Vampire Circus (1972)

 

Vampire Circus

(1972)

 

 

L’intrigue se déroule durant le XIXème siècle à Schtettel, un petit village européen. Les villageois vivent dans la terreur du Comte Mitterhaus, un vampire se nourrissant du sang de leurs enfants. Lorsqu’une petite fille se retrouve enlevée, plusieurs d’entre eux surmontent leur peur et se décident à agir, investissant le château et tuant le vampire qui leur lance une malédiction: le sang de leurs enfants servira un jour (enfin, une nuit plutôt) à lui redonner vie (enfin non-vie plutôt). Alors que son château est détruit, une jeune femme sous son emprise, qui lui servait d’amante et lui ramenait ses proies, cache son corps dans une crypte et reçoit l’ordre de trouver son cousin, un certain Emil, afin de l’avertir de la situation.

 

 

 

Quinze ans plus tard, Schettel est en proie à un fléau terrible: la peste fait des ravages. Le village est placé en quarantaine et quiconque tente d’en sortir est abattu sur le champ par les hommes postés aux barrages. Alors que la plupart des villageois soupçonnent la malédiction de Mitterhaus, un médecin s’échappe afin de chercher les médicaments nécessaires et leur prouver par ailleurs qu’il n’y a rien de surnaturel dans cette maladie. Au même moment arrive un cirque itinérant, “The Circus of Nights” (le Cirque des Nuits), qui cache en fait plusieurs vampires dont Emil, venu retrouver le corps de son cousin et lui permettre de ressusciter…

 

 

On ne présente plus la célèbre Hammer, firme anglaise qui se spécialisa dans les films d’horreur gothique et qui a élevé au statut de cultes des comédiens tel que Peter Cushing ou Christopher Lee. Les années 70 signent une période de crise dont la Hammer ne se relèvera pas. C’est la fin de l’Âge d’Or et le public d’alors ne suit plus vraiment. On tente de renouveler un peu les genres et de donner du sang neuf aux grands classiques, notamment avec le mythe du vampire comme en témoignent les futurs Captain Kronos, Vampire Hunter et Les Sept Vampires d’Or (une coproduction avec la Shaw Brothers !). Des films très intéressant de par leur approche différente, mais qui malheureusement ne vont pas permettre à la firme de regagner son succès d’antan.

 

 

Vampire Circus fait partie de ces essais et tente dès le début d’en mettre plein la vue: révolte des villageois, massacre chez un maître vampire, nudité féminine, explosion du château… Pour faire bref, le film débute par un condensé des clichés habituels des films de vampires de l’époque. On y trouve même une sorte de Renfield au féminin par la présence d’une jeune femme dévouée corps et âme à un vampire pourtant très porté sur les enfants. Si rien n’est explicitement montré, la référence à la pédophilie est assez appuyée, voir même franchement osée, notamment au début du film lorsque, après avoir bu le sang d’une fillette, notre cher Comte se sent subitement d’envie de s’envoyer en l’air avec sa partenaire en lâchant un “One lust feeds the other” (un désire en nourrit un autre) assez lourd de sens. Sans parler de l’idée que son corps absorbe le sang des enfants afin de lui permettre de revivre. Ce sous-texte particulièrement malsain, bien que pas forcément discernable à la première vision puisque passant bien vite au second plan, est plutôt bienvenu et trouve très bien sa place dans le contexte du mythe du vampire, dont la sexualité est généralement dépravée ou bien complètement nulle (le vampire tourmentant alors sa victime pour jouir de son impuissance et de sa fragilité).

 

 

Toutefois Vampire Circus n’a pas pour thème la sexualité déviante et prend une toute autre direction avec l’arrivé dudit cirque. Le film gagne alors son identité et le côté malsain pouvant être ressentit plus tôt disparaît au profit d’une ambiance plus classique, bien que très plaisante. On retrouve le côté gothique qui fait le charme si particulier des productions Hammer, renforcé ici par des séquences quasi oniriques, notamment lors d’un spectacle de danse acrobatique entre un dresseur de fauve et une femme nue au corps peint représentant une panthère, ou quand le nain de la troupe (Skip Martin, déjà vu dans Le Masque de la Mort Rouge) se met subitement à s’arracher ce que l’on pense être son visage avec un rictus hargneux, en fait un masque reprenant le maquillage caché dessous. Le tout sur l’inquiétante et obsédante musique du cirque. Le film en ressort avec une tonalité particulière, mélangeant l’onirisme, l’inquiétant et possédant bien sûr un charme rétro on ne peut plus agréable.

 

 

Vampire Circus se hisse au-dessus du schéma classique du film de vampire de l’alors, nous présentant des créatures de la nuit assez particulières se faisant aider par des humains, sans que la raison en soit connue (le nain, l’Hercule, les danseurs qui servent même aux vampires pour se nourrir), et possédant des pouvoirs assez particuliers: Emil peut se transformer subitement en panthère noire, les danseurs acrobates sont liés l’un à l’autre (les blessures infligées à l’un sont ressenties par l’autre), sans parler du miroir magique pouvant refléter des illusions et servant de portail vers la crypte de Mitterhaus ou encore la transformation physique de la compagne de ce dernier en une autre femme. La mythologie du vampire est bien plus étoffée qu’à l’habitude même si l’on garde les éléments basiques comme la mort assurée par la décapitation ou le pieu dans le cœur, la peur du crucifix, etc…

 

 

Cherchant à s’éloigner des œuvres précédentes de la Hammer, Vampire Circus mise surtout sur son histoire et sa réalisation bien soignée (on retient la scène dans la forêt où la tension monte sans cesse par la manipulation des images qui visent à faire croire à l’arrivée de la panthère noire) et non sur la présence d’une star éventuelle. Les acteurs sont ici bien moins connus mais très efficace dans leur rôle (à l’exception des rôles de Thorley Walters, trop poussif, et John Moulder-Brown, assez fade, respectivement le bourgmestre et le jeune héros), que ce soit Robert Tayman qui campe un Comte Mitterhaus très convaincant (voir l’impression de puissance qui émane de lui lors de sa résurrection), Adrienne Corri et son charme sulfureux, Skip Martin ou encore la très effacée mais toute mignonne Lynne Frederick en jeune héroïne. Quant à Anthony Higgins, l’interprète d’Emil, on a beau dire sur son look ridicule (chemise rose et coupe de cheveux très datés des seventies) et son manque évident de charisme, il dégage quand même une aura de magnétisme dans son regard et se montre donc parfait dans son rôle. On peut aussi noter la présence de David Prowse dans le rôle de l’Hercule du cirque, qui a déjà campé deux monstres de Frankenstein pour la Hammer (Les Horreurs de Franktenstein et Frankenstein et le Monstre de l’Enfer) et qui est surtout connu pour être le Darth Vader de la trilogie originale de Star Wars.

 

 

Rajoutons à cela quelques scènes gore (dont une belle décapitation à l’arbalète) et Vampire Circus aurait pu être une petite bombe. Malheureusement le scénario souffre de quelques longueurs et surtout d’incohérences assez flagrantes, ne gâchant certes en rien la vision du film mais pouvant se montrer assez gênantes. Ainsi, alors qu’il nous est dit que quinze ans après la destruction de Mitterhaus les villageois craignent encore la malédiction lancée par celui-ci, l’arrivée subite d’un cirque itinérant dans leur village pourtant ravagé par la peste ne les inquiète pas outre mesure. Pire: lors des spectacles, et alors que les habitants sont pour la plupart superstitieux, personne ne semble avoir peur lorsque les deux acrobates se transforment subitement en chauves-souris (alors que le parallèle chauves-souris / vampires est justement fait un peu plus tôt dans le film !) et, lorsqu’une famille est retrouvée atroce mutilée et qu’on accuse enfin le cirque et ses fauves, le jeune héros tente de rationaliser les choses en arguant que les fauves ne peuvent pas sortir car ils sont… enfermés dans leur cage ! De quoi consterner, surtout venant du personnage censé représenter la voie de la raison…

 

 

Toutefois cela ne détruit en rien toute l’ambiance mise en place et Vampire Circus, à défaut d’être une grande œuvre, reste un très bon film débordant d’idées originales.

 

 

 

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