The Brain (1988)

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The Brain

(1988)

 

– Look, its tail is growing.
– Spinal cord, Verna. It’s a brain, not an animal.

 

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Par l’équipe responsable des pas très fins Alien Warrior et Bloody Birthday, j’ai nommé le scénariste Barry Pearson et le cinéaste Ed Hunt, voici venir The Brain, une grosse série B en caoutchouc qui, comme son titre l’indique, traite d’un gros cerveau. De la matière grise extraterrestre et carnivore qui dévore ses proies autant qu’elle les asservie à l’aide de ses ondes mentales surpuissantes. De la pure science-fiction grossière des années 50 qui a priori n’est pas sans évoquer certaines références en la matière comme The Brain From Planet Arous et Donovan’s Brain. Mais nous sommes là en plein dans les années 80, époque de tous les excès où les films d’horreur de vidéoclubs ressemblent beaucoup au train fantôme de la foire locale. Aussi le résultat est finalement plus proche du délirant Les Monstres Invisibles, avec ces petites cervelles gluantes et meurtrières s’attaquant physiquement à leurs victimes. L’intrigue y est assez secondaire mais peu importe au final, l’important étant de balancer à l’écran le plus de séquences dégueulasses que possible.

 

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Et justement le réalisateur ne s’embarrasse pas de subtilitées, nous montrant sa créature dès les premières secondes: un énorme cerveau de couleur brune barbotant dans un bocal rempli de liquide vert, qui possède même une colonne vertébral faisant office de petite queue. Cette chose est le fruit des expériences du Dr. Anthony Barrel Blake, un éminent psychologique dirigeant la Psychological Research Institute, un centre d’aide le fournissant en cobayes qu’il transforme en zombies obéissants grâce aux puissantes ondes cérébrales de sa bestiole. Son but est bien sûr la domination totale de la planète et le bonhomme serait même en réalité un extraterrestre, mais cette idée ne revient qu’une fois ou deux au cours de l’histoire sans jamais fournir de véritable explication. Pour arriver à ses fins il utilise une émission de télé locale, Independent Thinking (Ô ironie), afin hypnotiser chaque spectateur et manipule les parents pour récupérer leurs ados à problèmes dans sa clinique. Bref tout marche comme sur des roulettes, à l’exception d’un petit problème…

 

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Quiconque parvient à résister aux ondes mentales du monstre devient sujet d’hallucinations qui risquent de le pousser au meurtre ou au suicide, en témoigne la scène d’ouverture où une jeune fille tue accidentellement sa mère en la croyant attaquée par un monstre avant de se défenestrer. Une vague d’incidents de ce genre secoue ainsi la ville et cela affecte également le héros du film, Jim, un lycéen ayant le QI le plus élevé de son école mais qui gâche son potentiel en causant des problèmes à son entourage: il force sa copine à faire ses devoirs, découche jusqu’à très tard au grand dam de ses parents et s’amuse à verser du sodium les toilettes pour faire péter les canalisation. Contraint de visiter le Dr. Blake sous peine d’être renvoyé, il surmonte les attaques psychiques du Cerveau mais manque de se tuer dans un accident de voiture causé par d’horribles visions. Le psychologue va maintenant tenter de le faire interner pour l’empêcher de fuir, ne pouvant se permettre la moindre erreur maintenant que son show est sur le point d’être diffusé à l’échelle nationale.

 

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The Brain se transforme alors en une sorte de Invasion of the Body Snatchers, le jeune homme devenant un fugitif recherché tant par la population manipulée que par la police qui le pense coupable de plusieurs meurtres. Mêmes ses parents et sa petite amie finissent par se retourner contre lui, le Cerveau devenant de plus en plus puissant avec le temps. S’enchainent plusieurs course-poursuites et séquences d’évasion jusqu’à l’ultime confrontation sur le plateau de l’émission lors du grand direct, le réalisateur utilisant tout ce qu’il peut pour maintenir l’attention de son public: visions tentaculaires Lovecraftiennes, morts sanglantes façon slasher, suspense paranoïaque et même une voiture balancée pour de vrai du haut d’une falaise glacée. Et bien sûr il y a ces malheureux se faisant dévorer par le monstre, pratiquement avalés tout rond pour des raisons évidentes de budget même si cela plaira aux amateurs de vore. Une sorte de gloubi-boulga qui, aux premières visions, fonctionne du tonnerre.

 

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Un flic est décapité d’un coup de hache, une femme hypnotisée éventre son mari à la tronçonneuse parce qu’il refuse de regarder le show du Dr. Blake avec elle, et les attaques psychiques de la créature évoquent les cauchemars meurtriers de Freddy Krueger: une adolescente voit un ourson pleurer des larmes de sang tandis qu’un bras inhumain sort de sa télé pour l’attraper, les murs d’une chambre rétrécissent comme pour écraser la personne qui s’y trouve et des tentacules jaillissent de partout, y compris de l’axe d’un volant de voiture que le conducteur arrache en perdant le contrôle du véhicule. Et puis il y a les idées fun comme cette petite cage à souris posée sur un oscilloscope, l’extraterrestre nourrissant le Cerveau de petits rongeurs, l’héroïne qui se retrouve attachée dans une chambre froide pleine de corps humains en morceaux, nouveau garde-manger de la bête désormais plus grosse, et pendant ce temps là son petit ami fantasme sur la jolie assistante du psychologue et se l’imagine plus d’une fois seins nus.

 

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Une séquence onirique montre la bête espionner les protagonistes à travers les orbites d’un squelette de classe de biologie qu’il va ensuite manipuler comme un pantin, et dans référence très appuyée à Re-Animator, le vilain scientifique joué par David Gale est décapité d’un coup de poing, rependant du sang vert partout. Mais la meilleure scène reste sans doute celle de la mutation du Cerveau, qui prend sa véritable forme après avoir mangé la collègue de son créateur, l’absorbant littéralement avant d’accoucher d’un visage ! “That’s food for thought” commente l’alien avec un grand sourire. The Brain apparait donc comme varié et généreux, et peut être considéré comme l’un des meilleurs représentant de la canuxploitation de son temps. Mais force est de constater que passé la surprise, ces éléments ne volent finalement pas très haut, les idées étant souvent plus séduisantes que l’exécution même. Handicapé par le manque d’argent, le réalisateur meuble comme il peut mais ne peut éviter quelques passages à vide.

 

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Les hallucinations causées par le Cerveau sont plutôt répétitives avec ces mêmes tentacules surgissant de nulle part, et le concept est carrément abandonné dans la dernière partie alors que Jim infiltre les locaux du Dr. Blake pour se débarrasser de l’abomination. Jamais la moindre lutte mentale n’a lieu entre les deux, alors que le héros aurait dû être assaillit de vision au fur et à mesure de sa progression, la bestiole se retrouvant alors contrainte d’agir physiquement à défaut de pouvoir le neutraliser. C’est d’autant plus dommage qu’il est précisé qu’elle a un besoin de vital de contrôler les esprits sous peine de mourir, son besoin d’expansion étant finalement son point faible. On pourra aussi rouler des yeux devant le fait que l’adolescent refuse par deux fois de garder avec lui une hache à incendie en guise d’arme alors qu’il lui faut justement se défendre, et les antagonistes sont tous tués de façon si simple que cela en devient presque drôle.

 

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Le bras droit de Blake, notamment, semble se faire bouffer accidentellement par le Cerveau, ce qui est plutôt drôle en soit mais peut se montrer frustrant quand on voit la façon dont le scénariste expédie ses compagnons. Du laxisme pur et simple de sa part, d’autant plus apparent que le cinéaste n’a pas les moyens de rendre de mettre tout ça en image de façon spectaculaire. La mort du monstre est assez triste, son explosion après ingestion de sodium ne possédant ni impact ni éclaboussures de slime. Seulement beaucoup de fumée et quelques étincelles. De la même manière, l’intrigue se déroule inexplicablement aux alentours de Noël mais cela n’est pas une seule fois utilisée de quelque manière que ce soit, passant complètement inaperçu, si ce n’est pour un sapin croisé dans un couloir de la PRI. Et il y a de quoi rager puisque le lycée préparait pour l’occasion un bal de fin d’année nommé Cosmic Christmas Dance. Quelle occasion perdue pour le final ! Mais bon, ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir des tonneaux de bières pisser le sang…

 

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Le casting aide à faire passer la pilule, à commencer par le génial David Gale, inoubliable adversaire du Dr. Herbert West dans les Re-Animator. Il y joue le même type de rôle, bien qu’il soit ici beaucoup plus sobre, jouant de son charisme naturelle. Et il n’est jamais au-dessus d’un clin d’œil à son rôle phare, comme il le fit aussi dans Mutronics et Syngenor. A ses côtés George Buza, qui a trainé sa tronche de biker dans plusieurs séries B (A Christmas Horror Story, Diary of the Dead, Snake Eater II) et se montre parfait en assistant psychopathe. Moins connus, les acteurs jouant le couple de héros ont aussi quelques cordes à leurs arcs, Tom Bresnahan ayant commencé sa carrière comme figurant sur Class of Nuke ‘Em High avant de tourner dans Mirror Mirror et Ski School, tandis que la mignonne Cynthia Preston est apparue dans Prom Night III et fut la voix de la Princesse Zelda dans le populaire dessin animé Captain N. La vrai star de The Brain restera néanmoins Mark Williams, spécialiste des effets spéciaux au rabais et grand nom de la canuxploitation.

 

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Si sa participation à Aliens demeure son plus gros moment de gloire, il travailla sur un tas de petits films bien connus des amateurs du genre: Alienator, Blue Monkey, It’s Alive III, Psycho Cop 1 et 2 ou encore Transylvania Twist. Il fit un tour du côté de chez Charles Band avec les mauvais Curse of the Puppet Master, Shrieker et Talisman, et fut aussi le scénariste de Pocket Ninjas, ce qui n’est pas rien. Capable de fabriquer des trucages avec trois bouts de ficelles et parfois même de la barbe à papa, il fabrique ici l’un des monstres les plus mémorables des années 80, sorte de version live du Krang des Tortues Ninjas en beaucoup plus agressif. C’est sur ce design seul que The Brain a pu se faire remarquer et reste dans les mémoires, plus que le film lui-même, et cela mérite d’être salué. Mention aussi pour le type en charge du générique de fin, qui a choisi de commencer par un gros avertissement quant à la dangereuse combinaison du sodium et de l’eau. Il fallait oser balancer ça au spectateur en guise de dernière image, surtout après l’ultime jump scare déjà bien bancal, mais il l’a fait quand même ! Chapeau.

 

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