Creature (1985) | Titan Find

 

Creature

(1985)

 

 

Après l’avènement d’Alien en 1979, la série B entre dans les année 80 en produisant en masse des ersatz du films de Ridley Scott, le budget et la surprise en moins. Creature est de ceux-là, produit cliché sans innovation, et si certains de ces clones parviennent à se révéler intéressants ou sympathiques, ce n’est ici pas le cas tant celui-ci s’évertue à rester dans le minimum syndicale…

William Malone s’est rendu responsable d’une série B, Scared to Death, dont le monstre repiquait déjà le design de H.R. Giger (et qui sera repris quelques temps après dans Syngenor). Cette fois-ci, il tente de se dédouaner en décrétant que Creature n’était pas le film qu’il souhaitait faire à l’époque et que le script était loin d’être original. Et en effet, ce dernier se contente de reprendre la trame d’Alien dans ses grandes lignes: dans le futur, deux multinationales concurrentes (les américains NTI et les allemands de Richter Dynamis) se livrent bataille pour la récupération de nouveaux matériaux. Se rendant sur Titan, une des lunes de Saturne, une équipe de Richter Dynamis met à jour des containers renfermant des créatures extraterrestres dont l’origine remonterait à 200 000 ans. Alors qu’ils découvrent une cuve intacte contenant un spécimen parfaitement conservé à l’intérieur, l’un des membres de l’équipage l’a fissure par accident après avoir aperçu la créature bouger. Ce qui s’ensuit est assez trouble, car de cette ouverture s’écoule une substance étrange et le spationaute est subitement tué, sans que l’on ne sache s’il s’agit du monstre ou du liquide qui se serait infiltré dans sa combinaison. Quoiqu’il en soit l’équipage va être décimé à son tour et, peu de temps après, leur navette traverse l’espace à toute allure pour s’en aller percuter une station spatiale. Suite à l’incident, la NTI décide d’envoyer une équipe enquêter sur Titan pour comprendre ce qui c’est passé. Sur place les américains découvrent le reste du vaisseau allemand ainsi que le bâtiment contenant les spécimens aliens, avant d’être rapidement prit en chasse par la créature…

 

 

De l’équipe faisant partie d’une multinationale à la découverte d’un site extraterrestre sur une planète hostile, en passant par l’utilisation des corps humains au profit de la créature, tout est là. Le film recycle allégrement le scénario de son illustre modèle jusqu’à inclure un étrange personnage féminin pratiquement muet et à la solde d’un supérieur hiérarchique irritant qui n’est pas sans renvoyer aux androïdes et / ou traîtres de services habituels de la saga Alien. Mais cette copie carbone, par manque de budget, ne peut pas se s’offrir un monstre digne de ce nom et limite ses apparitions autant que possible. Ridley Scott avait lui aussi opté pour ce stratagème, peu convaincu de sa créature, mais en travaillant sa mise en scène pour compenser. Creature, lui, choisi des artifices aussi grossier que les fumigènes ou la constante obscurité. Et si Alien montrait un splendide extraterrestre monstrueux, Creature tente vainement d’imiter son design avec les moyens du bord. Il en résulte une navrante créature de caoutchouc, pataude et peu mobile.

 

 

Celle-ci n’est finalement pleinement visible que quelques minutes avant la fin du film. Dans un premier temps on ne va que l’entr’apercevoir et même avoir droit à une vue subjective avec un visuel psychédélique (du Predator avant l’heure, sauf qu’ici on dirait que le monstre est sous acide) et le réalisateur peut également compter sur une certaine trouvaille du scénario: la créature, provenant d’un antique zoo intergalactique, utilise elle-même d’autres petites bestioles parasites qu’elle place sur le corps de ses victimes pour les contrôler par télépathie. Une idée qui rappelle tant le système d’incubation humain de Alien que l’emploi du camouflage humaine du The Thing de John Carpenter, un autre grand film de science-fiction horrifique qui marqua tout autant que celui de Ridley Scott. Une manière d’économiser les effets spéciaux ringards en ne faisant appel qu’aux comédiens. Et si l’idée, à défaut d’être originale, aurait pu fonctionner, ce n’est ici pas le cas: le spectateur sachant déjà qui est déjà mort ou non, il a un énorme train d’avance sur les personnages, ce qui fausse d’emblée toute tentative de suspense ou de retournement de situation.

 

 

Le scénario de Creature s’évertue alors au banal massacre de l’équipage, membre par membre, sans que cela ne provoque la moindre sensation au spectateur si ce n’est un ennui de plus en plus grandissant. Le film, bavard et lent, ne retient jamais l’attention. Tout au plus remarque t-on quelques effets gore, comme de belles giclées de sang mais surtout un visage arraché à mains nues et une explosion de tête de plus bel effet ! On patiente donc entre chaque attaque, pratique routinière du film d’horreur, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le couple habituel de héros qui va réussir à détruire le monstre avant de repartir dans un final des plus conventionnels qui achève le spectateur, alors passablement anémique, devant tant de manque d’originalité.

 

 

Quel dommage que le film ne se soit pas focalisé sur son concept pourtant très sympa du zoo extraterrestre. De celui-ci, rien ne nous est jamais montré hormis quelques cuves vides et un ou deux spécimens à peine discernable dans le noir. Il y avait là pourtant matière à injecter un peu de sang neuf et à délirer totalement sur le potentiel d’un tel endroit ! Hélas il n’y a pratiquement rien à sauver hormis quelques scènes stupéfiantes comme lorsque l’extraterrestre, sous la forme d’une jeune femme, se met entièrement nue pour attirer son bien-aimé à elle sur la surface de la planète (possédant un air empoisonné et une température avoisinant les –25°), le tuant en lui ôtant son casque et en l’embrassant. Une incroyable décalque du Lifeforce de Tobe Hopper sorti la même année ! Étrangement le héros, lui, ne semble pas affecter par ce mal lorsqu’il se retrouve lui aussi à l’extérieur et sans combinaison, restant même conscient un petit moment avant de simplement s’évanouir et d’être réanimé avec quelques claques sur les joues !

 

 

Dans le même genre d’idées stupides on peut aussi mentionner ce monstre qui s’amuse à étrangler le héros de ses mains au lieu de le dévorer, comme il le faisait précédemment avec ses autres victimes (pour lui laisser une chance de s’en tirer ?), l’héroïne qui propose d’électrocuter la bête pour la tuer parce qu’elle a vu ça dans un film de science-fiction avec une sorte de carotte géante extraterrestre (il s’agit bien sûr de La Chose d’un Autre Monde) ou bien encore le personnage finalement inutile de cette étrange femme que l’on s’imagine être un androïde, qui disparaît subitement en cours de métrage avant de revenir à la toute fin, arguant s’être perdue dans les parages !

 

 

Ridicule de tout en bout, le film ne soigne pas plus sa forme que son fond et au côté du monstre raté se mêle décors de carton-pâte pas très crédibles (beaucoup de toiles d’araignées sur des roches en polystyrène) et costumes rétro tendance Cosmos 1999 ou V. Avec ça et le manque de charisme total de la majorités des acteurs, Creature possède un esthétisme à faire peur mais qui prête gentiment à rire lors des visites des coursives vides des vaisseaux, ou des explorations de la planète supposées être balayées par des vents violents (simulés par des éclairs et du tonnerre des plus banals).

 

 

La seule attraction du film reste la présence du célèbre Klaus Kinski, ici en guest-star qui ne fait pas long feu (il n’était disponible qu’une semaine et on connaît ses caprices) mais qui reste de loin l’acteur le plus agréable à suivre du film (bien aidé il est vrai par un casting très mauvais). On est quand même en droit de se demander comment William Malone a pu gérer une personnalité aussi instable, surtout dans le cadre d’un film bas de gamme. Il est également amusant de savoir que le réalisateur, réputé pour être le plus grand collectionneur d’objet ayant rapport au grand classique qu’est Planète Interdite, a inclus quelques unes de ses pièces dans le film pour se faire plaisir. Inutile de les chercher cependant, celles-ci sont complètement perdues dans les décors mal éclairés et n’apparaissent pour ainsi dire jamais.

 

 

Distribué par la firme Troma, sûrement en raison de son amateurisme et de son manque flagrant de budget, Creature est un très mauvais film. Long, insipide, ennuyeux, pas original et ne possédant en tout et pour tout qu’une tête qui explose et un Klaus Kinski pour sa défense, il donne surtout à son spectateur l’impression de perdre son temps. A éviter. Quant à William Malone, il lui fallu attendre son troisième film avec La Maison de l’Horreur pour lui trouver une once de talent…

 

 

 

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