Constantine (1.06)

Constantine
Ep.1.06

The Rage of Caliban

 

Any of you see a short zombie ?

 

 

Noël approche à très grands pas et j’ai pratiquement un mois de retard sur mes textes. Me voilà donc à parler d’un épisode de Constantine, et depuis lors il s’en est passé des choses autour de la série. Non pas en terme de narration, entre la diffusion de ce The Rage of Caliban et la pause du mid-season, mais autour du show en lui-même. Il se trouve qu’à l’heure où j’écris ses lignes, la NBC n’a toujours pas renoué Constantine pour une seconde saison et cela commence à en inquiéter quelques uns, à commencer par le showrunner et ses scénaristes qui ont alors décidés de suivre le mouvement #SaveConstantine sur Twitter, en espérant que cet appel au secours revienne aux oreilles du Network. L’internaute Mat Elfring, du site Comic Vine, a même pondu un article il y a quelques semaines à ce propos, évoquant pourquoi selon lui la série était vouée à l’échec dès le début.
De manière amusante, s’il n’évoque absolument pas le côté PG-13 handicapant de l’adaptation et les scenarii parfois trop simples qui n’incitent que moyennement à suivre la show, l’un de ses arguments est la mauvaise case horaire de diffusion. Car Constantine passe en deuxième partie de soirée les vendredi soirs, une période où le public est plus souvent en soirée que devant le poste de télévision, selon le reporter. Le second problème que pose cette diffusion tardive, c’est de donner l’impression que la série est faite pour une audience mature et qu’elle risque de comporter des scènes graphiques pouvant choquer un jeune public. Hors tous ceux qui regardent Constantine pourront témoigner que les épisodes sont parfaitement recommandables car ne s’aventurant jamais sur le territoire sombre du comic-book. En gros, même après avoir considérablement édulcoré John Constantine et son univers, la NBC pense que le résultat reste subversif et perd une audience considérable ce faisant.
Il faut croire que le miracle de Noël existe car, en attendant une décision véritable de la part du Network, il vient tout juste d’être annoncé que le reste de la série sera diffusé à la rentrée en première partie de soirée. Certes il ne reste plus beaucoup d’épisodes avant la fin de la saison, mais on peut supposer que les scripts se focaliseront beaucoup plus sur le fil rouge et pourront mieux accrocher le public qu’avec une série de loners qui évoquent des séries désormais désuètes.

 

 

Un autre élément qui revenait dans l’article de M. Elfring, et qui a été relevé par d’autres spectateurs, c’est l’impression que la chaîne de télévision diffuse le show dans le désordre. Plus particulièrement cet épisode, The Rage of Caliban, qui semble effectivement ne pas du tout avoir sa place dans la chronologie des évènements. Tout semble indiquer qu’il devait s’agir du second ou troisième épisode de la saison et qu’il a été déplacé par la suite pour d’obscures raisons. Je reste persuadé que le renvoi de l’actrice Lucy Griffiths et son remplacement de dernière minute a dû chambouler pas mal de chose en cours de production et qu’il ne s’agit donc pas d’un problème d’ordre lié au Network et à la diffusion.
En fait il y a deux choses qui donnent l’impression que cette histoire se passe entre les épisodes 1 (avec Liv Aberdine) et 2 (l’introduction de Zed): la première c’est l’absence de personnages féminins, John Constantine et Chas devant s’occuper seuls du cas surnaturel, et la seconde c’est que l’intrigue se passe durant Halloween. Hors cette sixième entrée dans la série a été diffusé à la télévision fin novembre, soit avec un bon mois de retard ! Pourtant si on se raccroche aux détails, on peut voir que rien ne vient vraiment chambouler la continuité. Zed est bel et bien évoquée le temps d’une réplique (“Okay, Zed’s in our class. You’re my problem today.”) et son camion est utilisé puisque le taxi est toujours en réparation depuis les évènements du pilote. Quant à la fête d’Halloween, elle n’a pas été mentionné jusqu’à présent et si cela peut être perturbant pour le spectateur lors de la première diffusion, cela passera totalement inaperçu pour quiconque découvrira la série sur le tard en DVD. En fait hormis un très beau décors utilisé dans la conclusion, Halloween n’est jamais évoqué durant l’intrigue.

 

 

Tout cela étant dit, The Rage of Caliban est sans conteste le pire épisode du show jusqu’à présent. C’est inintéressant, sans aucune originalité et la menace paraît encore une fois un énorme gâchis au regard de l’univers foisonnant de Hellblazer. Notre exorciste est ici confronté à un cas de possession assez particulier, des enfants se retrouvant contrôlés par l’esprit d’un autre gamin qui les pousse à tuer leurs parents avant de s’envoler à la recherche d’un nouvel hôte, pour mieux recommencer. Une série de massacres sans fin, jamais vraiment repérés jusqu’à maintenant car ils avaient lieux sur plusieurs dizaines d’années. Cependant avec l’avènement du Rising Darkness, le responsable se met à accélérer le processus, causant plusieurs victimes en un seul mois et attirant sur lui l’attention de la police. Cela n’aide évidemment pas Constantine qui ne peut pas s’approcher du dernier enfant en date et doit maintenant découvrir parmi le voisinage qui est le nouvel hôte, avant qu’il ne tue sa famille et ne disparaisse encore une fois.
Cette affaire n’est pas sans faire écho à celle d’Astra et place donc l’exorciste en face de ses propres démons: la peur de l’échec, l’impression d’être maudit quand il doit agir avec des enfants. Et bien entendu tout cela évoque aussi son propre passé, puisqu’il a autrefois subit des maltraitances et à probablement lui-même désiré la mort de son père lorsqu’il était jeune. A ce titre Constantine ne peut que se sentir proche du pauvre Marcello, le premier cas recensé de possession, qui a tué ses parents avant de finir ses jours à l’asile dans un état catatonique. Gamin, il subissait les colères violentes de son paternel qui lui a carrément coupé les doigts de la main avec une hache !
La conclusion utilise tout cela afin de nous expliquer en quoi Constantine est une personne avec un bon fond. Si il n’a pas eu une vie facile, il n’a cependant jamais rejeté sa colère sur une personne et n’a jamais gâché la vie d’autrui au nom de son malheur. Marcello, en revanche, a sombré dans le côté obscure et s’est transformé en monstre à son tours: c’est lui qui contrôle les enfants, ayant trouvé un moyen de quitter son enveloppe physique pour en investir d’autres. Toutefois, traumatisé par son passé, il est devenu instable et laisse éclater sa colère surnaturelle dès qu’il entend des grandes personnes se disputer. Par instinct de protection, ou peut-être de vengeance, il détruit alors les adultes qui l’entourent avant de fuir une nouvelle fois et de tout recommencer, en un véritable cercle vicieux.

 

 

Il va sans dire que la maltraitance des enfants et les violences qui en découlent sont des sujets extrêmement sensibles et qui peuvent toucher le public de tout un tas de manières différentes. Constantine avait là un moyen de créer une histoire particulièrement sombre ou tragique, ou en tout cas suffisamment dramatique pour intéresser au-delà du cadre Fantastique. Milles fois hélas, c’est à peine si les évènements construisant l’épisode sont mis en avant. Tout s’enchaine à une vitesse folle, nous n’avons aucun aperçu des véritables conséquences des actes de Marcello et jamais la famille que Constantine tente de sauver ne nous apparaît comme de véritables protagonistes. Ils existent à l’écran, mais il n’y a aucune alchimie, aucune relation particulière entre les différents membres, et tout cela nous laisse pour le moins indifférent.
L’épisode n’est pas aidé par une réalisation plate qui abuse des “stingers”, ces courtes séquences musicales au son très fort, censé vous faire sursauter ou vous faire comprendre que quelque chose d’horrible va se produire, sorte d’équivalent purement sonore des jump scares. Les démonstrations de l’entité se résument à quelques objets qui éclatent et la possession ressemble, encore une fois, à n’importe quel film d’exorcisme et/ou found footage qui pullulent au cinéma depuis ces dernières années. C’est cheap, ineffectif et ça devient fatiguant à la longue.
On peut relever toutefois un flash-back, celui qui montre Marcello être mutilé par son père, rapide et efficace, et peut-être quelques séquences qui font mouche malgré tout: celui où un père se relève en pleine nuit après avoir entendu du bruit et se blesse en marchant sur des ampoules qui ont été placées sur le sol. Son fils lui apparaît alors, totalement froid et insensible à la scène, lui qui est habituellement froussard, trahissant sa véritable nature. Et puis il y a le passage du tourniquet, plutôt inattendu et évoquant pour le coup les X-Files de la bonne époque: en pleine cours de récréation, un gamin vient provoquer l’enfant possédé. Utilisant ses pouvoirs, l’esprit fait alors tournoyer le jeu à une vitesse stupéfiante, sans que personne ne le remarque. Personne sauf Constantine, qui surveille sa cible depuis le trottoir et interpelle un surveillant pour qu’il mette fin au plus vite au conflit. Mais l’homme est beaucoup plus inquiet de l’apparence peu convenable de l’exorciste et ne fait pas attention à ses avertissements. Quelques instants plus tard, la petite terreur est littéralement aspirée par l’effet de turbine du tourniquet, et le bruitage qui s’ensuit ne laisse pas entrevoir un brillant avenir en ce qui le concerne. Et effectivement, les parents du possédé apprendrons par la suite que leur rejeton vient d’être viré de l’établissement pour avoir fracturé le crâne de son camarade…

 

 

Mais hormis ces rapides moments, rien ne vient particulièrement réveiller le spectateur en cours d’épisode. Constantine est certes hésitant devant l’idée d’exorciser un nouvel enfant, mais il a très vite fait d’être convaincu et réussi sa tâche sans aucune difficulté. Marcello ne tue évidemment plus personne dès lors qu’il s’introduit dans le corps du jeune protagoniste principal et Chas, encore une fois, fait plus de la figuration qu’autre chose. Manny intervient de temps à autre sans que l’on ne comprenne véritablement pourquoi, puisqu’il n’a justement pas le droit de révéler quoique ce soit à Constantine par règlement divin.
Bref, tout ceci donne encore une fois une grosse impression de remplissage et c’est peut-être la fois de trop. The Rage of Caliban est dénué de tout attrait et même le Fantastique se limite à une vague théorie formulée en vitesse par le héros. Tout au plus apprend-t-on que Marcello utilise des ley lines afin de se transporter de foyers en foyers, un concept que peu connaissent et qui repose sur l’idée qu’il de “lignes” souterraines imaginaires, qui relieraient des sites préhistoriques comme Stonehedge et autres ensembles de menhirs ou de constructions anciennes. Divers personnes leurs ont prêtés des propriétés mystiques et magnétiques, qu’il s’agisse de véritables chercheurs ou d’auteurs de fictions (notons par exemple l’écrivain Thomas Monteleone et son roman L’Horreur du Métro, publié chez J’Ai Lu Épouvante en son temps). Honnêtement les théories que vous pourrez trouver sur le Net seront toutes plus intéressantes que l’intrigue de cet épisode, qui refuse d’extrapoler sur le sujet et ne construit strictement rien d’imaginatif. Et ce n’est même pas une question de budget ou de durée, c’est juste un script très mauvais.

 

 

Alors au final on s’accroche juste à de toutes petites choses qui sortent du rythme routinier en ennuyeux. L’apparition parfaitement gratuite de la Sword of Night, l’arme d’un super-héros occulte peu connu (Nightmaster) qui oblige son porteur à dire la vérité, exactement comme le lasso de Wonder Woman. On constate que si Constantine ne fume toujours pas officiellement, le showrunner a pu obtenir de la NBC quelques plans furtifs où il tient une cigarette à la main, et se permet même le luxe d’en allumer une au moment exact où démarre le générique de fin. L’hygiène de vie déplorable du personnage est vaguement mentionnée dans une scène où il se fait réveiller par une amante qui le presse de quitter les lieux, car son compagnon rentre plus tôt que prévu, ou quand Chas évoque le fait qu’il ne lui a jamais raconté que sa femme a fini par le quitter car il n’écoute personne. Et puis il y a cette séance de spiritisme qui se conclue par l’apparition d’un étrange faon à trois pattes, image quelque peu onirique et dans l’esprit d’Hellblazer.
Matt Ryan fait toujours un boulot impeccable de son côté et se montre véritablement tordant dans ses mimiques et réactions vis-a-vis des autres protagonistes. Il demeure LA raison de regarder Constantine malgré ses défauts et la détérioration progressive du show.

#SaveConstantine, disent-ils ? Plutôt #SaveMattRyan oui !

 

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