Spider-Man 2099 #31 – Route 666 (1995)

 

Spider-Man 2099 #31

Route 666

(1995)

 

– Why’s this road so choppy ?!
– Because it’s paved with good intentions.

 

 
Route 666 avait fait son petit effet chez moi, alors que je n’avais que douze ou treize ans. A la revoyure, il n’y a aucune raison pour que cet épisode ne soit remarqué pour quelques raisons que ce soit. Il ne s’agit que d’un filler, une sorte de mini-conclusion à la storyline des numéros précédents (#28 à 30, que je n’avais pas lu) et un moyen d’apporter un peu de finalité aux évènements tragiques qui en découlent, pour mieux relancer le héros dans de nouvelles aventures après ça. Mais il faut quand même dire qu’il s’agissait de ma toute première exposition à l’univers 2099 de Marvel, qui était plutôt impressionnant pour un jeune lecteur ayant découvert les comics à peine quelques années auparavant avec les classiques des années 70-80.
J’ignorais alors tout de cette révolution Extrême des années 90, et retrouver des personnages familiers dans des contextes plus brutaux, plus edgy, me paraissait bizarre. Provocant presque. Toutefois ce label particulier avait pour lui d’expliquer ce changement de ton en présentant le futur de l’univers Marvel, celui qui aurait lieu – vous l’aurez compris – d’ici l’an 2099. Un univers Cyberpunk dépressif, glauque et peu héroïque où il ne fait pas bon vivre, très proche de celui dépeint dans Gunnm. Il faut vraiment comprendre que, pour un enfant découvrant à peine ce média, il y avait quelque chose d’inquiétant, de hantant, que de savoir que le monde des gentils justiciers finirait dans un tel état après leur mort.

 

 

Car à l’époque, Marvel 2099 n’était pas encore présenté comme un monde parallèle ou une timeline divergeante, mais bien comme l’avenir direct des personnages que l’on suivait depuis toujours. Un Doctor Doom encore plus brutal que le précédent fini par régner sur les États-Unis, mon introduction à Ghost Rider le montre en morceau, se recomposant difficilement tout au fil de l’épisode, tandis que l’amusant et héroïque Spider-Man laisse place à un héritier sombre et violent. Non pas que cela soit particulièrement le cas, le personnage restant plutôt fidèle à son illustre modèle, mais Route 666 se déroule après une histoire l’ayant énormément secoué: il découvre que son véritable père est l’un de ses pires ennemis, il ne parvient pas à sauver sa tutrice Angela, qui veillait sur lui depuis son enfance (pensez Tante May, mais en plus jeune et plus bonasse) et enfin il semble avoir rompu avec sa petite amie.
Lorsque ce numéro commence, Miguel O’Hara n’est pas en costume et ne se balade pas à travers une ville façon Blade Runner, se prenant au contraire pour Bill Bixby dans la série L’Incroyable Hulk (qui m’était en mémoire alors grâce aux rediffusions me permettant de la découvrir). Il erre dans le désert, fait de l’auto-stop, et lorsqu’une jolie donzelle s’arrête, c’est pour mieux lui bruler les yeux à la bombe lacrymogène et lui voler ses affaires !

 

 

Spider-Man, en état de choc, se retrouve prostré sur le bord de la route. La présentation n’est pas glamour mais reste dans la continuité de ses dernières mésaventures. Car tout l’intérêt de Route 666 tient justement dans la connaissances de ces évènements, et sert à redonner un coup de fouet au personnage qui est dans la tourmente. Une façon de le sortir de sa culpabilité et lui rappeler qu’il a “de grandes responsabilités”, comme dirait l’autre.
Heureusement pour les retardataires, le scénariste a préféré créer une petite intrigue quasiment indépendante plutôt que de taper dans de lourdes références aux précédentes publications. La mort d’Angela est évoqué en une phrase, le reste est tout simplement ignoré. Cela permet à quiconque ouvre ce #31 de ne pas avoir l’impression de lire le dernier chapitre d’une story-arc en ayant tout manqué, mais plutôt de suivre le héros durant un étrange moment de sa vie. Et étrange, le scénario l’est volontairement puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de “Spider-Man 2099 entre dans La Quatrième Dimension”. L’influence des contes de Rod Serling se fait même tellement sentir que le résultat parait prévisible, convenu, et se décode bien vite. Heureusement, puisque nous sommes dans un univers Cyberpunk crade et violent, c’est aussi l’occasion de rendre hommage à Mad Max 2 !

 

 

En faite toute l’aventure n’est qu’une reprise de l’assaut du camion du Road Warrior, mais avec un véhicule évoquant le super-transport de Damnation Alley et, à la place des chiens fous d’Humungus, des motards mutants hommes-chauves-souris. Ouais. Vous comprenez sans doute pourquoi j’aime Route 666 et pourquoi j’en parle ici.
L’intrigue commence alors qu’un titanesque camion de transport s’arrête près du corps prostré de Miguel. Pour la plus grande surprise de celui-ci, le conducteur est Dash, un chauffeur qu’il avait déjà croisé lorsqu’il était enfant et avait tenté de fuguer. Une rencontre d’une seule fois et sans aucun rapport avec le milieu des cyborgs, aliens et autres super-êtres auquel Spider-Man est confronté. Difficile de croire qu’ils puissent ainsi se revoir, par pur hasard, mais le garçon grimpe sans trop se poser de question. Du moins jusqu’à ce qu’il entende des voix provenir de la cargaison du camion et que le conducteur l’incite à jeter un œil. Il découvre alors des passagers en grand nombre, comme dans un avion de ligne, et parmi les hôtesses… Angela !
Quand Dash précise que ces gens ne sont pas exactement des “personnes”, et que sa destination est une ville qui se trouve “ici et nulle part”, on comprend bien vite que tout ceci n’est qu’un rêve où quelques démons tentent de récupérer des âmes en route pour le Paradis.

 

 

Le sympathique routard est bien entendu l’Ange Gardien de notre héros, présent dès qu’il faut pour le remettre sur le bon chemin lorsqu’il s’égare – il l’incite même à porter son costume pour lui donner un coup de main lorsque débarque le groupe de motards infernales venu dévorer les passagers. Et de l’autre côté, ces créatures sont menées par un chef de meute bien plus gros et terrifiant que ses semblables, symbolisant le géniteur de Miguel et sa probable peur de se confronter à lui. La lutte qui s’ensuit est alors plus psychologique qu’autre chose, et l’homme-araignée se retrouve avec l’opportunité de rattraper son erreur et de sauver Angela une nouvelle fois. Et celle-ci lui pardonnera son échec en lui demandant de ne pas se sentir coupable. De cette manière le script rétablit le statu quo, la copine de Miguel allant jusqu’à le retrouver dans le désert plutôt que de l’abandonner, permettant au personnage de demeurer le même pour les aventures à venir.
Un tel script n’est ni original ni particulièrement intelligent, et se contente de refaire ce qui existe déjà ailleurs, mais il a l’avantage de pouvoir être tout autant apprécié par les suiveurs réguliers de Spider-Man 2099 que les nouveaux venus, qui seront certes un peu perdu mais capable de comprendre les enjeux et le but général d’une telle histoire. Qui plus est, ce n’est pas parce que Route 666 fait dans le drame et le sentiment à travers le cliché éculé du “tout cela n’était qu’un rêve (ou pas ?)” qu’il est ennuyeux. Bien au contraire, la bataille à la Mad Max se montre plutôt violente et très dynamique.

 

 

Spider-Man est bien plus vicieux dans le Wasteland que dans le centre-ville, et il utilise ses dons sans se retenir. Sa toile lui permet de déséquilibrer les motos qui se crashent et explosent, ou à se retenir au transport de Dash lorsqu’on le jette sur la route. Les Bats n’hésitent pas à rouler sur les cadavres de leurs frères pour rester dans la course et une pauvre victime fait même office de tremplin pour l’un de ses compagnons ! Et quand Miguel ne crèvent pas des yeux avec ses griffes, il s’amuse légitimement de la mort d’un de ses adversaires, lorsqu’ils se retrouvent sur le toit du véhicule alors qu’un pont arrive sur eux à grande vitesse. Je suis sûr qu’un psychanalyste aura également quelque chose à dire sur la scène castratrice où Miguel arrache le tentacule épineux de son “père”, qui venait de s’enrouler autour de la jambe d’Angela…
Pour un court numéro, le résultat est très satisfaisant et surpasse même quelques combats plus ″cartoonesques″ qui existent dans la série. On peut dire exactement la même chose à propos des graphismes de Roger Robinson (Batman: No Man’s Land), secondé par Jimmy Palmiotti (co-créateur de Painkiller Jane) sur l’encrage: effectif et plus réussi que dans d’autres épisodes, même si loin d’être spectaculaire. Leurs Bats en jettent quand même pas mal et leur leader tout particulièrement.

 

 

Peut-être à signaler quand même, ce léger soucis éditorial qui est l’absence d’une introduction pour Dash. Avec 30 numéros au compteur, Spider-Man 2099 présente de nombreux personnages et voir le monte-en-l’air reconnaitre le chauffeur comme quelqu’un de son passé laissa beaucoup de monde perplexe. Il n’y a pas de présentation, ni de flash-back ou de dialogues permettant de vraiment comprendre les liens qui unissent ces protagonistes. Un peu étrange vu le rôle d’Ange Gardien du transporteur. Et pour cause: il existe bien une petite histoire montrant leur première rencontre, seulement elle fut publiée… le mois suivant ! Une erreur sans doute, car la revue offre un aperçu dans l’enfance du héros depuis au moins son #18. Une manière d’approfondir l’univers, d’explorer les relations entre les uns et les autres et d’introduire divers éléments à l’avance pour les storylines.
Intitulée Hitting the Road et scénarisée par le même auteur, Peter David (qui a adapté La Tour Sombre de Stephen King en comics), elle montre comment Dash, chauffeur de taxi, récupère le gamin en fuite au cours d’une nuit. Un type sympa qui l’écoute, le comprends et fini par le convaincre de rentrer chez lui pour se confronter à ses problèmes, semant alors en lui les graines du courage et de la Justice qui en feront un héros. Si Angela était la Tante May de Miguel, alors Dash, malgré ses deux minuscules apparitions, pourrait être son Oncle Ben.
 
Et si Route 666 peut se lire tel quel malgré son rattachement à l’intrigue précédente, il est quand même fortement conseillé de se procurer Spider-Man 2099 #32 pour lire ce complément quand même très important. Toujours ce même vieux truc pour vous forcer à acheter toujours plus de BD !

 

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