Frankenstein: The Monster Returns (1991, NES)

 

Nintendo Entertainment System

Frankenstein: The Monster Returns

(1991)

 

 

Ça m’embêtais un peu d’avoir fait toute une introduction à propos du Monstre de Frankenstein vu par les japonais pour un simple jouet, aussi je me permets de vous y renvoyer afin de parler d’une autre incarnation improbable du personnage. Conçu là encore par le pays du soleil levant, ce nouveau Monstre mérite bien son nom puisqu’il est l’antagoniste d’un jeu vidéo horrifique qui remonte à l’époque de la simple Nintendo: Frankenstein: The Monster Returns.
Pas besoin d’en dire plus à propos de celui-ci puisqu’il ne s’agit aucunement d’un classique ou d’une perle oubliée, mais au contraire d’un titre plutôt médiocre est oubliable. Et pour cause puisqu’il ne s’agit rien de plus qu’une pâle imitation d’un Castlevania ! Il s’agit basiquement du même concept, du même gameplay et du même environnement, mais avec beaucoup moins de trouvailles, d’innovations, d’ambiance et en remplaçant Dracula par la Créature du savant fou. Difficile même de croire que Konami n’ait pas tenté quelques poursuites judiciaires, mais sans doute que les gens derrières la compagnie n’étaient pas du même niveau que les détestables crevards qui la dirige désormais (car, on ne le dira jamais assez, Fuck Konami).
Pour autant le jeu reste très jouable et dispose même de quelques éléments intéressant ici et là, comme l’animation des quelques cutscenes (les cinématiques, pour ceux qui ne suivent pas) et les sprites des nombreux Boss et Mini-Boss qui parsèment l’aventure, plutôt soignés. Donc si vous n’êtes pas réfractaire aux jeux mineurs et que vous aimez l’Horreur, tester celui-ci restera une expérience intéressante malgré tout.

 

 

La première chose notable à propos de Frankenstein: The Monster Returns, c’est que malgré son titre il ne s’agit pas véritablement d’une séquelle ou d’un spin-off. En fait la célèbre Bandai, qui est ici le distributeur, a déjà explorée le personnage auparavant via un obsolète jeu électronique à énergie solaire: Mr. Franken, sorti chez nous – et oui ! – sous un simple Frankenstein. On pourrait toujours s’amuser à dire que le présent jeu est la suite de cette antiquité mais la vérité est toute autre. Le développement fut effectué de façon indépendante, sous la demande de Bandai, par une firme japonaise nommée Tose (à peu près tous les vieux Dragon Ball Z et une série régulière pour Nintendo, les Game & Watch Gallery). Celle-ci est assez particulière puisqu’elle possède l’étrange habitude de ne jamais être créditée pour son travail !
Des mots d’un de ses responsables, Masa Agarida, la Tose reste toujours dans les coulisses: “Notre politique est de ne pas avoir de visions. A la place, nous suivons celle du client. La plupart du temps nous refusons de mettre notre nom sur les jeux, pas même ceux des programmateurs.”, ce qui vaut les génériques de fin de porter des pseudonymes absurdes. Ici ? Kraken Mummy, Miss Honey, Mr. Rice… Le plus amusant est que, si la Tose est réputée pour être une compagnie fantôme (ou compagnie “ninja”, comme ils disent là-bas !), ce détail se retrouve aussi sur les Castlevania d’époque, avec des personnes renommées Christopher Bee ou Boris Karloffice !

 

 

Quoiqu’il en soit, c’est en 1990 que Tose produit le jeu et choisi de le titrer, là encore, juste Frankenstein (tel que cela apparaît à l’écran-titre). C’est Bandai qui a ensuite récupérée la chose et, pour diverses raisons marketing, a prit la décision de la renommer Frankenstein: The Monster Returns (uniquement visible sur les boitiers et manuels) et d’en faire une exclusivité US.
Le jeu débarque sur le continent en 1991 et encore à ce jour il y a une certaine confusion sur la date de sortie et l’identité de son développeur. Fondamentalement, ceci n’est pas très différent des péripéties qui vivent films d’exploitations, avec leurs multiples titres et versions, selon la censure ou le pays où ils sont distribués, ou le rachats des droits par divers distributeurs. Et cela résume plutôt bien le produit auquel on a affaire je trouve, tant la qualité générale de l’œuvre et les idées absurdes qui la composent se rapprochent des séries B des années 80.
Ainsi l’intrigue part du principe que le Monstre est désormais un être totalement maléfique, ayant su se frayer un chemin vers une dimension maléfique (tout logiquement nommée Evil Dimension) et pouvant puiser dans celle-ci pour gagner en puissance ou contrôler les autres créatures des ténèbres. L’histoire se déroule inexplicablement durant le Moyen-Âge quand bien même le roman date du XIXème Siècle, et aux monstres classiques comme Dracula ou le loup-garou se mêlent des abominations proches des écrits de Lovecraft ou des Xenomorphes d’Aliens

 

 

Le résumé du jeu – rappelons qu’à une époque les cinématiques ne racontaient pas tout de A à Z et il fallait trouver quelques lignes dans le manuel pour connaitre les véritables enjeux – est amusement vague tout en éclairant un peu notre lanterne sur les intentions des créateurs.
Nous apprenons que cela fait des années que le Monstre est mort, son corps reposant dans un cimetière abandonné. Les villageois essayent d’oublier les horreurs qui se sont déroulées sur leurs terres et y arrivent plutôt bien grâce à une époque de paix et de prospérité. Les fermiers n’ont pas à se plaindre et le soleil brille (non je n’invente rien, c’est dans le texte), bref il fait bon vivre. Malheureusement pour eux, une nuit d’orage va tout bouleverser lorsqu’un éclair vient frapper la tombe abandonnée de la Créature, réanimant celle-ci à la façon de Jason le Mort-Vivant: un doigt bouge légèrement, le cœur semble battre, puis soudain un vague d’énergie réanime le cerveau. Le Monstre revient d’entre-les-morts et va pouvoir prendre sa revanche !
La même nuit, il incendie le village et kidnappe la jeune et belle Emily, fille d’un des anciens. La raison ? On peut l’interpréter différemment ! “I will take this girl for my own !” dit-il, ce qui signifie qu’il peut tout simplement vouloir la tuer et la ramener à la vie sous une forme similaire à la sienne – sans doute ce que les développeurs avaient en tête, référençant la fameuse Fiancée du Monstre, ou bien, étant donné que le jeu est d’origine japonaise, on peut penser qu’il veut simplement satisfaire ses pulsions sexuelles et “la prendre” au sens propre. J’ai même envie de dire que les deux options n’ont rien d’incompatible.

 

 

Le jeu oublie de mentionner quelques détails, comme par exemple pourquoi son choix s’est posé sur cette jeune fille en particulier. Vu que l’historique du Monstre n’est jamais révélé et que l’on parle d’années depuis ses dernières attaques, et puisque le jeu s’inspire de Castlevania (où son analogue, Dracula, a tendance à revenir à la vie une fois tous les 100 ans), il est très probable que l’un de ces anciens était un héros ayant participé à la destruction de la Créature et que celle-ci a décidée de s’en prendre à sa descendante par vengeance.
Bien heureusement, le héros, un guerrier anonyme que le joueur peut renommer à sa guise (ce qui amène inévitablement à des choix genre “bite” ou “cul”, parce que pourquoi en serait-il autrement ?), part à sa rescousse. Son prétendant ? Là encore ce n’est pas clair et lui-même semble être surpris de se voir confier la tâche par l’Aîné, qui le voit comme leur seul espoir, mais il s’élance aussitôt sur les traces du Monstre. Celui-ci rebrousse le chemin jusqu’à un château abandonné dans l’idée d’y transformer Emily et d’ouvrir un portail vers la dimension maléfique pour y gagner en puissance. Plusieurs monstres barreront la route du joueur en chemin, tous obéissant aux ordres du mort-vivant, mais bien vite il apparait que ceux-ci ne sont pas tous mauvais et qu’ils sont également victime de la situation, l’influence néfaste de la Créature du Frankenstein les manipulant malgré eux…

 

 

Comme je le disais ci-dessus, ce résumé éclaire un peu plus sur ce que le parti-pris du scénariste. L’intrigue se déroule après les évènements de Frankenstein, non pas le livre de Mary Shelley, mais plutôt du film de James Whale et de la Universal. Le look Karloffien du Monstre est le plus gros indice mais on retrouve quelques autres éléments: le fait que l’histoire se déroule aux alentours d’un même village, avec un château abandonné qui pourrait être celui de Frankenstein (l’ouverture de la dimension parallèle fut-elle produite lors de l’activation du mort-vivant, via une quelconque machine type Resonator ?) et l’idée que le corps du Monstre fut récupéré et enterré dans un coin oublié de la région. Le résumé évoque également son cerveau, le décrivant comme appartenant à un fou homicide. Une idée que l’on retrouve dans le premier film, le bossu Fritz, brisant accidentellement un bocal contenant un cerveau sain, le remplaçant par un autre malade, “anormal”. Plus tard dans la série, un meurtrier nommé Ygor finira par placer le sien dans la boite crânienne, troquant son corps difforme contre celui, invulnérable, du monstre. L’absence de réelle continuité entre les films de la Universal empêche de savoir laquelle de ces deux personnalité finira par perdurer, le personnage devenant alors un colosse souvent muet et stupide.
Dans tous les cas, le concept demeure ici, et si la plupart des autres versions du mort-vivant en font un être pathétique et innocent, Frankenstein: The Monster Returns tient vraiment à le décrire comme un être démoniaque.

 

 

Le “scénario” (si on peut l’appeler ainsi) semble même offrir une légère réflexion autour de la notion de “monstre” puisque la plupart des ennemis, en comparaison, sont en fait des êtres bons et honorables. Je ne compte évidemment pas les habituels ennemis de Niveau, juste là pour créer un obstacle et permettre le gameplay, mais les innombrables Boss et Mini-Boss. Tombant sous le contrôle de la Créature, dont la capacité à contrôler le Mal se fait de plus en plus grande, ils ne sont pas véritablement responsables de leurs actes et remercient même le joueur après leur défaite, celle-ci ayant pour conséquence de les libérer de cette influence. On y trouve un Chevalier Noir doté d’un grand sens de l’honneur, un cheval infernal, la femme-serpent Médusa ainsi qu’un étrange couple de Yokais végétaux vivant dans la forêt. Et un dragon d’eau qui ne semble vouloir défendre qu’un trésor, dans une confrontation totalement optionnelle.
C’est quelque chose que l’on retrouve souvent dans l’œuvre Fantastique japonaise et on peut citer des RPG comme Soleil (alias Ragnarok), mais aussi des films comme Kibakichi ou le manga Devilman. D’autant plus que le Monstre de Frankenstein est artificiel, humain d’origine, là où les autres sont plutôt des créatures de folklore. D’ailleurs les autres monstres “classiques” sont tout aussi maléfiques que lui: on y retrouve un loup-garou et un vampire qui vivent dans la dimension maléfique, eux aussi techniquement des humains modifiés, et l’un mid-Boss veillant sur le château de Frankenstein est une chose clairement démoniaque (l’étrange Gatekeeper, en fait juste une tête et une main flottante, en décomposition).

 

 

Quel dommage que tout ceci ne soit qu’extrapolation de ma part, le jeu ne cherchant pas à créer le moindre message. La traduction anglaise n’aide pas, tous les ennemis étant désignés pareillement sous le terme de “monstres”, n’aidant pas à la distinction. Toutefois l’intrigue montre clairement les Yokais reconnaissant de leur délivrance, donnant au héros de précieux objets ou conseils pour l’aider dans sa quête.
Une idée en filigrane, mais peut-être pas tellement à sa place dans un simple clone de Castlevania. Pas non plus à sa place dans un si petit jeu, lequel n’a pas beaucoup d’ambitions, mais surtout pas beaucoup de budget. Il se limite ainsi à quatre petits levels, les développeurs ayant choisi de rallonger artificiellement la durée de vie en offrant une option d’exploration très réduite (on peut, à la manière d’un Zelda II, visiter des maisons et des pièces, trouver des trésors et discuter avec quelques PNJ qui peuvent vous offrir différentes choses) et une succession de combats avec des Boss ou ennemis spéciaux qui prennent plus longtemps à tuer que les adversaires communs. Des combats à rallonge qui se répètent parfois ad nauseam, comme celui avec l’homme-poisson, qu’il faut se farcir à chaque fois que l’on rate une plate-forme dans le marais du Niveau 2 (ce qui arrive pratiquement à chaque fois, la faute à une mauvaise gestion de détection des sprites, faisant que le personnage-joueur passe souvent au-travers de façon injuste).

 

 

De la même manière, notons une séquence particulièrement difficile à traverser dans le dernier niveau, nécessitant d’attraper au vol plusieurs lianes pour naviguer au-dessus de mares d’acide. Pour la même raison qu’au-dessus, il est pratiquement impossible de les attraper du premier coup et le personnage tombe, encore et encore, dans le liquide mortel qui aspire son énergie bien trop vite pour que l’on puisse bondir hors du bassin et continuer son chemin.
La situation est telle que, après un moment, le joueur aura plutôt tendance à se dépêcher de traverser le Niveau en esquivant les petits monstres plutôt que de perdre son temps, devant déjà gérer des Boss et des pièges qui ralentiront sa progression au point de faire perdre le fun du gameplay. Frankenstein devient vite monotone, et c’est encore pire lorsque l’on découvre l’attaque la plus efficace pour progresser / tuer un ennemi: un coup de pied sauté totalement hors propos pour un chevalier européen. Du coup non seulement le joueur tentera juste d’aller du point A au point B sans chercher la confrontation, mais en plus il va perdre les quelques variations de combats qui lui sont permise, se contentant du répétitif high kick bien pratique mais vite ennuyeux. C’est bien simple, je me serais cru l’espace d’un instant dans Kung Fu Kid sur Master System, sauf que Kung Fu Kid réussi à rester divertissant de bout en bout malgré ses énormes limitations !
Il faudra alors prendre sur soi pour le challenge, et heureusement on trouve quelques armes et upgrades qui peuvent s’avérer intéressant.

 

 

Reprenant le concept du fouet évolutif de Castlevania, qui pouvait s’enflammer et lancer des boules de feu, Frankenstein propose différentes choses qui fonctionnent sur le même principe: une épée qui se charge de feu ou d’énergie et qui peut projeter des particules destructrices dans trois directions différentes. Un peu comme un Shoot’em Up en fait, à la manière de Gradius ou R-Type: de la même manière, le moindre dommage prit vous fait perdre votre capacité spéciale et / ou votre nouvelle arme ! Autant dire qu’il va falloir faire très attention car si le jeu est plutôt facile aussitôt que vous pouvez toucher vos ennemis à distance, il devient mission impossible lorsque vous devez affronter un Boss au corps-à-corps. Surtout avec seulement deux vies et deux continues.
On peut heureusement compter sur un système de password ainsi que la présence de potions rallongeant le total de barre de vie ou redonnant de l’énergie. Il convient de surveiller d’autres objets utiles comme la bombe, puissante, ou les éclairs, qui peuvent anéantir tous les adversaires apparaissant à l’écran. La fronde est intéressante puisque renvoyant le projectile vers le personnage et permettant de toucher l’ennemi deux fois de suite, même s’il faut attendre qu’elle retourne dans la main pour l’utiliser une seconde fois. En revanche l’arme importe peu: qu’il s’agisse de l’épée, du gourdin ou de la masse d’arme, elle n’a pas l’air de faire plus de dégât, et le fait de la perdre constamment dès qu’un ennemi touche le joueur fait qu’elle perd vite de son importance et ne devient vitale qu’une fois couplée au lancé de projectiles.

 

 

Bref, tout cela est très basique et comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas grand chose à mentionner à propos de Frankenstein en terme de jeu. Les ennemis sont variés (Trolls, squelettes, gargouilles, minotaures, statues animées, abeilles géantes et autres doppelgängers), les niveaux suffisamment différents les uns des autres pour éviter la répétition (le village, qui bizarrement apparaît intact alors qu’il est censé être en feu et dévasté, une forêt avec ses marais et sa falaise, un château abandonné qui dispose d’un cimetière où les tombes vous poursuivent – on peut même les chevaucher comme plateformes géantes !, et enfin la Evil Dimension, totalement organique comme une ruche Xénomorphe et dont un des couloirs possède des visages démoniaques incrustés dans les murs, dans un style qui évoque le mangaka Gō Nagai), quant au musiques elles sont à l’image du jeu: ni bonnes, ni mauvaises, totalement oubliables.
C’est plutôt l’enrobage qui marque, qui prête à sourire et qui fait de Frankenstein un titre à essayer malgré tout. D’une part il faut constater que les programmateurs ont soignés leurs graphismes: les sprites, par exemple, sont gros, colorés et bien animés, notamment ceux des Boss. Le cheval infernal, sorte d’improbable centaure, a les deux sections de son corps colorées différemment et chacune de ses pattes bougent lorsqu’il se déplace. Même chose pour Médusa, dont le côté serpent est bien rendu dans les mouvements. Quant au loup-garou, il redevient humain après avoir été tué via une séquence de transformation animée en plusieurs images.

 

 

Les cutscenes et dialogues sont également dynamisées par l’animation: les bouches bougent lorsque les personnages parlent, les différents Niveaux sont entrecoupés de cinématiques où Frankenstein se moque du héros (mention spéciale pour celle où les deux sont séparés par une barrière de flammes) tandis que la créature est rendue ténébreuse et imposante grâce à un style de dessin jouant sur les ombres. Mon détail préféré reste sans doute la carte générale du jeu, dévoilée entre chaque Niveau pour marquer la progression du joueur et qui montre un petit Monstre de Frankenstein prendre ses jambes à son cou, avant qu’un chevalier minuscule ne lui cours après. C’est tout simplement adorable.
L’aspect “clone de Castlevania” n’est pas dépourvu d’intérêt non plus, justement parce qu’il est amusant de voir tout ce que les programmateurs ont réussi à emprunter. Des Boss similaires (la Mort, sous l’aspect de la grande faucheuse), une tête de Médusa volante, mais rendu géante à la manière du Masque de Carmilla, dans Castlevania II, un château hanté dans lequel on ne pénètre qu’après avoir fait un tour par le cimetière (littéralement le tout premier niveau du tout premier Castlevania !), et naturellement la présence de Dracula. Ici un “simple” vampire, mais avec la cape et se transformant en grosse chauve-souris.
C’est amusant, probablement honteux, mais ça permet de briser un peu l’ennui d’un gameplay fade. Encore plus quand les concepteurs s’emmêlent les pinceaux dans leur référence et pillent subitement Ghosts’n Goblins, lorsqu’un chevalier est attaqué en plein cimetière par des gargouilles rouges, sosies de Firebrand !

 

 

Et puis, bien sûr, il y a le facteur “What the Fuck”. Le côté “nanar”. La part de délire que l’on retrouve uniquement dans les œuvres du pure exploitation. C’est ce loup-garou baptisé Manwolf plutôt Wolfman, la faute à une traduction à côté de la plaque. L’absence totale de laboratoire dans le château, pour un jeu tournant autour de la Créature de Frankenstein. D’ailleurs difficile d’imaginer celui-ci à une période où l’électricité n’existe pas ! Il y a le Chevalier Noir qui, pour emmener le héros dans la dimension infernale, lui fait faire la toupie comme Wonder Woman. Le premier Niveau s’achève par un tremblement de terre, précipitant le joueur dans une fosse, lequel se retrouve l’instant d’après à l’air libre en pleine campagne, comme s’il était passé par un quelconque vortex interdimensionnel…
Un personnage retrouvé dans la forêt, mortellement blessé, annonce sa fin imminente d’un calme stupéfiant. Celui qui se décrit comme “mortally wounded” semble être tranquillement assis par terre, et quiconque à vu le Sacré Graal ! des Monty Python risque de ressortir toutes les répliques. “I’m not quite dead, sir !”. Quant aux codes permettant de tricher un peu, générés par le fameux Game Genie, ils sont pour le moins particuliers: énergie presque infinie, énergie supplémentaire impossible à ramasser, invincibilité après avoir perdue une vie, jouer sans continues, un seul dégât est fatal… Autant de cheat que personne ne voudra employer !

 

 

Mais le plus beau, c’est le Monstre de Frankenstein lui-même. Parce que bien sûr les concepteurs font l’erreur de le baptiser “Frankenstein”, comme pour bien nous dire qu’ils ne savent rien de l’histoire dont ils s’inspirent. Reprenant le cliché de la créature Karloffienne au teint verdâtre, celui-ci n’offre a priori pas un combat très intéressant jusqu’à ce qu’il change de forme. Corrompu par la dimension maléfique, il développe alors une seconde forme totalement délirante: celle d’un bodybuildeur géant, nu, aux muscles saillants, et posant tel le Penseur de Rodin ! Celui-ci ne bouge pas mais crache des boules de feu et attaque avec des morceaux de son propres corps: son poing s’arrache du poignet et lévite pour cogner le héros, encore et encore. Dans ses derniers instant, c’est sa tête qui se détache, dépourvue de mâchoire inférieure mais continuant de vomir des flammes !
L’animation, sympathique, montre le colosse se détériorer progressivement, sa peau se détachant par endroit et laissant entrevoir des muscles qui n’ont plus rien d’humain, clignotant comme s’ils étaient gorgés d’une énergie malfaisante. La dernière vision du corps, décapité et écorché vif, même si elle n’a rien de gore, reste plutôt osée pour un jeu Nintendo.
Après le générique de fin (repompant encore Castlevania avec ses héros observant les ruines du château, cheveux au vent), une dernière animation à peine visible montre une paire d’yeux s’ouvrir puis se fermer, signe que le Monstre n’est pas mort et appelant à une séquelle qui ne verra jamais le jour…

 

 

Ce sont pour ses moments d’absurdités que Frankenstein: The Monster Returns, vaut la peine d’être joué. Ça et son intrigue improbable et difficile à situer dans une quelconque chronologie, quand bien même je pense avoir fait un assez bon boulot pour lui trouver un contexte.
Alors oui, c’est sûr, ce n’est pas Castlevania, ce n’est même pas un bon jeu et la traversée des différents levels sera plus agaçante qu’autre chose compte-tenu de la qualité très moyenne de l’ensemble. Mais comme une bonne Série B, certains y trouveront leur compte grâce à ce côté “exploitation” poussé bien au-delà du raisonnable. C’est fou, c’est bête, c’est drôle et pour rappel, les émulateurs ne coûtent rien ! Alors en attendant de vous replonger dans votre dernière acquisition de jeu vidéo, sans doute bien meilleure, donnez-lui cinq minutes de votre temps. Vous pourriez bien vous amuser un peu.
Un dernier argument ? Et bien pour un produit Bandai pour NES tapant dans la figure horrifique classique, ça restera toujours plus jouable et recommandable que Dr. Jekyll and Mr. Hyde !

 

 

 

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