A Return to Salem’s Lot (1987)

ROAD TO HALLOWEEN VI

 

 

A Return to Salem’s Lot

(1987)

 

 

Lorsque Larry Cohen va chez la Warner Bros. dans l’espoir d’obtenir les droits de House of Wax pour en faire un remake, il rentre chez lui avec un deal complètement différent: les producteurs acceptent de le financer mais seulement s’il réalise une seconde suite à It’s Alive et un remake du Salem’s Lot de Tobe Hooper. Le cinéaste se retrouve à tourner ces deux projets l’un derrière l’autre avec pratiquement la même équipe, le même casting, et peut-être bien le même budget ! En résulte A Return to Salem’s Lot, qui malgré son titre n’est absolument pas une séquelle au téléfilm de 1979, et It’s Alive III: Island of the Alive, deux œuvrettes mineures dans la carrière du metteur en scène destinées à alimenter le marché vidéo mais qui bénéficièrent contre toute attente d’une petite sortie en salles. Cela fait de la saga Salem’s Lot une bizarrerie puisque par deux fois promise à la télévision, et par deux fois miraculeusement proposée sur grand écran. Ce qui est aussi étrange, c’est ce choix de tromper le public en lui faisant croire que ce nouvel opus est lié au précédent…

 

 

Car entre l’affiche qui reprend l’image du vampire Kurt Barlow, le titre qui évoque un retour dans la fameuse ville inventée par Stephen King et jusqu’au générique d’ouverture sous fond de flammes comme pour nous rappeler la conclusion de l’original, tout semble mis en œuvre pour nous piéger. Le scénario, écrit par Cohen avec l’aide de son complice James Dixon (acteur que l’on retrouve dans pratiquement tous ses films), ne peut pourtant pas être plus différent en ton et en style, au point que l’on peut à peine considérer la chose comme un remake. Plutôt une variation sur le même thème, qui ne prendrait que de très grandes lignes de l’histoire de base: le héros, ici journaliste plutôt qu’écrivain, rentrant au bercail après des années d’absence. La maison maudite, cette fois remplacée par un bungalow délabrée sans importance, l’assaut contre les vampires effectué avec l’aide d’un enfant, et la destruction de Jerusalem’s Lot par les flammes. Tout le reste se retrouve transfiguré dans cet esprit comico-horrifique qui caractérise si bien le réalisateur.

 

 

Rien n’est vraiment à prendre au sérieux, les suceurs de sang sont à peine une menace, le protagoniste est évidemment un petit trou du cul gouailleur et on retrouve cette ambiance complotiste si chère au créateur des Envahisseurs. Bref, autant oublier l’atmosphère cauchemardesque de Tobe Hooper et ses non-morts aux yeux jaunes, ici tout est beaucoup plus fun et léger, l’idée semblant plutôt être d’explorer le quotidien d’une communauté de nosferatus avec beaucoup de second degré que de montrer la lente corruption d’une petite ville tranquille par le Mal. A peu de chose près ce long métrage aurait aussi bien pu s’appeler Vampire, vous avez dit Vampire ? 3. Encore que l’intrigue débute assez salement avec la présentation du personnage principal, Joe, en plein reportage au cœur de la jungle péruvienne. Suivant les us et coutumes d’une tribu primitive, il ne rate pas une miette du sacrifice humain se déroulant sous ses yeux, éprouvant même une certaine fierté à filmer l’exécution.

 

 

Lorsqu’il est contraint de rentrer aux États-Unis, son ex-femme ne parvenant plus à gérer leur fils adolescent qu’elle lui abandonne, il se rend dans le Maine pour un petit boulot tranquille: quelqu’un l’invite à écrire un article à propos de Jerusalem’s Lot, où il a passé son enfance. L’occasion parfaite pour gagner sa croûte tout en gardant un œil sur son gamin rebelle, et se perdre dans les souvenirs du seul moment heureux de son existence. Mais surprise, à peine est-il installé qu’il découvre que les habitants sont tous des vampires et que ce sont eux qui l’ont embauché. Persuadés que leur espèce sera acceptée par le reste de l’humanité d’ici quelques centaines d’années, ils lui demandent d’écrire une grande chronique sur leur race – un ouvrage qui expliquera tout à propos de leur mode de vie, de manière à ce que les futures générations puissent mieux les comprendre. Mais si Joe est un connard ambitieux, il ne s’associe pas avec des meurtriers pour autant et refuse leur offre…

 

 

Un point de départ intéressant que de montrer un vautour humain se retrouvant à enquêter à propos de véritables vampires. A vrai dire l’idée fut même reprise par Stephen King tout juste un an plus tard avec la nouvelle Le Rapace Nocturne, qui montre un odieux journaliste se nourrissant du malheur des autres être confronté à une vraie goule (mentionnons au passage son excellente adaptation, Les Ailes de la Nuit, avec le regretté Miguel Ferrer). Mais contrairement à un Richard Dees irrécupérable, ici le reporter pose tout de suite ses limites, refusant catégoriquement de s’associer à ces créatures qui assassinent sous ses yeux une jeune femme effrayée. Il ne cache pas son mépris pour eux et fini seulement par accepter le boulot lorsqu’il réalise que son fils est devenu un bon moyen de pression. Provocateur, l’enfant indigne s’amuse à trainer avec les autres bambins du quartier, se retrouvant attiré par leur immortalité et les beaux yeux d’une fillette aux longues canines. Et Joe lui-même est comme ensorcelé lorsqu’il retrouve son amour de jeunesse, une adolescente de 17 ans qui n’a pas vieilli d’un poil.

 

 

Le héros tente alors de comprendre le fonctionnement de cette société qui se dit pacifiste malgré quelques dérapages occasionnels (référés comme des “problèmes de boisson”), et qui préfère prendre le sang du bétail plutôt que de chasser les humains dont l’hémoglobine est souvent contaminé par les drogues, l’alcool ou les maladies comme le SIDA. A Return to Salem’s Lot s’amuse à présenter une communauté finalement pas très différente de celle des loups-garous de Hurlements, la vie suivant son cours malgré la nature monstrueuse des résidents. Les adultes dorment dans des cercueils placés en guise de lits dans leur chambre à coucher et les mômes vont toujours à l’école où il étudient les horreurs commises par les mortels et organisent une représentation théâtrale de Dracula. Et outre les vaches, ils élèvent aussi quelques humains pour en faire des “drones” chargés de protéger Jerusalem’s Lot durant le jour. Des esclaves qu’ils enfantent sans amour et qui leur servent aussi de souffre-douleur.

 

 

Lorsque Joe découvre qu’il vient d’engrosser sa petite amie et que l’enfant est promis a une vie de servitude, il se révolte et fini par s’allier avec un vieux chasseur de Nazis rôdant dans le coin. Ensemble, ils vont devoir récupérer le fils de l’écrivain qui soutient totalement la cause des vampires et espère devenir l’un des leurs, puis exterminer toute la population locale. Une tâche difficile du fait des gardiens diurnes mais surtout à cause du patriarche régnant sur la ville, remplaçant le Kurt Barlow du téléfilm et pouvant lui aussi adopter une forme démoniaque inspirée de Nosferatu (mais en bien plus guignolesque). Avec Larry Cohen aux commandes, le résultat est forcément drôle mais surtout très décalé, en témoigne les nombreuses situations à la limite de la parodie: une mamie réajuste son rouge à lèvres après avoir mordu une proie, un vampire protège l’entrée de sa cave avec un piège à loup tandis qu’un autre grogne de douleur en se prenant une balle dans la tête.

 

 

Joe est en conflit avec sa tante supposément décédée mais en fait non-morte, qui est très peinée de le voir sur la défensive maintenant qu’il connait sa véritable identité. Et il faut voir le reporter questionner son fils depuis qu’il traine avec une vampirette, lui demandant s’il s’est envoyé en l’air avec elle ! “I’m just a kid !” répond le jeune ado abasourdi. Et que penser de la mort de l’ultime sangsue, empalé non pas sur un pieu en bois mais sur la hampe d’un drapeau américain ? En contrepartie certaines séquences bien plus sérieuses viennent rétablir l’équilibre et rappeler que tout n’est pas forcément amusant dans cet univers. Comme cette pauvre jeune femme rescapée d’un massacre et venant demander de l’aide au héros, ce dernier la ramenant sans le savoir vers ceux qui l’ont attaquée. Ou quand deux clochards reçoivent la visite apparemment innocente de petites filles avant qu’une horde d’enfants ne surgisse des ténèbres en se comportant comme des hyènes affamées.

 

 

Même le protagoniste se montre impitoyable lorsqu’il s’agit de protéger son rejeton, fracassant sans aucune hésitation le crâne d’un drone à coups de pierres. Un moment de violence cru et surprenant, a l’image de ce vampire brûlant comme une torche en essayant de sauver son cercueil d’une maison en flammes. Le reste du film est généralement plus rocambolesque à ce propos, comme c’était la mode dans les années 80 avec ces visages liquéfiés par de l’eau bénite, ce cœur arraché façon film de cannibales dans l’introduction et le combat final dans la quincaillerie, où le corps de l’antagoniste est transpercé par un tas d’outils différents, du crochet à la serpe, sans que cela ne l’affecte. Dommage que certains éléments prometteurs (la vampire enceinte que Joe ne peut se résoudre à tuer, les mariages entre enfants) disparaissent complètement de l’intrigue lors du final un rien précipité. Il faut dire que les contraintes budgétaires se ressentent plus d’une fois et que le cinéaste a certainement dû faire quelques compromis.

 

 

Ainsi les vampires apparaissent physiquement humain, loin des êtres maudits du premier opus, et les rares instants mettant en scène leur seconde forme monstrueuse ne montrent pas grand chose. De nombreuses répliques ont été artificiellement rajoutées post-synchronisation, et celui qui a vu It’s Alive III pourra découvrir que les deux films disposent du même générique d’ouverture, sans doute recyclé pour gagner du temps et de l’argent. Heureusement ces quelques lacunes sont très secondaires face aux délires du scénario, franchement divertissant, mais aussi devant le casting très solide comme c’est souvent le cas dans une production Larry Cohen. Outre James Dixon, on retrouve le compagnon de toujours Michael Moriarty, forcément impeccable lorsqu’il s’agit de jouer la petite ordure prétentieuse. A ses côtés, l’acteur / réalisateur Samuel Fuller (le sublime Dressé pour Tuer, c’est lui) absolument génial en tueur de Nazi bougon et ultra ordurier. Il faut le voir insulter un lit lorsqu’il découvre que la vampire qu’il voulait exterminer à décampée. “Bitch !

 

 

Ronney Blakely, la maman alcoolique des Griffes de la Nuit, fait une petite apparition, de même qu’une très jeune Tara Reid, encore loin de devenir la bimbo à voix rocailleuse que l’on connait. Enfin citons l’ancienne star du western Andrew Duggan, dont il s’agit du tout dernier film, et la jolie Katja Crosby, qui elle n’a jamais eu de carrière mais reste bien en tête lorsqu’elle exhibe sa magnifique poitrine ici et là. Pas de futur non plus pour le jeune Ricky Addison Reed, le fils de Joe dont le parcours intéressant (jeune paumé, délaissé par tout le monde, trouvant sa place chez les vampires avant de réaliser quels monstres ils sont réellement) semble influencé par les jeunesses hitlériennes. Après cela il devait devenir Robin dans le Batman de Tim Burton, mais le réalisateur abandonna entièrement le personnage,  l’amenant à renoncer définitivement à sa profession d’acteur. Au moins peut-on le voir hurler “fuck you” à Moriarty ici, ce qui reste toujours drôle.

 

 

A Return to Salem’s Lot ne fut pas un extraordinaire succès et la franchise reposa en paix pendant presque vingt ans après ça, jusqu’à ce qu’en 2004 un abruti ne décide de refaire une mini-série télévisée d’après le roman de Stephen King, avec un Rutger Hauer si éméché que l’équipe dû le convaincre de ne pas improviser et lui faire lire ses lignes sur des cartons hors-champs. Une horreur à éviter à tout prix, contrairement à ce pseudo-remake peu connu mais très honorable. Une curiosité qui plaira aussi aux amateurs du binoclard du Maine, puisque l’absence du personnage du Père Callahan fait de cette histoire une sorte de monde parallèle très éloigné de celui visité dans La Tour Sombre !

 

 

 

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