Rawhead Rex (1986)

 

Rawhead Rex

(1986)

 

 

Suite au catastrophique Transmutations, on aurait pu croire que l’association Clive Baker / George Pavlou se serait arrêtée là. Contre toute attente les deux hommes rempilent l’année suivante pour commettre Rawhead Rex, d’après l’une des nouvelles du troisième des Livre de Sang de l’écrivain. S’il parait difficile de faire pire que l’adaptation précédente, force est de constater que Rawhead Rex est peut-être encore plus mauvais que son prédécesseur…

 

 

Clive Barker ne cache pas sa colère quant au premier film de Pavlou, en voyant son œuvre complètement bafouée, mais là encore il demeure au poste de simple scénariste. Son intrigue raconte le réveil d’une créature ancestrale, le Rawhead Rex. Monstre guerrier sanguinaire d’une époque barbare révolue, il terrorise une petite bourgade irlandaise du XXème siècle… Rien de bien innovant, mais une histoire de monstre est toujours plaisante et Rawhead Rex aurait pu être une petite série B divertissante à défaut d’être ambitieuse.

 

 

L’histoire est celle d’un photographe, Howard, parti en Irlande avec sa famille afin de préparer un livre sur les sites religieux du pays. Durant ses recherches il découvre une petite église chrétienne possédant un vitrail très étrange, émettant une mystérieuse lumière rouge… Au même moment, un paysan tente de déloger de son champ un gigantesque et antique menhir fiché dans le sol. Celui-ci garde en fait prisonnier le Rawhead Rex, un ancien roi barbare qui fini par s’échapper. De retour sur ses terres, le monstre se met à saccager la région et cause la mort de plusieurs personnes. Alors que l’enquête de la police piétine, Howard aperçoit une nuit la créature et va prévenir les Autorités, mais bien entendu il n’est pas prit au sérieux. Le photographe décide de fuir le pays, malheureusement sa petite famille va être victime du Rawhead Rex…

 

 

Hélas c’était sans compter l’absence de talent de George Pavlou qui encore une fois détruit tout le potentiel du script de Barker. Loin de Transmutations et de son ambiance hallucinante et incohérente, Rawhead Rex possède une trame simple qui n’est pas du tout mise en valeur par un rythme lent. Le film, peu aidé par un budget qui ne devait pas être énorme, donne une impression d’inertie, se perdant en dialogues et en personnages pas vraiment intéressants (l’enquête qui ne progresse pas, la vie de famille du personnage principal…).

 

 

Lénifiant au possible le film ne peut alors que compter sur ses séquences horrifiques pour éveiller l’intérêt du spectateur, et pourtant là encore il y a un problème. Déjà, le monstre en lui-même: dévoilé intégralement dès son réveil et à chacune de ses apparitions, il possède certes une taille et une carrure impressionnantes qui donnent un très bon effet lorsqu’on le voit de loin, malheureusement Pavlou choisi de multiplier les gros plans sur son visage caoutchouteux au possible, n’hésitant pas à insister sur son strabisme convergeant, ce qui provoque alors le contraire de l’effet voulu. Le Rawhead Rex n’est pas ce monstre sanguinaire promis, mais un type en costume possédant un faciès des plus ridicule.

 

 

Peu aidé par son look risible (une seconde bouche façon Alien !) que l’on doit au même responsable des maquillages sur Transmutations, la créature n’a pas non plus un rôle très gratifiant. Supposé être un ancien Roi barbare et sauvage, il n’est en fait qu’un espèce de colosse qui halète comme un chien et qui attrape ses victimes comme s’il allait leur faire des prises de catch. Il possède aussi un intéressant talent hypnotique pour faire des humains ses serviteurs, mais le celui-ci passe par un gros plan sur ses yeux qui clignotent ! Grotesque.

 

 

Rawhead Rex possède quand même de petites séquences involontairement amusantes comme lorsque le prêtre, vendu à la cause du monstre, se laisse uriner dessus en guise de baptême (séquence filmé de loin pour ne pas choquer), quand l’évêque agressé réussi à appeler la police et se voit demander la provenance de son appel, ou encore ce final incroyable servi par des effets spéciaux des plus ratés: c’est sous un déluge d’éclaires et de rayons bleutés mal dessinés à l’écran, avec une silhouette féminine vêtue d’une toge apparaissant en transparence, que le monstre est expédié sous terre… George Pavlou se laisse carrément aller à la facilité parfois, comme lorsqu’il dénude la poitrine d’une femme de manière parfaitement gratuite lors d’une attaque du monstre ! C’est bien Clive Barker qui va être déçu, tant il a toujours tenu à éviter ce cliché à travers ses œuvres et les adaptations de celles-ci !

 

 

Tradition oblige (?), le Mal représenté par le Rawhead Rex doit être contré par le Bien. La mythologie développée s’emporte dans un grand n’importe quoi: notre monstre, censé demeurer sur les terres irlandaises depuis bien avant l’arrivée de la chrétienté, aurait pourtant été battu par les forces de Dieu avant de se faire assimiler au Diable. Le seul moyen de le contrer est alors d’utiliser une antique idole (pourtant n’ayant aucun rapport avec la religion chrétienne et se rapprochant plus des croyances celtes) afin de le renvoyer sous terre (parallélisme avec l’Enfer). Celle-ci est cachée dans une église et protégée par une sorte de rayon laser émit par un ancien vitrail du bâtiment où est représenté le Rawhead Rex lors de sa défaite. Vitrail se révélant être fragmenté, l’un de ses morceaux par ailleurs très indicatif quant à la destruction du monstre s’étant retrouvé greffé sur un autre vitrail lors d’une rénovation quelques siècles précédemment… Entre prétexte scénaristique improbable et confusion la plus total, rien ne semble avoir été véritablement travaillé.

 

 

Raté de tout en bout, Rawhead Rex possède cependant une scène sympathique, à moitié réussie et à moitié ratée, celle du meurtre d’un des enfants du personnage principal. Si le début de la mise en scène et l’idée générale sont plutôt réussies (la petite fille est isolée et on sent le malaise du père qui observe les alentours, et au final c’est le garçon qui n’était pas surveillé qui se fait attaquer), l’agression en elle-même et la manière dont est représenté la tragédie (un peu de sang et une chaussure au sol) cassent toute l’ambiance. Cependant cette scène à le mérite de faire gagner au monstre toute la sympathie du spectateur pour avoir écarté du film ce petit garçon moyennement supportable et source d’ennui profonde.

 

 

Narrativement très bancal, mou et servi par des effets spéciaux ridicules et une réalisation maladroite (voir la fuite des deux amants dans la forêt, censée provoquer une petite surprise la scène d’après mais qui tombe à plat car on décèle l’idée immédiatement), Rawhead Rex ne vaut que pour son côté nanar (très mince) et ses quelques scènes gore (petites giclées de sang, quelques têtes et une main coupées), ainsi que la présence de l’actrice Kelly Piper, ici sous-exploitée mais que l’on se rappel avoir vu dans le cultissime Maniac de William Lustig.

 

 

Quand on sait qu’à la base les deux films de Pavlou devait être le début d’une anthologie basés sur les écrits de Barker, il est au final plutôt heureux que l’expérience fut si mauvaise. Horrifié par le résultat, l’écrivain britannique va décider d’adapter lui-même ses œuvres, permettant ainsi à Hellraiser, Cabal et Le Maître des Illusions de voir le jour ; quant à George Pavlou, il va cesser la réalisation jusqu’en 1993 avec Little Devils: The Birth, une petite comédie horrifique apparemment pas réussie non plus, pour ne plus réapparaître par la suite. Une bien belle leçon de cinéma en somme…

 

One comment to Rawhead Rex (1986)

  • Anonyme  says:

    un très bon film

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>