Lone Wolf McQuade (1983)

 

Lone Wolf McQuade

(1983)

 

 

En y repensant, cela fait plutôt bizarre de se dire qu’il fut un temps où Chuck Norris n’était pas qu’une blague vivante ou un acteur mono-expressif tournant des films pour enfant. Mais bien avant Walker Texas Ranger il y avait Lone Wolf McQuade, film d’action hybride mi-western mi-d’arts martiaux que l’on doit à Steve Carver, avec qui la star avait déjà tourné An Eye for an Eye (chez nous Dent Pour Dent, et non pas Œil pour Œil qui est le titre français de celui-ci). Fortement inspiré par Sergio Leone et désireux de briser l’image irréprochable de son acteur qu’il veut barbu, en sueur et buvant de la bière, le réalisateur invente le personnage de Jim J. McQuade, un improbable Texas Ranger vivant en marge de la société avec un loup pour animal de compagnie. Un véritable cowboy faisant cavalier seul, justicier expéditif domicilié dans le désert et donc détesté de son chef qui a une vision plus communautaire et souriante de la police. Agacé par sa nonchalance et son manque de coopération, il lui colle dans les pattes un jeune partenaire pour le forcer de se tenir à carreau, ce qu’il n’accepte évidemment pas.

 

 

Mais il va devoir compter sur l’aide de ce nouvel équipier lorsque débarque dans sa ville Rawley Wilkes, un trafiquant d’arme préparant une énorme affaire pour équiper les révolutionnaires et terroristes d’Amérique Centrale, et qui n’hésite pas à tuer quiconque se dresse en travers de son chemin, y compris les forces de l’ordre. Lorsque sa propre fille est témoin des agissements du criminelle et se retrouve blessée, McQuade se lance tête baissée à la poursuite du responsable sans réaliser que celui-ci possède bien plus d’hommes et de ressources qu’il ne l’imagine. Perdant à la fois un suspect et un ami après une attaque, il écope d’une suspension tandis que le FBI prend le relais sur l’affaire. Puis une jolie et richissime veuve entre dans sa vie, le tentant d’abandonner sa carrière de redresseur de torts. Mais la belle est déjà convoité par Wilkes qui compte bien se l’approprier: il lui met le grappin dessus, kidnappe la fille du Ranger et tue même son loup avant de s’enfuir dans son repaire secret en plein désert du Mexique ! Rejoint par son collègue et un agent fédéral compréhensif, McQuade prépare donc un nouvel assaut contre son ennemi…

 

 

Cette volonté de marcher dans les traces du western italien est l’un des gros atouts du film, avec notamment un prologue très efficace dans le genre. Sous une musique imitant à la perfection celle de Ennio Morricone, nous y voyons le héros affronter un gang de voleurs de chevaux dans un décors rocailleux, sa silhouette se découpant à la lumière du soleil alors qu’il les domine depuis la falaise où il est perché. Une mise en bouche fulgurante et iconique qui s’explique certainement par le fait qu’elle fut en grande partie écrite par John Milius, qui désira rester anonyme à ce propos (c’est bien lui ce mystérieux “conseiller spirituel” évoqué dans le générique de fin). Quel dommage alors que la suite balance tout cela à la poubelle en montrant un McQuade finalement très sociale, certes divorcé et vivant seul à l’écart de la civilisation mais en bonne entente avec son ancienne épouse et père modèle qui ne refuse rien à sa fille chérie. Il se présente à différents évènements publics et enquête même par téléphone dans son bureau comme n’importe qui. Et pour un soi-disant loup solitaire, il craque bien vite pour les beaux yeux de l’héroïne.

 

 

Difficile de concilier l’image westernienne du protagoniste et cette séquence où il nettoie sa vieille bicoque avec sa douce dans une séquence caricaturalement romantique, mais a vrai dire le film lorgne finalement plutôt du côté de la série B en général avec de nombreux éléments un peu trop “autres” pour coller à la note d’intention originale: Chuck Norris possède une super-voiture dotée d’un V8 comme l’Interceptor de Mad Max, affronte un méchant nain en fauteuil roulant qui possède un pistolet en or et un passage secret dans son bureau, et dans le final McQuade et Wilkes prennent les commandes d’un tractopelle et d’un char blindé pour se foncer dessus très lentement. Enterré vivant dans son véhicule sous plusieurs mètres de terre, le Ranger prend même le temps de s’ouvrir une bière avant d’utiliser son puissant moteur pour émerger de là. Mais cela joue en sa faveur puisque Lone Wolf McQuade ne se limite alors pas qu’à une excellente introduction, délivrant de nombreux moments de bravoure tout au long de l’aventure.

 

 

Il faut compter une poursuite en voiture assez nerveuse, plusieurs fusillades et même une baston de bar purement gratuite où les personnages entrent, se cognent et ressortent aussitôt avant même que la serveuse ne puisse leur apporter leurs verres ! C’est l’ultime affrontement dans la base secrète qui vient rappeler le côté western moderne de l’intrigue, puisque l’endroit évoque un peu ces petites villes fantômes où ont lieux les règlements de comptes entre desperados, avec jusqu’à l’utilisation de flèches pour tuer silencieusement les gardes postés sur le toit des bâtiments. Bref, côté action ça tire et pète dans tous les sens, mais ça se bagarre bien aussi car avec Norris et David Carradine, alors des icônes dans le genre, il ne pouvait en être autrement. Ce combat est d’ailleurs le point d’orgue du long métrage, les acteurs ayant insistés pour ne pas être doublé durant leur combat malgré l’avis des producteurs. Un duel excitant même si objectivement décevant puisqu’il n’a rien de spectaculaire et semble même être un peu expédié.

 

 

Une rumeur prétend d’ailleurs que Carradine aurait refusé de “perdre” contre Norris, forçant le réalisateur à modifier la mort de son personnage qui semble effectivement improvisée du fait qu’on ne le voit même pas être tué devant la caméra, disparaissant plutôt à l’intérieur d’une bâtisse qui explose quelques instants plus tard. S’il est difficile de savoir comment les deux stars se sont entendu sur le tournage (Norris déclara que Carradine était aussi bon artiste martial que lui est acteur, ce qui peut vouloir dire tout et son contraire), une autre rumeur parle d’une véritable rixe qui aurait éclatée durant la scène suite à de véritables coups donné, par l’un, à l’autre qui aurait du coup répliqué. Carradine l’a démenti dans un de ses livres, mais qui sait… Peu importe au final puisque Chuck Norris correspond parfaitement à ce rôle de gros bras mi-taciturne mi-boyscout et son rival s’éclate à fond à jouer un rôle à des années lumières de son image de grand maitre droit et sage. Ici il fume le cigare, gifle des femmes, flingue à tout va et se plait vraiment à être le méchant.

 

 

A leurs côtés on retrouve du beau monde comme le toujours excellent William Sanderson, ici en petit truand enlaidis par d’énormes culs de bouteille, R.G. Armstrong en capitaine de police énervé, L.Q. Jones en retraité adepte du Uzi, Leon Isaac Kennedy qui vient faire coucou entre deux Penitentiary, Kane Hodder en sbire le temps d’un plan (!) et surtout la magnifique Barbara Carrera qui chevauche un étalon en blouse transparente et sans soutien-gorge. Alors oui, la plupart d’entre eux n’ont pas grand chose à faire et leurs personnages ne sont pas vraiment développé mais il faut mettre cela sur les stéréotypes et limitations de l’époque, tout comme les clichés qui pullulent (l’adorable loup est tué pour accentuer le pathos, le partenaire sidekick lâche des blagues et l’héroïne se sacrifie pour sauver son bien-aimé), mais qu’importe puisque le résultat demeure efficace et mémorable. Lone Wolf McQuade se démarque amplement du reste de la filmographie de Chuck Norris, hors Cannon, et ce n’est pas un hasard si, dix ans plus tard, débarque Walker Texas Ranger, série télé au concept similaire mais bien plus sage car développé comme un programme familial.

 

 

 

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