Things II (1998)

 

Things II

(1998)

 

 

Malgré ses limitations budgétaires et techniques, le shot on video Things (l’américain, pas le canadien) a su se montrer assez divertissant et sympathique pour se démarquer de la concurrence. Les mauvaises langues diront même que c’est sans doute la meilleure chose que David S. Serling ait jamais produite au point de s’y accrocher comme à la prunelle de ses yeux encore de nos jours, afin de capitaliser dessus un maximum. Mais si ce premier opus a bénéficié de plusieurs éditions VHS et DVD à travers le temps et qu’il est assez simple de dénicher quelques informations au sujet du film, c’est loin d’être le cas pour sa suite tardive. Things II (ou Things 2 si l’on en croit l’écran-titre) voit le jour cinq ans plus tard, et c’est à peine si l’on peut confirmer son existence à l’heure actuelle: aucune réédition depuis sa sortie initiale, aucune photos de promotion trouvables sur Internet, pas même un foutu poster de taille convenable ! Du coup merci énormément au légendaire Damien Granger pour son aide précieuse dans l’obtention de l’image illustrant l’en-tête de cet article !

 

 

Il faut dire aussi que le film est bien moins réussi que l’original, même s’il faut lui reconnaitre quelques améliorations ici et là. Comme par exemple le fait que le projet fut conçu comme une seule et même production plutôt qu’un assemblage boiteux de courts-métrages sans rapports les uns avec les autres ! Et le montage s’en retrouve moins disjoint, notamment en ce qui concerne la transition entre les différents segments. Mais hélas ce sont les histoires qui s’avèrent décevantes puisque l’une est un peu trop longue pour son propre bien, et l’autre si confuse qu’il est difficile de comprendre exactement où le scénariste voulait en venir. En revanche le fil rouge est original et bien amené, parvenant même à tromper le spectateur sur le twist final que l’on pense être prévisible mais qui déraille complètement à la surprise générale. Il s’agit en fait, faute de mieux, du meilleur segment de l’anthologie, et il faut apprécier le réalisateur pour ne pas se prendre au sérieux.

 

 

Celui-ci, Mike Bowler, est déjà l’auteur d’un Death Spa très Z avec Dennis Devine, l’un des metteurs en scène du premier opus. C’est sans doute à sa demande qu’il s’est embarqué sur cette séquelle qui part du principe que l’original n’est pas un film mais plutôt un roman à succès écrit par une sorte de Stephen King ou de R.L. Stine. Une célébrité qui a pondu d’autres ouvrages du même genre comme Things 2, More Things, Things That Go Bump ou encore ce Things That Haunt Your Dreams dont il vient de finir le manuscrit. Un soir la jolie Dana, livreuse de pizza, vient frapper à sa porte pour lui apporter sa commande et il s’empresse de l’inviter à passer la soirée avec lui. Car sous ses apparences de gentil garçon, l’auteur cache un lourd secret comme en témoignent les bruits étranges provenant de son sous-sol et le fait qu’il déclare avoir fait un “deal” pour que sa demeure soit si difficile à trouver.

 

 

Autant dire qu’il a de sombres projets pour son invitée, mais quand celle-ci se révèle être l’une de ses plus grandes fans, il ne peut pas s’empêcher de lui raconter quelques histoires… La première s’intitule The Thing From Nanchung et il s’agit d’une sorte de remake inversé de The Thing in the Box vu dans l’opus précédent. C’est le scénariste Steve Jarvis qui réalise, après avoir écrit Fatal Images et Dead Girls pour, encore, Dennis Devine. L’intrigue raconte comment l’épouse délaissée d’un riche homme d’affaire projette d’assassiner son mari pour récupérer son argent et refaire sa vie avec son amant. Plutôt que d’utiliser une arme, elle compte sur l’aide d’une étrange créature qu’un ami biologiste lui avait envoyé pour analyse, peu avant de disparaitre mystérieusement quelque part en Chine. Provenant d’un endroit légendaire nommé Nanchung, le monstre se révèle être terriblement agressif…

 

 

Nous apprenons comment elle compte attirer la chose vers son époux grâce à une substance répandue partout dans la maison, tout en utilisant un minuteur pour ouvrir la cage sans être présente sur les lieux. Mais pas de chance pour elle, non seulement son homme appel pour dire qu’il ne pourra finalement pas rentrer, mais en plus un couple de cambrioleurs débarque et la retient prisonnière ! La voilà attachée pile à l’emplacement prévu pour le meurtre, et elle ne peut que regarder l’horloge tandis que l’heure fatidique approche. Le twist ? Son mari intervient au dernier moment pour la sauver… sauf qu’il lui apprend qu’il savait tout de sa tentative d’assassinat et de sa bestiole, puisque l’amant de sa femme se trouve également être son amant ! Et les deux hommes de la laisser en plan après cette révélation, utilisant son propre plan à leur avantage…

 

 

Du pur EC Comics qui reprend les éléments déjà vu dans l’autre Things (le monstre dans une boite utilisé par un personnage pour tuer et qu’une victime parvient à retourner contre son propriétaire) et donne une petite impression de déjà vu. Mais la conclusion est plutôt bien amenée et surtout la créature se révèle être absolument adorable, sorte de petit Ghoulie crocodile doté de grands yeux ronds et petits rugissements ! La réalisateur ne le dévoile d’abord que par petites touches, dans la plus grande règle de l’art, mais cela ne sert en fait à rien puisque le prologue a déjà gâché la surprise: la chose habite dans la cave de l’écrivain du sketch précédent et le monteur nous le présente dès les premières secondes du film. Dommage, mais au moins cette fois peut on le voir en action: il éventre une voleuse et lui arrache les doigts, arrachant l’œil de son compagnon qui pend hors de son orbite par un fil.

 

 

Du gore minimaliste et bricolé mais plutôt réjouissant, qui rappel la bonne époque de la série Les Cauchemars de Freddy. Le film s’inspire aussi de Creepshow lorsque l’héroïne s’imagine le meurtre de son mari de différentes façon, le décors se retrouvant baignés d’une lumière rouge ou couvert de toile d’araignée selon le scénario. Là encore très amateur, mais l’effort est là et cela dynamise ce qu’un metteur en scène moins créatif aurait limité à quelques lignes de dialogues. Enfin le court métrage est accompagné par moment d’une musique inspirée par le travail de Mark Snow sur X-Files qui n’est pas mal du tout. Si seulement le monteur n’avait pas tout ruiné en rallongeant à n’en plus finir les moments de suspense, plombant ce qui devait être une histoire rapide et rythmée avec du meublage inutile. On y perd en tension et l’on se surprend à regarder sa montre lors des séquences répétitives. Son doute une obligation pour permettre à Things II d’atteindre la durée minimale requise pour une exploitation commerciale…

 

 

Vient ensuite The Thing From the Lab, par le revenant Dennis Devine. Ce conte rompt avec la tradition qui voulait jusqu’ici de présenter un petit monstre en caoutchouc pour mieux nous raconter une ennuyeuse histoire de loup-garou où l’on ne comprend qu’à moitié ce qui se passe. L’intrigue s’intéresse au West Side Slasher, un tueur en série qui s’attaque à de jeunes femmes. Un flic violent dont la carrière est dans une impasse est contacté par le père d’une victime qui est prêt à lui payer une somme colossale pour retrouver l’assassin et le lui livrer vivant. Acceptant l’offre et abandonnant son badge au passage, l’enquêteur fouine du côté d’Angela, une photographe de mode obsédée par l’affaire. Celle-ci souffre de migraines récurrentes et n’explique pas sa propre curiosité pour le cas… Si vous la pensez coupable vous avez bien raison, et le film camoufle cette évidence avec un tas d’éléments confus pour détourner l’attention.

 

 

Car débarque ce tueur masqué, que l’on pense être le West Side Slasher, mais qui se révèle être un autre psychopathe venant simplement brouiller les pistes. Celui-ci s’habille comme l’Épouvantail de Batman avec un rien de giallo pour les gants noirs et le chapeau, et il prélève sans explication le sang de ses proies à l’aide d’une seringue. Quant à Angela, elle possède un porte-bonheur qui semble important mais n’est jamais utilisé et elle retrouve des trainées de slime partout où elle va, comme si une créature la suivait en cachette. Son père était apparemment cryptozoologue et elle est persuadé que le monstre qui l’a tué il y a longtemps en a désormais après elle. En vérité il n’en est rien, et il va falloir s’accrocher pour faire le lien entre ces mystérieuses origines (gamine, elle a vu son père analyser une sorte de gros œuf gluant avant de l’écraser à mains nues après avoir été mordu par celui-ci) et sa nature de lycanthrope.

 

 

Le fil rouge vient brouiller encore plus les pistes en la décrivant comme un mutant et non comme un loup-garou. Bref, ça part dans tous les sens en plus d’être extrêmement mal joué: un inspecteur de police, le savant fou et jusqu’à la propre fille de Devine qui joue l’héroïne, tous sont incroyablement mauvais et rendent la vision de ce sketch encore plus pénible qu’elle ne l’est déjà. Techniquement ce n’est pas mieux entre des transitions un peu brutes (un personnage est même coupé dans sa réplique) et des lenteurs similaires à celles du segments précédent. Reste la bonne trouvaille qu’est ce Richard Ward, qui incarne l’ex-flic traquant le monstre, bon acteur et charismatique même lorsqu’il répond au téléphone sur les chiottes ! Notons une scène gore (un torse labouré à coups de griffes) et l’apparence ridicule de la créature qui, avec sa crinière dorée et sa grosse truffe, ressemble au lion peureux du Magicien d’Oz !

 

 

Heureusement la conclusion vient relever un peu le niveau, car ce second segment se montre si décevant qu’il pourrait presque couler tout le film à lui seul, avec dans cette dernière partie un enchainement de révélations des plus réjouissantes. S’il ne fait aucun doute que l’écrivain désire sacrifier son invité aux monstres qui trainent dans son sous-sol, il faut admettre que cela est plutôt bien amené: il apparait que chacune de ses histoires sont réelles, des faits divers qu’il traque en changeant d’identité et même de visage via la chirurgie esthétique pour demeurer dans l’ombre. Ainsi était-il l’amant gay du premier sketch et le père éploré dans la seconde, observant de loin les évènements pour mieux les coucher sur papier. Et non content de faire fortune, il collectionne même les créatures qui deviennent ses animaux de compagnie. Des bêtes qu’il doit nourrir au moins une fois par mois.

 

 

Et le film de perde les pédales et d’en rajouter une couche, la livreuse de pizza se révélant moins innocente qu’elle n’en a l’air puisqu’elle est en fait la sœur de l’héroïne de The Thing From Nanchung ! Décidée à la venger (“She may have been a conniving bitch, but she was my sister.”), elle a beaucoup voyagé et s’est aussi prise au jeu d’adopter des monstres. Maline, elle les a relâchée dans la cave au préalable afin qu’ils dévorent ceux de son ennemi. Les fans de la série auront la surprise d’y retrouver le vers carnivore de The Thing in the Box via des stock shots du premier Things, et du coup toute logique est à jeter par la fenêtre puisque l’écrivain est censé lui-même avoir recensé cette histoire dans l’un de ses romans. Tant pis. Tant pis aussi si l’on ne voit pas le personnage être mis en pièces faute de budget, et tant pis si l’audio est catastrophique car le réalisateur a tourné à côté d’une chaudière en état de marche qui parasite toutes les prises de son.

 

 

A ce stade, Things II se fait entièrement pardonné et récupère son public jusqu’ici plutôt tiède qui ne peut que rire devant l’absurdité de tout ça. Bravo à David Hussey et Gabrielle Galanter, les deux acteurs, qui font un effort pour rendre leurs échanges vivants et divertissants. Belle idée d’utiliser des photos de série B en guise de couvertures pour les romans Things (The Boogens, Black Roses et Cellar Dweller), de mettre l’anti-héroïne en débardeur moulant sans aucune raison dans les toutes dernières minutes, et de copier l’ouverture de Deadtime Stories avec ces mains monstrueuses tournant les pages du “livre” du film. Il s’en est fallu de peu, mais cette suite redresse la barre au dernier moment pour revenir dans le droit chemin. De toute façon avec ses 70 petites minutes auxquelles il faut retrancher un générique de fin de quatre minutes et un long best of du premier volet (étrangement supprimé dans la récente version en VOD proposée par Cinema Epoch), on aurait pas vraiment eu le temps de s’endormir.

 

 

 

       

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