The Twilight Zone (2.15) – The Invaders (1961)

ROAD TO HALLOWEEN V

 

 

The Twilight Zone

The Invaders

(1961)

 

 

On ne présente plus Richard Matheson, grand auteur de science-fiction qui a sa place parmi les plus grands. Mais outre son impressionnante bibliographie, il ne faut pas oublier qu’il fut l’un des piliers derrières la toute aussi importe série La Quatrième Dimension – en fait la cinquième, la version française s’étant un peu plantée dans la numérotation (mais pas de soucis, le créateur aussi selon une anecdote certainement à l’origine de cette traduction). Il en aura écrit de nombreux épisodes et ceux-ci comptent évidemment parmi les meilleurs, les plus mémorables ou les plus en avance sur leurs temps. Et à l’origine de l’épisode The Invaders, qui fait parti de ces étranges expérimentations de la saison 2 (plus tôt, The Eye of the Beholder ne montrait le visage d’aucun personnage avant sa conclusion, se déroulant majoritairement dans l’ombre) puisqu’il ne met en scène qu’un seul acteur dans un décors unique, pour une histoire qui ne contient aucun dialogue si ce n’est une transmission de radio dans les toutes dernières secondes.
Ce concept provient du script original de l’écrivain titré Devil Doll, que Rod Serling lui-même trouva un peu trop extrême à son goût. Trop violent, trop sombre. L’histoire ? Une femme seule est agressée chez elle par un assaillant miniature: une poupée maléfique, qui cherche à la tuer. S’ensuit un jeu de cache-cache qui transforme l’innocente héroïne, laquelle régresse à un stade quasi primitif dans sa lutte pour sauver sa vie.

 

 

 

Rod Serling proposa à Matheson de transformer son récit et de déplacer l’intrigue sur une autre planète afin d’atténuer un peu le ton général. Celui-ci s’exécute même s’il n’appréciera jamais vraiment ces changements, et livre ce qui va devenir The Invaders entre les mains du réalisateur Douglas Heyes. A priori le sujet reste le même: dans un endroit reculé au milieu de nulle part, une vieille femme vivant seule dans sa cabane est attaquée par une créature de petite taille. La différence c’est que la poupée surnaturelle cède la place à plusieurs petits robots rondouillards, en fait des extraterrestres dont la soucoupe volante vient d’atterrir sur son toit ! Ne comprenant pas ce qui arrive, la ménagère va paniquer lorsque ces êtres venus d’ailleurs s’échappent du vaisseau spatial et attaque, un peu comme on le ferait avec une vilaine araignée. Hélas pour elle ils sont résistants et capable de lui faire mal via un minuscule canon électrique qui provoque une telle chaleur qu’elle se retrouve avec des cloques sur la peau.
La guerre est déclarée et tandis que les intrus reviennent sans cesse à l’assaut, la femme va devoir les repousser en utilisant les moyens du bord: couteau, hachette, feu de cheminé… Pour une série télé du tout début des années 60, le résultat est plutôt violent et semble d’ailleurs s’être un peu inspiré du succès de Psychose sorti l’année précédente.

 

 

 

Comme cette lutte constitue la majeur partie de l’épisode, qui ne dure guère plus de vingt minutes, il n’y a pas grand chose à rajouter. The Twilight Zone va se terminer avec un twist final inattendu qui, selon certaines sources, ne fut peut-être même pas écrit par Matheson et simplement ajouté par le metteur en scène afin de rajouter un frisson final. Sans vouloir spoiler une surprise vieille de plus de cinquante ans, autant l’annoncer: les aliens se trouvent être en fait… des êtres humains ! Comme suggéré par Rod Serling, l’aventure se déroule en fait sur un autre monde bien plus large que le notre et peuplé d’humanoïdes tout à fait similaire à notre race, mais gigantesque. L’ultime image qui révèle le matricule du vaisseau spatial (US Air Force !) fonctionne plutôt bien et donne même envie de revoir toute l’affaire du point de vue des petits explorateurs.
Fait intéressant: il ne s’agit pas ici d’une de ces histoires à messages ni de ces concepts qui vous font réfléchir sur la nature humaine. C’est un simple récit d’épouvante qui tient du survival pur et simple, où l’on peut encore une fois voir a quel point le show était en visionnaire, c’est lorsque l’on réalise que personne ne parle inutilement durant ces évènements. Encore maintenant les cinéastes ont tendance à faire du remplissage à l’aide voix off ou de protagonistes s’exprimant à voix haute. Ici la géante grogne sous l’effort ou gémit sous la douleur, mais c’est tout.

 

 

 

Les envahisseurs semblent communiquer mais uniquement par le biais de petits bip sonores qui rappellent le Morse. C’est d’ailleurs plutôt mignon et autant l’avouer, s’ils n’étaient pas aussi iconique, il faudrait critiquer leur design. Car d’un point de vue purement technique c’est un échec: au lieu d’être terrifiant et d’évoquer des machines de mort, ils sont tout simplement adorable et vous donneront l’envie d’en avoir un ! Inspirés par le Bibendum de Michelin (véridique !), leur aspect de gros bonhomme semble être une manière de faire accepter leur démarche plutôt grossière du fait des limitations des effets spéciaux d’alors. Pas de stop motion, d’animatroniques ou de marionnettes élaborées, il ne s’agit que de grosses figurines animées par des tiges de fer. De vrais jouets.
Forcément, peu importe qu’ils s’emparent de couteau de cuisine, grimpent sur des balcons ou se créés des ouvertures à travers les portes, jamais ils ne provoquent le moindre frisson. C’est un peu problématique quand l’actrice, à l’inverse, se donne à fond, même physiquement, faisant ses propres cascades et allant jusqu’à laisser la bave couler de sa bouche lorsqu’elle guette un ennemi derrière un trou de souri, arme à la main. Félicitons-là, même si Agnes Moorehead n’en a pas besoin. Elle figure non seulement au générique de Citizen Kane, l’un des plus grand film de tous les temps, mais a carrément participé au fameux radio drama de Orson Welles, La Guerre des Mondes.

 

 

Le plus amusant étant qu’elle fut engagée grâce à sa prestation sur un autre feuilleton sonore, Sorry, Wrong Number, où sa seule voix était le point fort de la production. Ici à l’inverse, il lui fallu utiliser tout sauf sa voix. L’idée lui paru si absurde qu’elle refusa le rôle un premier temps, Rod Serling devant intervenir pour la convaincre. Et pour rester sur l’audio, il est intéressant de noter que le compositeur de The Invaders n’est autre que le célèbre Jerry Goldsmith, lequel semble pourtant se laisser aller à copier le style de Bernard Hermann sur Psychose. Les similitudes sont remarquables, surtout dans cette scène où l’héroïne est agressée par un cosmonaute armé d’un couteau. Possiblement son hommage à la fameuse scène de la douche…
Avec une telle ambiance et un sujet si minimaliste, l’épisode possède une structure plutôt étrange où le sens de progression de l’intrigue disparait totalement. Après une introduction où le personnage découvre la soucoupe volante, il n’y a rien d’autre que son combat contre les envahisseurs en temps réel, avec ce que cela implique d’allées et venues dans les pièces, de séquences où elle observe sans rien faire, etc. Un rythme lent qui n’était peut-être pas un problème dans les années 60, mais qui de nos jours est assez handicapant. Un montage resserré aurait été beaucoup plus efficace, mais du coup forcément inexploitable !

 

 

Certaines minutes paraissent interminables et c’est là qu’apparait la différence entre le concept sur papier et l’exécution. Cela n’empêcha pas Rod Serling d’adorer l’épisode et de le considérer comme son préféré parmi ceux écrit par un autre que lui. Le scénariste sera moins tendre et ira jusqu’à reprendre son idée de base huit ans plus tard avec la nouvelle The Prey, où il perfectionne cette idée d’une femme bloquée dans un appartement où rôde une figurine maléfique. Le texte fit l’objet d’une adaptation célèbre dans le film à sketches Trilogy of Terror de Dan Curtis, avec une Karen Black au sommet de son art, et comparer l’épisode de Twilight Zone au segment de la poupée Zuni permet de retrouver des éléments similaires bien au-delà de l’idée du petit monstre.
Depuis, l’influence de The Invaders et de Trilogy of Terror se retrouve un peu partout. Bruce Campbell lutte contre sa main coupée dans une cabane perdue dans les bois dans Evil Dead 2, et Stephen King fait un remake moderne de The Prey avec des G.I. Joe dans Petits Soldats. Quant à Charles Band, 90% de ses films tournent autour du même concept avec de trop nombreuses coïncidences pour que cela soit un hasard. Mais ce n’est pas un soucis puisque les responsables de La Quatrième Dimension faisaient pareil à la même époque: la soucoupe volante miniature des cosmonautes est en fait recyclée de Planète Interdite, puisqu’il s’agit d’un C-57D Space Cruiser modifié. On le retrouve d’ailleurs dans tout un tas d’épisodes dont l’un des bijoux de la série: The Monsters Are Due on Maple Street.

 

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