Mighty Honey (2012)

 

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Mighty Honey

(2012)

 

 

Alors que le grand public se rue dans les salles de cinéma pour la sortie de Man of Steel, attardons nous de notre côté sur cette version japonaise du Kryptonien, qui met en scène une jolie super-héroïne à taille de guêpe. Non, il ne s’agit pas d’un remake de Supergirl mais d’une production bien particulière que l’on ne peut même pas décemment appeler un “vrai” film.
Il s’agit en fait d’une vidéo semi-pro issue d’un circuit plutôt fermé et s’adressant à une clientèle assez restreinte. Et contrairement à ce que vous pensez, il ne s’agit pas d’un film porno. Enfin pas tout à fait. Pour expliquer un peu mieux l’origine de ce film, il nous faut parler avant tout de sa compagnie de production, Zen Pictures, qui a une façon bien à elle de faire du cinéma…

 

 

Tout commence avec une société du nom de Giga Freeks (ou Akiba-Web), dont le business repose effectivement sur la réalisation de films X. Seulement la compagnie est spécialisée dans un sous-genre bien particulier, s’éloignant drastiquement des productions conventionnelles pour correspondre à des fantasmes d’otaku: leurs films se focalisent avant tout sur des super-héroïnes. Des personnages hors-normes qui se retrouvent au cœur d’histoires à caractères sexuelles, leurs uniformes et/ou concept servant d’argument de vente.
Et là-dessus il y en a un peu pour tous les goûts puisque l’on y retrouve de nombreux archétypes féminins tirés de l’imaginaire fantastique: lycéennes détectives, aventurières de l’espace, tueuses professionnelles ou encore guerrières médiévales… Mais bien entendu les super-héroïnes “classiques” sont les plus représentées, qu’elles soient inspirées des comics américains ou du tokusatsu, ces séries de super-héros japonais façon Power Rangers. Celles-ci représentent d’ailleurs une source d’inspiration intarissable tant elles comptent de styles différents, depuis les célèbres sentai (groupe de héros comme Bioman) au kyodai (héros géant à la Ultraman) en passant par les innombrables henshin heroines (les héroïnes transformables et autres magical girls type Sailor Moon)…
Cependant il ne s’agit pas là du seul fétiche au centre des productions Giga Freeks et, si chaque vidéo peut s’en approprier un en particulier (bellypunching, tickling, slime), on retrouve presque immanquablement celui qui va permettre de placer la belle héroïne en mauvaise posture.

 

 

On peut l’appeler DID (pour Damsel in Distress), puisqu’il présente effectivement de belles demoiselles en périls, mais il s’agit là plus précisément du ryona, un terme japonais utilisés pour désigner la maltraitance que peut subir une héroïne ou une combattante des mains de son adversaire. L’exemple le plus simple est de s’imaginer un personnage ayant perdu un combat et se retrouvant à bout de force, encaissant des coups ou se retrouvant maîtrisé et torturé physiquement et/ou psychologiquement par l’ennemi.
Ce fétiche est généralement assez large pour regrouper ou assimiler d’autres spécialités avec lui (bondage, BDSM, humiliation, etc) mais ne va généralement pas trop loin puisque des mutilations ou une mise à mort entre plutôt dans le cadre du guro, qui lui est beaucoup plus extrême. Dans les productions Giga Freeks, cela signifie naturellement que les héroïnes se retrouvent ligotées et forcées par la menace qu’elles devaient combattre, tout ça dans un rapport de soumission/domination qui évoque le SM “classique”, une pratique ouvertement pratiquée dans la culture japonaise.

 

 

De la pornographie assez particulière donc, et pourtant j’ai bien précisé au-dessus que Mighty Honey n’était pas un film X. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il se trouve que Giga Freeks a eu l’idée de concevoir une version “tout public” de leur concept ! Des productions au contenu similaire pour la plupart, mais dépourvues de scènes hard ou de situations trop explicites. Dans certain cas, cela privilégie l’érotisme (le bondage demeure, le corps de l’héroïne se veut sexy) mais le ton général est semblable à celui de n’importe quel tokusatsu familial.
Et si quelques unes de leurs vidéos sont naturellement des versions soft de leurs films pour adultes, Zen Pictures (et le sous label Cos-More qui l’accompagne) se montre extrêmement prolifiques quant à ses productions originales, allant jusqu’à se lancer dans une catégorie dédiée à des héroïnes de moins de quinze ans pour marquer le coup ! Il va de soi que les comédiennes choisies ne sont alors plus des actrices porno, mais de simples Idols (jeunes starlettes à la popularité temporaire) sélectionnées pour leur physique attrayant. Mighty Honey fait partie de ces productions “sages”, son héroïne ne subissant aucun attouchement et ne se déshabillant pas en cours de film. Bon, évidemment, vu la tenue sexy qu’elle porte cela ne semble pas vouloir dire grand chose, mais soyez sûr qu’il n’y ici aucune scène “chaude” ou provocante. “On dirait du porno sans le porno”, l’expression qui revient souvent chez ceux qui découvre l’étrange univers de Zen Pictures, résume parfaitement la situation.

 

 

Parce que les films d’Akiba-Web ne bénéficient d’aucune sortie en-dehors du territoire nippon, il n’existe aucun doublage et, généralement, aucun sous-titres permettant de comprendre pleinement les dialogues. Une chose dont la majeur partie du public se moque éperdument puisque, porno ou non, les films ne possèdent qu’un soupçon d’intrigue (simple prétexte pour exhiber l’héroïne) et la plupart des répliques sont constitués des gémissements de l’actrice. Mais certains déviants du cinéma tel que moi aimeront tout de même disposer d’informations sur le contexte général, afin de savourer pleinement le délire que constitue une production de ce calibre.
Bien heureusement certaines de leurs vidéos disposent d’un sous-titrages anglais et Mighty Honey fait partie des heureux élus. Plus important, le site Internet présente généralement un résumé assez détaillé de l’intrigue, parfois beaucoup trop complet au regard de ce qui se passe dans le film lui-même, le tout dans un anglais approximatif qu’il convient de retranscrire savamment sous peine de ne rien comprendre. Et il faut avouer qu’il est plutôt amusant de lire ce “scénario” qui n’est que très partiellement retranscrit à l’écran, le réalisateur se devant surtout de filmer son actrice sous toute les coutures plutôt que de représenter une véritable histoire….
Voilà donc un aperçu de Mighty Honey tel qu’on ne le voit pas forcément à la première vision du film (ni après toutes les autres d’ailleurs):

 

 

On y suit une certaine Misaka (ou Leona d’après le résumé), une jeune reporter qui est en fait la puissante super-héroïne Mighty Honey, laquelle combat le Mal partout où il se présente. Cependant ses actions ne sont pas sans conséquences puisque tout le pays se repose désormais sur elle pour gérer les conflits, l’opinion public allant jusqu’à considérer la police comme obsolète. C’est après avoir sauvé le Président de l’attaque de deux extraterrestres que Misaka réalise la situation, face à l’amertume de son collègue Tanabe qui a couvert l’incident. La jeune femme décide alors de n’avoir recours à ses super-pouvoirs qu’au minimum…
Au même moment, Tanabe mène l’enquête sur une puissante compagnie coupable de rejeter ses déchets toxiques dans la nature. Un produit hautement nocif qui, d’après une rumeur, serait à l’origine d’un horrible cas de mutation qui a fait grand bruit. Espérant trainer les coupables devant la justice et gagner le prix Pullitzer, Tanabe s’associe à Matsuda, un détective privé, pour infiltrer l’entreprise et découvrir la vérité. Misaka les accompagnent naturellement, espérant régler cette affaire sans avoir à devenir Mighty Honey. Sur place le trio découvre que le fluide toxique est en effet à l’origine de la mutation et que toute la compagnie n’est qu’une façade pour les opérations des deux aliens qui en avaient après le Président. Les reporters sont alors trahi par Matsuda, corrompu au même titre que de nombreux officiels du Gouvernement, et Misaka n’a pas d’autre choix que de se transformer pour lutter contre la menace…

 

 

Bien évidemment notre super-héroïne ne parvient pas à défaire ses adversaires car l’un d’eux utilise le fluide pour se transformer en une grotesque créature. Un mutant surpuissant qui a vite fait de terrasser Mighty Honey, laquelle est alors capturée et torturée par ses ennemis qui disposent de l’Ohmnight, une matière verte fluo qui fait ici office de kryptonite. Affaiblie, la jeune femme est attachée, passée à tabac et électrocutée jusqu’à épuisement, ce qui constitue là le plus gros morceau de la vidéo.
En fait on peut même dire que le film “s’arrête” littéralement, se contentant dès lors de répéter les mêmes séquences en boucles jusqu’aux dernières minutes qui vont offrir une conclusion précipitée. L’intrigue cède la place au fétiche et la vidéo n’offre plus qu’une Mighty Honey soumise et enchaînée qui endure les coups, les caresses de l’Ohmnight et les décharges électriques en se tortillant sensuellement. Le jeu d’acteur n’existe plus, l’héroïne n’ayant plus droit à la parole et les vilains extraterrestres se contentant de quelques mots, et la mise en scène disparait au profit d’une caméra voyeuse qui s’attarde longuement sur le corps de notre héroïne. Même si Zen Pictures livre un produit virtuellement inoffensif, il faut reconnaître que l’ensemble repose avant tout sur les courbes délicieuses de l’interprète de Mighty Honey !
Forcément, celle-ci apparaît dans un costume qui exhibe son ventre et ses jambes, inspirée de la tenue la plus sexy qu’ait jamais portée Supergirl. Du coup le réalisateur se concentre à fond sur l’abdomen découvert de sa belle et ne pense plus à grand chose d’autre…

 

 

Il est alors amusant de noter que ces séquences ecchi (un érotisme soft) sont toutes répétées en boucle au moins deux à trois fois chacune ! Le monteur ne fait aucun effort pour le cacher, nous diffusant l’intégralité de ces “reprises” sans interruption et laissant les acteurs reprendre plusieurs fois les mêmes lignes de textes lorsqu’ils recommencent. Ces passages, déjà assez longs et répétitifs en soi, en deviennent tout simplement interminables ! Et lorsqu’enfin le film passe à autre chose, ça recommence avec les scènes de combat. Quand Mighty Honey lutte contre un mutant obèse qui se permet de la serrer d’un peu trop près, la vidéo nous montre alors ce corps-à-corps sous tous les angles.
Il est évident que ces nombreuses scènes fassent partie du cahier des charges de Zen Pictures, et si la comédienne est agréable à l’œil comme c’est le cas ici, cela passe encore. Dans le cas contraire ce procédé à vite fait de venir à bout de la patience du spectateur qui va accélérer un peu les choses pour voir ce qui se passe après.

 

 

Mais évidemment personne n’est intéressé par les histoires bateaux de Zen Pictures et Mighty Honey apparaît alors presque comme incomplet, tant sa dernière partie fut emballée en vitesse. Ainsi après sa libération, la super-héroïne comprend que les deux aliens veulent de nouveau attaquer le Président. Ceux-ci ont d’ailleurs presque réussi puisqu’ils l’ont transformé en mutant à l’aide de leur produit toxique ! Comment Mighty Honey va t-elle faire pour inverser le procédé ? Nous ne le saurons jamais car, après avoir battu l’énorme mutant qui lui bloque le chemin, elle s’envole dans les airs avec le politicien vers une destination inconnue.
De nombreux points de l’histoire ne sont pas du tout résolue au final. L’un des deux extraterrestres disparait du film et n’est plus jamais évoqué, tandis que toute la problématique autour de la population japonaise qui se repose sur les exploits de Mighty Honey ne débouche sur rien ! Même Tanabe ne semble être là que pour libérer l’héroïne de son piège, n’apparaissant plus une fois son rôle accompli. Des problèmes d’écritures auquel Zen Pictures n’accorde aucune importance de toute manière. Parce que sinon il faudrait relever les nombreuses zones d’ombre qui parsèment le film: que veulent exactement les aliens et comment parviennent-ils a attaquer la ville s’ils ne sont pas capable de lutter contre Mighty Honey ? D’où vient cette dernière et pourquoi ses ennemis évoquent le fait qu’il y ait une importante prime sur sa tête ? Et qu’est exactement l’Ohmnight ?

 

 

Bref, en tant que film Mighty Honey est une purge qui n’obéit à aucune règle cinématographique. En tant que vidéo sexy c’est déjà mieux, puisque l’actrice possède un corps de rêve qui est parfaitement mit en valeur. Mais c’est surtout en tant que nanar que cette production ce dévoile, cumulant tout un tas d’éléments foutraques. De la musique pop-rock totalement hors sujet en début de film à l’imitation raté du thème de John Williams au générique de fin, du nom ringard de son héroïne (Mighty Honey, que l’on peut traduire par “miel puissant” ou “douceur puissante”) à l’apparence de sa kryptonite qui est simulée par deux bâtonnets de plastique couleur fluo… Misaka ne fait aucun effort pour dissimuler son identité en endossant sa panoplie de reporter et Tanabe ne s’inquiète même pas de son sort après avoir libéré Mighty Honey du repère des aliens. Était-il donc au courant ?
Chaque bruitage est exagéré à l’extrême pour donner une illusion d’effet, mais cela sonne désespérément faux a chaque fois. Lorsque la ville est attaquée, nous n’avons droit qu’à quelques flammes en CGI sur une photo pixelisée et quand l’héroïne s’envole, le détourage sur fond vert est plutôt grossier. Le repère des méchants se limite à un décors industriel passé à la machine à fumée tandis que leurs costumes sont de la qualité d’un très mauvais cosplay… Et que dire de ces deux vilains qui, ayant vaincu leur adversaire, préfèrent remettre à plus tard son exécution pour aller manger quelque chose ?!
Autant de défauts qui font plaisir à voir et qui permettent de relever un peu l’intérêt d’un film qui serait bien trop ennuyeux sans cela. Bien sûr cet anti savoir-faire est entièrement à imputer à Zen Pictures et son budget inexistant, puisque l’on retrouve la totalité de ces problèmes dans chacun de leur film ! Nombre limité d’acteurs, recyclage de costumes, de musiques ou de décors, faux raccords, prises de sons et de vues parfois ratées mais finissant tout de même dans le produit final…

 

 

Du coup c’est presque un miracle de pouvoir relever quelques “bonnes” choses de temps en temps ! En l’occurrence ici le costume réussi de Mighty Honey qui rend très bien à l’écran. Les combats sont plutôt dynamique et assez bien chorégraphié comte-tenu des conditions de tournage et les maquillages des mutants est parfois bien mieux foutu que certaines “véritables” productions ! Mention spéciale pour ce zombie à bec de lièvre qui semble tout droit sorti de Poultrygeist.
Le réalisateur, Kanzo Matsuura, n’est pas un débutant et emballe quand même le tout avec soin comparé à certains de ses collègues, tandis que la belle Risa Saiki possède un charisme et une énergie qui font plaisir à voir, à défaut de véritables talents d’actrices. C’est même dommage qu’il s’agisse là de son unique expérience avec Zen Pictures puisqu’elle porte clairement une bonne partie de cette vidéo sur ses petites épaules ! Je l’aurai bien vu dans la suite, Heroine in Danger Omnibus ̶  Mighty Honey, toujours réalisé par Matsuura, mais c’est une autre actrice qui la remplace et le personnage semble être sensiblement différent (le résumé la présente sous le nom de Sayaka).

 

 

Avec sa durée réduite (seulement 60min), Mighty Honey est une très bonne introduction aux productions Akiba-Web et peut facilement s’adresser à un autre public que celui des otakus. Pour ceux que ça intéresse, je ne peux que vous conseiller d’entrer en contact avec un dénommé slater74, un internaute qui possède son propre site en français sur le sujet et qui écume certains forums comme Mad Movies ou Nanarland. Mais attention, vous voilà prévenu, ce type de film ne s’adresse pas à tout le monde !

Et pour les autres, il y a toujours Man of Steel au cinéma.

 

 

 

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