Bitch Slap (2009)

 

Bitch Slap

(2009)

 

 

Le réalisateur Rick Jacobson a un parcours intéressant puisqu’il débuta avant tout dans le milieu du DTV pour films d’actions durant les 90s, tournant un sacré paquet de trucs avec Don “The Dragon” Wilson: Blackbelt, Bloodfist VI et VIII, Le Cercle de Feu I et III, Night Hunter… Il œuvra également dans l’horreur (The Unborn II) et la science-fiction (Terminal Voyage) avant d’abandonner plus ou moins le cinéma au début des années 2000 afin de se consacrer à la petite lucarne. Car à la même période il commence un partenariat avec les producteurs Robert Tapert et Sam Raimi afin de mettre régulièrement en scène leurs séries d’alors (les inoubliables Hercules et Xena) et d’aujourd’hui (Spartacus, Ash vs. Evil Dead). C’est entre ces deux générations télévisuelles qu’il met en boite Bitch Slap, un film qui sort en plein durant la mode “Grindhouse” générée par le double feature de Quentin Tarentino et Robert Rodriguez. Nombreux sont alors les films qui en imitent le style faussement rétro avec des titres délirants, des affiches racoleuses et parfois un filtre sur l’image imitant une pellicule abimée.

 

 

C’est l’époque des Dead God No !, des Run ! Bitch, Run ! et autres Nude Nuns with Big Guns. Des titres de qualité très variable mais qui, en apparence, se ressemblent tous. Chacun imite les bandes d’exploitation des 70s et des 80s d’une façon sublimée, exagérée, et hélas bien souvent superficielle. Et si certains sont plus réussi que d’autres, si parfois l’hommage est sincère, on se retrouve aussi avec des produits qui sonnent faux, où tout est calculé, étudié afin de “faire comme avant” et où rien n’est jamais vraiment original ou spontané. Et Bitch Slap n’échappe pas à la règle, son concept semblant se limiter à mettre en avant la plastique avantageuse de ses actrices à chaque instant plutôt que de reproduire passionnément les œuvres dont il s’inspire. En témoigne cette scène de sexe entre deux lesbiennes qui s’étire sur quatre longues minutes sans pour autant montrer quoique ce soit ! Ni nudité, ni érotisme, ni même voyeurisme finalement, car tout cela est bien trop simulé. Voilà qui résume parfaitement le projet: vendre du sexe et de la violence sans jamais réellement le faire.

 

 

Et c’est dommage car il y avait là le potentiel pour une histoire à la Faster Pussycat, Kill ! Kill ! où les personnages font ressortir le pire d’eux-mêmes. Une aventure brutale, peut-être même un peu nihiliste, où des femmes sexy et sanguinaires s’affrontent dans une intrigue se déroulant dans un futur dystopique et reprenant à son compte des éléments du film noir. Bitch Slap s’ouvre au milieu du désert où trois demoiselle, une criminelle, une espionne et une stripteaseuse, tentent de retrouver une mystérieuse cargaison appartenant à un petit truand. Deux d’entre-elles pensent récupérer de précieux diamants, mais la troisième est en fait à la recherche d’un dangereux virus nanotechnologique pour le gouvernement. Torturant leur otage afin de connaitre l’emplacement de la marchandise, elles vont apprendre que les objets appartiennent non pas à un petit dealer mais à une figure légendaire du crime organisé, dont la brutalité est sans limite.

 

 

Comprenant que celui-ci a eu vent de l’affaire et s’est lancé à leur poursuite, le trio va devoir rapidement fouiller les environs pour trouver le butin alors que de nouveaux problèmes vont leur tomber dessus: un officier de police en patrouille dans les parages et un couple de gangsters convoitant ce qu’elles tentent de récupérer. La tension monte et bien vite les filles vont se dresser les unes contre les autres au point de devenir des ennemies mortels… Et sans surprise voici un film où il est impossible de choisir un protagoniste fiable. Tout le monde se ment, tout le monde manipule son entourage et tout le monde se fait trahir d’une façon ou d’une autre. Tant est si bien que le spectateur peut vite perdre le fil, se retrouvant bien en peine de savoir ce qui se passe ou de comprendre qui a un agenda secret et qui travail pour qui. La seule exception est cette prostituée naïve et trouillarde qui se contente d’obéir aux ordres, mais pour quiconque est habitué à ce type d’histoire, cela la rend plus suspecte encore que les autres…

 

 

Le problème de ce type de scénario, c’est que rien n’est linéaire et tout l’intérêt repose sur la façon dont la situation est faussée d’entrée de jeu. Plus le film avance et plus de nouveaux éléments apparaissent, provoquant un ou plusieurs twists qui vont venir chambouler la relation entre les protagonistes et la vérité sur leurs motivations. Et malheureusement, ici cela se traduit par beaucoup de flashbacks qui s’intègrent très mal à l’ensemble car tous tournés sous green screen, contrairement à la trame principale qui a lieu dans un décors naturel. Rick Jacobson ne semble plus trop faire la différence entre le cinéma et la télévision au point que les valeurs de productions sont constamment plombées par cette utilisation abusive des fonds digitaux, comme s’il voulait imiter – sans le budget – la cinématographie stylisée de 300 ou de Sin City. Quant aux incessants allez-retours entre le passé et le présent, qui remontent à plusieurs jours, semaines, voir mois en arrière, ils ont vite fait d’embrouiller la chronologie des évènements.

 

 

Dans le même ordre d’idée, le montage va a l’encontre de sa note d’attention en privilégiant des effets clippesques résolument modernes et m’as-tu-vu, qui donnent une franche impression d’immaturité de la part des responsables et qui pourra vite taper sur les nerfs pour peu que l’on ait plus de dix-huit ans: des split screens,des freeze frames, des fondus répétés plusieurs fois de suite, de la musique rock constante… Même le générique d’ouverture est conçu sur des dizaines extraits de films de genre vieillots et passés aux filtres colorés, tandis que les crédits sont rendus plus ordurier pour faire fun (par exemple “casting” devient “casting couch”). Bitch Slap apparait alors comme un pur produit MTV dénué de toute créativité et qui débarque avec dix ans de retard en plus de faire vulgaire. Faut-il vraiment s’étonner de voir un concours de T-shirt mouillé improvisé sans raison alors que les héroïnes sont censées craindre pour leur vie ?

 

 

Des idées bien beaufs de ce genre, on en retrouve à la pelle, comme ce coffre fort nécessitant de masturber une statuette africaine pour l’ouvrir, ce gode-couteau suisse menaçant les parties intimes d’une catin, où la tenue tendance écolière ultra sexualisée d’une combattante japonaise. Nous sommes finalement plus proche du calendrier de femmes nues pour camionneur que du cinéma d’exploitation. Heureusement la bêtise crasse n’est pas la seule chose qui nous est proposé ici, et quelques idées viennent sauver les meubles malgré tout. Comme cette guerrière utilisant un yo-yo garni de lames circulaires qui tue accidentellement un spectateur et imite célèbre pose victorieuse de Chun Li dans Street Fighter II. Homeland Security ressemble désormais à un club de striptease à la Duke Nukem 3D, où tout le monde est armé, même les danseuses, et où la télévision présente une sorte star-terroriste nommée Jihad Jackson. Deux nonnes s’envoient en l’air dans un confessionnal tandis qu’une sonnerie de téléphone se trouve être une voix disant “ring, fucking ring” en boucle.

 

 

Un type se prend un coup de taser dans les fesses, un pauvre policier doit justifier la prononciation de son nom de famille – Fuchs – tandis que l’une des héroïnes parodie James Bond à la manière d’Austin Powers: elle est l’agent 69 de l’organisation Flesh Force Foxy, et mène sa mission au cœur des montagnes enneigées dans une petite tenue qui évoque plus de la lingerie coquine qu’une combinaison de ski. Et puis bien sûr il y a les scènes de castagnes entre femmes, qui n’ont rien du simple crêpage de chignon. Le réalisateur étant spécialisé dans le genre, il rend les affrontements féroces et sanglants où les adversaires frappent fort et avec l’intention de tuer. Elles s’y cognent douloureusement les seins ou l’entrejambe, et ressortent de ces affrontements en sang. Point de glamour ou de parodie ici, même si l’une des héroïnes n’hésite pas à mordre sauvagement le vagin de son adversaire, et Bitch Slap prouve clairement que la gent féminine peut se révéler aussi douée et hardcore que les mecs.

 

 

Il faut du coup véritablement saluer le trio d’actrice qui porte tout le point du film et de ses nombreux défauts sur leurs épaules, car ce sont finalement pour elles – et pas que pour leurs corps – que l’on reste. Ce sont Erin Cummings, qui deviendra plus tard l’épouse assassinée de Spartacus, America Olivo, impressionnante amazone qu’il ne faut surtout pas confondre avec Zoë Bell (qui joue aussi dans le film) et que l’on a pu voir dans le remake de Vendredi 13, et Julia Voth, beauté au regard captivant et dont la carrière n’a hélas jamais vraiment décollée. A leur côté c’est une mini réunion de Hercules et Xena qui s’organise, puisque l’on retrouve aussi bien Kevin Sorbo et Michael Hurst (Hercules et Iolaus) que Lucy Lawless et Renée O’Connor (Xena et Gabrielle). Ces dernières jouent un couple de bonnes sœurs probablement homosexuelles le temps d’une scène, et si le fils de Zeus n’a qu’un rôle anecdotique, son compagnon de route est lui l’un des plus gros atout du film, incarnant un misérable bandit fourbe et queutard qui s’en prend plein la tronche.

 

 

Mais parce que le film semble obéir à une sorte de balance cosmique où tout ce qui est bon doit être contrebalancé par quelque chose de mauvais, leurs interactions et agissements sont complètement plombés par un épilogue très mauvais qui cumule un twist final prévisible et une conclusion amorale pas très séduisante avec une dernière scène d’action laborieuse où chaque protagoniste semble avoir été filmé à part sur fond vert. Le visuel est hideux, les intégrations ratées, la direction d’acteurs inexistante et l’apparition surprise d’une guerrière en dreadlocks et en katana ne pourra que dépiter même le plus tolérant des spectateurs. Au moins pouvons-nous y voir une naine très énervée armée d’une mitraillette, c’est quelque chose que l’on ne voit pas tous les jours. Mais a l’arrivé, Bitch Slap est un cuisant échec qui souffre d’un mauvais script, de mauvais effets spéciaux et tout simplement d’un mauvais goût. Autant dire qu’il est bien plus recommandable de déterrer une bonne vieille série B d’autrefois plutôt que cette pâle imitation mal foutue.

Sauf si t’as 16 ans ! Dans ce cas tu dois absolument montrer ce film à tes copains pour montrer a quel point t’es super cool !

 

 

 

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