Jason X – Special (2005)

 

Jason X

Special

(2005)

 

 

Quelle étrange idée que d’inclure l’Über Jason de Jason X dans la licence House of Horror. Parmi les autres icônes de la New Line Cinema que sont Freddy, Leatherface et le véritable Jason Voorhees, cette version cybernétique semble faire tâche puisque trop récente, trop différente, et n’ayant finalement eu a son actif qu’une courte apparition au sein d’un unique film. La moitié de la fanbase de Vendredi 13 le déteste et ceux qui ont manqué ce dixième volet pourraient même ne pas reconnaitre le zombie de Crystal Lake derrière sa belle armure à la Terminator. Voilà donc un titre qui ne risque pas d’attirer le lectorat autant que ses compagnons.
Il faut également rappeler qu’à cette époque, Avatar Press organisait un revival pour certaines Bad Girls, des anti-héroïnes de la période Extrême des années 90s, avec l’inclusion de séquences pornographiques pour justifier ce retour. Un gimmick valant parfois aux différentes séries le rajout d’un beau “X”. Ainsi Razor devint Razor X, et Widow généra Widow X. Fallait-il croire que Jason X était une version érotique des aventures du tueur au masque de hockey ? Non bien sûr, mais tout ça pour dire que le nom même de “Jason X” n’est pas particulièrement vendeur.

 

 

L’avantage de cette licence en revanche, c’est de pouvoir y faire du Vendredi 13 sans refaire du Vendredi 13. Jason demeure, mais avec un aspect radicalement différent, de nouvelles capacités et même une personnalité autre pour ceux qui veulent bien l’explorer (dans le film, une scène jamais tournée le confrontait à une copie de sa mère qu’il détruisait sans montrer le moindre remord, signe que l’upgrade high-tech qu’il avait reçu l’avait totalement changé). Le côté SF permet d’inclure tout un tas de gadgets et de concepts jamais utilisable autrement et ainsi d’injecter un peu de sang neuf dans une franchise autrement vite limitée et vouée à la répétition. Une parodie de Star Trek ? C’est possible. Voyage temporel ? Délire virtuel à la Cobaye ou Tron ? Exploration des nanomachines ? Imaginez un peu un remake du Voyage Fantastique mais à l’intérieur de l’Über Jason, dont les anticorps régénérant se révèleraient être aussi meurtrier que lui !
L’air de rien, la licence engendrera plusieurs produits dérivés comme une superbe figurine chez McFarlane Toys (la défunte collection Movie Maniacs), une série de romans et ces quelques comics qui forment une série plus courte que les autres licences House of Horror

 

 

Outre ce numéro Special qui sert d’introduction (précisions ici sur le fonctionnement de l’éditeur), la mini-série suivante ne contiendra que deux numéros plutôt que trois, et Avatar Press ne chercha même pas à lui donner un one-shot Fearbook pour conclure. Peut-être un choix volontaire du fait de la faible attirance du lectorat pour Über Jason, ou peut-être par pur dépit étant donné que personne ne semble savoir écrire un slasher science-fictionnel ! Ce numéro est d’ailleurs l’une des œuvres les moins inspirées de leur catalogue, pratiquement incompréhensible tant les divers éléments qui la compose n’ont aucun sens. Aucun sens dans l’univers général, ni même dans le récit où ils sont utilisés. C’est pourtant Brian Pulido (fondateur de Chaos! Comics, papa de Evil Ernie et de Lady Death, et vétéran des comics d’horreur ultra-violent) qui pond le scénario – sans doute à toute vitesse entre un Friday the 13th et un Massacre à la Tronçonneuse.
Son histoire commence pourtant plutôt bien, se plaçant comme une suite immédiate des évènements de Jason X. Nous retrouvons alors Über Jason tandis qu’il se crash sur Terre II et que deux teenagers sont témoin de sa chute dans un lac, la seule entorse au film étant que le tueur conserve ici son masque…

 

 

Mais bien vite quelque chose cloche et il semble que les évènements ne sont pas du tout ceux que l’on imagine. Les adolescents, excité par l’idée d’une découverte scientifique, décident subitement de s’envoyer en l’air tout en récitant des termes scientifiques ! “Science makes me horny” dit la jeune femme. Jason émerge alors de son cratère, indemne, et les pulvérises en lançant un tronc d’arbre géant sur eux. Et il apparait que toute la scène est fausse, en fait une simulation holographique comme on pouvait déjà en voir dans Jason X. Les personnes croisées et exterminées par Jason sont tous des androïdes semblables à KM-14, tandis qu’une certaine Kristen observe les évènements.
Car celle-ci a capturée Jason Voorhees après avoir hackée les communications du Grendel, apprenant sa découverte par l’équipe étudiante et ayant observée tout ce qui s’est passé à bord. Et ainsi Jason X, la BD, opère un retcon difficile à avaler, expliquant que toute la dernière partie de Jason X, le film, était une simulation orchestrée par cette femme mystérieuse. L’approche vers Terre II, le sauvetage in-extremis des survivants et l’éjection dans l’espace d’Über Jason ne s’est jamais déroulé et tout n’était qu’hologrammes afin de piéger le mort-vivant.

 

 

Théoriquement cela devrait signifier que le couple de héros, l’androïde et même Peter Mensah devraient être encore vivant et eux aussi prisonniers de la simulation, mais Kristen semble claire sur le fait que tout le casting du film mange désormais les pissenlits par la racine. Jason, quant à lui, fini par repérer qu’il ne se trouve pas dans la “réalité” et attaque, obligeant sa geôlière à employer différents moyens pour le neutraliser: une représentation de la tombe de sa mère afin de le surprendre, puis l’envoi de milliards d’infantry-nites, un équivalent des nanomachines guérisseuses vu dans Jason X mais ici militarisées et armées de mini-canons ! Submergé, le monstre est rendu inconscient et transporté dans un laboratoire où il est lourdement emprisonné.
L’intrigue tourne encore une fois autour de ses fabuleux pouvoirs régénérant, qui ici pourrait sauver la race humaine. Car il semble que celle-ci soit mourante, victime d’une sorte de maladie, et Kristen cherche désespérément à trouver un remède contre ce mal. Elle n’est pas une horrible personne donc, malgré que ses actions l’aient contrainte à tuer les survivants du Grendel – ce qu’elle regrette – et elle est d’autant plus motivée que son petit ami agonise lentement.

 

 

Voilà une idée bien bizarre qui ne semble pas du tout raccord avec le film où l’humanité est fleurissante, vivant à travers des planètes et des vaisseaux-mères dans un univers où la nanotechnologie permet des miracles. Cela aurait sans doute fonctionné si seule l’héroïne et son fiancé auraient été contaminé, et d’ailleurs c’est cet angle que revendiquait Avatar Press à travers le synopsis officiel de la BD. Cela aurait permis de garder la même histoire et la même fin tragique tout en laissant une porte ouverte pour les autres aventures de Jason dans l’espace. Ici, cela n’a tout simplement aucun sens. Si Kristen ne veut pas être la dernière humaine, pourquoi sacrifier le Grendel plutôt que de les aider simplement ? Si la race humaine est mourante, pourquoi l’héroïne de Jason X n’a pas été prévenue lors de son réveil cryogénique ? Et faut-il croire que les androïdes, pourtant dépendant des humains, s’amusent à se balader seuls dans l’espace pour s’amuser, boire et baiser ?
Bref, cela ne fonctionne pas et même si l’idée de Jason annihilant malgré lui la totalité de l’espèce humaine a quelque chose de séduisant, ce n’est sans doute pas la meilleure façon de débuter une série !

 

 

Mais le pire reste à venir, car il faut bien que le scénario permette à Jason de s’échapper de sa situation et la raison développée par Brian Pulido n’a encore une fois aucune logique. Ainsi, alors que les machines prélèvent un échantillon de tissu sur sa personne, le monstre est réveillé par une voix dans sa tête: celle de sa propre mère ! Madame Voorhees a été virtuellement ressuscitée sans aucune raison apparente, incitant son fils à se rebeller et l’aidant pour ce faire en… contrôlant la technologie du vaisseau ! Pourquoi, comment ? Aucune explication, cela arrive juste subitement: “Somehow, I’m back in the machines !” s’exclame t-elle.
On peut supposer qu’il s’agit là d’une corruption de l’holo-deck, le vaste programme de simulation virtuelle où fut coincé Jason un peu plus tôt, car alors qu’il observait la tombe de sa génitrice, il fut alors frappé par la foudre (holographique). Peut-être que l’esprit malade du mort-vivant a alors “contaminé” l’ordinateur qui génère alors cette intelligence artificielle. Ou peut-être que le fantôme de Pamela est vraiment là pour veiller sur son fils, allez savoir. Toujours est-il que cela ne fonctionne pas et rend le script encore moins simple à comprendre… Dans tous les cas, elle s’échappe du cerveau d’Über Jason et débloque les entraves du prisonnier qui s’évade – désormais armé d’une machette sortie de nulle part.

 

 

Les infantry-nites rechargeant, il n’y a désormais plus rien pour le stopper et Kristen prend la fuite alors que les différents robots tentent, en vain, de stopper la créature. Il y a d’abord son assistante Michelle, qui cache un canon lance-flammes dans sa bouche, puis un équivalent des soldats vu dans le film et enfin tout un tas de robots servant d’équipage et agissant comme tel, prenant apparemment du bon temps dans une représentation virtuelle d’un camp de vacance. Cela permet un massacre à l’ancienne, avec pour seule différence que le métal remplace les os et les gerbes d’étincelles les flots de sang. Sauf lorsque l’illustrateur se plante et qu’il dessine le gore comme s’il s’agissait de véritables personnes.
Alors à défaut d’intrigue intéressante, est-ce que la violence vaut le coup ? Moyennement. Elle semble plus être là par obligation qu’autre chose et le fait que chaque victime soit artificielle désamorce un peu la brutalité des coups. Bien heureusement le scénariste semble avoir compris que l’Über Jason est censé être encore plus puissant que l’original et ses méfaits sont exagéré à l’extrême. Il arrache un arbre et broie un couple fornicateur, tranche un androïde dans le sens de la longueur d’un seul coup de machette, met littéralement en pièce une escouade de combat en quelques coups, et lorsqu’une victime se cache dans une cabane à outil, il lance une tête coupée dans sa direction avec une telle force que le crâne défonce la porte puis fait traverser l’autre mur à la victime !

 

 

Sans pitié, il torture presque certaines proies, plongeant quelqu’un dans un feu de camp ou pressant un visage sur une plaque chauffante. On retrouve même un globe oculaire planté sur la pique d’une clôture. Mais il faut accepter que, d’une part, ce sont des robots qui ont peur, hurlent et cherchent à se cacher, mais surtout que les mise à mort ont lieu dans un environnement supposé virtuel – intangible, et que logiquement rien de tout ça ne devrait arriver. Le feu virtuel ne brûle pas, les armes virtuelles ne tranchent pas, les débris virtuels ne peuvent pas affecter quelqu’un.
Dans Jason X, lorsqu’un soldat se fait décapiter par Jason dans le simulateur, sa tête parle encore puisque ce n’est pas son véritable corps, et ce n’est que lorsqu’il déconnecte le jeu vidéo que le tueur peut enfin l’atteindre. Et lorsque le héros programme des campeuses idiotes pour le distraire, elles sont quasi immortelles. Il aurait suffit d’une réplique pour arranger les choses, et mentionner l’existence d’un protocole de sécurité modifiable comme avec la Salle des Dangers des X-Men… Autre problème: les androïdes semblent mourir comme les humains, même si KM-14 survivait après avoir eu la tête arraché, et si certains peuvent s’auto-détruire en provoquant une explosion titanesque, cela n’arrive qu’une seule fois, juste pour caser un peu d’action.

 

 

Et ça continu jusque dans l’anatomie parfaite de ces automates. Dans le film, l’androïde cherchait à séduire son créateur et réclamait de faux tétons afin d’avoir une poitrine crédible. Ici tous apparaissent à demi-nu et visiblement complet jusque dans le moindre détail. Du coup on fini par s’y perdre, à ne plus trop savoir a qui l’on a affaire, et au final même le coloriste se plante, donnant aux robots du sang parfois blanc, comme les Artificiels d’Alien, parfois rouge, comme dans Terminator. On se contente de suivre les pages sans chercher à comprendre, à s’impliquer, et Brian Pulido nous achève lorsqu’il donne à Pamela Voorhees des répliques comme “Not so fast, bitches !” avant de lui faire tuer les héros de façon plutôt gratuite, comme c’est souvent le cas chez Avatar Press.
Si Über Jason est expédié dans l’espace via une capsule de sauvetage, l’IA de sa mère manipule les infantry-nites qu’elle dissimule dans le corps du patient de Kristen, qu’elle manipule comme un pantin. Elle est ensuite abandonnée à son sort, regrettant de ne plus avoir Jason auprès d’elle alors qu’elle devrait être capable de piloter le vaisseau pour le rattraper…
Bref ce Jason X – Special est un bordel monstrueux, difficile à comprendre et qui n’a aucun sens sur plein de détails différents. Gageons que son auteur était très mal à l’aise avec la science-fiction et incapable d’en comprendre les éléments les plus simples.

 

 

Fort heureusement Mike Wolver, son successeur sur la série, ignorera tout de ce one-shot mal foutu. Si cette absence de communication entre les écrivains étaient maladroite et décevante pour la série Friday the 13th, c’est ici une véritable bénédiction. La mini-série, intitulée Jason vs. Jason X, peut ainsi se permettre de délirer sans avoir à reprendre les concepts stupides comme la fin de la race humaine, l’intelligence artificielle basée sur Pamela Voorhees et les hologrammes inconsistant.
Mais si ce Special sert de preuve pour dire que licencier la version futuriste du zombie de Crystal Lake n’était pas une bonne idée, entre un personnage méconnu et polémique, et la mauvaise utilisation des éléments SF, il faut toutefois reconnaitre qu’il y a là un gros potentiel qui aurait mérité un bien meilleur investissement de la part des créatifs. Le prochain comics le démontrera, et celui-ci, à défaut d’être bon, à au moins le mérite d’être agréable à regarder. C’est Sebastián Fiumara qui régale et, contrairement à Friday the 13th: Fearbook où il était prit par le temps et avait bâclé le travail avec l’aide de son frère, il prend ici le soin de fournir un grand nombre de détails à ses illustrations. Il reste très respectueux du design proposé dans le film et n’en dévie pas, allant même jusqu’à vêtir ses héroïnes de la même manière: Kristen porte la tenue d’Adrienne, la scientifique qui se fait congeler la tête, et son assistante est vêtue comme Janessa, l’étudiante sexy qui se tapait son professeur.

En comparaison du travail de Pulido, c’est honnêtement toujours ça de pris !

 

 

 

GALERIE

 

       

       

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>