The Twilight Zone (1.15a) – Monsters ! (1986)

ROAD TO HALLOWEEN V

 

 

The Twilight Zone

Monsters !

(1986)

 

Midnight. Not 12 at the clock, but mid night. When twilight and dawn are evenly balanced. One no stronger than the other, each pulling against each other in the opposite directions so that the very fabric of the night is torn appart. Midnight. When the monsters come out.

 

 

Monsters ! est le meilleur film de Joe Dante qui n’a pas été réalisé par Joe Dante. Son ombre plane tellement sur ce court qu’il est difficile de croire qu’il n’a rien à voir avec cet épisode, et pourtant… En réalité on le doit au scénariste Rober Crais, qui n’a jamais rien fait de très remarquable si ce n’est écrire le livre à l’origine du sympathique Otage avec Bruce Willis. Avec lui, le réalisateur Bill Norton, coupable en son temps de l’hilarant téléfilm Gargoyles et de Baby, le Secret de la Légende Oubliée avec William Katt et un diplodocus en plastique. A priori ce duo ne semble pas terrible mais il va livrer un conte tragique mêlant à la fois les bons sentiments d’un Spielberg et la passion pour les vieux monstres de Dante avec une surprise finale qui, si elle n’a l’air de rien, est proprement terrifiante.
Un tel bijou mériterait un peu de reconnaissance, mais voilà: il fait partie de la méconnue série La Cinquième Dimension, revival de la fameuse Twilight Zone dans les années 80. Elle fait pour ainsi dire suite à la version cinéma de 1983 qui impliquait justement les deux réalisateurs mentionnés ci-dessus, qu’elle surpasse haut-la-main en terme de qualité. Hélas beaucoup préfère l’ignorer car elle ne s’élève pas au même niveau que le chef d’œuvre de Rod Serling. Malgré des thèmes et idées similaires, elle ne réinvente rien, n’expérimente pas autant et n’est pas aussi intelligente dans ses propos.

 

 

Cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une mauvaise série. Bien au contraire elle se trouve être divertissante, créative et bien produite,  alternant entre comédie et épouvante à la manière de Amazing Stories, son concurrent direct. Autant de qualités que l’on retrouve toutes réunies au sein de cette histoire qui n’est que le premier de trois contes réunis au sein de cet épisode. Les autres sont A Small Talent for War, une parodie du Jour où la Terre S’arrêta avec John Glover dans le rôle de l’extraterrestre, et l’amusant A Matter of Minutes où un couple se retrouve coincé dans une transition entre deux minutes, découvrant une équipe de maintenance du Temps occupée à mettre en place le futur immédiat. Une bien chouette association en somme.
L’intrigue qui nous intéresse met en scène Toby, un gamin passionné de films d’horreur et de monstres. Son père lui a transmit le virus dès son plus jeune âge et partage avec lui son énorme collection de revues et d’objets. Leur relation est un fantasme de geek forcément surréaliste mais appréciable. Ils jouent ensemble, se bombardent de références de films ou se chamaillent sur les dates. “My two children” soupire la mère… Mais ces vacances d’été ne sont pas joyeuses pour le garçon, dont le meilleur ami vient juste de déménager. Déprimé, il s’isole chez lui jusqu’à ce qu’il découvre que la maison vacante va accueillir de nouveaux venus.

 

 

Espérant qu’une nouvelle famille s’installe dans le quartier avec peut-être un enfant de son âge, il se rend sur place pour se heurter a M. Bendictson, un vieil homme seul et a priori tout à fait ordinaire. Leur conversation va cependant prendre une drôle de tournure lorsqu’il avoue être un fan de films d’horreur: ce monsieur va déclarer être un vampire, et tant pis s’il se tient dans la lumière du jour car selon lui les règles des films et des livres sont totalement fausses. Curieux, le garnement va l’espionner et vite comprendre qu’il lui a dit la vérité. Il le voit soulever sa voiture d’une seule main sans effort et découvre une réserve cachée de poches de sang dans sa demeure. Au début terrifié, il va cependant réaliser que ce “monstre” est en fait… une personne tout à fait charmante !
Bendictson a vécu très longtemps mais il n’attaque personne et n’aspire qu’à la paix. Il répond aux questions de Toby et leur relation devient finalement semblable à celle d’un grand-père avec son petit fils, le vieillard roulant des yeux devant l’imagination du plus jeune. Il l’incite à lire Mark Twain, évoque ses voyages à travers le monde et avoue être un peu perdu en revenant ici sans rien reconnaitre de la ville qu’il a quitté il y a longtemps. Mais surtout il explique qu’il est mourant, préparant son grand départ et regrettant de ne pas avoir de famille a qui léguer quelques secrets ou connaissances. C’est sans doute la raison pour laquelle il s’entiche de cet enfant…

 

 

La meilleur scène les montre visiter un vieux cimetière brumeux pour se rendre sur la tombe ancienne du vieil homme. Plutôt que d’opter pour une atmosphère lugubre, Monsters ! va renverser les clichés en montrant le vieil homme bouger quelques plantes pour faire sortir un nuage de luciole devant les yeux émerveillé du petit. Un moment d’émotion sincère et réussi, surpassant facilement la bluette caricaturale de Spielberg dans Twilight Zone: The Movie. D’autant plus que l’histoire va prendre une tournure dramatique lorsque le vampire, fatigué par son immortalité, fini par accepter la mort. Un suicide en fait, Bendictson n’ayant pas choisi de revenir dans sa ville natale par hasard. Ainsi il apparait que si les vampires existent, il y a aussi une sorte de remède naturelle contre eux, une contre-maladie cachée chez tous les humains.
En observant bien l’épisode remarquera que quiconque entre en contact avec lui semble devenir malade, éternuant comme sous le coup d’une allergie. Bien vite c’est tout le quartier qui est affecté, Toby y compris, comme si une mauvaise grippe s’était subitement propagée pour contaminer l’entourage immédiat du vampire. Il apparait que ces derniers ne peuvent jamais rester au même endroit trop longtemps sous peine de voir les monstres apparaître…

 

 

Ces créatures sont en fait l’humanité transformée de telle manière qu’elle peut alors se débarrasser de la menace qu’ils représentent. Sur le fond cela n’est pas sans évoquer un grand classique de La Quatrième Dimension originale, The Monsters are Due on Maple Street, où les-dit monstres sont des gens tout à fait normaux devenant capable de tuer lorsqu’ils cèdent à la panique. La différence importante étant qu’ici les malades ne décident pas de devenir des bêtes assoiffées de sang, la transformation s’effectuant contre leur volonté. Monsters ! revisite ainsi le mythe du loups-garous, même si le budget ne lui permet pas de vraiment montrer ces êtres difformes et primitifs. Juste des silhouettes, qui vont se réunir à minuit (ou plutôt mi-nuit), naturellement attirées vers leur ennemi qui leur laisse la porte grande ouverte.
Et il y a quelque chose de très triste dans cet ultime instant de Bendictson, qui regarde ses possessions une dernière fois avant de s’installer dans un fauteuil en attendant l’arrivée de ses bourreaux. La conclusion révèlera que personne n’aura le moindre souvenir de ce qui s’est passé, ses pouvoirs mystérieux agissant comme une sorte de filtre de perception. Toby, accablé par la disparition de son nouvel ami, est encore plus choqué en réalisant qu’il ne peut même plus se souvenir de son visage, le vampire étant voué à disparaitre corps et âme comme s’il n’avait jamais existé – aussi seul dans la mort que dans la vie.

 

 

Le génie de Monsters ! réside alors dans sa dernière scène, le jeune héros ayant tout de même gardé un souvenir important du défunt. Il traine son propre père dans le cimetière afin de lui montrer l’envolée des lucioles, comme pour partager avec lui ce secret et ainsi transmettre une part de qu’a vécu le vampire. C’est charmant et en phase avec les thèmes de l’épisode… et soudain le paternel éternue. Le regard terrifié de Toby ne laisse aucun doute sur ce qui vient d’arriver et cela vient remettre en question tout ce que l’on vient de voir mais également tout ce que l’on a ressenti ! Car s’il n’est pas difficile de repérer les crises d’allergie avant qu’elles ne soient mentionnées, le vrai twist se cachait dans la relation entre les deux protagonistes. Le vieillard n’est pas seulement venu mourir, il est venu transmettre un peu de lui à quelqu’un… au sens propre.
Et subitement on réalise que tout ce que ce charmant monsieur pouvait dire à l’enfant n’était pas que des conseils amicaux, mais de véritables avertissements: il lui dit de lire Mark Twain afin de s’éduquer et de porter un regard plus juste sur ce qui l’entoure, le met en garde contre les Monstres, lui explique comment fonctionne l’allergie des humains, lui montre ce qu’un véritable vampire peu ou ne pas faire… Et la scène des lucioles n’avaient rien d’attendrissante puisqu’elle était là pour lui dire qu’il est nécessaire de se raccrocher à de bons souvenirs quand tout va mal !

 

 

En bref, Bendictson reste une sorte de monstre puisque condamnant Toby à une non-vie de solitude et d’isolement. Surprenant, subtile, et plutôt osé. Bluffant même, de la part de deux faiseurs de petite envergure. Le pire c’est que même en sachant cela, il est impossible de ne pas être prit par les bons sentiments de cette histoire, entre la nostalgie du vampire en fin de route (il dit quel seul le cimetière n’a pas changé avec le temps, l’implication étant qu’il se sent proche de là où il finira) et la passion du héros pour le Fantastique: l’intro parodie celle de Halloween avec la vue subjective derrière le masque, l’enfant porte des T-shirt représentant des créatures hideuses et réclare fièrement avoir vu tous les films de la Hammer au moins six fois ! Les magazines Famous Monsters sont évoqués et parmi des masques grotesque se cache Stripe, le méchant Gremlin à crête blanche.
“Keep watching the skies” dit le père à son fils, en référence à The Thing From Another World. Il y a cette cachette secrète qu’il devait partager avec son ami perdu, toujours présente sous la maison désormais occupée par Bendictson… Bref, Monsters ! n’est pas qu’un simple bon épisode de Twilight Zone, c’est une véritable perle qui mérite d’être exhumée et redécouverte. Vu la mode actuelle qui a tendance à tout glorifier chez les années 80, il serait dommage de laisser filer l’occasion !

 

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