Blue Monkey (1987) AKA. Insect !

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Blue Monkey

(1987)

 

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Vers la fin des années 80, le producteur Sandy Howard signe un contrat de trois films avec la RCA-Columbia, assurant la distribution en salle de petits films d’exploitation à faible budget. Le voilà donc à superviser en même temps la mise en chantier de chacun de ces titres: l’actioner Nightstick, avec Leslie Nielsen, le film d’horreur Dark Tower, sans lien avec Stephen King, et le thriller médical Green Monkey, qui s’inspire de l’horrible propagation du SIDA qui affolait alors tout le monde. Le titre est notamment issu de la théorie voulant que le virus serait originaire de l’espèce des vervets, ou singes verts d’Afrique, et le scénario co-écrit avec George Goldsmith (Les Démons du Maïs, d’après Stephen King pour le coup) ne parlait de rien d’autre qu’un primate contaminé menaçant les États-Unis d’une maladie mortelle. Le monde de la série B étant ce qu’il est, tout ceci fut finalement oublié aussitôt qu’entra en scène le réalisateur William Fruet.

 

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L’auteur de Spasms et de Killer Party affirme à qui veut l’entendre que Sandy Howard réécrivit lui-même le script pratiquement au jour le jour. Au revoir le singe, bonjour l’insecte, le duo trouvant en certaines espèces parasites et venimeuses un concept bien plus horrifique que le petit mammifère malade. Leur nouvelle histoire conserve tout de même quelques liens avec l’ancienne puisque se déroulant dans un hôpital et rendant leur bestiole porteuse d’une bactérie toxique, mais le projet devient un monster movie pur et dur. Le titre, lui, demeure, et cela sans explication ou raison particulière. Sans doute pour s’éloigner définitivement d’un sujet encore très tabou à l’époque, le green va disparaitre au profit d’un blue qui n’a pas plus de sens et dont le film peine à justifier: quand quelques enfants en vadrouille se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir trouver dans les souterrains de la clinique, l’un d’eux suggère naïvement “peut-être un singe bleu”.

 

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On ne sera pas surpris d’apprendre que l’œuvre possède le titre alternative d’Insect !, lequel est d’ailleurs souvent utilisés à l’international et c’est justement le cas chez nous. Toutefois ce changement ne se fait pas sans heurt et tout ce qui touche au monstre perd en logique et en explication, de ses origines nébuleuses à sa biologie incompréhensible. Ainsi une vieille horticultrice reçoit une plante exotique étrange, nouvelle espèce s’étant récemment développée sur une île volcanique de Micronésie. La fleur ne semble pas supporter notre climat cependant, et lorsque quelqu’un l’examine, quelque chose (et on ne saura jamais quoi) lui pique le doigt, lui injectant une bactérie inconnue. A l’hôpital le malade vomi une grosse larve que les médecins vont récupérer afin de l’étudier. Et c’est à partir de là que Blue Monkey se divise en deux intrigues distinctes: l’une bâtie sur les reste du Green Monkey original, l’autre s’engageant dans le creature feature.

 

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La première est a priori la plus importante, mais c’est celle qui va être abandonnée au fur et à mesure que le film progresse. Elle narre maladroitement la contamination progressive du personnel hospitalier, même s’il est impossible de comprendre comment la bactérie se répand d’une personne à l’autre. Le gouvernement fait mettre le bâtiment en quarantaine et les héros n’ont que quelques heures pour régler le problème, les militaires ayant ordre de raser les lieux et tout le monde avec si la situation se détériore. Pour ne rien arranger les choses, la seule source de vaccin possible est l’insecte lui-même et il convient alors de ne surtout pas le tuer… une idée que le film balance aussitôt à la poubelle car on ne capture pas une mante religieuse géante comme un Ouistiti. Deux mémés complètement bourrées fourniront le remède à la place, l’alcool donnant apparemment de meilleurs résultats que la pénicilline !

 

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Au moins cela permet de comprendre a quel point Green Monkey aurait été ennuyeux dans sa forme originale, le script fonctionnant sur la base du film catastrophe avec son lot de personnages archétypaux: la docteur courageuse, la femme enceinte, la vieille aveugle, les enfants malades, le gentil flic dont le partenaire est en soin intensif… Le monstre viendra petit à petit leur piquer la place, reléguant cette histoire de contamination à l’arrière-plan pour n’en garder que cette impression d’urgence efficace qui permet de ne pas trop s’ennuyer entre deux attaques. On en retiendra aussi deux petites séquences horrifiques comme cet interne se faisant fusiller lorsqu’il tente de s’enfuir et cette belle gerbe de sang qui asperge les médecins, lors de l’utilisation d’un défibrillateur sur le patient zéro dont les os sont entrain de se dissoudre. Une des nombreuses tentative du film de donner dans le body horror sans vraiment y parvenir.

 

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La faute sans doute au budget qui empêche d’en faire trop, mais aussi au réalisateur qui respecte à la lettre la règle de ne pas trop dévoiler sa créature durant la première partie. Ce faisant, il nous prive de toute la gestation de la bête dont on aurait bien aimé voir quelques détails, ne serait-ce que pour comprendre à quoi l’on a affaire. Car la larve ne devient pas l’insecte, elle contient l’insecte, une bestiole que l’on ne verra pas avant la 50ème minute du film et qui a le temps de grandir d’ici là pour devenir un peu plus grande qu’un être humain. Une mutation sans aucun rapport avec ses origines inconnues d’ailleurs puisque quelques gamins idiots lui donneront à manger un produit chimique accélérant la croissance hormonale. Cela confirme assez bien les dires du réalisateur à propos de la réécriture improvisée du scénario, et ça continue encore avec la révélation que si le monstre est bien un mâle, il est aussi… hermaphrodite !

 

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Il se reproduit avec lui-même pour accoucher d’une petite femelle déjà fécondée qui elle pourra pondre des centaines d’œufs dans leur nid. Et dire que certains trouvent que les Graboïds de Tremors ont un système de reproduction exagérément compliqué… La naissance de ce deuxième insecte à le mérite d’être particulièrement dégueulasse et réussie, menant à l’idée la plus folle du film: deux victimes encore vivantes, enfermées dans des cocons, sont lentement dévorées par les larves du couple. Et si l’on ne voit concrètement rien, les malheureux sont malgré tout encore conscient et à l’agonie, gémissant sans fin y compris lorsqu’un brave policier s’en ira brûler le nid pour se débarrasser de l’horrible portée. Certes Blue Monkey se pose là dans le genre copie d’Alien, mais on ne pourra pas lui enlever l’efficacité du concept et il est presque dommage que script stagne sur son histoire de contamination plutôt que d’explorer tout cela un peu plus.

 

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Au moins les choses s’énervent un brin dans la conclusion, la perte de ses petits énervant bougrement le mâle qui va poursuivre ses ennemis des sous-sols jusqu’au grand hall de l’hôpital, dévastant tout sur son passage y compris les patients et infirmières déjà bien terrifiés par l’épidémie et les militaires. Après une partie de cache-cache dans la morgue où l’héroïne doit se cacher dans un tiroir pour macchabée, la bête décapite un pauvre type avec ses pinces avant de grignoter la tête, embarque une proie qu’elle met en pièces tout en étant perché au plafond, faisant pleuvoir des morceaux de corps humains sur les protagonistes, et débarque même dans une salle d’accouchement alors qu’une future maman délivre son rejeton. Le final préfigure carrément les jeux Resident Evil puisque l’ultime combat contre le cafard géant se fait à l’aide d’un laser expérimental dans un laboratoire high-tech.

 

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On regrettera juste le montage, qui dans ses derniers moments ne s’embarrasse plus de cacher la créature dans l’obscurité et l’exhibe du coup un peu trop, dévoilant un costume seulement partiellement réussi. Car si le buste est impeccable avec cette grosse tête et les longues pattes, on découvre que le monstre est étrangement bipède et l’image d’un comédien en combinaison s’impose bien vite. Dommage car le reste du temps le metteur en scène cadre l’insecte comme il faut, jouant beaucoup de contre-jours sous un éclairage bleuté (d’où le blue du titre  peut-être ?), ce qui rend très chouette visuellement, il faut l’avouer. Comment ? A quoi ressemble la bête ? Et bien son créateur la décrit ainsi: la tête d’une guêpe, les yeux d’une libellule, l’abdomen d’un scorpion, les bras d’une mante religieuse et une carapace composée à partir de différent type de scarabées.

 

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Une chimère qui jamais ne semble aussi délirante à l’écran, conservant un look en fait assez basique avec un corps chitineux et dégoulinant de slime. Mais ce n’est pas le casting humain qui risque de lui faire de l’ombre. Ni Steve Railsback, second couteau des années 80 qui a trainé ses guêtres dans des tas de série B (Turkey Shoot, Lifeforce, Nukie, Alligator 2, Barb Wire avec Pamela Anderson), ni John Vernon, inoubliable flic-marionnette de Killer Klowns From Outer Space, et encore moins cette tête ronde de Don Lake, vu dans Police Academy et l’ignoble déclinaison télé de Bill & Ted’s Excellent Adventure. Tous font de l’excellent boulot à vrai dire, et chacun possède au moins une ou deux scènes intéressantes (mention spéciale pour ce moment où Railsback plaisante avec quelques enfants en salle d’attente avant de découvrir que l’un d’eux a une leucémie), mais ils sont en pilote automatique la plupart du temps, suivant le script sans trop s’impliquer.

 

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Inédit jusqu’à maintenant depuis l’époque VHS, Blue Monkey se révèle désormais dans une nouvelle édition Blu-ray dont le nom n’a jamais été aussi bien approprié. L’occasion de revisiter ce morceau de canuxploitation méconnu qui, s’il ne vaut pas The Nest dans le même genre, demeure une bon vieux monster movie des années 80 à base de bestioles en latex comme on n’en fait plus, en plus d’incarner superbement toute l’excentricité du cinéma d’exploitation à travers ses origines chaotiques, son titre nonsensique et son scénario un rien schizophrène.

 

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