Disciples of the Crow (1983)

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Disciples of the Crow

(1983)

 

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En 1977, Stephen King jouissait déjà d’une grande popularité grâce au succès de ses best-sellers et à l’adaptation de Carrie sur le grand écran par Brian De Palma. Mais si d’autres projets conséquents suivirent bientôt, comme le Shining de Stanley Kubrick, le binoclard du Maine découvrit qu’Hollywood n’était pas le seul à le courtiser, de nombreux apprenti-réalisateurs le contactant dans l’espoir de pouvoir eux aussi tourner des films d’après ses textes. Des étudiants en cinéma pour la plupart, évidemment sans le sou. Il créa alors le programme Dollar Deal, désormais plus connu sous le nom de Dollar Babies, afin d’aider leur cause à moindre frais: en échange d’un dollar symbolique les cinéastes en herbe reçoivent la permission de mettre en scène une nouvelle de leur choix, à choisir dans une liste établit par l’écrivain (où ne figure aucun roman ni aucun texte présélectionné par les major companies). Deux conditions cependant: King demande une copie de l’oeuvre pour sa collection personnelle, et il demeure le seul détenteur des droits d’exploitation, empêchant de ce fait toute commercialisation du résultat.

 

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Le système est une réussite, perdurant encore de nos jours, et en 1983 un jeune Frank Darabont mis en boite The Woman in the Room bien avant d’atteindre la gloire avec Les Évadés et La Ligne Verte. Cette même année l’inconnu John Woodward (seulement deux longs métrages à son actif, dont un Neurotic Cabaret avec l’Auto-stoppeur de Massacre à la Tronçonneuse) s’empare de l’intrigue des Enfants du Maïs, trouvable dans le recueil Danse Macabre, et en livre une version plutôt fidèle malgré ses limitations. Doté d’un budget misérable il fait table rase de la conclusion chaotique (pas de monstre démoniaque, pas de sacrifice) et remanie certains évènements, mais le résultat reste reconnaissable pour quiconque est familier avec le sujet. En seulement une vingtaine de minutes il retrace donc le calvaire de Burt et Vicky, un couple à la dérive s’étant égaré sur les routes de campagnes et sur le point de s’écharper. C’est alors qu’ils renversent accidentellement un petit garçon ayant surgit sans prévenir d’un champ de maïs. En examinant le corps, les voyageurs découvrent que l’enfant a été assassiné et jeté sous leurs roues…

 

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Époque sans téléphone portable oblige, le couple décide d’embarquer le cadavre dans leur voiture en attendant de trouver du secours, et s’arrête au premier bled venu, ici la petite commune de Jonah, dans l’Oklahoma (au lieu de Gatlin du Nebraska). Une ville fantôme où le temps s’est arrêté en 1971, date à laquelle les adultes furent massacré par leurs jeunes enfants sous les ordres d’un gourou en culotte courte nommé Billy (au lieu de Isaac). Douze ans plus tard celui-ci dirige toujours son culte et compte bien se débarasser de ses visiteurs inopportuns, possiblement avec l’aide d’une entité surnaturelle représentée par les nombreux corbeaux qui hantent les parages. Contrairement aux films qui vinrent plus tard, l’intrigue ne va pas plus loin que ce postulat et abrège même la confrontation entre les protagonistes et les petits fanatiques décrite dans la nouvelle, faute de moyens et d’expérience. Cela empêche évidemment le court de se fair remarquer et en l’état Disciples of the Crow ne reste en mémoire que pour être cet obscure prédécesseur au bien plus connus Démons des Maïs, premier volet d’une longue saga mal aimée, même par les plus fervants défenseurs du cinéma fantastique.

 

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Il faut dire qu’avec ses acteurs médiocres et sa nature de shot on video, le film ne se montre pas spécialement séduisant. Mais il convient de reconnaître que Woodward fit au mieux pour pondre quelques idées et visuels intéressants, comme cette image du Christ qui se transforme en crâne sur les vitraux d’une église, ou le crucifix cachant une lame à cran d’arrêt. Une squelette crucifié fait son apparition en bord de route et la séquence des panneaux de propagandes rendant Vicky hystérique est bien présente. Les objets fabriqués à partir d’épis de maïs sont là également, comme des griffes de jardin et une superbe dague dont le manche à la forme d’un lugubre corbeau, qui représente ici He Who Walks Behind the Rows, un démon récurrent dans la franchise qui pourrait bien être une incarnation du sorcier Randall Flagg, le fameux Homme en Noir du Fléau (le téléfilm de 1994 l’associait aussi à cet oiseau) et de La Tour Sombre. Un concept séduisant car subtile et collant parfaitement à l’imagerie de la ferme, des moissons et des champs de maïs.

 

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La visite à l’église fera ainsi plaisir aux fans avec cette peinture païnne qui remplace les icônes religieuses, montrant la divinité tant sous forme animale qu’humaine, et cette bible réécrite où figure le nom du monstre. Étrange que ce concept n’ait jamais été utilisé par la suite dans les autres adaptations des Enfants du Maïs, car il y a quelque chose d’angoissant dans le fait que les corneilles surveillent les environs et communiquent avec Billy afin de le prévenir de ce qui se passe. L’ultime image, qui montre une impressionnante nuée de corbeaux suivre les héros dont la voiture s’apprête à rendre l’âme, fonctionne du tonnerre. On ne pourra pas être aussi positif en ce qui concerne les enfants malheureusement, même si l’introduction montre leur pacte avec les forces du Mal, où ils font bouillir du maïs et des grenouilles dans un petit chaudron, et le commencement du massacre des adultes, les gamins visitant leurs parents endormis avec des haches et des tissoniers. Citons quelques plans sympathiques lorsque Burt et Vicky débarquent en ville, observé de loin par les habitants qui se rapprochent doucement, hélas les mômes se transforment en (jeunes) adultes aussitôt qu’ils attaquent.

 

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On comprendra que cela était nécessaire tant pour des raisons légales que d’organisation, et le changement de titre permet d’esquiver le problème, mais cela signifie que jamais ne vient la question d’âge maximum acceptable par la communauté, au-delà de laquelle les disciples doivent se laisser tuer par leur dieu. Malachai est notamment absent de cette version de l’histoire, mais son personnage survit à travers la version adulte de Billy (joué par le réalisateur, doté d’un énorme grain de beauté sur le visage qui rappelera bien des souvenirs à quiconque a vu Austin Powers in Goldmember) qui se retrouve avec certaines de ses scènes. Sorti un an plus tard, Les Démons du Maïs fit du bien meilleur boulot à ce niveau là, surtout dans la relation conflictuelle entre Isaac et Malachai, mais Disciples of the Crow aurait difficilement pu égaler une production de cette ampleur. Pour un petit Dollar Baby il ne se débrouille pas trop mal, et d’ailleurs certains le préfère même au film par sa courte durée et son approche plus terre-à-terre de la menace. En tout cas il reste préférable à certaines séquelles tournées sur le tard pour pas un rond.

 

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Trouver le court demeure cependant un parcours du combattant puisqu’il ne fut jamais conçu dans l’idée d’une distribution massive. On trouve sa présence sur la fameuse Nightshift Collection, une anthologie en deux volumes qui réunissait plusieurs Dollar Babies, contrairement au souhait de King. Certaines sources prétendent que les éditeurs reçurent son approbation, d’autres disent au contraire qu’il les attaqua en justice pour faire retirer ces compilations de la circulation, rumeur favorisée par l’absence d’éditions DVD officielle. Et les choses deviennent confuse s’il on prend en compte le fait qu’il existe plusieurs versions de la collection: après un premier volume réunissant The Woman in the Room et The Boogeyman, et un second contenant Disciples of the Crow et The Night Waiter (un film sans aucun lien avec l’écrivain), d’autres éditions ne présentent qu’un seul court, The Woman in the Room faisant office de volume 1 tandis que Boogeyman (retitré Boogyman) sert de volume 2, firent leur apparition, avec une troisième cassette combinant les deux oeuvres en sus, histoire de bien compliquer les choses.

 

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Chez nous le contenu change encore sous le titre de Contes Macabres, qui conserve Disciples of the Crow et The Night Waiter mais rajoute un inédit, Killing Time, qui n’a lui non plus aucun lien avec les écrits de Stephen King. Enfin on trouve à l’occasion ce titre alternatif de The Night of the Crow, mais celui-ci semble être une invention d’un éditeur allemand qui sorti le court-métrage tout seul en 1991. Si vous vous sentez perdu, surtout ne vous inquiétez pas, même l’IMDb se plante, utilisant à l’heure actuelle cette dernière information erronée en guise de classement. Redirigeons l’intéressé vers le récent coffret Blu-ray des Démons du Maïs édité par Arrow Video, qui a ajouté le petit film de John Woodward en guise de bonus. Un coffret estampillé “trilogie” quand bien même la saga se compose de neuf films en plus de compter deux autres adaptations de la nouvelle. Décidemment, un corbeau n’y retrouverait pas ses petits.

 

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