Age of the Hobbits (2012) AKA. Lord of the Elves

 

Age of the Hobbits

(2012)

 

 

Un peu d’Histoire. En 2012, la compagnie The Asylum compte faire du Hobbit son nouveau sujet de mockbuster. Comme d’habitude l’idée est d’emballer un petit film tourné à l’arrache et de le sortir a peu près au moment où la source d’inspiration sort en salle, avec un titre trompeur. Dans le cas présent, The Hobbit: An Unexpected Journey devient un Age of the Hobbits qui n’a bien entendu strictement aucun rapport avec les écrits de J.R.R. Tolkien. Parce que cela devait bien arriver un jour, les grosses compagnies (Waner Bros/New Line Cinema/MGM) décident de monter un procès contre la petite boite pour utilisation abusive du terme “Hobbit” qui, légalement, devrait leur appartenir. Du moins pendant toute la campagne promotionnelle de la nouvelle trilogie de Peter Jackson. La sortie de Age of the Hobbits est donc retardée durant la procédure mais Asylum ne veut pas céder: si elle est d’accord pour modifier sensiblement son matériel promotionnel, elle tient cependant à garder le mot “Hobbits” dans le titre. Un élément-clé du mockbuster sans lequel la parodie serait forcément moins drôle.
Je dois dire que l’argument “officiel” avancé par la compagnie est pour le moins original puisqu’elle assure que leur film s’inspire d’une race disparue de la famille des hominidés, l’Homme de Florès, découverte récemment en Indonésie. De son nom scientifique Homo floresiensis, cette espèce éteinte porte le surnom de “Hobbit” du fait de sa taille minuscule. Malheureusement le juge a fini par statuer en faveur de Warner & Co. sous couvert que l’utilisation abusive de ce terme risquerait de provoquer une certaine confusion chez le public…

 

 

Voilà donc qu’Asylum se retrouve dans l’obligation de modifier le titre de sa dernière production, laquelle devient tour à tour Clash of the Empires ou, plus amusant, Lord of the Elves selon les territoires. Ce sont probablement pour les mêmes raisons que l’histoire ne se déroule finalement pas dans un monde fantastique mais sur notre planète, à une époque reculée: dès l’ouverture du film, un carton vient nous avertir que nous nous trouvons en Indonésie, sur l’Île de Flores, il y a 12.000 ans ! Et tant pis pour les dragons, les araignées géantes et autres varans titanesques qui pullulent dans les parages. Certains éléments du script ont probablement été modifié pour diminuer l’aspect Fantasy du film, comme ses pierres guérisseuses dont on parle beaucoup mais qui sont finalement à peine utilisées…
Mais tout ceci importe peu puisque Age of the Hobbits se savoure tel quel, avec toutes ses imperfections, volontaires ou non. Vous vous souvenez d’il y a quelques temps, lorsque j’évoquais à quel point leur Hansel & Gretel était une production étonnamment soignée et du niveau d’une véritable société de cinéma ? Et bien oubliez tout ça ! Ce mockbuster marque un retour vers le monde du nanar avec tout ce que cela implique d’effets spéciaux ratés, de décors limités et de mauvais acteurs. A peu près tout ce que vous pouvez attendre d’une production Asylum se retrouve ici: les décors se constituent de quelques plaines et grottes, les lézards géants sont aussi bien rendu que leurs congénères de Komodo vs. Cobra et les figurants amateurs côtoient quelques comédiens has been, ce qui nous vaut des tribus indonésiennes primitives où se mélanges des blancs, des noirs et des asiatiques. Le scénario ne vaut pas mieux en livrant une aventure des plus banales qui lorgne un peu du côté de Willow, un peu du côté de ces films de Préhistoire fantaisistes type Un Million d’Années Avant J.C. ou Quand les Dinosaures Dominaient le Monde.

 

 

Le récit nous présente ainsi deux tribus que tout oppose. D’un côté le gentil Peuple des Arbres, des pygmées pacifiques qui cueillent des pommes, de l’autre les méchants Hommes des Cavernes, des cannibales sales, bêtes et méchants aux dents pointues. Alors que les premiers vaquent à leurs occupations, se montrant doux et généreux, les seconds attaquent sans prévenir et rasent le village, kidnappant tous les survivants. Seule une petite famille parvient à s’enfuir mais la mère est capturée à son tour, laissant seuls son époux et ses deux enfants. Elle parvient cependant a semer ses pierres magiques sur le chemin, leur indiquant la route vers la montagne des Hommes des Cavernes (ce n’était pourtant pas bien compliqué puisque c’est la seule visible dans tout le paysage) et nos héros décident de la secourir, elle et les autres. Mais parce qu’ils ne peuvent rien contre tout un clan de barbares, le trio décide de demander de l’aide aux “Géants”. Un peuple supposément encore plus dangereux que les Hommes des Cavernes et avec qui le Peuple des Arbres n’a jamais eu aucun contact.
La rencontre a lieu durant une partie de chasse qui tourne mal et le meilleur guerrier de la tribu est sauvé grâce à l’intervention des pygmées. S’il a désormais une dette envers eux, celui-ci doit malgré tout soumettre leur requête à la décision du chef de clan, lequel s’avère bien entendu être un trou du cul qui ne veut rien entendre. Dépité par cette réaction, le guerrier se révolte et part avec quelques autres en direction de la montagne pour sauver le reste du Peuple des Arbres. En chemin ils devront faire face à de nombreux dangers, tels que des araignées géantes, des reptiles venimeux, et c’est a peu près tout…

 

 

Comme le laisse transparaître ce résumé, Age of the Hobbits n’a rien des épopées fantastiques de Tolkien. Tout est là au contraire pour vous rappeler ces films d’aventures fauchés qui fleurissaient dans les années 80, comme The Barbarians ou Firewalker. Personnages simplistes, décors en carton pâte, dragons de pacotille… En un sens le film a trouvé sa propre manière de sembler épique tant il insiste sur son sens du ridicule. Et c’est heureux, car nombreuses sont les productions Asylum qui finissent par être simplement ennuyeuses par manque d’excès. C’est à un véritable nanar que nous avons affaire ici et l’aspect “sympathique” de cette définition transparaît bien à l’écran.
Tout d’abord ce n’est pas tout les jours que l’on peut voir un véritable sosie de Weng Weng jouer les héros ! Le “Hobbit” principal de l’histoire ressemble à s’y méprendre au célèbre nain philippin et cela donne une tout autre dimension au personnage, qui hélas n’apparaît pas tellement en action. Culotté de le mettre aux côtés d’une “star” comme Christopher Judge (Teal’c dans Stargate SG-1). Le colosse semble d’ailleurs un peu perdu dans cette galère et j’en viendrais presque à regretter la tournure que prend sa carrière, mais sa présence apporte nettement un petit plus au film. Pas tellement parce qu’il est le meilleur acteur du lot, mais parce qu’il incarne son rôle avec une trop grande conviction ! Son jeu impeccable, véritablement soigné, est en décalage total avec l’interprétation plus qu’approximative de ses collègues. Il n’y a qu’à voir Bai Ling, qui n’a jamais été aussi mauvaise ! L’actrice, qui joue ici la guerrière vêtue d’un bikini en peau de bête, semble avoir totalement abandonnée l’idée de fournir la moindre performance, préférant surjouer autant que possible quitte à se ridiculiser.

 

 

Elle n’est cependant pas la seule et nombreux sont les protagonistes qui brillent par leur cabotinage outrancier. Le chef des “Géants”, carrément en roue libre, se croit dans un concours de grimace et de braillement qui justifie à lui seul la vision du film. Les Hommes des Cavernes ne sont pas en reste, affublés de dentiers en plastique grossiers et s’acharnant à rejouer La Guerre du Feu devant le dinosaure en plastique qui leur sert d’idole. Quant au Peuple des Arbres, joué par de simples figurants dont ça devait être la première expérience face à une caméra, il a été intégralement redoublé en post-production. On imagine que les natifs ont enregistrés leurs dialogues dans leur propre langues et qu’il n’y avait pas d’autres solutions, mais les doubleurs n’étaient visiblement pas vraiment concernés par les répliques non plus. Les nouvelles voix ne collent pas du tout aux personnages, sombrant dans les clichés habituels (l’enfant doublé par un adulte, l’homme au physique fluet parlant d’une voix forte, etc) en plus de n’être absolument pas synchronisées aux mouvements de lèvres des acteurs.
Et c’est de cette situation improbable que née l’une des meilleures attractions du film. Si comme moi vous pensiez que Gollum était insupportable dans Le Seigneur des Anneaux, attendez de voir sa version Asylum ! Elle se nomme Koto, un Hobbit vivant sans véritable explication parmi les Hommes des Cavernes. Probablement devenu fou par les mœurs de ce peuple, Koto piaille, gesticule, grimace sans cesse et aborde une improbable crête de punk. Le pygmée semble hyperactif et son doubleur sous cocaïne.

 

 

Dans le script, son personnage n’a aucun sens et semble n’être là que pour justifier la parodie du Seigneur des Anneaux. Il parait lui aussi souffrir d’un dédoublement de la personnalité, haïssant parfois les Hobbits, parfois les Hommes des Cavernes, mais le film n’en fait aucun cas. Koto change de comportement d’une scène à l’autre et il me semblerait presque que le scénariste ait voulu lui offrir une romance tragique avec la mère capturée mais cela reste très flou. Au final il disparaît aussi brusquement qu’il est apparu, laissant le spectateur perplexe. Bien d’autres choses peuvent laisser songeur: pourquoi déclarer que les Géant sont plus redoutables que les Hommes des Cavernes lorsque les deux races sont de la même taille ? Comment le Peuple des Arbres n’a t-il jamais pu avoir de contact avec eux si leurs territoires respectifs ne se trouvent qu’a quelques heures de marches l’un de l’autre ? Et comment les cannibales ont-ils pu dompter les dragons alors qu’ils apparaissent clairement comme le peuple le plus primitif du lot ?
Qu’importe au fond, cela ne fait que rendre Age of the Hobbits encore plus amusant, au même titre que les CGI désastreux. On s’y marre du début à la fin, souvent envers le film mais parfois aussi avec lui, comme lors de cette scène où Bai Ling donne un coup de lattes dans les couilles d’un cannibale avant de s’apercevoir que celui-ci s’est protégé avec une noix de coco !

Hautement recommandé.

 

 

 

   

2 comments to Age of the Hobbits (2012) AKA. Lord of the Elves

  • Rigs Mordo  says:

    ” Il n’y a qu’à voir Bai Ling, qui n’a jamais été aussi mauvaise !”: bordel qu’est-ce que ça doit être !!!
    Sinon très bonne chronique qui donne envie de prendre son bâton fourchu et aller éclater du varan mal fichu. Ce truc est sorti en DVD chez nous ? Comme prévu, ça semble plus drôle que “Un voyage inattendu”, qui était très chiant! Good job en tout cas l’ami!

    • Adrien Vaillant  says:

      Ah ah oui, Bai Ling n’est déjà pas terrible la plupart du temps, il est vrai ! Et pourtant…
      Quant au Varan, il est probablement le truc le plus mignon du film (cf. l’image où ils dorment).

      Hélas comme je te l’ai dis, je ne sais pas du tout pour les sorties françaises ! J’imagine qu’entre un DVD de chez trucmuche et une diffusion télé chez untel, le titre sera différent (comme les Shark Attack qui deviennent des Invasions de Requins selon si tu regardes en galette ou sur M6). Du coup je ne sais pas !

      Il faudra que je regarde lequel était Un Voyage Inattendu du coup, le titre ne me dis rien !

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