Batgirl #14 – Terror in the 3rd Dimension ! (2010)

 

Batgirl #14

Terror in the 3rd Dimension !

(2010)

 

 

Paru en Novembre 2010, donc disponible pour Octobre, Terror in the 3rd Dimension ! est le numéro spécial Halloween de Batgirl, à une époque où le titre vit des heures sombres. Car hélas, l’héroïne précédente portant l’uniforme, la géniale Cassandra Cain, a été remplacée sans explication ni ménagement, virée de son propre livre. L’éditeur fit même une fausse promesse aux lecteurs, garantissant que des plans étaient en place pour le personnage et que tout aurait un sens bien plus tard. Des mensonges, puisque visiblement l’idée était simplement de faire table rase du passé et de ce que les fans demandaient pour imposer de nouveaux titres et personnages, commandités par un éditorial en déroute (et préparant déjà une refonte totale avec le reboot New 52).
La Batgirl “Bruce Lee” au costume si marquant laisse place à une Barbara Gordon bis, mais blonde, en fait sa meilleure amie. Et non pas que Stéphanie Brown est un mauvais substitut, celle-ci ayant trainée ses pattes dans les pages de différents titres Batman depuis des lustres (elle fut même Robin pendant un temps, et lorsque DC cru bon de la tuer de façon gratuite et choquante, il fallu l’opposition des lecteurs pour forcer sa résurrection), mais elle est surtout un “gag”. Une gaffeuse qui veut bien faire et qui combat surtout le crime parce que son propre père était le Cluemaster, un vilain de seconde zone et mari violent qui terrorisait sa femme et sa fille.

 

 

A la différence des Robin, Nightwing, Red Hood, Red Robin et donc de Batgirl, surentrainés, extrêmement qualifiés et ayant des relations privilégiées avec le Dark Knight, Stéphanie était tout le contraire. Sous le pseudonyme de Spoiler, elle se montrait peu compétente, commettant fréquemment des erreurs ou ne comprenant pas les situations dans lesquelles elle se retrouve. Batman venait constamment lui dire d’abandonner tandis que sa relation avec Tim Drake, le troisième Robin, était plutôt chaotique. Le meilleur restait évidemment son duo avec Cassie Cain, une véritable machine à tué qui était tout son contraire (une héroïne née, mais n’y connaissant rien aux relations humaines). Et Batgirl d’assommer sa copine de grands coups dans le tronche pour lui éviter des combats dangereux… C’était le bon temps.
La faire devenir Batgirl n’a aucun sens tant dans l’univers (pourquoi remplacer une personne hautement qualifiée au profit d’une ado maladroite ?), que dans le choix éditoriale (quand Cassie est devenue Batgirl, il y avait une énorme pression derrière l’idée de reprendre ce rôle abandonné par une Barbara handicapée. On lui disait, texto, d’être à la hauteur de cet honneur). Et les nouvelles aventures racontées apparaissent comme beaucoup plus simples, idiotes, privilégiant l’humour, les gadgets improbables et le Girl Power comme pour cibler une audience de jeunes filles. Bref quelque chose de similaire à ce que fait Marvel avec toutes ses publications de nos jours.

 

 

Il faut dire que le problème repose sur l’auteur récurrent de la série, Bryan Q. Miller, qui est à l’origine scénariste pour… Smallville. La honteuse série qui a ridiculisée le nom de Superman pendant des années. C’est dire le niveau. C’est par hasard au terme d’une rencontre avec Geoff Johns que celui-ci a pu obtenir un nouveau poste au sein de l’industrie papier, et il est évident qu’il s’agit plus d’un piston que d’une véritable embauche faite sur les mérites de son talent.
Ce n’est même pas être méchant que de dire ça, car son incapacité à bien écrire ou explorer ses thèmes et protagonistes se ressent encore une fois dans ce pourtant encourageant Terror in the 3rd Dimension !, qui propose de jouer sur le mythe de Dracula et, plus précisément, sur l’image classique du vampire version cinéma en noir et blanc, interprétée par Bela Lugosi. Un hommage à l’âge d’or du cinéma d’Horreur et à la Universal ? Pas vraiment, surtout un prétexte pour intégrer l’intrigue au thème d’Halloween. Si la publication avait été différée de quelques mois, il aurait suffit de changer de personnage sans que cela ne change quoi que ce soit…
L’histoire débute un vendredi soir à Gotham City, pour ce qui est une situation déjà peu crédible: une nuit si calme et sans crime que Batgirl n’a littéralement rien à faire ! Et la voilà qui s’ennuie ferme à la maison, à jouer au Scrabble avec sa mère.

 

 

Heureusement Supergirl vient lui rendre visite, s’emmerdant aussi à Metropolis. Les deux jeunes femmes décident alors de sortir en ville et le comic joue l’habituelle carte du duo dépareillé. Stéphanie est l’adolescente typique au langage branché, un rien blasée et regrettant sa situation de célibataire endurcie. Kara s’émerveille de la vie universitaire mais n’est pas toujours en phase avec la réalité des choses puisqu’elle vient de la campagne et bien sûr est d’origine extraterrestre.
Elles décident alors d’aller au cinéma où a lieu le revival d’un vieux classique, Vampyres Bryde (mais franchement, c’est juste Dracula), dans sa copie 3D. Mais tandis qu’elles apprécient le film, non loin d’ici sur le campus a lieu un terrible problème. Newton, un étudiant travaillant sur un projet de création d’images solides, comme un champ de force, se retrouve contraint d’activer sa machine pour prouver ses théories lorsqu’il apprend que l’académie vient de stopper son financement. Le générateur, qui permet de créer une représentation solide et en trois dimension d’une image plate, surchauffe et provoque une onde de choc qui n’était pas prévue. Le souffle vient frapper le cinéma de plein fouet pour une brève seconde, mais une seconde où Dracula est présent à l’écran. De ce fait, non seulement le vampire se retrouve catapulté hors du film, en 3D et tangible, mais il existe désormais plusieurs copies de lui ! La vitesse de projection d’un film est effectivement de 24 images par seconde aux États-Unis, et du coup cela fait autant de personnages générés le temps de l’incident !

 

 

Les Draculas (avec un “s” !) s’échappent et sèment alors la panique en ville, tous étant piégés en une sorte de boucle de la scène où ils ont été extrait: un monologue sur la solitude et la colère que cela leur apporte. Batgirl et Supergirl enfilent leur costume et partent à leur poursuite, bien aidées par Newton qui leur explique alors le fonctionnement de ces images solides: elles sont stabilisés par une matrice photonique qui peut être détruite via des “baguettes de contrôle”. Une manière de dire que les super-blondes possèdent des pieux high tech pour détruire les vampires holographiques. A quoi servent ces petits bâtons le reste du temps ? Aucune idée, et il faut simplement supposer que les champs de forces sont ainsi manipulés en laboratoire…
En fait toute la scène où les enjeux sont expliqués parait bancale, car le scénariste fait un si mauvais boulot qu’il n’y a absolument aucune transition entre l’évasion des Draculas et la réunion entre Newton, Batgirl et Supergirl. Celui-ci apparait subitement sur place, près d’elles, sans que leur rencontre ne soit montrée, sans qu’un point ne soit fait sur la situation. Sur une page, Kara et Steph sortent du cinéma et neutralisent un premier vampire, celle d’après Newton se tient à leur côté et ils étudient le corps lumineux. Terror in the 3rd Dimension ! aurait mérité a tenir sur deux numéro, ou être un spécial un peu plus long pour fluidifier l’intrigue. En l’état, l’histoire passe si vite que l’on a l’impression de feuilleter la revue même lorsque l’on prend le temps de la lire !

 

 

Le reste de la BD se contente de montrer les filles traquer les vampires à différents endroits de Gotham (night club, aéroport, sur une grande roue, sur un gyropode, dans un photomaton), les exterminant sans rencontrer la moindre difficulté pour que tout cela tienne sur 22 pages. Il y a vaguement une tentative de rendre Kara vulnérable aux attaques photoniques, mais cela fut clairement rajouté juste pour que Batgirl ne paraisse pas totalement inutile dans cette affaire.
Tout se termine lorsque le dernier Dracula se tient, seul et désespéré, sur le toit d’un gratte ciel, monologuant en regardant le ciel nocturne. On penserait que l’on aurait droit a une scène sympa, du fait que plus tôt dans le cinéma les héroïnes se montraient compatissante envers le personnage – et aussi les seules à ne pas huer ou se moquer de ce vieux film “ringard”. Mais non. Elles plaisantent, se font bêtement prendre à revers par le vampire et au final sont sauvée par… je crois que le soleil se lève et surprend Dracula ? Ce n’est pas vraiment clair. Aussitôt libérées, elles détruisent ce dernier spécimen, et voilà. Si vous vous attendiez à un twist, une scène d’action originale ou à un moment plus dramatique avec une conversation, il faudra chercher tout ça ailleurs.

 

 

Au maximum, on peut dire que la situation de Dracula, prisonnier d’une solitude éternelle, trouve résonance dans la vie de Kara (orpheline de Krypton) et de Stéphanie (hum, célibataire ?) qui n’ont pas toujours le morale et peuvent se sentir isolées. Mais bien vite les deux se réconfortent, se déclarent BFF (non, sérieusement) et se promettent de venir papoter aussitôt que l’une d’elle ne se sent pas bien.
Tout ceci est clairement écrit par un homme d’un certain âge qui n’a probablement aucune idée de comment se parlent de véritables adolescentes, et ses dialogues de midinettes ultra cruches sont absolument horribles. Beaucoup de leurs “blagues” tombent à plat et on se retrouve avec des tas de répliques étranges qui ne seraient jamais prononcées par de véritables êtres humains. Le même type “d’humour” que Brian Michael Bendis et les autres jeunes auteurs Social Justice Warriors chez Marvel actuellement. Ils scénarisent mais ne sont clairement pas dialoguistes, et le résultat est souvent atroce.
Comme toujours avec cette version de Batgirl ce sont les dessins qui viennent sauver le tout, a commencer par la splendide couverture de Stanley “Artgerm” Lau, talentueux artiste Hong-kongais dont les illustrations explosent aux yeux et sont donc parfaite pour attirer le regard. Pas étonnant qu’il ait beaucoup œuvré sur ce titre à l’époque !

 

 

A l’intérieur c’est le duo Lee Garbett et Trevor Scott qui régale, pour un style plus ordinaire. Le premier vient de 2000 AD et a notamment bossé sur Dreamwar, le crossover entre la Justice League et les WildC.A.T.s de WildStorm. L’autre est un vétéran qui bosse dans l’industrie depuis le début des années 90 et reste fidèle à DC depuis tout ce temps. Cela permet de dynamiser un minimum cette histoire plutôt plate et on en retient quelques moments comme l’évasion des vampires, perçue à travers de vieilles lunettes 3D anaglyphe.
Pour ceux qui aime le concept du vampire s’échappant de son vieux film en noir et blanc, je vous recommande bien plus Il Vampiro dei Colori de Dylan Dog, véritable déclaration d’amour à l’œuvre de Murnau et aux cinémas de quartiers, ou encore cet épisode de la série Fais-moi Peur ! (The Tale of the Midnight Madness) où Dr. Vink offre à un établissement en perte de vitesse une copie magique de Nosferatu qui ramène les spectateurs en masse, mais laisse le suceur de sang s’échapper dans la salle après la projection. Deux variations sur le même thème autrement plus respectueuses et réussies que cette aventure anodine dans la vie des deux super-blondes….

 

 

 

   

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