Jan-Michael Vincent (1944-2019)

 

L’histoire de Jan-Michael Vincent est celle d’un véritable cauchemar, il n’y a pas moyen de le décrire autrement. Ce qui est dommage du fait qu’elle commence merveilleusement bien pour lui, sa carrière devant les caméras débutant sur les chapeaux de roues grâce à son look de jeune premier (qui lui donne aussi bien l’apparence du beau surfeur californien que du mystérieux bad boy au grand cœur) et son jeu de comédien convaincant qui lui permet de rivaliser avec de véritables légendes. Il tient ainsi tête à John Wayne (Les Géants de l’Ouest), Gene Hackman (La Chevauchée Sauvage), Burt Reynolds (La Fureur du Danger) et surtout Charles Bronson dans Le Flingueur, où il trouve sans doute son meilleur rôle. Il fit également des apparitions dans des séries télé hautement populaires (Lassie, Gunsmoke), tourna avec une Kim Basinger débutante (Hard Country) et se retrouva aux côtés de Gary Busey et William Katt pour les besoins du American Party de John Milius.
Puis, en 1984, c’est la consécration: il est choisi pour tenir le premier rôle de la série Supercopter produite par le géant Donald P. Bellisario (créateur de Magnum, Code: Quantum et NCIS), laquelle va non seulement le rendre célèbre de par le monde mais aussi en faire l’un des acteurs les mieux payés du petit écran avec un salaire d’environ 200 000 dollars… par épisodes ! Bref, en apparence tout va pour le mieux mais la réalité est toute autre car le jeune prodige connais, depuis des années déjà, de grave problèmes de drogues mais surtout de boisson. Car Jan-Michael Vincent est un alcoolique notoire, du genre à boire sans s’arrêter et en proie à des crises de violence lorsqu’il devient ivre… Lorsque démarre la première saison, il a déjà une première cure de désintoxication dans les pattes et fut arrêté trois fois pour possession de cocaïne.

 

 

Hélas pour lui son problème va s’aggraver de plus en plus au fil des ans: il est arrêté pour conduite en état d’ivresse, passe par deux fois au poste de police pour des bagarres dans des bars et évite de justesse la prison en entamant une seconde cure. Des mésaventures qui ne plaisent guère aux producteurs de Supercopter qui, à la quatrième saison, vont faire table rase du casting afin de faire peau neuve (la série ne s’en remettra pas et ne sera pas renouvelée après ça), larguant leur superstar qui perd alors sa meilleure source de revenue. C’est alors une grande traversée du désert pour l’acteur qui est à la fois victime de sa popularité, un peu comme Mark Hamill juste après Star Wars, mais aussi de son propre comportement autodestructeur. C’est ainsi qu’il va mettre les pieds dans la série B, et son attitude sur scène trahie parfois son dégoût de la situation – un peu comme dans Alienator de Fred Olen Ray où il apparait clairement en colère. Et saoul.
Sa nouvelle carrière n’est cependant pas inintéressante car elle lui permet de croiser du beau monde. On peut le voir chez David DeCoteau dans Deadly Embrace, où il partage la vedette avec deux des plus fameuses Scream Queens de tous les temps, Linnea Quigley et Michelle Bauer. Chez Jim Wynorksi, il côtoie la magnifique Tanya Roberts pour Sin of Desire. Il rencontre également R. Lee Ermey dans Demonstone et Traci Lords dans Raw Nerve de David Prior, et donne  aussi bien dans l’horreur (Xtro 2, hélas un désastre comparé au chef d’œuvre qu’est l’original) que dans l’action (Deadly Heroes de Menahem Golan, avec Michael Paré et Billy Drago). Pas le pire des parcours même s’il est désormais un ringard, un has been qui va au devant de plus gros problèmes encore… Car en 1992 il connait un premier accident de voiture qui lui est presque fatal.

 

 

En 1994, sa seconde épouse le quitte et obtient une injonction restrictive contre lui du fait de son comportement dangereux lorsqu’il boit. En 1995, une ancienne compagne porte plainte contre lui pour agression du temps de leur rupture, l’accusant de l’avoir frappée au point de lui faire perdre l’enfant qu’elle attendait de lui ! Il est condamné à 374 000 dollars, ce qui ne marque que le début de ses ennuis financiers. Anéanti par sa séparation, il tente ensuite de se suicider, provoquant son deuxième grave accident de voiture qui le laisse avec des blessures sur le visage. A peine est-il sorti de l’hôpital qu’il doit reprendre le travail et ainsi peut-on le voir dans un triste état avec Red Line, où il apparait avec le visage tuméfié et son bracelet d’identification de l’hôpital toujours au poignet ! Jan-Michael Vincent, le beau gosse, est définitivement mort et enterré.
Il continu de jouer mais commence franchement à toucher le fond avec des rôles mineurs dans des productions au rabais. On peut le voir dans Abducted II: The Reunion et Jurassic Women qui sont pratiquement réalisés au caméscope. Il tient la chandelle pour Casper Van Dien et Chris Mitchum dans Lethal Orbit et fait acte de présence dans le très sympathique Ice Cream Man avec Clint Howard, où il n’a pas grand chose à faire mais se trouve au cœur la meilleure séquence du film (enquêtant sur l’antagoniste qu’il soupçonne d’être un tueur en série, il se rend à l’asile où il fut interné afin de questionner son docteur… pour réaliser que les fous se sont emparé de l’endroit depuis des années !). Survient un troisième accident de voiture encore plus grave que les précédents où il se casse trois vertèbres du cou tandis que les ambulanciers ratent l’intubation, provoquant des lésions irréversibles à ses cordes vocales qui abimeront sa voix.

 

 

Sa mémoire est également affectée par le choc et il révèlera bien plus tard n’avoir non seulement plus aucun souvenir de l’évènement, mais aussi d’avoir oublié une majeure partie de sa carrière (dont son personnage de Supercopter) et jusqu’à sa date d’anniversaire durant une interview terrifiante où il apparait déphasé et physiquement très diminué. Car son supplice est loin d’être terminé: coupable d’ivresse au moment des faits, il est de nouveau condamné à une cure de désintoxication qui va échouer. En 2000, il est aperçu publiquement en état d’ébriété entrain d’agresser sa nouvelle compagne et passe deux mois en prison pour violation de mise à l’épreuve. Sa carrière d’acteur se termine officiellement en 2002 faute de pouvoir la mener correctement et, endetté jusqu’au cou (on parle de 70 000 dollars), il est jeté à la rue et contraint de vivre comme un SDF pendant plusieurs mois.
Le sort s’acharnera jusqu’au bout puisque après un énième accident de la route en 2008, il est victime de sérieux troubles artériels qui entrainent une septicémie manquant de le tuer et se fait amputer de la jambe droite en 2012. Opération qui devra même être répété une seconde fois. Jan-Michael Vincent disparaitra pour ainsi dire complètement de la face du monde après cela, ne pouvant plus se déplacer qu’en fauteuil roulant ou en déambulateur avec sa prothèse. Les ravages de l’alcool, de la maladie et du temps l’auront transformé en un sosie du Cryptkeeper. C’est à l’âge de 74 ans qu’il trouve la mort, le 10 Février dernier, suite à un arrêt cardiaque. Son décès ne fut rendu publique qu’hier et la nouvelle n’a pas fait grand bruit, nombreux étant les articles devant ajouter “l’ancienne star de Supercopter” à côté de son nom pour éveiller le moindre intérêt. Comme je l’ai dis plus haut: un véritable cauchemar.

 

 

On aurait d’ailleurs tord de limiter ce pauvre homme à cet unique show. Outre les grands moments de ses débuts il faut se souvenir du film d’action White Line Fever avec Dick Miller, de sa présence dans The Return de Greydon Clark (le réalisateur de Terreur Extraterrestre et du Clandestin avec le chat mutant qui vomit un autre chat mutant), le film de vigilante Les Massacreurs de Brooklyn ou encore Les Survivants de la Fin du Monde, adaptation du bouquin de Roger Zelazny forcément moins saisissante que l’œuvre dont elle est tirée, mais qui demeure une bonne vieille série B des Seventies malgré tout. Plus récemment c’est la série Rick and Morty qui lui a rendu hommage – un hommage aussi absurde que délirant et clairement improvisé sous l’alcool ! – dans sa saison 2 (épisode Interdimensional Cable 2), avec la bande-annonce de Jan Quadrant Vincent 16: un film d’aventure post-apocalyptique où pas moins de huit Jan-Michael Vincent doivent sauver le monde !
Is it important that we know who Jan-Michael Vincent was in order to get this ?” demande Morty, parodie geignarde de Marty McFly, représentant évidemment la jeunesse ignare d’aujourd’hui. On ne leur en tiendra pas vraiment rigueur dans ce cas précis. Mais peu importe que l’on se souvienne de lui ou non. Peu importe qu’on le considère comme un has been dont on peut se moquer ou comme la  triste victime de ses propres démons. La vie de cet homme a été, depuis très longtemps, un véritable enfer, et ce qu’il a traversé est si horrible qu’on ne peut finalement considérer sa disparition que comme un soulagement…

 

4 comments to Jan-Michael Vincent (1944-2019)

  • SEBASTIEN RIVIERE  says:

    Superbe article, une tonne d’infos, c’est vraiment remarquable. Mais attention aux fautes! 🙂

    • Adrien Vaillant  says:

      Des fautes ? Ah mince ! J’en fais toujours quelques unes car je réécris parfois plusieurs fois mes phrases avant de passer à la suite et une fois le texte terminé j’ai parfois du mal à me relire car je connais déjà ce qui s’y trouve. Toutes mes excuses, je tâcherai de corriger ça !

      Et merci beaucoup d’avoir prit la peine de lire et commenter ! 🙂

  • denis eric  says:

    bel hommage…. merci

    • Adrien Vaillant  says:

      Merci à vous pour ces gentils mots 🙂

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