Leprechaun 3 (1995)

 

Leprechaun 3

(1995)

 

Scott. Come over to the Green Side. I’ll make you rich.

 

 

Les retours sur investissements de Leprechaun 2 ont dû être suffisamment bon pour engendrer un nouveau film, mais pas assez pour justifier la sortie de celui-ci sur les grands écrans. Retour à la case départ – et au rayon vidéo – pour la franchise, avec ce Leprechaun 3 sorti là encore tout juste un an après le précédent. Les coupes budgétaires se ressentent fortement et tout au long du film il est possible de pointer du doigt les petits “défauts” liés à la production, entre des recyclages de plans, les allez-retour des protagonistes dans les mêmes lieux, quelques imperfections dans les effets spéciaux et, étrangement, d’occasionnelles soucis de mise au point avec la caméra !
Pour autant, s’il n’est pas le meilleur opus de la série techniquement parlant, ce troisième film peut au moins se targuer d’être le meilleur opus de la série tout court. Car grâce à un réalisateur talentueux et plein d’humour, cette séquelle surpasse le carcan de petite série B de commande tournée en vitesse pour s’imposer comme une véritable comédie horrifique, pleine de personnages loufoques et de situations délirantes. Voyez les choses de cette manière: si l’on retirait le farfadet et ses pouvoirs magiques, le monde de Leprechaun 3 survivrait à travers son propre film.

 

 

Ce miracle on le doit à l’Australien Brian Trenchard-Smith, un vétéran du cinéma de genre qui a notamment réalisé le très divertissant Les Traqués de l’an 2000. Il fut aussi coupable d’un Night of the Demons 2 qui égale au moins l’original tout en se montrant bien plus créatif. Autant dire qu’il est l’homme de la situation puisqu’il comprend parfaitement la série B et qu’il sait exactement comment approcher la série Leprechaun. Généreux, il compense le manque de moyen par des avalanches de gags visuels, des répliques mémorables et des protagonistes atypiques qui sont au moins tout autant intéressant à suivre que le lutin Irlandais.
Il est bien aidé par le scénariste, David DuBois, qui certes n’a pas fait grand chose valant la peine d’être mentionné (Future Shock, une anthologie à la Creepshow portée sur la SF plutôt que l’Horreur), mais qui livre ici une histoire bien plus fun, décomplexée et surprenante que les précédentes. S’inspirant tout particulièrement d’une des meilleurs scènes de Leprechaun 2, celle du vœu qui tourne mal à la façon d’un Wishmaster, il livre un script sincèrement prenant où l’on rit autant de la vie que de la mort des personnages et où il peut se passer à peu près n’importe quoi.

 

 

L’intrigue fait totalement fi des origines du lutin, et encore une fois les règles changent. Ici on ne sait pas d’où il vient ni quel est son âge, et il débute l’aventure à Las Vegas sous forme de statue, paralysé par un talisman magique qu’on lui a placé autour du cou. Une ancienne victime, estropiée et désirant quitter la ville au plus vite, le revend pour une poignée de dollars à un prêteur sur gage avec pour avertissement de ne jamais retirer le médaillon. Évidemment celui-ci n’obéit pas et le petit monstre revient à la vie. Une lutte s’engage entre les deux, le marchand désirant récupérer l’or du farfadet, et bien sûr le gnome se débarrasse du voleur afin de récupérer son bien. Sauf qu’une pièce d’or s’est égarée dans la bataille et que celle-ci est récupérée par un visiteur inattendu.
C’est Scott, un jeune homme même pas majeur visitant la ville avant de rejoindre sa Fac. En chemin il croise la belle Tammy, qui travaille dans un casino comme assistante magicienne. Suite a un problème de voiture, il la dépanne et lui demande en échange de le faire entrer le bâtiment puisqu’il n’a pas l’âge légal pour y aller lui-même. Celle-ci accepte à contre-cœur, le suppliant d’être discret et de ne surtout pas jouer aux tables. Mais la tentation est forte et le jeune idiot, pensant pouvoir faire fortune, perd toute sa bourse d’étude à la roulette…

 

 

Pour se refaire, il file au prêteur sur gage le plus proche afin de lui revendre sa montre. C’est là qu’il découvre le cadavre et la pièce manquante, tandis qu’un logiciel informatique sur le Petit Peuple lui transmet l’information que le trésor du Leprechaun a le pouvoir d’exaucer les souhaits. Perturbé par la situation, il s’empare du Schilling et fait le vœu de revenir au casino afin de récupérer tout son argent. Cela fonctionne et le lutin va alors écumer Las Vegas à la recherche du jeune homme et de son or. En chemin il va faire de nombreuse rencontre, d’un sosie d’Elvis à un mauvais magicien, se laisser distraire par les jeux de hasard où il excelle évidemment, et surtout massacrer tout ceux qui osent utiliser son butin afin de réaliser leurs plus grands désirs.
Autant le dire, le petit monstre n’est plus simplement l’antagoniste, il est désormais la véritable vedette du film. Son temps de présence à l’écran est multiplié et Warwick Davis s’éclate dans le rôle, considérant même Leprechaun 3 comme son opus préféré de la saga. Désormais ultra vulgaire, le farfadet tend le majeur à tout va (y compris dans la mort !) et insultes constamment son entourage même lorsqu’il fait ses rimes (“For pulling this trick, I’ll chop off your dick !”). Un vrai festival.

 

 

Il n’a rien perdu de son agressivité, continuant à mordre et mutiler ses adversaires: au commerçant Hindou qui le dérobe, il lui arrache un orteil et un morceau d’oreille (“I love Indian food ! So spicy !”), à celui qui le trouve moche, il arrache un œil du bout de sa canne, et à celui qui l’insulte, il lui fait gober une pièce et tire sur son bras pour lui faire vomir des jetons comme s’il était une machine à sous. Il utilise sa magie pour faire décocher la flèche de pierre d’une statue d’angelot et raye une limousine avec ses griffes juste pour faire chier le monde, quand il ne fait pas apparaitre une de ses propres merdes (verte !) dans la main d’un type qui veut lui faire un tour de carte:

«– Ça pue, lève ton pied que je vois ?
– Mais c’est pas mon pied, c’est ma main !
– Oh mon Dieu…»

C’est dire à quel point le film tient limite du one man show avec Warwick Davis dans le rôle de l’animateur. Celui-ci enfile des tas de déguisements (avocat, infirmière, prédicateur, voyante), parodie Star Wars au son d’une musique qui fait subtilement écho au thème de Darth Vader, fait un duo d’imitation d’Elvis avec un sosie, et n’hésite même pas à faire l’autostoppeur quand ses proies s’enfuit en voiture, envoyant même chier ceux qui le klaxonne !

 

 

Il se permet même d’être bad-ass, comme lorsque son ombre apparait sur le mur en un clin d’œil au Nosferatu de Murnau, où quand Scott lui plante un couteau dans le front avant de le défenestrer du haut d’un immeuble. “La prochaine fois, je prendrai l’ascenseur” déclare t-il en se relevant comme un Terminator miniature, la lame toujours fichée dans le crâne. Mais la véritable attraction reste bien sûr sa terrible vengeance à l’encontre des voleurs. Et comme son Schilling perdu réalise les souhaits, le Leprechaun rivalise d’ingéniosité pour transformer leurs rêves en cauchemars: à un pervers, il trafique sa télé afin que l’actrice porno qu’il regardait sorte de l’écran pour le séduire. Seulement il s’agit d’un horrible sexbot qui finira par l’électrocuter. Le prestidigitateur qui rêvait d’être une star se retrouve dans le rôle de La Femme Coupée en Deux, son public acclamant alors sa mise à mort à la tronçonneuse en pensant qu’il s’agit d’un simple tour. Et celle qui désirait un corps de rêve voit ses attributs grossir démesurément: fesses, seins et lèvres pulpeuses qui inventent alors le duckface bien avant Internet. Quand elle explose, coincée dans un encadrement de porte, le Leprechaun sort le parapluie…
Jamais la saga n’a été aussi folle et créative, et hélas jamais elle retrouvera a un tel niveau, les successeurs se contentant d’imiter ou de faire moins bien.

 

 

Le risque avec tout ça, c’était de rendre les séquences sans le lutin fades et ennuyeuses et les autres personnages forcément lassant. C’est là que tout le génie de Leprechaun 3 se révèle, puisque chaque protagoniste se trouve être passionnant à sa façon ! Il y a Gupta, le prêteur sur gage au fort accent indien qui tombe en morceau progressivement à force de provoquer le farfadet. Mitch, propriétaire obsédé sexuel du Lucky Shamerock, dont la chambre est un sommet de beaufitude baptisé le Pleasure Palace. Arthur et Tony, deux mafieux ridicules qui cherchent à être intimidant alors qu’ils philosophessur leurs sous-vêtements (et la version française de leur faire reprendre une fameuse réplique de La Classe Américaine). Et puis ce couple de médecin recevant le héros dans un sale état en se souciant surtout de savoir s’il possède une bonne assurance, et qui s’imaginent pouvoir lui faire tous les examens possibles lorsqu’ils découvrent qu’il a touché le jackpot au casino.
Même “Lucky”, un quasi figurant qui refourgue la statue du Leprechaun en début de film, fait bonne impression puisqu’il lui manque une jambe, un bras et un œil, tout en présentant son bagage comme un porte-bonheur !

 

 

Mais les véritables héros de Leprechaun 3 ce sont Fazio et Lauretta (Veronica Williams, l’héroïne de Massacre à la Tronçonneuse 2). Un quasi couple qui passe son temps à s’insulter et comploter ensemble pour obtenir ce qu’ils veulent. Les piques qu’ils se lancent régulièrement valent pratiquement la vision du film à elles toutes seules. “You need more than a boob job, Lauretta. You need a personality transplant.” Et quand l’une demande à l’autre pourquoi il n’a pas fait d’elle son assistante, la réponse est cinglante: “Il y a vingt ans de cela je l’aurai fait. Ou c’était peut-être il y a vingt kilos.” L’un est un magicien raté mais prétentieux, amenant un lance-flammes artisanal sur scène alors qu’il ne sait pas s’en servir, et l’autre est une croupière vieillissante et cupide dont les seins lui tombe pratiquement sur les genoux.
L’alchimie entre les deux interprètes est absolument parfaite et il faut avouer qu’ils sont particulièrement expressif, ce qui transforme la moindre de leur apparition en moment d’anthologie. Leprechaun 3 n’avait presque pas besoin de véritables héros tant ces deux là sont d’aimables losers qu’il aurait été presque satisfaisant de voir triompher. Allez, une dernière pour la route: “Loretta chérie, tu veux de la magie ? Tourne-toi. Et je te retirerai peut-être un lapin de ton cul !
Grand merci à la version française d’être au moins aussi divertissante que l’originale et d’avoir bercée mon adolescence.

 

 

Question personnages principaux, aux jeunes gens gentils mais un peu fade des opus précédent, ce nouveau volet préfère un duo dynamique avec bien plus de personnalité et d’atouts. Tammy, l’héroïne blonde qui succède à Jennifer Aniston et à la jolie Shevonne Durkin, se remarque par son fort caractère et son énorme poitrine. L’actrice est sans doute la meilleure du trio, mais en plus elle passe pratiquement tout le film dans ce costume de scène qui met en avant ses atouts mammaires. Elle ne les révèle malheureusement pas malgré qu’une scène s’y prêtait bien: son patron libidineux faisant le vœu de s’envoyer en l’air avec elle, la voilà transformée en bimbo à la sexualité exacerbée. Le chauffant alors, elle commence un striptease qui est hélas interrompu par le vol de la pièce magique, le souhait étant annuler au moment même où elle allait retirer son soutien-gorge très chargé. Damnit.
A ses côtés Scott, jeune homme un peu niais aux expressions faciales cartoonesques. Mordu par le lutin, il blesse celui-ci pour se défendre. Du sang vert coule dans la plaie et le voilà contaminé, se transformant progressivement en… Leprechaun-garou ! Un farfadet de grande taille qui développe un fort penchant pour les pommes de terre, les rimes salaces (du limerick me souffle t-on) et qui va faire tout une scène à l’hôpital, lorsque son encéphalogramme affiche littéralement “Fuck You” et que son rythme cardiaque montre des petits lutins…

 

 

Bref, Leprechaun 3 est un film chargé à la gueule d’idées, de gags, de surprises et d’humour. Brian Trenchard-Smith semble vouloir simplement faire marrer ses spectateurs et, par son expérience, il y parvient sans que la question de budget ne viennent vraiment se faire ressentir malgré quelques couacs techniques ici et là. L’idée de plonger le méchant gnome à Las Vegas est géniale, l’idée d’utiliser un CD-Rom pour évacuer la mythologie est géniale, la musique est géniale et au moins aussi bonne que celle de Leprechaun 2 (même si elle se limite ici à quelques thèmes reprit régulièrement), et on appréciera même les efforts des costumiers et des responsables des décors, dont pas mal de détails ne nous parviennent que maintenant que le film est disponible sur Blu-ray (comme l’arbre à billets à l’entrée du casino, qui abrite des petits nains de jardins, ou ce jackalope désormais visible chez Gupta).
Le succès de ce troisième film va assurer une certaine longévité à la franchise, le réalisateur revenant même pour mettre en boite le quatrième opus. Le budget, hélas, va être encore une fois drastiquement diminué au point que les deux prochaines séquelles auront des allures de série Z. Une évolution similaire aux productions Full Moon. Cela n’empêchera pas l’Australien de réussir le même tour de force qu’ici, même si l’absence de moyens sera bien plus handicapant, ni Warwick Davis de revenir par amour pour le personnage malgré des conditions de tournages de plus en plus désagréables pour lui…

 

 

There once was a lady of Totten
Whose tastes grew perverted and rotten
She cared not for steaks
Or for pastries and cakes
But lived upon Penis au Gratin

 

 

 

GALERIE

 

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