent de sa version cinéma, la fine équipe demeure au même stade que lors de leur introduction. Autant dire qu’il était donc inutile de faire traîner les choses a ce point.
Tout parait d’autant plus vain que, lorsque l’on pense à une version longue d’Une Nuit en Enfer, le seul élément qu’il convient de développer est la mythologie autour des vampires. Il aurait été plus judicieux de faire intervenir les personnages plus tôt au Titty Twister et de changer les choses a partir d’ici. Car en l’état même si la série amorce enfin le tournant tant attendu, nous sommes déjà au courant de l’existence des suceurs de sang et ce qui va suivre perd un impact considérable…

 

 

Arrive cet épisode #7, réalisé par Robert Rodriguez lui-même, où la belle et redoutable Santanico Pandemonium fait enfin son entrée en scène. La série en profite pour nous offrir un nouveau générique d’ouverture, comme pour bien confirmer le changement de direction du scénario, mais puisque l’existence des vampires a déjà été révélée auparavant, cela n’a maintenant plus vraiment de sens.
En fait de surprises, ce sont plus des révélations qui ont lieux ici et une part du mystère autour des visions de Richie se lève enfin. Ce n’est pas pour autant que les intrigues se rejoignent et, contrairement au film original, l’orgie sanglante qui a lieu est loin de marquer une transition vers le Survival.
De nouveaux points sont soulevés et vont servir a nourrir non seulement les prochains épisodes, mais sûrement aussi la seconde saison qui a été validée. En effet, Carlos et ses filles vampires sont loin d’être les uniques Nosferatus du monde et c’est tout une hiérarchie qui nous est ici présentée. De quoi relancer l’intérêt général et éviter de limiter le reste de la saison a un simple jeu de massacre sur trois ou quatre heures, malheureusement tout ceci ne semble pas “coller” à l’univers de From Dusk Till Dawn. Ces luttes internes, avec cette société de vampires propres sur eux, limite mafieux, renvoie beaucoup plus aux Underworld et aux jeux de rôles White Wolf. En fait, cela évoque a peu près n’importe quel films de vampires de ces dernières années ! Le film de Rodriguez et Tarantino avait pour lui d’offrir quelque chose d’original, de l’Horreur basique avec des suceurs de sang monstrueux et sales, tout droit sortie des EC Comics.
Las, cette nouvelle monture d’Une Nuit en Enfer s’échine a paraitre épique et complexe, introduisant les Neuf Lords et leurs subalternes classieux, faisant du repère mexicain une simple banque du sang et transformant Carlos et Santanico en petits malfrats situés au plus bas de l’échelle. Tout cela est décevant et fait disparaître l’extravagance propre à l’univers que l’on connaissait. Si nous avions tous hâte de voir a quoi allait ressembler le Titty Twister version télé et ses habitants, autant dire que l’impatience est retombée comme un soufflé.

 

 

Bref, nous aurons tout le temps d’en reparler par la suite aussi venons-en a l’autre grosse attente de l’épisode, à savoir la sensuelle danse serpent de Santanico Pandemonium. Scène inoubliable, elle comptait comme l’un des morceaux d’anthologie d’Une Nuit en Enfer et il était évident que Robert Rodriguez la réemploie ici. D’autant qu’avec la plastique envoûtante d’Eiza González, il aurait eu tort de s’en priver.
Verdict ? C’est réussie, en tout cas du côté de la chorégraphie. La jolie mexicaine imite son modèle a la perfection, reprenant quasiment l’intégralité de sa danse avec quelques ajouts ici et là, comme une inattendue séquence de pole dancing et l’apparition d’un serpent à deux têtes. C’est beau, ça colle au personnage et Rodriguez nous gratifie même de quelques plans osés supplémentaires (le serpent qui glisse entre ses jambes !). Belle prestation, même si on reste loin du magnétisme de Salma Hayek et qu’on pourrait reprocher à Eiza Gonzáles d’avoir un abdomen un peu moins dessiné que son aînée…
En revanche niveau réalisation il y a un sacré relâchement. Le budget télévisuel rabaisse évidemment l’ampleur du spectacle (fini ces amples mouvement de caméras et ce ralenti surnaturel soulignant l’aspect envoûtant de Santanico Pandemonium) et donne parfois la mauvaise impression d’assister à une vulgaire lap dance tirée d’une série policière. Quant au montage, il brise la magie en caviardant la prestation d’insert malvenus (réactions de nombreux personnages annexes) ou en se mélangeant les pinceaux dans le déroulement du numéro ! Ainsi la prestation est fréquemment interrompue par des plans où la vampire prend la pose ou joue à la magicienne en apparaissant / disparaissant sans prévenir, tandis que la barre de pole dance semble sortir de nulle part pour disparaître sitôt utilisée.
Un bordel monstre qui renvoi un peu à Desperado et son gunfight bordélique dans le bar, sauf que si ce film possédait une énergie brut qui permettait de ne pas prendre conscience directement de ce chaos, c’est ici très loin d’être le cas !

 

 

La scène se conclue par l’introduction du nouveau générique, fondu dans le récit via la musique de la danse (une reprise en espagnol de After Dark). Une manière de marquer le début de cette seconde partie de l’histoire où les vampires gagnent de l’importance. Un peu tardif a mon avis puisqu’il ne reste que trois épisodes pour cette saison, mais c’était a prévoir vu “l’attente” qu’il y avait à propos de ce virage narratif.
Autant vendre la mèche tout de suite, rien dans ce qui suit ne relève le niveau de la série. Il y a une différence fondamentale entre l’attaque surprise des vampires dans Une Nuit en Enfer et celle de cette nouvelle monture, et la comparaison ne joue pas en sa faveur. Comme je l’ai dis plus haut, From Dusk Till Dawn se prend trop au sérieux et gomme l’aspect joyeusement timbré qui le caractérisait. Toutes les créatures extravagantes et les idées farfelues passent à la trappe, laissant place à un carnage “classique”. Quelques femmes vampires sautent sur leurs clients, les égorgent ou les démembrent, et on en reste là.
Les effusions de sang en elles-mêmes sont bien propres, abusant du sang numérique, l’aspect reptilien des créatures de la nuit est loin d’être impressionnant (Eiza González notamment, qui a vraiment l’air de porter un “costume” imitation écailles) et leur mise à mort est tout simplement anticlimatic puisque les vampires disparaissent dans un simple petit nuage de fumée ! Reste quelques scènes gore à l’ancienne mais ça n’impressionne pas et le petit budget alloué à la série se fait gravement ressentir tout au long du massacre: c’est bien simple, le bar semble vide. Hormis une dizaine de figurants, c’est comme-ci la population du Titty Twister s’étaient perdue en route. Difficile de prendre la menace au sérieux lorsque les seuls protagonistes que l’on semble apercevoir (les Gecko, les Fuller, Sex Machine et le Ranger) sont a peine agressés par deux ou trois monstres et ensuite oubliés sans raison !

 

 

Car oui, si le film original montrait les survivants venir a bout de leurs adversaires pour mieux rencontrer une nouvelle vague d’ennemis plus nombreux, la série fait disparaître ses vampires après quelques meurtres sans véritable explication, laissant les personnages dans un coin du bar le temps de s’intéresser à la sous-intrigue liée à la rébellion que prépare Santanico Pandemonium. Alors non seulement c’est maladroit (les humains n’ont littéralement plus rien a faire si ce n’est parler de tout et de rien, se chamaillant) mais surtout cela déséquilibre totalement le scénario.
On se perd un peu temporellement entre les deux trames et beaucoup d’enjeux sont mal exposés. Carlos et sa bien-aimée cherchent a assassiner leurs supérieurs en les empoisonnant avec du venin de serpent (comment est-ce possible si ces vampires sont a moitié reptile de nature ?) et si la belle danseuse compte sur Richie pour arriver à ses fins, elle laisse pourtant ses fidèles sujets l’attaquer sans mettre des gants. Le professeur incarné par Jake Busey est venu infiltrer le Titty Twister alors qu’il doit être la seule personne au monde a connaître le danger d’un tel endroit, et tout l’aura mystique qui tournait autour de Santanico (présentée comme une demi-déesse jusqu’alors) se casse la figure dès lors qu’on apprend qu’elle n’est qu’une petite joueuse dans la hiérarchie vampirique.
L’épisode prend également un gros coup de mou en milieu de partie, lors de la “pause” qui se déroule juste après l’attaque des vampires, puisque le temps alloué aux protagonistes est entièrement utilisé à des fins d’expositions. Le professeur passe le plus claire de son temps a raconter le background des suceurs de sang et de leur temple, sûrement afin de nous débarrasser de ces “encombrants” détails. Lorsque les responsables de la série se targuait de vouloir explorer la mythologie derrière leurs créatures, ils auraient dû préciser que tout cela tiendrait en quelques lignes de dialogues.

 

 

Et c’est dommage car il y avait sûrement matière a développer ces “Waxaklahun Ubah Kan” (d’après les sous-titres). Également appelés Los Culebras, c’est-à-dire les Serpents, ces monstres semblent descendre du mythe du Serpent à Plumes et possèdent des caractéristiques qui évoque la religion des Aztèques. Ils peuvent changer de formes, possèdent le don de double-vue et sont immunisés contre le soleil et les crucifix. L’idée d’utiliser des crocs de serpent à la place des canines traditionnelles est plutôt bien vu et le maquillage évoque assez subtilement les reptiles dans les formes et couleurs. Dommage que de grossiers CGI viennent gâcher ce travail en rajoutant des langues fourchues sifflantes à l’occasion !
Bien sûr ces changements éloignent drastiquement ces vampires de leur version cinéma, et il est regrettable que leur apparence soit beaucoup moins soignée que ne l’était Salma Hayek dans Une Nuit en Enfer, mais cela permet de faire rebondir l’intrigue au point qu’il apparaît maintenant clair que, si la série suivait jusqu’ici le film de A à Z, elle va maintenant tout faire pour s’en éloigner. L’épisode le prouve ici en prenant totalement à contrepied la raison pour laquelle les vampires attaquent leurs clients: si Santanico se transformait à cause d’une soif de sang incontrôlable, tuant Richard Gecko d’entrée de jeu, c’est ici pour le protéger qu’elle dévoile sa véritable nature, lorsque le Ranger vient attaquer son protégé.
Si j’étais au début réticent devant un tel parti-pris, d’autant que le concept de la vampire-serpent du film ne fut décidé qu’au dernier moment suite à la danse de Salma Hayek, il me semble maintenant assez intéressant pour être perçu comme l’une des bonnes idées du show. D’autant plus que l’on retrouvait déjà quelques autres “serpents” dans Une Nuit en Enfer 3. En revanche je reste toujours aussi critique vis-à-vis de l’exécution qui ne me fait toujours pas ressentir la moindre sensation de danger, de terreur, ou d’amusement. Et ça c’est franchement problématique.

 

 

Reste quand même quelques bons moments qui laisse entrevoir ce qu’aurait pu donner From Dusk Till Dawn: The Series si elle avait été a la hauteur de ses ambitions. Santanico Pandemonium fait preuve de souplesse et d’acrobatie lorsqu’elle attaque ses proies, une gestuelle totalement adaptée à son physique et qui fonctionne beaucoup plus qu’une simple force surhumaine. Le Titty Twister recèle de trappes cachées dans lesquelles sont précipités les humains, qui finissent déchiquetées par des broyeurs géants tandis que leur sang est recueillit quelques étages en-dessous pour garnir le banquet des vampires, et l’ingéniosité de Richard Gecko est amplement mise à contribution lors du siège. Voir les frères Gecko agir de concert contre l’adversité reste très appréciable et il faut évoquer l’apparition d’un vampire monstrueux qui évoque le Djinn de Wishmaster.
Par politesse, je tairais la mollesse impressionnante de son combat contre Seth et Richie, franchement embarrassante.

 

 

Sorte d’épisode de transition après un épisode de transition, ce Pandemonium déçoit énormément et s’inscrit donc dans la parfaite continuité de ce qui c’est fait jusqu’à présent. Les quelques bons éléments qu’on y trouve restent bien peu de choses devant les choix scénaristiques frustrants et le manque de budget de l’entreprise, et si l’on comptait jusqu’ici à un revirement de situation avec la découverte du repaire des vampires, il n’y a désormais plus beaucoup d’espoir pour le reste de la série…
Parce qu’on est parfaitement en droit de rouler des yeux devant se sosie du pauvre de Danny Trejo, du manque de talent du groupe de musique (n’est pas Tito Larriva qui veut), et de l’utilisation abusive du cock-gun de Sex Machine dans les dernières productions Rodriguez. Les personnages restent globalement inintéressant au possible, notamment chez les Fuller (Scott est antipathique, Jacob est éteint et Kate est vue comme une petite chose prude et fragile), et l’absence de Frost se fait bien ressentir. Au moins celui-ci évite la réinterprétation risible de Sex Machine (un simple pseudonyme pour un Jake Busey a côté de la plaque). Bref, c’est une sacrée débâcle.
Reste que Seth se confronte enfin à son frère, ayant perdu toute confiance en lui, que El Rinche se retrouve à devoir s’associer à ses ennemis à la manière d’Une Nuit en Enfer 2, sans qu’il n’en devienne un allié pour autant, et que le tout se conclut par un bon cliffhanger qui va probablement mener à la vampirisation de Richie, mais d’une manière très différente de celle que l’on connaît.
C’est pas grand chose, mais c’est déjà ça !

 

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