House III (1989) AKA. The Horror Show

 

House III

(1989)

 

 

Nouveau volet de la franchise des maisons hantées selon Sean S. Cunningham (toujours au poste de producteur), ce House III prend une direction bien différente du fantastique délirante des deux premiers opus, et pour cause. A la base le film se nomme tout simplement The Horror Show et n’a absolument aucun rapport avec la série…

 

 

L’histoire nous montre l’arrestation d’un tueur sadique, Max Jenke, dit “Meat Cleaver” Max (Max le Hachoir) en raison de son arme de prédilection. Arrêté par l’inspecteur Lucas, il est condamné à la chaise électrique. Lucas de son côté essai d’oublier les cauchemars qui le poursuivent depuis cette fameuse arrestation, et va assister à la mise à mort du meurtrier. Seulement Jenke résiste aux décharges électriques et met longtemps avant de mourir, allant jusqu’à prévenir Lucas que rien n’est fini et qu’il va détruire sa vie. Quelques instants plus tard, un parapsychologue est témoin de la résurrection de Jenke dont le spectre (muni d’un hachoir fantomatique !) s’échappe de son enveloppe charnelle pour finalement trouver refuge dans la chaudière de la maison du policier…

 

 

A partir de là l’histoire embraye sur la progressive “folie” de Lucas, assaillit de visions horrifiques et dont le comportement commence sérieusement à faire peur à sa petite famille… Fini le fantastique rigolo et les monstres bien kitch, ce House III, malgré quelques touches d’humour (comme l’apparition du tueur dans un one-man show à la télévision), fait surtout dans l’horreur pure et le gore. Le film débute par exemple sur tout une première séquence nous montrant l’arrestation du tueur: têtes coupées, membres tranchés ou passés au broyeur à viande, ambiance glauque et sale, pas de blagues ou de second degré… Nous ne sommes pas loin du thriller glauque à la Seven.

 

 

Pourquoi une telle différence de ton avec les autres House ? Simple, il ne s’agit pas d’un véritable House III mais, comme dit précédemment, d’un film nommé The Horror Show. Pas d’histoire de maison hantée à proprement parler mais d’un tueur ayant acquis des pouvoirs surnaturels après sa mort. Désormais intouchable dans le monde réel, il peut manipuler la réalité afin de provoquer des hallucinations ou bien pour apparaître lui-même physiquement afin de poursuivre ses meurtres, lorsqu’il ne fait pas carrément fusionner le rêve et le réel. Ainsi les blessures reçues lors d’un cauchemar sont toujours présentes au réveil et, dans la dernière partie du film, on ne sait plus bien si l’on se trouve dans une hallucination ayant prit vie ou s’il y a eu fusion entre l’imaginaire et la réalité (les morts côtoient les vivants et des lieux différents se retrouvent connectés entre eux).

 

 

Alors tout cela ne ferait-il pas penser à l’un des croque-mitaines les plus célèbres de l’histoire du cinéma ? Un certain tueur vivant au pays des rêves et massacrant les adolescents à travers leurs cauchemars ? Il est en effet plus qu’évident que le script de ce faux House III reprend les éléments des films de Freddy Krueger… Les exemples sont nombreux: un tueur scarifié (mais on se limite ici à une balafre) et possédant son arme préférée (un hachoir plutôt que les griffes), exécuté et brûlé (la chaise électrique plutôt qu’une vengeance par le feu), qui peut entrer dans les rêves et y blesser ses victimes mais également se matérialiser subitement. On retrouve aussi des lieux connus de la série du grand brûlé d’Elm Street, comme la chaudière de la maison ou encore l’usine à chaufferie, sans parler de la présence d’une petite fille blonde fredonnante qui n’est pas sans faire écho aux gamines à la corde à sauter récitant la fameuse comptine “One, two, Freddy’s coming for you”. Et en poussant un peu on pourrait même trouver une certaine ressemblance entre les personnages de flics de Lance Henriksen (pour ce House III) et de John Saxon (pour Les Griffes de la Nuit).

 

 

Si en plus on rajoute à cela l’existence d’une accroche pas piqué des hannetons (“You’ll wish you were back on Elm Street”) ainsi que le fait que Cunningham, producteur du film, fut également celui du premier film de Wes Craven (La Dernière Maison sur la Gauche) et qu’il a réalisé une scène des Griffes de la Nuit (non crédité au générique), il apparaît plus qu’évident que tout cela n’est pas innocent… Il faut dire aussi que Cunningham a commis le premier volet de la grande série des Vendredi 13, alors tout aussi célèbre que celle des Freddy, et il est amusant de noter que l’année précédent ce House III, le septième Vendredi 13 venant de sortir devait en fait être l’épisode marquant le fameux crossover Freddy vs. Jason, avant qu’un désaccord n’annule le projet !

 

 

Bien que produit par une autre compagnie, on peut quand même se demander quelle étrange affaire se trame derrière la création de ce film, d’autant que l’histoire ne s’arrête pas là. En effet The Horror Show ressemble de façon trop flagrante pour que cela soit une coïncidence à un autre film de Wes Craven, à savoir Shocker… Réalisé par le créateur de Freddy, l’œuvre possède une trame similaire en tout aspect. Il est fait état de l’arrestation de Horace Pinker, tueur redoutable qui fini sur la chaise électrique mais qui utilise la magie noire et l’électricité pour revenir d’entre les morts afin de perpétuer ses crimes…

 

 

Autant The Horror Show peut être considéré comme une reprise des Griffes de la Nuit tant les éléments s’en rapprochent, autant il n’y a pas de doute possible quant à un repompage flagrant lorsque l’on compare le film avec Shocker… Dans les deux cas le film débute sur une connexion entre leur tueur et le héros par le biais de rêves, dans les deux cas le tueur est arrêté et envoyé à la chaise électrique avant de ressusciter (Pinker par le biais de magie, Jenke s’étant carrément habitué à s’envoyer des décharges de plus en plus fortes comme on le ferait avec du poison, pour s’habituer à l’électricité et s’en servir pour accéder à une autre forme de réalité !), et dans les deux cas l’assassin ne cesse de tourmenter le responsable de son arrestation. Évidemment l’approche est parfois différente (The Horror Show reste sur son délire réalité / hallucination tandis que Shocker mélange le fantastique et les fantômes avec la science-fiction, via son tueur électrique capable de se téléporter ou d’entrer différentes chaines de télévision) et le ton général n’a rien à voir (The Horror Show reste très sérieux dans ses grandes lignes alors que Shocker fait preuve d’un humour par ailleurs très mal venu notamment dans un final complètement casse-gueule), mais il semble clair que l’un à bien copié sur l’autre.

 

 

Étant donné que Craven a créé Freddy et reprend le thème des rêves (comme dans beaucoup de ses films), on serait tenté d’attribuer la mauvaise action à The Horror Show, celui-ci changeant carrément de titre comme s’il ne s’assumait pas. Cependant il faut noter que c’est celui-ci qui fut le premier à sortir, et même six mois avant le film de Wes Craven. Ce dernier aurait-il alors repris l’idée du scénario d’un film inspiré de son précédent succès ? Tout cela reste très flou et pour couronner le tout, The Horror Show voit l’un de ses scénaristes, David Blyth, se réfugier derrière le fameux pseudonyme Alan Smithee. Quant on sait qu’il fut même viré du poste de réalisateur après deux ou trois jours de tournage, il y a franchement de quoi se poser pas mal de question…

 

 

Et avec tout ça, pourquoi le film s’est vu entrer dans la série des House ? Et bien en fait c’est Cunningham lui-même qui décida de retitrer le film pour son exportation commerciale dans le reste du monde, afin d’assurer une meilleure vente sans doute. Reste que malgré tout on peut trouver un ou deux éléments le rapprochant de la franchise (la maison abritant un fantôme revanchard, les créatures grotesques et les autres lieux / dimensions…) et c’est en raison de l’existence de ce titre que le véritable prochain film de la série se nomme House IV (alors qu’il s’agit du véritable House III donc).

 

 

La conception de House III c’est un véritable foutoir dans lequel il est très difficile de s’y retrouver, et dont on se moque un peu au final. Qu’en est-il du film lui-même ? Et bien même si le budget n’est pas faramineux et qu’il reste un esprit très daté eighties par moment (comme le passage où le fils se met à faire gratuitement du playback sur du vieux Heavy Metal dans sa chambre, ce qui n’est pas sans rappeler une scène presque similaire dans… La Revanche de Freddy !), il faut avouer que cette série B est très plaisante ! En tout cas bien supérieur à Shocker

 

 

Le film cumule plusieurs défauts, notamment une réalisation très plate qui donne à l’ensemble un côté téléfilm plutôt dérangeant, sans parler d’un générique de début bien perturbant (un film de famille lors d’un barbecue) et d’une fin au happy-end plus qu’exagéré (on fait survivre toute la petite famille, y compris le chat !). Mais, Ô surprise, alors que l’on s’attend à des meurtres hors-champs – ce qui est quand même un peu le cas – ce House III se révèle être sympathiquement gore et recèle de quelques passages chocs, comme l’apparition du visage du tueur dans le ventre de la fille enceinte de Lucas (Dedee Pfeiffer, la sœur de Michelle), la transformation d’une dinde rôtie en créature farfelue mais cauchemardesque ou encore ces jambes humaines dépassant d’un immense broyeur à viande encore en route… A cela se rajoute des petits plaisirs comme la présence du grand Lance Henriksen dans le rôle du policier, et du regretté Brion James (inoubliable “gueule” du cinéma) dans celui du tueur, reprenant par ailleurs son rire si particulier qu’il utilisait déjà dans Mort sur le Grill de Sam Raimi. Leur présence est évidemment un “plus” tirant le film vers le haut, de même que les excellents effets spéciaux des gars de KNB.

 

 

La musique est toujours assurée par le prolifique Harry Manfredini, abonné aux productions de Cunningham. S’il livre ici un piètre score peu inspiré, il pose quand même sa patte en composant une très belle mélodie au ton onirique lors d’un passage – heureusement – muet, conférant à la scène une atmosphère angoissante bienvenue. Et pour continuer avec les abonnés, il est presque évident que l’on y retrouve le cascadeur Kane Hodder au générique.

 

 

Plat, impersonnel et parfois très maladroit tant artistiquement que techniquement – on relève pas mal d’erreurs apparentes, notamment lors de la mort de l’équipier de Lance Henriksen (Terry Alexander, vu peu de temps auparavant dans Le Jour des Morts-Vivants), censé être démembré mais dont on peut apercevoir les mains cachées dans son dos au moment où, pendu à une chaîne, il pivote sur lui-même – House III avait toutes les chances d’être un produit bas de gamme tout juste bon pour une soirée nanar, mais la présence des deux acteurs principaux (qui se retrouveront brièvement en 1995 dans le très sympa Bad Company de Victor Salva) et les bons effets spéciaux le rendent très sympathique et agréable à regarder malgré tout.

 

 

En bref beaucoup de défauts et peu de qualités en contrepartie, mais celles-ci sont des valeurs sûres ! On peut vraiment dire que le film revient de loin…

 

 

2 comments to House III (1989) AKA. The Horror Show

  • Madeleine Tenebrarum  says:

    Excellent ! Ce que j’aime chez L’Imaginarium, ce sont toutes ces séries B un peu oubliées que tu fais revivre le temps d’une chronique. Pour ce House III, je me souviens d’un passage sur Canal + il y a un bail. Je l’avais loupé à l’époque et, depuis, je n’ai jamais eu de seconde chance… Un film avec les grands Lance Henriksen et Brion James se doit d’être vu !

    • Adrien Vaillant  says:

      En effet le duo Henriksen / James est bon. Vraiment bon, et peut-être trop pour une série B aussi mal branlée que celle-ci, mais au moins ils assurent le spectacle et permettent au film d’exister au-delà de ses seuls effets spéciaux.

      Je te remercie en tout cas, j’apprécie beaucoup le message !

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