Chompy & the Girls (2021)

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Chompy & the Girls

(2021)

 

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Chompy & the Girls est la tentative du jeune Skye Braband de se lancer une bonne fois dans l’industrie du cinéma après deux petits courts-métrages à son actif. Il écrit, réalise et co-produit autant que possible malgré un budget famélique qui se fait d’ailleurs sacrément ressentir par moment, pour un résultat plutôt encourageant même si soumis à quelques erreurs de débutants. Et la première est d’avoir vendu son film comme un projet high concept à propos d’un monstre à bouche géante alors qu’il s’agit en réalité d’une comédie sentimentale totalement portée par ses personnages. Quiconque sera attiré par le point de départ et les photos promotionnelles rigolotes pourra être déçu de la direction dans laquelle s’engage le scénario ainsi que du retournement de situation qui arrive en milieu d’histoire et transforme complètement la menace et les risques encourus par les protagonistes. Non pas que cela soit embêtant, mais tout de même: le script change tellement à mi-chemin qu’il fini par bazarder toutes ses promesses, gâchant son potentiel, et ce qui aurait pu être une œuvre plutôt unique et délirante devient quelque chose d’un peu trop générique.

 

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L’intrigue tourne autour de Jackson, jeune femme mignonne mais dépressive et rongée par des problèmes de drogue. Désespérée, abandonnée par sa mère et ne possédant aucun ami, elle tente de se suicider mais se plante lamentablement. Ressentant un grand besoin de compagnie, elle contacte alors son père Sam, qu’elle n’a jamais connue, afin de créer des liens avec lui. Mais celui-ci n’était même pas au courant de son existence et va finir par se dégonfler lors de leur rencontre, trop chamboulé pour lui tendre la main. Cependant un évènement étrange va les rapprocher malgré eux: alors qu’ils discutent dans un parc, ils surprennent un homme dont la bouche s’ouvre en grand de façon anormale, avalant tout rond une petite fille ! Horrifiés, ils s’enfuient chacun de leur côté jusqu’à ce que le monstre retrouve Jackson et l’attaque. Croyant que la chose veut les dévorer afin de préserver son secret, elle part retrouver Sam et l’embarque en voiture afin de lui échapper. Leur survie va maintenant dépendre de leur coopération et des connaissances mystiques de Lotus, le dealer de la demoiselle…

 

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Une sacrée idée tout de même que cette créature à la gueule béante capable d’engloutir un être humain. Du body horror un peu différent de celui que l’on est habitué à voir, et qui évoque tant les abominations difformes de Screaming Mad George dans Society que la bande-dessinée fétichiste typée vore, mais qui est prit sur un ton très léger ici. Car Chompy & the Girls n’est pas un film d’horreur, ni une comédie horrifique, ni même vraiment une comédie noire, et l’aventure se concentre principalement sur la relation père-fille qui se développe progressivement. Et l’action et l’humour reposent sur les réactions (parfois décalées) de Jackson et Sam plutôt que sur les méfaits de la créature finalement peu présente. Celle-ci n’est finalement qu’un prétexte et le réalisateur semble à peine s’en soucier, la faisant carrément disparaître avant le dernier acte après avoir désamorcé le danger qu’elle représente via une explication de sa présence et de ses actions. C’est un autre mystère qui prend sa place: la réapparition inattendue de la fillette dévorée au début de l’affaire, laquelle se comporte de façon suspecte.

 

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L’histoire introduit un nouveau concept certes intéressant (un parasite créant des duplicata de l’enfant en modifiant le corps de ses victimes) et qui n’est pas sans amusantes conséquences, comme lorsque Sam se retrouve affublé d’un pied de gamine après avoir été sauvé in extremis, mais qui n’a plus grand chose à voir avec le pitch initial. Clairement le metteur en scène se moque de son argument surnaturel qui ne lui sert qu’à poser un thème principal: la communication. Car, et ce n’est même pas subtile, tout est rattaché à ce motif, des motivations des protagonistes à la résolution de leurs problèmes. Jackson ne parle plus avec sa mère, ni personne, et peine à se présenter à son père, Sam ignore qu’il a une fille car son ex ne l’a jamais mise au courant et vit un triste mariage où sa femme et lui ne sont plus en phase, et Chompy – l’être à grande bouche – se montre moins menaçant quand les héros établissent le contact avec lui plutôt que de le craindre. Quand à la gamine, elle sera libérée de son fardeau après s’être confiée à quelqu’un. On pourra dire que tout cela est un peu facile ou un peu simple, mais ça n’a rien de mauvais.

 

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Pour être franc c’est même assez agréable vu notre époque, et les personnages sont suffisament attachants pour que cela fonctionne. Mention spéciale pour Jackson, paumée qui semble à deux doigts de craquer tant physiquement que mentalement mais qui a conservé un sacré sens de l’humour. Son interprète, Christy St. John (The Amityville Terror, Les Chroniques du Père Noël 2), s’y donne à fond et assure le spectacle à elle toute seule, adorable avec son drôle de blouson à trous et grands ses yeux cernés, et la scène où elle en est réduite à appeler son dealer pour ne pas se sentir seule force la sympathie. Intéressant aussi était Chompy avant qu’il ne soit expédié à travers un gag un peu facile. Petit bonhomme à l’allure assez repoussante et portant de grosses lunettes sans carreaux, il évoque une parodie de Michael Myers puisque marchant silencieusement vers ses proies sans jamais rien dire et retrouvant toujours leurs traces où qu’elles aillent. L’aspect vore est malheureusement sous-exploité tant par l’intrigue qu’en raison du manque de moyens, et on ne le voit jamais vraiment avaler qui que ce soit en plein cadre.

 

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C’est quand même dommage étant donné qu’il n’est déjà pas beaucoup présent, mais il est évident que le jeune réalisateur n’était pas à l’aise avec les effets spéciaux et se retrouve limité par son budget. On pourra avancer l’argument qu’il n’est peut-être pas vraiment créatif ou qu’il n’ose pas pousser les choses, ce qui est tout à fait vrai au regard de ce que certains cinéastes ont réussi à faire avec trois bouts de ficelles avant lui (Sam Raimi, Peter Jackson, restons-en là pour ne pas tirer sur l’ambulance), mais d’un autre côté il faut reconnaître que les temps ont changé et que les nouvelles générations ont une façon de travailler complètement différente d’autrefois. Qui plus est les complications lié au Coronavirus n’ont sans doute pas aidées. Cependant le film devient difficilement défendable dans sa dernière partie qui use et abuse du fond vert pour simuler la dimension parallèle où se retrouvent ceux que Chompy a englouti. Un visuel bâclé et mal foutu à peine digne d’une vidéo YouTube et qui ne fait que souligner le désintérêt de Skye Braband concernant l’aspect fantastique / SF du projet.

 

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On se rattrapera avec quelques détails plus physiques visibles dans les décors, comme ces googly eyes collés partout chez Lotus, où les éléments lié à la teuf à thème religieux (bouteilles de liqueur estampillées “eau bénite”, images du Christ en plein bras de fer avec le Diable), et ce générique d’ouverture montrant toutes sortes d’abominations cosmiques sous forme de dessins animés. Mais ce sont surtout les acteurs qui assurent, et on retrouve quelques noms inattendu au générique. Comme Steve Marvel dans le rôle de Sam, qui traine occasionnellement dans l’univers des jeux vidéos  (Leisure Suit Larry : Reloaded, le Twisted Metal de 2012) et la revenante Seneca Paliotta que l’on a pu croiser dans Blood Beach et qui est désormais la voix régulière de la Princesse Leia dans les différents dessins animés et jeux Star Wars de l’ère Disney. Enfin – et surtout – en guise de guest star, nul autre que Udo Kier lui-même, qui n’apparait pas en personne puisqu’il est la voix désincarnée de Chompy. Une apparition éclair qui se résume à deux ou trois dialogues enregistrés en sans doute quelques minutes.

 

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Une déception de plus à ajouter sur la liste, et qui fera sans doute le tri parmi les spectateurs. Mais malgré tout ces défauts et ces limitations, Chompy & the Girls n’est pas un mauvais film. Il demeure divertissant, drôle, réjouissant même, et son message est bien attentionné même si un peu téléphoné. L’expérience reste donc plaisante même s’il en ressort l’impression que cela aurait pu (aurait dû) être mieux et qu’on ne fait que survoler le concept de base. Vu l’état actuel du cinéma dans ce “monde d’après”, ce n’est peut-être déjà pas si mal…

 

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