House (1986)

 

House

(1986)

 

 

La franchise des House est assez chaotique, possédant deux premiers films à la fois très semblables dans leurs constructions mais pourtant très différents, ainsi qu’un faux numéro trois, en fait un film retitré afin d’assurer une meilleure vente, et un quatrième opus plutôt mauvais et à l’histoire presque incompréhensible. Ce premier House, qui vit le jour par un grand hasard, est de loin le meilleur de la série et bénéficie d’ailleurs d’une excellente réputation.

 

 

House remonte à l’époque où Steve Miner avait pour projet de faire un remake de Godzilla. Malgré un accord avec la Toho, le réalisateur ne trouva jamais de financement et le projet ne vit pas le jour (jusqu’à l’arrivée de Roland Emmerich des années plus tard, mais ceci est une autre histoire). Fred Dekker, qui avait déjà commencé le scénario (Steve Miner s’occupant lui du design général), apporta alors l’idée de House que le producteur Sean S. Cunningham (créateur de la série Vendredi 13 et réalisateur du premier film) qui le propose à Steve Miner, les deux hommes se connaissant depuis longtemps, Miner ayant œuvré sur La Dernière Maison sur la Gauche, produit par Cunningham, et réalisé les deux premières suites de Vendredi 13. D’ailleurs pour rester dans l’esprit de famille on peut aussi noter la présence de Harry Manfredini, compositeur attitré de la franchise qui offre ici une musique conférant une identité propre au film (bien qu’usant toujours un peu trop des cordes aux sons grinçants), ainsi que Kane Hodder, interprète régulier de Jason pendant quelques films, bien évidemment au poste de cascadeur.

 

 

Tout comme Miner et Dekker, la plupart des personnes travaillant sur le projet Godzilla se retrouvent sur le tournage de House. Est-ce pour cela que les créatures du film possèdent un look aussi volontairement grotesque, et pourtant très novateur pour l’époque ? En tout cas, on peut s’estimer heureux que l’équipe du film n’ait pas prit House comme un mauvais lot de consolation et ait décidée de livrer un bon film.

 

 

House présente la situation désespérée de Roger Cobb (William Katt, les cheveux bien moins frisés que dans Carrie), écrivain renommé dont le fils à mystérieusement disparu. Après son divorce et ses problèmes dus à la préparation de son nouveau livre qu’il voudrait baser sur ses souvenirs du Vietnam, au grand dam de son éditeur, voilà que sa tante se suicide dans son ancienne maison. Son fils s’étant justement volatilisé au même endroit, Cobb décide de s’y installer le temps de finir son livre et d’affronter ses cauchemars. Mais il va vite s’apercevoir que sa tante n’avait pas tort lorsqu’elle prétendait que la maison était hantée…

 

 

Soucieux d’injecter un peu d’originalité à cette histoire classique, les responsables du film décident de donner dans la comédie sans pour autant trop abuser, et confectionnent une série de créatures loin des basiques apparitions spectrales. House devient une foire aux monstres complètement délirante où l’on se demande sans arrêt sur quoi on va tomber. Leur look, grossier sans pour autant être ridicule, donne l’impression que le film est tiré d’une histoire des EC Comics (les célèbres Tales From the Crypt) tant l’aspect général du film devient improbable. C’est ainsi qu’un espadon, trophée de pêche, se met à se décoller de son mur alors que chaque nuit, à minuit précise, s’échappe du placard un gigantesque monstre très lovecraftien. Une femme se transforme soudainement en une vilaine créature tout en gardant sa robe et les outils de la cabane se mettent à léviter pour poursuivre notre écrivain. Et on ne parle pas de ce brave zombie soldat se plaignant de tomber en panne de munitions alors qu’il revient d’entre les morts.

 

 

Le côté comédie colle bien à cette ambiance et reste raisonnable, n’allant pas faire du film une vulgaire parodie irrespectueuse. Cependant il faut noter des passages véritablement hilarant comme la séance de dédicaces au début du film, où Cobb voit ses plus grands admirateurs n’être qu’une bande de freaks. Celui où il planifie la prise en photo du monstre du placard, s’en allant sortir de sa maison sur les genoux et en levant les bras en poussant un cri victorieux alors que son voisin vient promener son chien ; ce même voisin (George Wendt, comédien sympathique qui n’est pas sans renvoyer à John Goodman) racontant à Cobb a quel point il trouvait la précédente propriétaire cinglée avant qu’on ne lui rétorque qu’il s’agissait de sa tante, ou encore l’enterrement d’un monstre dans le jardin sous fond d’une superbe musique rétro et décalée (You’re no Good de Clint Ballard Jr.) tandis que la voisine se baigne dans la piscine d’à côté. Et comment oublier ce passage où un chien vient justement déterrer une main encore animée, laquelle Cobb retrouve dans le dos d’un petit garçon que sa voisine lui confie pour la nuit ? De grands moments de délire comme le script en contient beaucoup, à l’instar de ces fenêtres dimensionnelles cachées dans la maison: une porte donne sur une falaise vertigineuse, un placard cache la jungle du Vietnam et un miroir s’ouvre sur un monde ténébreux remplis de créatures indicibles (là encore inspiration lovecraftienne). House cumule les séquences les plus invraisemblables mais n’oublie pas de garder un minimum de sérieux. Ainsi le suspense reste efficace et les monstres sont quand même synonyme de danger.

 

 

A parler du Vietnam, House en propose bien entendu quelques flash-back par ailleurs plutôt bien réalisés malgré le budget réduit du film et les décors en studio bien visibles, qui présentent le charismatique personnage de Big Ben, soldat dingo qui revient sous forme de zombie revanchard à la fin du film: fantôme de la guerre à la fois psychologique et physique qui hante Cobb depuis son retour aux États-Unis et qu’il doit affronter pour en finir une bonne fois avec ses démons intérieurs.

 

 

Pur film des années 80, House possède un certain charme dû à ses techniques dépassées en matière d’effets spéciaux (marionnettes, costume en latex, stop-motion). De quoi offrir un spectacle visuel réjouissant et totalement dans l’esprit carnaval du film.

 

 

Présenté au Festival d’Avoriaz de 1986, House est une sympathique série B très divertissante et plaisante à regarder. Du bon Fantastique assurément fun.

 

2 comments to House (1986)

  • Rigs Mordo  says:

    Tu sortais déjà de la bonne came il y a dix ans, mon salaud. Un film que j’ai toujours voulu voir, j’avais vu le 2 quand j’étais mioche mais pas le premier. Je ne peux donc pas trop en causer pour le coup, navré, mais les monstres me font toujours un peu d’effet. Ils ont un coté Evil Dead 2 certainement pas déplaisant! Je ne savais pas avant t’avoir lu qu’il y avait un coté un peu Beetlejuice (les portes qui donnent sur la falaise etc). Faudra vraiment que je le choppe !

    • Adrien Vaillant  says:

      Dreampunk28 janvier 2015 à 22:00

      Tu rigoles, il y a dix ans j’apprenais à peine à écrire correctement et je me tire les cheveux rien qu’à relire les chroniques quand je transfert sur le blog !

      Quoiqu’il en soit, Beetlejuice ! En effet ! Ça ne m’étais pas venu en tête mais maintenant que tu le dis il y a effectivement une petite ressemblance, c’est super bien vu ! Le film te plaira, c’est totalement garanti. Je me le refais toujours une fois de temps en temps celui-ci.

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